Photek – Modus Operandi

Né non loin de Londres en 1972, Rupert Parkes dit Photek est un DJ et compositeur britannique de musique électronique. Passionné de hip hop et de jazz, il s’oriente vers le genre drum’n bass dont il est un précurseur et publie son premier album Modus Operandi chez Virgin en 1997. Il a depuis collaboré avec Daft Punk, Björk ou Moby… Disque atmosphérique et dépouillé, Modus Operandi s’écoute d’une traite où les rythmes sont abrupts et les sons étouffants. Minotaur est une suite de pics en rupture les uns avec les autres, préparant aux brèches d’Aleph 1 et 124, deux morceaux lancinants évoquant une bande originale chimérique ; le titre éponyme laissant fuser quelques accords jazz dans la veine de Red Snapper avant de terminer sur The Fifth Column et son tempo sourd… Un voyage parfois aride mais stimulant, dont l’intégrité rappelle celui des aînés de Global Communication.

Portishead – Third

Onze ans s’écoulent entre le second et le troisième album de Portishead, sobrement intitulé Third. Après un bref verbiage en portugais, des rythmes downtempo et une guitare touffue envahissent Silence où Beth rompt le vacarme tel un brise-lames, déroulant quelques mots avant de s’échouer brutalement… Les accords de Hunter font penser à Twin Peaks puis prennent la tangente vers une jetée imaginaire où nous attend Nylon Smile et ses questions insolubles ; ouvrant la voie à The Rip et son échappée de chevaux blancs tandis que la voix de Gibbons monte à n’en plus finir, se mêlant aux synthés en procurant un frisson analogue à Sheep… L’hélico et la batterie décomposée de Plastic font osciller le vumètre vers le krautrock, avant We Carry On dont les claviers évoquent le son des Silver Apples près de quarante ans plus tard… Deep Water flirte avec Moby comme une récréation précédant Machine Gun et sa mitraillette qui part en douille ; les échos de Threads achevant ce disque d’une grande audace, où renonçant aux tics qui avaient assuré son succès, Portishead a su consommer la rupture avec ce que l’on pensait connaître de sa musique. Un geste magistral.

Portishead – Portishead

Trois ans après la révélation Dummy, Portishead revient avec un second album éponyme poussant un cran plus loin sa marque de fabrique. L’incipit est langoureux avec les rayures de Cowboy, puis les coups de trompettes d’All Mine évoquent Propellerheads, la voix de Gibbons chevrotant comme Tom Rapp sur une guitare saturée… Les notes égrenées sur Over sèment un parterre où l’on flanche à mesure que les paroles pleuvent, les cordes éventées de Humming jetant le trouble sur nos certitudes… Immergées dans un gouffre où le piano Rhodes et les percussions orchestrent de redoutables remous (Mourning Air), nous savourons Only You comme une ballade presque ludique sur ce disque immatériel, ambivalent et dont la pâleur hante le grenier de nos souvenirs. « This uncertainty is taking me over… »

Portishead – Dummy

Portishead est un groupe de musique électronique britannique formé à Bristol en 1991 par la chanteuse Beth Gibbons, le claviériste et batteur Geoff Barrow et le guitariste et bassiste Adrian Utley. Paru en 1994, Dummy compte parmi les premiers albums représentatifs du trip hop, son atmosphère mate les plaçant dans le sillage de Massive Attack… La voix délicate, légèrement soul de Gibbons domine des synthés discrets, l’utilisation d’instruments comme le thérémine (Mysterons) ou le cymbalum (Sour Times) provoquant un alliage ardent entre cold wave et hip hop. Des samples empruntés à Isaac Hayes ou Lalo Schifrin amplifient un son travaillé sur plusieurs plans, où scratchings et loops cisèlent des titres qui marquent instantanément (Wandering Star, Numb)… S’achevant avec Glory Box et son chant éploré derrière un vinyle qui craque, Dummy déclare sa flamme sans détour avant de disparaître dans un fade out désuet.

Röyksopp – Melody A.M.

Portant le nom d’un champignon des bois laissant échapper de la fumée, Röyksopp est un groupe de musique norvégien formé en 1998 à Tromsø par Svein Berge et Torbjørn Brundtland, amis et passionnés d’electro depuis le collège. En 2001, leur premier single est So Easy qu’il est retenu pour une réclame à la télé, Wall of Sound publiant leur premier opus dans la foulée, Melody A.M. qui reprend ce succès trip hop, organique non sans rappeler Hazeldub… Une torpeur assumée et qui se prolonge avec Sparks, la voix d’Anneli Drecker me donnant des envies de Beth Gibbons… Expérimentaux (A Higher Place) ou stellaires (Röyskopp’s Night Out), les Norvégiens ont touché juste avec ce premier disque qui a très bien vieilli, le chanteur Erlend Øye invité sur Remind Me n’ayant rien à envier au voisin d’à côté, j’ai nommé le bilieux Jay-Jay… Sensible et moderne, inclassable : j’aime Melody A.M.

Kreidler – Eve Future Recall

Deux ans se sont écoulés lorsqu’Eve a droit un Recall sur mesure, ce nouvel album de Kreidler amplifiant les trouvailles du précédent dans un ballet musical se rapprochant de Michael Nyman ; entre rondeurs classiques (Vive la Vie) et piano de cinéma (A Canterbury Tale)Whom the Bells Toll regorge de clochettes et le tambour va-t-en-guerre de Luxemburg précède les pizzicato de Cervantes ; Spatz est frais comme Chapelier Fou mais le morceau le plus touchant est chanté en français par une Valérie dont on ne connaît pas le nom (Von Valerie), entre Clair Dietrich et Jean Bart… Et même si ces épopées de xylophones et steel-drums frisent parfois l’easy listening, les traînées de harpes digitales ouvrent un horizon propice à la rêverie ; aussi originales que la pochette incrustée à même le boîtier du cd, une sérigraphie fantomatique répondant à celle déjà réalisée sur Eve Future.

Kreidler – Eve Future

En 2002, pour leur sixième ouvrage les Düsseldorfois sortent la tête de l’éther et présentent Eve Future, un disque de rupture paru chez Strictly Confidential. On pense à A Reminiscent Drive dès le premier morceau (La Casa I) et les cordes pincées de Reflectuum sont associées à René Aubry ; sans renoncer aux structures minimalistes (Clockwerk rompt délibérément le rythme au milieu de l’album), Kreidler repeint la queue des étoiles filantes avec les synthés colorés de Circulus et Solaris, enrichissant leurs puzzles cosmiques de nouveaux instruments, comme le timpani qui permet de couper le cordon avec ces rythmes post rock qui ne leur seyaient qu’à moitié ; et avant de retourner en studio pour un intéressant Recall.

Kreidler – Appearance and the Park

Deux ans après Weekend, Kreidler revient et gagne en homogénéité, leur quatrième album égrenant avec élégance ces rythmes aérés qui font leur signature. Quatre notes répétées le long d’une batterie suffisent à installer Il Sogno di una Cosa, suivi des flux sereins de She Woke up and the World has Changed… On se laisse flotter dans les curieux fluides de Necessity Now et After the Preview ; Good Morning City rappelant les virées de Kraftwerk… La voix de Detlef Weinrich surprend sur Coldness comme si c’était Ui, les saccades technoïdes de Cube n’étant pas loin de Red Snapper… Paru en 1998, Appearance and the Park oscille entre cadences caressantes et pistes plus sinueuses, préparant le terrain pour les déclinaisons sophistiquées d’Eve Future.

Kreidler – Weekend

Kreidler est un groupe de musique électronique allemand formé à Düsseldorf en 1994 par Andreas Reihse, Stefan Schneider et Thomas Klein. À leurs premiers concerts se mêlent lectures et happenings autour de la lutte contre l’extrême droite, ils publient l’album Riva où l’on sent l’héritage krautrock de La Düsseldorf puis deux ans plus tard Weekend chez KiffSM, où ils sont rejoints par Alexander Paulick et Detlef Weinrich… Les synthés analogiques installent un curieux climat sur Traffic Way et son rotor d’hélicoptère, suivis de guitares et batteries rappelant Tortoise ; les boucles de Spat ont un côté Steve Reich avec percussions et accords visqueux, tandis que la basse monotone de Polaroid dialogue avec des ondes acidulées… Hillwood ose l’effet maracas puis les scratchs d’If creusent leur sillon dans de la terre meuble ; modulées et optimistes, les instrumentales de Weekend se succèdent avec légèreté, comme on passe en revue une pile de photos du siècle dernier.

VNV Nation – Matter+Form

Six ans après Empires, VNV Nation revient avec un cinquième album délaissant les claviers analogiques pour un son synthpop assumé, abrasif et convaincant sur Chrome mais plutôt orienté dance… La voix du chanteur s’est éclaircie, mélodieuse et presque douce avec Arena ou Perpetual qui font penser à She Wants Revenge paru l’année suivante… L’instrumentale Colours of Rain est élégante comme du Chilly Gonzales en mode ambient ; suivie des grosses machines Strata et Interceptor, riches en grimpette dans les basses et parfaitement enchaînées… Lightwave fuse comme Vangelis et Homeward s’étire tel un gros chat, au bout du compte Matter+Form n’est pas sans charme mais VNV Nation a pris ses distances avec le côté obscur des débuts, et l’on pense désormais plutôt à un Philip Glass réutilisant la même recette qu’aux humeurs ténébreuses de Clan of Xymox… Leurs autres albums se suivent et se ressemblent, paru en 2011 je sauverais Automatic même si justement, il l’est un peu trop.