Mouse on Mars – Autoditacker

Formé à Düsseldorf en 1993 par Jan St. Werner et Andi Toma, Mouse on Mars est un combo de musique électronique allemand. Ils grandissent sur les terres de Kraftwerk et publient un premier album chez Too Pure, le même label que Pram… Paru en 1997, Autoditacker mélange krautrock et Intelligent Dance Music, où Juju rappelle les sauts de puce de Kreidler et Tamagnocchi la batterie de Neu! ; le tumultueux Tux & Damask flirtant avec Mr. Scruff et Red SnapperLætitia Sadier baragouine en français sur Schnick Schnack, façon Dimitri from Paris et l’on n’a pas vu l’heure tourner en compagnie de ces martiens plus désinvoltes que Parmegiani ; tout comme je n’ai pas vu passer ces neuf ans et demi durant lesquels j’ai pris plaisir à commenter chaque cd de ma discothèque… Je poursuivrai l’exercice de temps à autre, au gré de nouvelles acquisitions et en espérant avoir élargi l’horizon musical de mes lecteurs.

Leftfield – Leftism

Créé à Londres en 1989 par Neil Barnes et Paul Daley, Leftfield est un groupe de musique électronique britannique. Après diverses expériences au sein de groupes house, ils unissent leurs efforts et leur son prend une forme plus personnelle faite de dub et de reggae, de rythmes jungles ; ils publient des singles à partir de 1990 et sont révélés grâce au titre A Final Hit sur la bande originale de Trainspotting en 1996… Paru l’année précédente, leur premier album Leftism est survitaminé à faire tomber les feuilles d’une plante verte située à côté de l’enceinte. Afro-Left progresse vers un tempo puissant émaillé du dialecte tribal et rapide de Neil Cole, au nombre des invités sur ce disque dont les claviers acides provoquent des tournis sonores (Original avec le chant de Toni Halliday, Space Shanty, Storm 3000) dignes des meilleurs manèges de fête foraine… On n’oublie pas Johnny Rotten tout à son élément sur le fiévreux Open Up bouclant cet opus trip hop et trance, aussi remuant que les Chemical Brothers avec un supplément d’âme qui les rapproche de The Shamen.

The Shamen – En-Tact

The Shamen est un groupe de musique électronique écossais créé en 1985 par Colin Angus, Derek McKenzie et Peter Stephenson. Si l’on pense à Syd en écoutant leur premier album Drop paru en 1987, ils évoluent vers la techno et occupent la scène rave avec En-Tact publié trois ans plus tard chez One Little Indian… Incantatoire et dansant, Human NRG fait planer avant l’incontournable Progen, plus connu sous le nom de Move Any Mountain tel un credo pulsé à l’acide. La guitare déliée de Possible Worlds élargit notre champ de vision vers Omega Amigo, parfait pour chiller avant les ondulations progressives d’Evil is Even à la manière de The KLF, constituant le cœur de cet album où l’on jubile, sans toutefois atteindre au grandiose de The Orb’s Adventures… paru l’année d’après. La surboum se termine avec l’ensorcelant Here me O my People, un remix dégourdi signé Orbital.

Morcheeba – Big Calm

Morcheeba est un groupe de musique électronique britannique formé en 1995 par les frères Paul et Ross Godfrey et la chanteuse Skye Edwards. Ils se rencontrent lors d’un concert à Greenwich et publient un premier album acidulé (Who Can You Trust?), collaborent avec David Byrne puis enchaînent avec Big Calm paru en 1998 chez Sire, le label d’EBTG… On prend la mer en douceur avec The Sea où règne une brise d’Air, avant les samples downtempo de Shoulder Holster colorés par un élégant sitar. Les cordes de Blindfold sont à l’avenant tandis que Part of the Process m’évoque les violons des Sons of the Desert ; puis un rythme reggae (Friction) et des trompettes jazzy (Fear and Love) complètent ce bouquet caméléon, le style de Morcheeba étant surtout lié au timbre charismatique de Skye Edwards… Aimable fourre-tout trip hop rehaussé de lounge, avec sa couverture zénifiante Big Calm ne peut pas faire de mal.

Mr. Scruff – Trouser Jazz

Trois ans après l’immanquable Keep it Unreal, l’orfèvre du downtempo revient avec un opus sûr de son swing sur Beyond et la voix lascive de la chanteuse Seaming To, qui collaborera plus tard avec Robert Wyatt ; ou encore Come Alive et ses couplets bien balancés le long de rythmes amortis… Les percussions tribales de Shelf Wobbler sont rattrapées par un saxo nerveux, suivies de Giffin où basse et clavinet se superposent à un tempo épatant… Certains morceaux suivent la recette du premier opus d’un peu trop près (Sweet Smoke, Shrimp) mais l’ensemble reste espiègle et frétillant, qui se termine à nouveau par un épisode désopilant en haute mer avec Ahoy There! sur cet album dont la pochette représente des musiciens en forme de patates, dessinés par Mr. Scruff et qui me font penser au dessin animé The Tune, avec lequel sa musique partage un certain état d’esprit.

Mr. Scruff – Keep it Unreal

Plus connu sous le nom de Mr. Scruff, Andrew Carthy est un DJ anglais né en 1972 à Macclesfield. Son premier album éponyme paraît en 1997, suivi de Keep it Unreal deux ans plus tard chez Ninja Tune, en bonne compagnie aux côtés de Permutation et Motion… On trippe avec les basses bouclées de Spandex Man, suivi du jazzy Get a Move On qui sample Bird’s Lament de Moondog avec des craquements dans le vinyle façon Moby, durant sept minutes de réappropriation trip hop qui vont le révéler grâce à son utilisation dans des spots publicitaires… Le breakbeat de Chipmunk déplace les enceintes et son vibraphone me donne envie d’écouter Tortoise avant Do You Hear et ses airs lounge, un orgue et un saxo roulant des mécaniques sur l’entêtant Blackfoot Roll tandis que Travelogue m’évoque l’ombre d’un autre DJ… Je n’oublie pas les comptines Shanty Town et Fish, où Scruff a rassemblé d’improbables bribes de dialogues maritimes, pour un résultat absurde et réjouissant sur ce disque cadencé comme une machine à vibrer.

Gus Gus – Attention

Créé en 1995 à Reykjavík, Gus Gus est un groupe de musique électronique islandais à géométrie variable dont les membres fondateurs sont Daníel Ágúst, Emilíana Torrini et Magnús Jónsson. Après un premier album éponyme, ils publient Polydistorsion chez 4AD en 1997, suivi de This is Normal en 1999 qui m’avait fait découvrir leur son enveloppant et acidulé ; avec le temps pourtant je n’ai conservé qu’un seul de leurs opus : Attention paru chez Underwater en 2002 pour ses qualités euphorisantes… Les synthés sont techno et les rythmes house, ça vibre dans les basses pour des éclats à danser (David, Attention, I.E.E) ou à velouter au creux d’un sofa (Desire, Call of the Wild) ; entre Röyksopp pour le chant et LFO pour la pulsation, avec un soupçon de Björk dont ils ont remixé Hunter en 1997 ; les gus de Gus Gus savent faire mumuse avec la TB-303.

Tricky – Blowback

Né à Bristol en 1968, Tricky est un chanteur et compositeur britannique de musique trip hop. Abandonné par ses parents, il est élevé par sa grand-mère et jouit d’une liberté précoce, rencontre les DJ et fréquente la scène locale où il croise la route de Massive Attack et participe à leur album Blue Lines en 1991… Quatre ans plus tard, il publie Maxinquaye avec la participation de Martina Topley-Bird et d’Alison Goldfrapp ; un album que j’ai longtemps conservé avant de m’en lasser, la discographie de Tricky n’étant pas aussi impérissable que celle de Massive Attack… Paru en 2001, c’est à mes oreilles Blowback qui incarne le mieux son style aérien, groovy au piano sur Excess précédant l’indémodable Evolution Revolution Love et son chant rauque, ses samples electro… La voix d’Ambersunshower séduit sur You Don’t Wanna où l’on reconnaît la boucle ralentie de Sweet Dreams ; avant le tonitruant Bury the Evidence suivi d’un échange feutré entre Tricky et la chanteuse Yukiko Takahashi qui évoque l’univers de Susumu Yokota, bouclant ce disque un peu passe-partout mais bien charpenté et qui donne envie de foncer vers Protection.

Amon Tobin – Permutation

Amon Tobin est un DJ et compositeur de musique électronique brésilien, né à Rio de Janeiro en 1972. Sa famille déménage souvent entre le Maroc et la Grande-Bretagne, à l’adolescence il s’installe à Brighton où il concocte ses premiers morceaux hypnotiques et publie un album chez Ninebar Records en 1996. Deux ans plus tard, le label Ninja Tune accueille son opus Permutation, dont le premier titre Like Regular Chickens contient un sample du film Eraserhead de David LynchBridge est plutôt jazz avant les rythmes trip hop de Sordid entre Aphex Twin et David Holmes ; tandis que les trompettes étouffées de People Like Frank installent un climat onirique virant au cauchemar lorsque des percussions échevelées prennent le dessus… Nova termine la croisière sur un air lounge évoquant un certain Dimitri, avant de regagner la terre ferme après cette croisière expérimentale au cœur de tonalités drum’n bass rappelant l’univers de Photek.

Hybrid – I Choose Noise

Trois ans après Morning Sci-Fi, les Gallois reviennent avec un album electro habillé de musique symphonique, I Choose Noise sous la direction du compositeur Harry Gregson-Williams… Dogstar chauffe la piste avec le chant étoilé de Perry Farrell, suivi du titre éponyme aux accents épiques, dystopiques comme la bande son prémonitoire d’un épisode de la série Black Mirror. Si l’on est en voiture, les sensations que procure Judie Tzuke sur Falling Down donnent envie de faire un excès de vitesse plus sûrement qu’Autobahn ; avant la pulsation tribale de Last Man Standing… Sans avoir la même originalité que son prédécesseur, I Choose Noise est sensuel pour les neurones mais aussi de nature à induire le mouvement perpétuel chez un danseur en transe ; certaines escalades rappelant la vitalité de VNV Nation.