Amon Tobin – Permutation

Amon Tobin est un DJ et compositeur de musique électronique brésilien, né à Rio de Janeiro en 1972. Sa famille déménage souvent entre le Maroc et la Grande-Bretagne, à l’adolescence il s’installe à Brighton où il concocte ses premiers morceaux hypnotiques et publie un album chez Ninebar Records en 1996. Deux ans plus tard, le label Ninja Tune accueille son opus Permutation, dont le premier titre Like Regular Chickens contient un sample du film Eraserhead de David LynchBridge est plutôt jazz avant les rythmes trip hop de Sordid entre Aphex Twin et David Holmes ; tandis que les trompettes étouffées de People Like Frank installent un climat onirique virant au cauchemar lorsque des percussions échevelées prennent le dessus… Nova termine la croisière sur un air lounge évoquant un certain Dimitri, avant de regagner la terre ferme après cette croisière expérimentale au cœur de tonalités drum’n bass rappelant l’univers de Photek.

Hybrid – I Choose Noise

Trois ans après Morning Sci-Fi, les Gallois reviennent avec un album electro habillé de musique symphonique, I Choose Noise sous la direction du compositeur Harry Gregson-Williams… Dogstar chauffe la piste avec le chant étoilé de Perry Farrell, suivi du titre éponyme aux accents épiques, dystopiques comme la bande son prémonitoire d’un épisode de la série Black Mirror. Si l’on est en voiture, les sensations que procure Judie Tzuke sur Falling Down donnent envie de faire un excès de vitesse plus sûrement qu’Autobahn ; avant la pulsation tribale de Last Man Standing… Sans avoir la même originalité que son prédécesseur, I Choose Noise est sensuel pour les neurones mais aussi de nature à induire le mouvement perpétuel chez un danseur en transe ; certaines escalades rappelant la vitalité de VNV Nation.

Hybrid – Morning Sci-Fi

Formé en 1995 par Mike Truman, Chris Healings et Lee Mullin, Hybrid est un groupe de musique électronique gallois. Paru en 1999, leur premier opus Wide Angle révèle des compositions soignées et en partie interprétées par un orchestre classique, une trance progressive évoquant l’univers d’Underworld… Quatre ans plus tard, Morning Sci-Fi amplifie ce style avec de longs morceaux planants, en particulier True to Form dont le chant me rappelle The Oscillation en plus pêchu, ou bien Out of the Dark qui se déploie le long de rythmes corsés, s’accroissant à la façon de Through your Window… Ces perles mises à part, la voix de Kirsty Hawkshaw fait monter l’adrénaline avec Blackout à la manière d’Out There and Back paru l’année d’après ; ainsi que les instrumentales Visible Noise et Gravastar pour un enchaînement de textures raffinées, sophistiquées comme la couverture de l’album montrant un arc-en-ciel en arrière plan d’arbres arides.

Paul van Dyk – Out There and Back

De son vrai nom Matthias Paul, Paul van Dyk est un compositeur de musique électronique allemand né en 1971 à Berlin (Est). Adolescent, il écoute en secret les radios libres émettant de l’autre côté du mur, se produit pour la première fois en tant que DJ au club Tresor en 1991 ; deux ans plus tard il est remarqué pour son remix d’une chanson de New Order et publie en 1994 son premier album 45 RPM… Paru en 2000, son troisième opus Out There and Back est un jalon de la musique trance, dont les 12 morceaux enchaînés flattent le palpitant entre chœurs haletants et claviers chauffés à blanc. Premier arrêt remarquable : Pikes et sa cadence chaloupée, monument de précision avec climax et rythmes acidulés à faire danser un zombie, se poursuivant sur Another Way et Avenue… Hymnes à la vie comme elle vient, Together We Will Conquer et We are Alive sont les deux autres monuments de ce disque de 79 minutes sans temps mort ; idéales pour se vider la tête et qui approchent parfois la magnificence de Beaucoup Fish paru l’année d’avant.

Photek – Modus Operandi

Né non loin de Londres en 1972, Rupert Parkes dit Photek est un DJ et compositeur britannique de musique électronique. Passionné de hip hop et de jazz, il s’oriente vers le genre drum’n bass dont il est un précurseur et publie son premier album Modus Operandi chez Virgin en 1997. Il a depuis collaboré avec Daft Punk, Björk ou Moby… Disque atmosphérique et dépouillé, Modus Operandi s’écoute d’une traite où les rythmes sont abrupts et les sons étouffants. Minotaur est une suite de pics en rupture les uns avec les autres, préparant aux brèches d’Aleph 1 et 124, deux morceaux lancinants évoquant une bande originale chimérique ; le titre éponyme laissant fuser quelques accords jazz dans la veine de Red Snapper avant de terminer sur The Fifth Column et son tempo sourd… Un voyage parfois aride mais stimulant, dont l’intégrité rappelle celui des aînés de Global Communication.

Portishead – Third

Onze ans s’écoulent entre le second et le troisième album de Portishead, sobrement intitulé Third. Après un bref verbiage en portugais, des rythmes downtempo et une guitare touffue envahissent Silence où Beth rompt le vacarme tel un brise-lames, déroulant quelques mots avant de s’échouer brutalement… Les accords de Hunter font penser à Twin Peaks puis prennent la tangente vers une jetée imaginaire où nous attend Nylon Smile et ses questions insolubles ; ouvrant la voie à The Rip et son échappée de chevaux blancs tandis que la voix de Gibbons monte à n’en plus finir, se mêlant aux synthés en procurant un frisson analogue à Sheep… L’hélico et la batterie décomposée de Plastic font osciller le vumètre vers le krautrock, avant We Carry On dont les claviers évoquent le son des Silver Apples près de quarante ans plus tard… Deep Water flirte avec Moby comme une récréation précédant Machine Gun et sa mitraillette qui part en douille ; les échos de Threads achevant ce disque d’une grande audace, où renonçant aux tics qui avaient assuré son succès, Portishead a su consommer la rupture avec ce que l’on pensait connaître de sa musique. Un geste magistral.

Portishead – Portishead

Trois ans après la révélation Dummy, Portishead revient avec un second album éponyme poussant un cran plus loin sa marque de fabrique. L’incipit est langoureux avec les rayures de Cowboy, puis les coups de trompettes d’All Mine évoquent Propellerheads, la voix de Gibbons chevrotant comme Tom Rapp sur une guitare saturée… Les notes égrenées sur Over sèment un parterre où l’on flanche à mesure que les paroles pleuvent, les cordes éventées de Humming jetant le trouble sur nos certitudes… Immergées dans un gouffre où le piano Rhodes et les percussions orchestrent de redoutables remous (Mourning Air), nous savourons Only You comme une ballade presque ludique sur ce disque immatériel, ambivalent et dont la pâleur hante le grenier de nos souvenirs. « This uncertainty is taking me over… »

Portishead – Dummy

Portishead est un groupe de musique électronique britannique formé à Bristol en 1991 par la chanteuse Beth Gibbons, le claviériste et batteur Geoff Barrow et le guitariste et bassiste Adrian Utley. Paru en 1994, Dummy compte parmi les premiers albums représentatifs du trip hop, son atmosphère mate les plaçant dans le sillage de Massive Attack… La voix délicate, légèrement soul de Gibbons domine des synthés discrets, l’utilisation d’instruments comme le thérémine (Mysterons) ou le cymbalum (Sour Times) provoquant un alliage ardent entre cold wave et hip hop. Des samples empruntés à Isaac Hayes ou Lalo Schifrin amplifient un son travaillé sur plusieurs plans, où scratchings et loops cisèlent des titres qui marquent instantanément (Wandering Star, Numb)… S’achevant avec Glory Box et son chant éploré derrière un vinyle qui craque, Dummy déclare sa flamme sans détour avant de disparaître dans un fade out désuet.

Röyksopp – Melody A.M.

Portant le nom d’un champignon des bois laissant échapper de la fumée, Röyksopp est un groupe de musique norvégien formé en 1998 à Tromsø par Svein Berge et Torbjørn Brundtland, amis et passionnés d’electro depuis le collège. En 2001, leur premier single est So Easy qu’il est retenu pour une réclame à la télé, Wall of Sound publiant leur premier opus dans la foulée, Melody A.M. qui reprend ce succès trip hop, organique non sans rappeler Hazeldub… Une torpeur assumée et qui se prolonge avec Sparks, la voix d’Anneli Drecker me donnant des envies de Beth Gibbons… Expérimentaux (A Higher Place) ou stellaires (Röyskopp’s Night Out), les Norvégiens ont touché juste avec ce premier disque qui a très bien vieilli, le chanteur Erlend Øye invité sur Remind Me n’ayant rien à envier au voisin d’à côté, j’ai nommé le bilieux Jay-Jay… Sensible et moderne, inclassable : j’aime Melody A.M.

Kreidler – Eve Future Recall

Deux ans se sont écoulés lorsqu’Eve a droit un Recall sur mesure, ce nouvel album de Kreidler amplifiant les trouvailles du précédent dans un ballet musical se rapprochant de Michael Nyman ; entre rondeurs classiques (Vive la Vie) et piano de cinéma (A Canterbury Tale)Whom the Bells Toll regorge de clochettes et le tambour va-t-en-guerre de Luxemburg précède les pizzicato de Cervantes ; Spatz est frais comme Chapelier Fou mais le morceau le plus touchant est chanté en français par une Valérie dont on ne connaît pas le nom (Von Valerie), entre Clair Dietrich et Jean Bart… Et même si ces épopées de xylophones et steel-drums frisent parfois l’easy listening, les traînées de harpes digitales ouvrent un horizon propice à la rêverie ; aussi originales que la pochette incrustée à même le boîtier du cd, une sérigraphie fantomatique répondant à celle déjà réalisée sur Eve Future.