David Holmes – Let’s Get Killed

David Holmes est un DJ et compositeur de musique électronique irlandais né à Belfast en 1969. Il mixe dès 15 ans dans les clubs locaux, gagne sa croûte comme coiffeur, cuisinier puis gérant du club Sugar Sweet, où Orbital s’est produit avant d’écrire le morceau Belfast sur leur premier album… Holmes se met à composer en 1992 et publie un album trois ans plus tard chez Go! Beat, le label de Portishead ; puis se fait remarquer en 1997 avec Let’s Get Killed, un périple downtempo largement instrumental, entre étendues trip hop et samples urbains où il donne la parole à des sans-abris, des dealers et des prostituées (Head Rush on Lafayette, Freaknik) : autant d’incrustations sans filtre rappelant f♯a♯∞ mais aussi CODY… Il détourne James Bond (Radio 7) avant Don’t Die Just Yet où un sample de Melody Nelson termine cette heure où le jazz n’est pas en reste, à écouter entre une gorgée de Lounge Station et une tranche de Solaar.

LFO – Sheath

Troisième et dernier album de LFO, Sheath signifie « gaine » et installe d’emblée une atmosphère protectrice, ouatée dans les limbes avec Blown…Rappelant les débordements d’AutechreMum-Man pousse l’excitation un peu loin, on reprend de l’altitude avec Mokeylips proche de la ligne de flottaison de The Orb, réveillé à temps par la frénésie de Snot tandis que les mécanismes d’horlogerie de Sleepy Chicken donnent envie d’écouter Pierre Bastien… Freak est le titre vedette de ce disque, Gaspar Noé ne s’y est pas trompé en le mettant au générique de son film Enter the Void en 2009, bête de précision progressive gavée de vocoder et d’interjections en tous genres, une claque techno dont on se souvient longtemps… Entièrement instrumental, Sheath s’en va sur la pointe des pieds avec un ‘Premacy laineux que Brian Eno aurait accepté de tricoter, signant la fin du groupe de Mark Bell qui décède en 2014 des suites d’une intervention chirurgicale. « This is going to make you freak… »

LFO – Advance

Paru en 1996, Advance est le second album du duo electro britannique. La montée en puissance du morceau éponyme est de bon augure, qui s’enchaîne à Shut Down et sa rythmique dégourdie. Le son s’est étoffé depuis Frequencies, les textures sont tissées avec finesse et dévoilent un Goodnight Vienna somptueux, ambient à rapprocher du Dawn Man de A Reminiscent Drive ; mais aussi Ultra Schall et Jason Vorhees qui semblent avoir tracé leur plan de vol aux côtés d’Orbital… Mark Bell a pris de l’assurance et produira Depeche Mode et Sabres of Paradise la même année, après avoir servi ce cocktail parfois inégal mais vibrant, où les titres bruyants ne sont pas les meilleurs… Avec son esthétisme minimaliste soigné jusqu’au design du livret, Advance marque un nouveau pas dans l’odyssée de LFO.

LFO – Frequencies

LFO est un groupe de musique techno britannique considéré parmi les pionniers dans le genre IDM (Intelligence Dance Music). Formé à Leeds en 1988 par Gez Varley et Mark Bell, leur nom rend hommage à la fonction « Low Frequency Oscillator », présente sur les synthés analogiques et qui met l’accent sur les basses fréquences, dont ils font un usage intensif et novateur… Paru chez Warp cinq ans avant Richard D. James, leur premier album Frequencies est devenu une curiosité qui mérite d’être entendue. We are Back est hyperactif et annonce déjà le monstrueux Freak, la ligne de basse de Tan Ta Ra n’a pas pris une ride et ses carillons n’ont rien à envier aux Cocteau TwinsLove is the Message rend sexy la répétition d’une phrase bien avant Around the World et Think a Moment ose une superposition de boucles ambient… Sans atteindre l’émulation de Future Sound of London ou la subtilité des Boards of Canada, Frequencies fait remonter à la musique électronique dans sa forme artisanale, comme on apprécie un bon Kraftwerk avant d’aller dîner à la maison Kammerzell. Yo.

Red Snapper – Hyena

En 2014, Red Snapper est de retour chez Lo Recordings avec Hyena, un album expérimental dont la base musicale est la bande originale d’un film sénégalais sorti en 1973, Touki Bouki dont on voit une photo sur la pochette… Sans déroger à la règle des démarrages en trombe, Card Trick ravira les aficionados, et plus loin Dock Running ou Trafic. Mais ce disque c’est aussi Village Tap, où Ali Friend fredonne sur un tempo disco avec une mélodie au clavier digne de Daft Punk, Mambetty et sa guitare art rock ; sans oublier le climat de Lassoo qui m’a fait replonger dans l’univers des jeux-vidéo des années 80… Ces écarts sont assumés et bien dosés, car à la fin la paire Archout et No Exit remet tout le monde d’accord ; sa ligne soignée le long d’une jetée, suite jazz étoilée terminant un album aventureux, où tenter quelques bricoles n’empêche pas de rester soi-même.

Red Snapper – Key

Pour son cinquième album paru chez V2 Benelux en 2011, Red Snapper démarre par un morceau déstructuré où le saxo de Tom Challenger fait tout de même signature (In your Backs), un jam comme une mise en jambes vers Chimee, mécanique de précision où tintinnabulent des lames en métal, psychédélique à souhait… Invitée sur Biffa Bacon et Loveboat, la chanteuse Eliza Carthy laisse insatisfait et l’on regrette le funk de Karime Kendra ; la voix translucide de Gavin Clarke séduit en revanche sur Jack et Architectronic, les percussions de ce dernier m’évoquant un mélange entre Swayzak et la tribu d’O.Rang… Spikey a tout pour faire cracher les poumons d’un joggeur et le groove de Racing Snake dépote entre rythmes lancinants et clarinette jazz ; même si c’est sans la magie des débuts, Key est un disque généreux où l’on passe de bons moments.

Red Snapper – Pale Blue Dot

Après six ans de séparation, le temps pour chacun de mener différents projets, Ali, Richard et David reviennent chez Lo Recordings avec Pale Blue Dot. Présent dans le studio au bon moment, le saxo-clarinettiste Tom Challenger devient membre permanent et ravive en quelques instants le son clair et pulsé, chaleureux de Red Snapper sur Brickred ; sensation confirmée avec Lagos Creepers : ce quatrième larron fait la paire avec le trio initial ! La basse d’Ali Friend nous offre une intro en or sur Wanga Doll, argentée par Tom alors joueur de mélodica ; puis l’alchimie se grippe et quelqu’un se met à crier afin de masquer la supercherie, mais Deathroll n’a pas perdu le sens de la progression et à l’exception de Moving Mountain où ils sont tombés dans l’autoparodie en convoquant le fantôme de Prince Blimey ; et de deux remix avec fonction remplissage à la fin du disque, Red Snapper démontre qu’il a encore envie sur cet opus me rappelant les Standards de Tortoise, le tout servi dans un digipack insolite et dépourvu de signe extérieur.

Red Snapper – It’s all Good

Red Snapper vient de se dissoudre, nous sommes en 2002 et sous la houlette de leur batteur Richard Thair, le label Keep Diggin a convié neuf artistes à pousser les potards autour de l’esprit du groupe défunt… His Name is Alive ouvre le bal, lui-même en pleine mutation et qui propose une version boostée de Someday my Blues will Cover the Earth. Les hésitations de Prefuse 73 ennuient passablement (Nuno) et Yokota se contente d’extraire King Dragonfly de son dernier album ; ça s’arrange avec le Space Chase de Nav et plus encore Houston de Spacer, dont les boucles techno permettent enfin de décoller… Cela étant, le meilleur titre de cette compilation se nomme Ultraviolet, une instrumentale aux rythmes perforants signée Red Snapper, comme on balance un dernier inédit… Mention honorable aux épellations de Spellcheck marinées dans les collages graisseux d’Aramcheck, au dessert de ce disque inégal mais bienveillant en espérant le retour des rois de la dub downtempo, des princes du jazz trip hop.

Red Snapper – Our Aim is to Satisfy

En 2000, Red Snapper change la chanteuse mais garde le rappeur ; ces manœuvres vocales rappelant celles d’Archive à l’époque de Controlling Crowds… On est ravi de retrouver le timbre revêche de MC Det qui tient autant de Rosko John que de Tricky avec Some Kind of Kink ; The Rake préparant le terrain pour Karime Kendra sur The Rough and the Quick, un morceau big beat excitant et funky ; une voix charismatique dont les gimmicks rappellent Beaucoup Fish… Mais Red Snapper ne serait pas notre poisson rouge préféré sans ses instrumentales atmosphériques entre trip hop et jazz progressif (Keeping Pigs Together, Alaska Street)Belladonna met une ambience digne de Moby et They’re Hanging me Tonight boucle l’album sur un crescendo proche des Chemical Brothers… Avec sa couverture hype signée Spiros Politis et une production au cordeau le rapprochant (parfois) de Mezzanine, Our Aim is to Satisfy est le disque idéal pour découvrir Red Snapper. « I want the kind of night that I read about… »

Red Snapper – Making Bones

Deux ans ont passé depuis Prince Blimey et après avoir assuré la première partie des concerts de The Prodigy au Royaume-Uni, le trio londonien revient avec un album surprenant où le rappeur MC Det a été invité, son langage se mariant bien avec un inquiétant premier morceau (The Sleepless). Parsemé de Kosmische Musik à la KraftwerkCrease donne envie de pousser le volume vers la seconde surprise de ce disque : Image of You où la voix d’Alison David ajoute une touche soul poignante, et plus loin sur Seeing Red… The Tunnel est gonflé à bloc et MC Det est de retour sur Like a Moving Truck et Suckerpunch, intrépides et convaincants ; Making Bones a franchi un pas en direction du hip hop mais avec ses rythmes fougueux et sa basse jazz, son usage maîtrisé de l’electro, c’est sans avoir renoncé à ce qui fait le style brumeux et roboratif de Red Snapper… J’ai mis un certain temps à apprécier cet opus venu bousculer mes habitudes, assurément un grower dont la verve me fait penser à Mr. Scruff.