VNV Nation – Matter+Form

Six ans après Empires, VNV Nation revient avec un cinquième album délaissant les claviers analogiques pour un son synthpop assumé, abrasif et convaincant sur Chrome mais plutôt orienté dance… La voix du chanteur s’est éclaircie, mélodieuse et presque douce avec Arena ou Perpetual qui font penser à She Wants Revenge paru l’année suivante… L’instrumentale Colours of Rain est élégante comme du Chilly Gonzales en mode ambient ; suivie des grosses machines Strata et Interceptor, riches en grimpette dans les basses et parfaitement enchaînées… Lightwave fuse comme Vangelis et Homeward s’étire tel un gros chat, au bout du compte Matter+Form n’est pas sans charme mais VNV Nation a pris ses distances avec le côté obscur des débuts, et l’on pense désormais plutôt à un Philip Glass réutilisant la même recette qu’aux humeurs ténébreuses de Clan of Xymox… Leurs autres albums se suivent et se ressemblent, paru en 2011 je sauverais Automatic même si justement, il l’est un peu trop.

VNV Nation – Empires

Groupe emblématique de la futurepop, VNV Nation est un duo de musique électronique formé à Londres en 1990 par le chanteur et claviériste Ronan Harris, rejoint quatre ans plus tard par le percussionniste Mark Jackson. Ils se forgent une solide réputation scénique avant de crever les baffles avec leur troisième opus paru en 1999 : Empires dont la brève intro annonce de grandes manœuvres (Firstlight), sorte de gimmick apocalyptique qu’ils vont réitérer sur tous leurs albums. Kingdom lui succède et produit une addiction rapide aux rythmes survitaminés ; vers les synthés poisseux d’un Rubicon au chant serein, ancestral. L’adrénaline monte d’un cran avec Saviour, entre pauses et accélérations ce morceau cartonnerait encore aujourd’hui sur un manège à sensations ; suivi des basses asphyxiantes de Fragments mêlées à la voix prophétique de Ronan, avec un synthé emprunté à Underworld pour la trance… La caresse de Distant évoque Dead Can Dance et nul ne déserte l’appel au combat de Dark Angel : tel est le programme de ce disque efficace, au son tonique et optimiste. « Victory Not Vengeance »

Mellow – Another Mellow Winter

Au rayon French Touch, entre le légèrement monotone Kid Loco et les robots de masse Daft Punk, je demande Mellow. Formé en 1997 par Patrick Woodcock et Pierre Bégon-Lours, tous deux maîtres en sampling, filter-box et autres stylophones ; le groupe se fait connaître sur scène aux côtés d’Air avant de publier leur premier album chez Atmosphériques en 1999, deux ans après que ce dernier ait révélé Louise AttaqueLovely Light démarre en mode lo-fi crasseux avant de se parer d’étoiles electro raffinées, une guitare en nylon soutenant les voix de Patrick Woodcock et Stéphane Luginbühl, venu renforcer le duo… Instant Love et ses tuba et tambourin rappellent les Beatles puis la mélancolie gagne avec Shinda Shima et son chant cabossé, suivie des ambiances orbitales de Mellow Organic Version… Souvent instrumental, parfois vocodé mais toujours élégant ; croquant et moelleux comme du pain d’épices, Mellow est un secret bien gardé.

Propellerheads – Decksandrumsandrockandroll

Créé en 1995 à Bath, Propellerheads est un groupe de musique électronique britannique. Après un ep intitulé Dive! et un remix du thème de James Bond (On Her Majesty’s Secret Service) un an après Radio 7 ; Alex Gifford à la programmation et Will White aux percussions font valser les potards sur leur premier (et unique) album en 1998 : Decksandrumsandrockandroll où avec sa cymbale persistante et son orgue en furie, Take California nous plonge au cœur du big beat… Enchaîné avec Echo and Bounce où l’on croit reconnaître The Art of Noise puis Velvet Pants et ses collages annonçant Birdy Nam Nam ; le son est profond, puissant et 360 Degrees (Oh Yeah?) fait littéralement circuler une bille entre nos oreilles, donnant si on l’écoute au casque la sensation de se faire masser le cerveau… Avec Shirley Bassey en invitée de marque onze ans après Yello, au milieu d’une tempête jazz (History Repeating) évoquant la pêche de Bedrock et Spybreak! qui sera repris l’année suivante dans le film Matrix ; entre guitares délirantes (Bang On!) et rasades de scratchs (Cominagetcha), ce disque sans successeur est aussi ludique que Right Thing, plus ardent que Surrender et raffiné comme In Sides.

Kid Loco – A Grand Love Story

Kid Loco est un musicien et producteur français de trip hop, né en banlieue parisienne en 1964. Jean-Yves Prieur pour les intimes, il a lancé Bérurier Noir et collaboré avec Mogwai avant de se faire connaître en 1997 avec l’album A Grand Love Story, amalgame electro élégant et downtempo (Alone Again So), qui prend le temps d’aimer (Love Me Sweet, She Woolf Daydreaming) au gré de samples suggestifs… The Bootleggers fait penser à Boards of Canada et Sister Curare rappelle l’ambiance de Let’s Get Killed paru la même année ; dub et langoureux entre jazz et violons, sans provoquer d’extase ce disque easy à écouter rappelle ici Endtroducing et là In the House of Love, parfait pour chauffer son ampli avant Airdrawndagger.

Goldfrapp – Felt Mountain

Formé à Londres en 1999 par la chanteuse Alison Goldfrapp et le claviériste Will Gregory, Goldfrapp est un duo de trip hop britannique. Alison étudie les beaux arts jusqu’à sa rencontre avec Tricky qui l’embauche comme choriste, puis Orbital en 1994… Paru en 2000, leur premier opus Felt Mountain s’ouvre sur Lovely Head dont les sifflements sont devenus un classique, associés à un synthé caoutchouteux et au chant d’Alison évoquant vaguement Portishead ; sauf que Beth Gibbons fait ça beaucoup mieux. Les traficotages vocaux de Deer Stop en sont même irritants, rattrapés par le titre éponyme où une certaine personnalité point derrière ces gammes chantées à tue-tête… Alléchant à sa sortie où il tutoyait Come From Heaven, dix-neuf ans plus tard Felt Mountain paraît bien essoufflé à nos oreilles qui en ont entendu d’autres ; et l’on se souviendra plus durablement de la collaboration d’Alison sur trois titres du chef d’œuvre d’Orbital : In Sides que je file écouter pour terminer cette journée mieux qu’elle n’avait commencé.

Moby – Innocents

Deux ans après Destroyed, avec Innocents Moby signe un onzième album roboratif d’où se dégagent fraîcheur et goût du risque. Comme un ressort surgi d’une boîte à diable, Everything that Rises enveloppe vers le pays ralenti de A Case For Shame, la voix de Cold Specks évoquant Archive, tout aussi troublante un peu plus loin avec Tell MeAlmost Home évoque Mercury Rev et Going Wrong nous délecte de sa douceur downtempo ; Wayne Coyne se fait plaisir avec The Perfect Life avant la solution soluble délivrée par Skylar Grey sur The Last Day, aussi délicieuse que Mazzy Star… Percées de faux raccords, les boucles trip hop de A Long Time grisent durablement avant Saints et ses vocalises réminiscentes de High Energy… La voix de Mark Lanegan fait penser à Richard Hawley en plus caverneux (The Lonely Night), puis Moby reprend le mike pour un slow à l’ancienne (The Dogs) après s’être entouré d’invités variés… L’édition digipack est accompagnée d’un ep  contenant le méditatif My Machines, portant à 18 le nombre de morceaux sur ce disque où pour le meilleur et loin de s’asseoir sur ses lauriers, Moby n’a pas craint de diversifier son spleen.

Moby – Destroyed

Moby signe son dixième album en 2011, deux ans après l’émouvant Wait for Me. Largement écrit pendant ses tournées, souffrant d’insomnie comme il le raconte dans le livret nourri de photographies tirées de ses voyages ; Destroyed s’écoute tard la nuit, lorsque la ville dort… Son titre figure sur l’une des photos montrant le dernier mot d’un message d’avertissement sur un panneau d’affichage dans un aéroport, prélude ludique à un disque nuancé entre promenades tamisées (The Broken Places), confidences feutrées (Be the One, Rockets ou Victoria Lucas avec Inyang Bassey) et truculences electro (Sevastopol, Blue Moon). Il y a aussi le sucre lent du chant de Joy Malcolm (Lie Down in Darkness) suivi de deux instrumentales émollientes (The Violent Bear it Away, When You are Old) parmi 15 morceaux apaisants, comme une parenthèse nocturne dans la discographie de l’éclaireur new yorkais.

Moby – Wait for Me

Sept ans après son dernier disque intéressant (18), Moby revient avec Wait for Me, un opus contemplatif dont l’inspiration lui est venue à la suite d’un discours de David Lynch à l’académie britannique des arts de la télévision et du cinéma (BAFTA), où l’aîné vantait les mérites de la créativité libérée de toute considération commerciale… Il en résulte des titres dépouillés et instrumentaux (Division, Scream Pilots), mélancoliques avec Amelia Zirin-Brown (Pale Horses) ou Kelli Scarr (Wait for Me) ; Moby renoue également avec l’art de répéter un couplet sur 4 minutes avec chœurs emphatiques et craquements de vinyles (Study War) et s’autorise un Slow Light qui aurait pu figurer au générique de la saison finale de Twin Peaks, avant de conclure sur une note trip hop avisée (Isolate). Avec ses effets réduits et son piano ambient, on embarque aisément dans ce neuvième album, où Moby s’est dessiné en couverture sous la forme d’un petit homme pourvu d’antennes.

Moby – Last Night

En 2005 Moby se renouvelle avec Hotel, un album de chansons convenues avec le hit Lift Me Up, dont on se dispensera pour passer directement à Last Night produit trois ans plus tard, dominé par la dance music et où le compositeur rend hommage aux DJ de New York… L’incipit est de taille, avec son riff à la Daft Punk Ooh Yeah éveille les sens et l’on se croit parti pour un grand album, riche en jonglages sonores sans empiéter sur Play ou 18. On se laisse porter par la nonchalance d’I Love to Move in Here jusqu’à l’apparition d’un couplet hip hop agaçant, le soufflet retombe et n’est plus rattrapé que par Live for Tomorrow (charnel) et The Stars (joliment étagé). On sauvera encore Sweet Apocalypse, une instrumentale qui furète du côté d’Underworld ; mais Melville nous a habitués à mieux et l’on passera un moment plus riche en réécoutant Moby, son premier album éponyme.