Röyksopp – Melody A.M.

Portant le nom d’un champignon des bois laissant échapper de la fumée, Röyksopp est un groupe de musique norvégien formé en 1998 à Tromsø par Svein Berge et Torbjørn Brundtland, amis et passionnés d’electro depuis le collège. En 2001, leur premier single est So Easy qu’il est retenu pour une réclame à la télé, Wall of Sound publiant leur premier opus dans la foulée, Melody A.M. qui reprend ce succès trip hop, organique non sans rappeler Hazeldub… Une torpeur assumée et qui se prolonge avec Sparks, la voix d’Anneli Drecker me donnant des envies de Beth Gibbons… Expérimentaux (A Higher Place) ou stellaires (Röyskopp’s Night Out), les Norvégiens ont touché juste avec ce premier disque qui a très bien vieilli, le chanteur Erlend Øye invité sur Remind Me n’ayant rien à envier au voisin d’à côté, j’ai nommé le bilieux Jay-Jay… Sensible et moderne, inclassable : j’aime Melody A.M.

Kreidler – Eve Future Recall

Deux ans se sont écoulés lorsqu’Eve a droit un Recall sur mesure, ce nouvel album de Kreidler amplifiant les trouvailles du précédent dans un ballet musical se rapprochant de Michael Nyman ; entre rondeurs classiques (Vive la Vie) et piano de cinéma (A Canterbury Tale)Whom the Bells Toll regorge de clochettes et le tambour va-t-en-guerre de Luxemburg précède les pizzicato de Cervantes ; Spatz est frais comme Chapelier Fou mais le morceau le plus touchant est chanté en français par une Valérie dont on ne connaît pas le nom (Von Valerie), entre Clair Dietrich et Jean Bart… Et même si ces épopées de xylophones et steel-drums frisent parfois l’easy listening, les traînées de harpes digitales ouvrent un horizon propice à la rêverie ; aussi originales que la pochette incrustée à même le boîtier du cd, une sérigraphie fantomatique répondant à celle déjà réalisée sur Eve Future.

Kreidler – Eve Future

En 2002, pour leur sixième ouvrage les Düsseldorfois sortent la tête de l’éther et présentent Eve Future, un disque de rupture paru chez Strictly Confidential. On pense à A Reminiscent Drive dès le premier morceau (La Casa I) et les cordes pincées de Reflectuum sont associées à René Aubry ; sans renoncer aux structures minimalistes (Clockwerk rompt délibérément le rythme au milieu de l’album), Kreidler repeint la queue des étoiles filantes avec les synthés colorés de Circulus et Solaris, enrichissant leurs puzzles cosmiques de nouveaux instruments, comme le timpani qui permet de couper le cordon avec ces rythmes post rock qui ne leur seyaient qu’à moitié ; et avant de retourner en studio pour un intéressant Recall.

Kreidler – Appearance and the Park

Deux ans après Weekend, Kreidler revient et gagne en homogénéité, leur quatrième album égrenant avec élégance ces rythmes aérés qui font leur signature. Quatre notes répétées le long d’une batterie suffisent à installer Il Sogno di una Cosa, suivi des flux sereins de She Woke up and the World has Changed… On se laisse flotter dans les curieux fluides de Necessity Now et After the Preview ; Good Morning City rappelant les virées de Kraftwerk… La voix de Detlef Weinrich surprend sur Coldness comme si c’était Ui, les saccades technoïdes de Cube n’étant pas loin de Red Snapper… Paru en 1998, Appearance and the Park oscille entre cadences caressantes et pistes plus sinueuses, préparant le terrain pour les déclinaisons sophistiquées d’Eve Future.

Kreidler – Weekend

Kreidler est un groupe de musique électronique allemand formé à Düsseldorf en 1994 par Andreas Reihse, Stefan Schneider et Thomas Klein. À leurs premiers concerts se mêlent lectures et happenings autour de la lutte contre l’extrême droite, ils publient l’album Riva où l’on sent l’héritage krautrock de La Düsseldorf puis deux ans plus tard Weekend chez KiffSM, où ils sont rejoints par Alexander Paulick et Detlef Weinrich… Les synthés analogiques installent un curieux climat sur Traffic Way et son rotor d’hélicoptère, suivis de guitares et batteries rappelant Tortoise ; les boucles de Spat ont un côté Steve Reich avec percussions et accords visqueux, tandis que la basse monotone de Polaroid dialogue avec des ondes acidulées… Hillwood ose l’effet maracas puis les scratchs d’If creusent leur sillon dans de la terre meuble ; modulées et optimistes, les instrumentales de Weekend se succèdent avec légèreté, comme on passe en revue une pile de photos du siècle dernier.

VNV Nation – Matter+Form

Six ans après Empires, VNV Nation revient avec un cinquième album délaissant les claviers analogiques pour un son synthpop assumé, abrasif et convaincant sur Chrome mais plutôt orienté dance… La voix du chanteur s’est éclaircie, mélodieuse et presque douce avec Arena ou Perpetual qui font penser à She Wants Revenge paru l’année suivante… L’instrumentale Colours of Rain est élégante comme du Chilly Gonzales en mode ambient ; suivie des grosses machines Strata et Interceptor, riches en grimpette dans les basses et parfaitement enchaînées… Lightwave fuse comme Vangelis et Homeward s’étire tel un gros chat, au bout du compte Matter+Form n’est pas sans charme mais VNV Nation a pris ses distances avec le côté obscur des débuts, et l’on pense désormais plutôt à un Philip Glass réutilisant la même recette qu’aux humeurs ténébreuses de Clan of Xymox… Leurs autres albums se suivent et se ressemblent, paru en 2011 je sauverais Automatic même si justement, il l’est un peu trop.

VNV Nation – Empires

Groupe emblématique de la futurepop, VNV Nation est un duo de musique électronique formé à Londres en 1990 par le chanteur et claviériste Ronan Harris, rejoint quatre ans plus tard par le percussionniste Mark Jackson. Ils se forgent une solide réputation scénique avant de crever les baffles avec leur troisième opus paru en 1999 : Empires dont la brève intro annonce de grandes manœuvres (Firstlight), sorte de gimmick apocalyptique qu’ils vont réitérer sur tous leurs albums. Kingdom lui succède et produit une addiction rapide aux rythmes survitaminés ; vers les synthés poisseux d’un Rubicon au chant serein, ancestral. L’adrénaline monte d’un cran avec Saviour, entre pauses et accélérations ce morceau cartonnerait encore aujourd’hui sur un manège à sensations ; suivi des basses asphyxiantes de Fragments mêlées à la voix prophétique de Ronan, avec un synthé emprunté à Underworld pour la trance… La caresse de Distant évoque Dead Can Dance et nul ne déserte l’appel au combat de Dark Angel : tel est le programme de ce disque efficace, au son tonique et optimiste. « Victory Not Vengeance »

Mellow – Another Mellow Winter

Au rayon French Touch, entre le légèrement monotone Kid Loco et les robots de masse Daft Punk, je demande Mellow. Formé en 1997 par Patrick Woodcock et Pierre Bégon-Lours, tous deux maîtres en sampling, filter-box et autres stylophones ; le groupe se fait connaître sur scène aux côtés d’Air avant de publier leur premier album chez Atmosphériques en 1999, deux ans après que ce dernier ait révélé Louise AttaqueLovely Light démarre en mode lo-fi crasseux avant de se parer d’étoiles electro raffinées, une guitare en nylon soutenant les voix de Patrick Woodcock et Stéphane Luginbühl, venu renforcer le duo… Instant Love et ses tuba et tambourin rappellent les Beatles puis la mélancolie gagne avec Shinda Shima et son chant cabossé, suivie des ambiances orbitales de Mellow Organic Version… Souvent instrumental, parfois vocodé mais toujours élégant ; croquant et moelleux comme du pain d’épices, Mellow est un secret bien gardé.

Propellerheads – Decksandrumsandrockandroll

Créé en 1995 à Bath, Propellerheads est un groupe de musique électronique britannique. Après un ep intitulé Dive! et un remix du thème de James Bond (On Her Majesty’s Secret Service) un an après Radio 7 ; Alex Gifford à la programmation et Will White aux percussions font valser les potards sur leur premier (et unique) album en 1998 : Decksandrumsandrockandroll où avec sa cymbale persistante et son orgue en furie, Take California nous plonge au cœur du big beat… Enchaîné avec Echo and Bounce où l’on croit reconnaître The Art of Noise puis Velvet Pants et ses collages annonçant Birdy Nam Nam ; le son est profond, puissant et 360 Degrees (Oh Yeah?) fait littéralement circuler une bille entre nos oreilles, donnant si on l’écoute au casque la sensation de se faire masser le cerveau… Avec Shirley Bassey en invitée de marque onze ans après Yello, au milieu d’une tempête jazz (History Repeating) évoquant la pêche de Bedrock et Spybreak! qui sera repris l’année suivante dans le film Matrix ; entre guitares délirantes (Bang On!) et rasades de scratchs (Cominagetcha), ce disque sans successeur est aussi ludique que Right Thing, plus ardent que Surrender et raffiné comme In Sides.

Kid Loco – A Grand Love Story

Kid Loco est un musicien et producteur français de trip hop, né en banlieue parisienne en 1964. Jean-Yves Prieur pour les intimes, il a lancé Bérurier Noir et collaboré avec Mogwai avant de se faire connaître en 1997 avec l’album A Grand Love Story, amalgame electro élégant et downtempo (Alone Again So), qui prend le temps d’aimer (Love Me Sweet, She Woolf Daydreaming) au gré de samples suggestifs… The Bootleggers fait penser à Boards of Canada et Sister Curare rappelle l’ambiance de Let’s Get Killed paru la même année ; dub et langoureux entre jazz et violons, sans provoquer d’extase ce disque easy à écouter rappelle ici Endtroducing et là In the House of Love, parfait pour chauffer son ampli avant Airdrawndagger.