Moby – Innocents

Deux ans après Destroyed, avec Innocents Moby signe un onzième album roboratif d’où se dégagent fraîcheur et goût du risque. Comme un ressort surgi d’une boîte à diable, Everything that Rises enveloppe vers le pays ralenti de A Case For Shame, la voix de Cold Specks évoquant Archive, tout aussi troublante un peu plus loin avec Tell MeAlmost Home évoque Mercury Rev et Going Wrong nous délecte de sa douceur downtempo ; Wayne Coyne se fait plaisir avec The Perfect Life avant la solution soluble délivrée par Skylar Grey sur The Last Day, aussi délicieuse que Mazzy Star… Percées de faux raccords, les boucles trip hop de A Long Time grisent durablement avant Saints et ses vocalises réminiscentes de High Energy… La voix de Mark Lanegan fait penser à Richard Hawley en plus caverneux (The Lonely Night), puis Moby reprend le mike pour un slow à l’ancienne (The Dogs) après s’être entouré d’invités variés… L’édition digipack est accompagnée d’un ep  contenant le méditatif My Machines, portant à 18 le nombre de morceaux sur ce disque où pour le meilleur et loin de s’asseoir sur ses lauriers, Moby n’a pas craint de diversifier son spleen.

Moby – Destroyed

Moby signe son dixième album en 2011, deux ans après l’émouvant Wait for Me. Largement écrit pendant ses tournées, souffrant d’insomnie comme il le raconte dans le livret nourri de photographies tirées de ses voyages ; Destroyed s’écoute tard la nuit, lorsque la ville dort… Son titre figure sur l’une des photos montrant le dernier mot d’un message d’avertissement sur un panneau d’affichage dans un aéroport, prélude ludique à un disque nuancé entre promenades tamisées (The Broken Places), confidences feutrées (Be the One, Rockets ou Victoria Lucas avec Inyang Bassey) et truculences electro (Sevastopol, Blue Moon). Il y a aussi le sucre lent du chant de Joy Malcolm (Lie Down in Darkness) suivi de deux instrumentales émollientes (The Violent Bear it Away, When You are Old) parmi 15 morceaux apaisants, comme une parenthèse nocturne dans la discographie de l’éclaireur new yorkais.

Moby – Wait for Me

Sept ans après son dernier disque intéressant (18), Moby revient avec Wait for Me, un opus contemplatif dont l’inspiration lui est venue à la suite d’un discours de David Lynch à l’académie britannique des arts de la télévision et du cinéma (BAFTA), où l’aîné vantait les mérites de la créativité libérée de toute considération commerciale… Il en résulte des titres dépouillés et instrumentaux (Division, Scream Pilots), mélancoliques avec Amelia Zirin-Brown (Pale Horses) ou Kelli Scarr (Wait for Me) ; Moby renoue également avec l’art de répéter un couplet sur 4 minutes avec chœurs emphatiques et craquements de vinyles (Study War) et s’autorise un Slow Light qui aurait pu figurer au générique de la saison finale de Twin Peaks, avant de conclure sur une note trip hop avisée (Isolate). Avec ses effets réduits et son piano ambient, on embarque aisément dans ce neuvième album, où Moby s’est dessiné en couverture sous la forme d’un petit homme pourvu d’antennes.

Moby – Last Night

En 2005 Moby se renouvelle avec Hotel, un album de chansons convenues avec le hit Lift Me Up, dont on se dispensera pour passer directement à Last Night produit trois ans plus tard, dominé par la dance music et où le compositeur rend hommage aux DJ de New York… L’incipit est de taille, avec son riff à la Daft Punk Ooh Yeah éveille les sens et l’on se croit parti pour un grand album, riche en jonglages sonores sans empiéter sur Play ou 18. On se laisse porter par la nonchalance d’I Love to Move in Here jusqu’à l’apparition d’un couplet hip hop agaçant, le soufflet retombe et n’est plus rattrapé que par Live for Tomorrow (charnel) et The Stars (joliment étagé). On sauvera encore Sweet Apocalypse, une instrumentale qui furète du côté d’Underworld ; mais Melville nous a habitués à mieux et l’on passera un moment plus riche en réécoutant Moby, son premier album éponyme.

Moby – 18

Trois ans après Play, pour son sixième album Moby ne change pas la recette et poursuit ses assemblages de rythmes downtempo et samples vintage… Il y a la voix dépouillée de Maria Taylor (Great Escape) ou Dianne McCaulley répétant la même phrase sur tous les tons (One of These Mornings) ; Another Woman évoque la disco soul de Dimitri From Paris tandis que le titre éponyme rappelle Robert Wyatt au piano… Et si l’effet de surprise est passé, les tubes de Play ayant été exploités jusqu’à la lie ; cette façon d’accrocher en quelques mesures et de voir où va se greffer la prochaine ritournelle tient en haleine, les 18 chansons s’écoutent d’une traite non sans avoir livré de nouvelles pépites : In My Heart où l’on retrouve le groove mélancolique de The Shining Light Gospel Choir, Harbour avec Sinéad O’Connor aussi en forme que chez Massive Attack, l’irrésistible The Rafters et l’attendrissant I’m Not Worried at All…  Alors voilà, au risque de me répéter : Moby fait du Moby, et il le fait bien.

Moby – Play

Paru la même année que Surrender, le cinquième album de Moby contient 18 chansons dont 8 sont sorties en single. Alors que plus personne ne se bouscule pour publier ses disques, c’est en écoutant les enregistrements du musicologue Alan Lomax que Moby s’approprie ces chants de prisonniers et travailleurs ruraux des années 30, mais aussi le blues de Vera Hall ou la folk de Bessie Jones ; donnant à ses compositions electro une touche inédite et qui fera date… Honey, Find My Baby ou Natural Blues : autant de boucles de voix addictives érigées en morceaux devenus cultes, associées à un sens musical privilégiant la simplicité…  Moby se dévoile aussi au chant (Porcelain) et fait monter l’émotion avec un piano et un sample de gospel (Why Does my Heart Feel so Bad?) ; aussi à l’aise dans le hip hop (Bodyrock) que le trip hop assaisonné de blues (Run On) ou doublé de synthés ambient à rendre liquide (My Weakness) sur ce disque dont chaque titre laisse une trace particulière ; pierre angulaire d’un artiste désormais reconnu et qui va pouvoir s’en donner à cœur joie.

Moby – Ambient

En 1993, pour son deuxième album Moby aligne 12 vignettes ambient, My Beautiful Sky ou Piano & String préfigurant Like Twins de A Reminiscent Drive… J Breas est pianissimo et me rappelle certains titres d’OMD sans les coussins d’air comprimés ; Dog assumant un penchant techno qui fait penser à Harmonic 313… Lean on Me est céleste, vaporeux comme du Yello au ralenti, avec le downtempo Myopia ce sont les deux morceaux qui se démarquent d’un disque qui fait le job mais ne restera pas dans les annales aux côtés de 76:14 ou Evening Star… En 1995, Moby publie Everything is Wrong, orienté dance mais à l’âme limitée ; suivi du bruyant Animal Rights, un album punk que je n’ai jamais apprécié et dont le gadin a failli le contraindre à arrêter la musique. C’était sans compter sa découverte d’Alan Lomax

Moby – Moby

Producteur multi-instrumentiste de musique électronique, Moby est né à New York en 1965. Il apprend la guitare en interprétant des chansons de Pink Floyd, forme un groupe punk dans les années 80 puis devient DJ et se fait connaître en 1991 avec le single Go qui reprend la basse du thème de Twins Peaks, un mix persuasif présent sur son premier album éponyme paru l’année suivante… Avec un son râpeux et des samples cracra, Ah Ah et Drop a Beat font penser à Experience sorti la même année ; Yeah fait plaisir et renvoie Aphex Twin à ses sophistications, dont Moby n’est pas exempt avec Thousand, un morceau palpitant enregistré à 1000 bpm sans en devenir inaudible… Côté ambient, Mercy infuse un goutte à goutte sensuel et Steam ose les percussions exotiques ; mais c’est I Feel It (Next is the E) qui tient le haut du pavé ; où l’on reconnaît déjà le piano caractéristique de Moby, ainsi que ses plages de synthé à marée basse… Touffu, optimiste et chaleureux, avec ce premier opus entre rave et techno Moby montre qu’il en a sous le capot.

Yello – Motion Picture

Deux ans après le précieux Pocket Universe, pour son dixième album le couteau suisse de la musique electro aligne 12 chansons satinées où Dieter Meier évoque le magicien Houdini ; l’état amoureux dépeint dans Time Freeze trouvant son apogée avec Croissant Bleu, chanté dans un français parodique rappelant La Folie… Côté instrumentales, Yello n’a pas perdu la main et les claviers délayés de Distant Mirror sont relaxants ; avant l’imposante Bubbling Under où l’on retrouve l’inspiration de Hawaiian ChanceMotion Picture ce sont aussi des saxos qui roucoulent (Squeeze Please), une déambulation jazz (Point Blank) et cette outro ambient bien balancée (Cyclops) ; pour un ensemble plutôt homogène et girond… Avec de la chance chez un disquaire suisse, tout près de Yello peut se cacher un album des Young Gods ; pour un trip non moins original et incontournable.

Yello – Pocket Universe

Yello c’est un peu comme les Nits, pendant longtemps je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter tout ce qu’ils faisaient ; même si à la différence des Néerlandais j’ai depuis renoncé à la moitié de leurs albums. Ainsi Baby qui n’aurait pas dû voir le jour en 1991, ou bien l’essoufflé Zebra trois ans plus tard… Le miracle se produit en 1997 avec Pocket Universe, météorite electro où débarrassés de leur lubie synthpop, Blank et Meier franchissent le mur du son sur presque tous les morceaux. Avec la pédagogie qui le caractérise, Dieter résume la relativité humaine en moins de 2 minutes (Solar Driftwood) avant une plongée dans l’espace galactique (Celsius) suivie de battements profonds (More puis On Track). Suit un Monolith que pourrait avoir sculpté Dead Can Dance avant l’arrivée d’une pépite aussi modeste que fracassante : To The Sea sublimée par Stina NordenstamPan Blue dégraisse les tympans et avec Beyond Mirrors on refait le monde en compagnie de Dieter-Nostradamus ; aussi et à part un remix final racoleur, je ne regrette jamais d’avoir passé une heure de ma vie au sein de Pocket Universe. « The Big Bang, the ultimate hero of low frequency… »