Swayzak – Himawari

Formé à Londres en 1997 par David Brown et James Taylor, Swayzak est un groupe de musique électronique à tendance techno minimaliste. Signé chez Medicine Label l’année suivante, leur premier opus Snowboarding in Argentina impose une alchimie épurée sans être froide, confirmée en 2000 sur Himawari qui s’ouvre avec Illegal, un morceau downtempo interprété par le poète dub Benjamin Zephaniah, entre rap et reggae… Kirsty Hawkshaw prête sa voix séraphique à State of Grace, en anglais puis en allemand pour plus de mystère autour de rythmes pétillants ; mais Swayzak excelle aussi dans les instrumentales comme Leisure Centre alignant des micro-jingles en répétition hypnotique, Japan Air et sa basse mousseuse, sans oublier les escalades touffues de Pineapple Spongecake et Betek… Humble et solide, aérien et urbain, Himawari cisèle à merveille.

The Prodigy – The Fat of the Land

Avec son crabe en couverture, le troisième opus des Prodigy paraît en 1997 et les fait connaître au-delà des frontières britanniques. En dépit de ses paroles simplistes, Smack my Bitch Up accroche d’emblée, sa choriste surexcitée ajoutant à la pulsion… Rappé par Kool Keith, Diesel Power évoque un instant Mezzanine paru l’année d’après, suivi de Serial Thrilla et son alarme oppressante. Il y a aussi une guitare humide et des rythmes à la Propellerheads (Breathe), ou encore les tubesques Firestarter et Climbatize pour une paire hip hop échevelante ; le joyau du disque se situant juste avant, avec Narayan où l’adrénaline monte par paliers à franchir solidement encordé à Crispian Mills, chanteur indie invité pour cet exploit… D’une efficacité redoutable, The Fat of the Land est un album de haute volée même si je lui préfère d’une courte tête le souterrain Music for the Jilted Generation ; et qui a frappé si fort que tout ce qui a suivi ne s’en est plus jamais approché.

The Prodigy – Music for the Jilted Generation

Deux ans après Experience, The Prodigy revient avec un album encore plus survolté, Music for the Jilted Generation dont les textes réagissent au durcissement des lois anti-raves de 1993… Howlett commence par publier le single One Love sur un white label, comme pour tâter le terrain avant de lâcher cette bombe sonore de 79 minutes, où les séquences drum’n bass s’enchaînent vélocement et dont la Narcotic Suite constitue le point d’orgue avec ses trois titres en vase clos et le dantesque Skylined au milieu ; pour un trip aussi faramineux que Born Slippy… Bris de verre et samples funk (Break and Enter), claviers déchaînés (Full Throtle) et jungle (Voodoo People), envies d’appuyer sur le champignon (Speedway) avant un big beat (No Good) : cette bande son pour une génération délaissée s’écoute à fond, fait disparaître les rides et danser les neurones. « My mind is glowing… »

The Prodigy – Experience

Créé à Essex en 1990 par le DJ Liam Howlett, les chanteurs Keith Flint et Maxim Reality et le claviériste Leeroy Thornhill, The Prodigy est un groupe de musique électronique britannique. Sous l’impulsion de Liam qui a déjà composé plusieurs démos, ils sont remarqués par le label XL où ils signent en 1992 leur premier album Experience… Gonflé à l’adrénaline, leur son est un mélange de breakbeat et de techno garni de samples farceurs, où les voix s’accélèrent comme dans un dessin-animé (Out of Space) puis se répètent et s’entêtent jusqu’à la transe (Everybody in the Place)… On croirait entendre Tricky sur Wind it Up et les rythmes acides de Jericho laissent des traces de cuivre ; Ruff in the Jungle Bizness m’évoque les Chemical Brothers tandis que la linéarité de Weather Experience fait penser aux débuts d’Orbital…  Un opus étoffé et délirant, aux bricolages parfois datés mais annonciateurs de prodiges.

Radiohead – The King of Limbs

Quatre ans après Hail to the Thief, Radiohead se libère des liens qui l’unissait à EMI et propose In Rainbows en 2007, un album disponible en téléchargement libre sur le site du groupe. J’avais fini par l’acheter en version cd, le digipack étant remarquable ; mais musicalement peu convaincant à part House of Cards , il n’a pas survécu à mon dernier nettoyage de printemps… Paru en 2011, The King of Limbs a plus de chances de rester dans les mémoires. Touffu et atmosphérique, l’imbroglio cuivré de Bloom saisit d’emblée, enchaîné avec Morning Mr Magpie et son tempo trépidant, ses ralentissements réverbérés. La rythmique et les échos de Feral me fascinent autant que la ligne de basse de Lotus Flower, où Yorke grimpe sereinement dans les aigus puis redescend d’un ton le temps d’un Codex au piano, suivi de l’introspectif Give up the Ghost qui a peut-être inspiré James Blake trois ans plus tard… Nourri aux boucles de samples avec une dose de trip hop et une grande maîtrise à la batterie, modeste par sa durée et rachitique dans sa présentation (exit les livrets dispendieux), The King of Limbs renouvelle et remue.

Radiohead – Hail to the Thief

En 2003, Hail to the Thief prend ses distances avec la haute voltige electro (Kid A/Amnesiac), revenant à des morceaux plus disciplinés. Le titre de l’album fait référence à l’élection contestable de George Bush trois ans plus tôt ; et si Thom se défend d’avoir écrit un disque engagé, avec (2+2=5) il commence par un hommage puissant au roman dystopique 1984 de George Orwell… Where I End and you Begin et The Gloaming en sont les deux autres perles ; le premier pour ses ondes Martenot, le second grâce à un climax qui s’il avait duré plus longtemps, aurait tutoyé With us Until you’re Dead… La guitare prime et Yorke déprime sur Go to Sleep, comme s’il y avait une suite à Knives Out ; le reste est plutôt récréatif, réveillant pêle-mêle des souvenirs new wave à la Siouxsie et les claviers de Gary Numan… La procession de We Suck Young Blood m’agace et Myxomatosis est fatigant, avec sa pochette saturée de mots creux, collage absurde dénonçant le monde moderne, Radiohead signe ici son album le plus conformiste.

Radiohead – Amnesiac

Un an après Kid A, Radiohead fait dans la continuité avec son cinquième album, Amnesiac dont 10 des 11 morceaux ont été enregistrés durant les sessions du précédent… Et d’y retrouver les mêmes sons enrobés et langoureux (Packt Like Sardines in a Crushd Tin Box), la voix de Yorke dans le coltard (Pyramid Song) évoquant parfois les échappées de Moby (You and Whose Army?). Je me serais passé de la version alternative de Morning Bell (déjà soporifique l’année d’avant) ; j’aurais préféré qu’ils laissent Dollars and Cents dans son intégralité, issue d’une impro de 11 minutes digne de CanKnives Out est magnifique, chant et guitares liées par une créativité intacte, confirmée avec le maelstrom étourdissant de Like Spinning Plates. Les façons trip hop de Pulk/Pull Revolving Doors me font penser à Archive et son Controlling Crowds, également constitué de deux albums parus coup sur coup ; le résultat étant ici moins convaincant car Amnesiac est flegmatique, et restera toujours le gentil cadet de Kid A.

Radiohead – Kid A

Paru en 2000, l’amplitude de Kid A s’impose dès les premières notes (Everything in its Right Place), où dans un état semi-liquide Thom Yorke installe un son en rupture avec l’effet OK Computer… Torsadée sur le titre éponyme, sa voix s’éclipse derrière une pluie de petits pianos soutenue par des synthés blafards, avant la basse lancinante de The National Anthem dont les collages évoquent les Beatles… On se recueille avec l’instrumentale Treefingers puis In Limbo se perd dans un tourbillon de démence, nous laissant encamisolés dans la trépidante Idioteque… Au rayon mélancolie, les cordes de How to Disappear Completely me font trembler et Motion Picture Soundtrack s’envole vers un faux silence, bouclant cet album rempli de cachettes et de rebondissements jazz, electro inouïs. « I’m not here, this isn’t happening… » Signé Stanley Donwood, le livret n’en finit pas de déplier perspectives et papier calque, enrichissant encore ce voyage qui déroute nos oreilles vers l’indélébile, à mi-chemin entre Tago Mago et Street Horssing.

Radiohead – OK Computer

Attendu au tournant après The Bends, le troisième album de Radiohead paraît en 1997, enregistré sans contraintes de temps dans un manoir non loin de Bristol… Si la montée à bord n’est pas fracassante (Airbag), une énorme claque arrive avec Paranoid Android, sa guitare dépouillée où le chant de Yorke se mêle brièvement à des accords de rock progressif suivis d’une descente d’arpèges ruisselants, chorale neurasthénique dont on sort différent ; la prouesse se répétant avec le même engagement sur Karma Police et ses paroles aliénées… Exit Music (For a Film) a illustré Romeo + Juliet de Baz Luhrmann avec un son rappelant Kraftwerk, le procédé du sombre Fitter Happier n’étant pas loin de l’Uranium des précurseurs düsseldorfois… Magnétique et captivant, mêlant l’ambient à l’electro avec toujours une bonne dose de riffs, OK Computer est à Radiohead ce que The Dark Side of the Moon est à Pink Floyd : important mais inégal, surestimé par rapport à ce qu’ils vont faire ensuite. « For a minute there, I lost myself… »

Radiohead – The Bends

Deux ans après Pablo Honey, Radiohead poursuit sa mue et revient avec The Bends, où les synthés prennent du galon et les paroles s’étoffent. Je les découvre avec ce disque acheté par hasard lors de mon premier voyage à Londres en 1995, conquis après deux minutes d’écoute au casque chez un disquaire. En novembre cette même année, j’assiste à leur concert à la Laiterie de Strasbourg. Presque personne ne les connaissait, en petit comité… D’abord noyé dans la brume, Planet Telex déroule une atmosphère unique, où la voix saturée n’en révèle pas moins sa fragilité… Dominé par un gros son l’assimilant à la britpop, l’album est émaillé de moments lyriques (High and Dry, Fake Plastic Trees) où le chant suit une guitare tranquille, planante et qui culmine avec (Nice Dream) et Street Spirit (Fade Out)… J’ai du mal avec My Iron Lung mais Bullet Proof rattrape le coup ; inégal et parfois tapageur, The Bends innove et annonce de grandes manœuvres.