Sounds Orchestral – Cast Your Fate to the Wind

Créé en 1964 par le producteur John Schroeder et le pianiste Johnny Pearson, Sounds Orchestral est un groupe instrumental britannique à tendance easy listening ; dont la présence dans cette discothèque est due aux mystères de ma mémoire qui prétend que son titre éponyme est le premier morceau de musique dont elle se souvient, écrit cinq ans avant ma naissance mais qui devait figurer sur une compilation qu’écoutaient mes parents le dimanche après-midi… Something’s Coming égrène une contrebasse à la Brassens, suivi de Cast Your Fate to the Wind et son intro timide au piano, son violon inquiétant et sa batterie insouciante comme Popcorn… Avec un soupçon des Shadows (When Love has Gone) ou empruntant à Peterson (To Wendy with Love), entre Bilitis et la Ballade pour Adeline Sounds Orchestral mange à tous les râteliers ; mais si l’on enlève les chœurs, leur hommage à Scarlatti (Potion No. 9) pourrait faire penser à Gonzales ; et qui sait si St Germain n’a pas été sensible aux échanges toniques de While we Danced at the Mardi Gras ? Un disque réédité en 1995 chez Sequel Records, avec en couverture sa photo d’origine à la Hamilton.

Scorn – Zander

Scorn est un groupe de musique électronique britannique créé en 1991 par le batteur Mick Harris et le bassiste et chanteur Nic Bullen, précédemment membres du groupe de metal Napalm Death… Paru en 1997, leur sixième album Zander enchaîne 9 instrumentales downtempo entre les boucles boursouflées de Well Sorted et le tambourin compulsif de Strand, les soupirs industriels de Check the Sonic ou la scansion de 416 clôturant cette session ambient aussi studieuse que la Viral Sonata et Richard D. James réunis… Avec une basse pansue sur des motifs frisant l’atonalité, l’unité de Scorn rappelle Monolake mais s’avère moins passionnante que LFO, dont le savoir-défaire musical a mieux franchi les deux dernières décennies.

Paul D. Miller – Viral Sonata

Sous-titrée « An inventory of effects », la Viral Sonata de Paul D. Miller a été composée en 1997 à l’occasion de la Whitney Biennial de New York. On y entre comme dans une bonbonnière de boules de coton avec le Prologue du « Duchamp Effect » et sa mélodie voisine de Twin Peaks, enchaînée avec les arpèges au sitar d’Indra’s NetInvisual Ocean foule les terres de FSOL et Colophon carrillonne un peu comme Colleen ; entre temps on a tenté d’identifier Xenakis ou Russolo (cités dans le livret parmi les sources d’inspiration de l’auteur) le long de ces 15 morceaux illbient, truffés de collages et enchaînés avec la précision d’un DJ monomane… La performance est érudite mais pesante, plus terre à terre que The Orb’s Adventures Beyond The Ultraworld et moins aérienne que Music for Airports.

The KLF – Chill Out

Formé en 1987 par l’écossais Bill Drummond et le britannique James Francis Cauty, The KLF pour « Kopyright Liberation Front » est un groupe de musique électronique ambient et inclassable… Ils opèrent sous de nombreux pseudonymes, secouent le cocotier avec des remix non autorisés et publient leur œuvre maîtresse en 1990, Chill Out qui propose un périple sonore du Texas à la Louisiane… Artificiellement divisé en 14 pistes, ce concept album s’écoute comme un seul voyage de 45 minutes entre Brownsville et Beaumont en passant par Baton Rouge et Ricardo ; avec des traces de chemin de fer et des chants diphoniques mongols (khöömii), avec la voix d’Elvis Presley et des troupeaux de moutons, une guitare slide et des aboiements parmi les effluves de synthétiseurs lancinants… Les samples font songer à f#a#∞ ou encore au premier album de The Orb paru l’année suivante, ces comparaisons échouant à rendre compte des sensations d’apesanteur, de rêverie vertigineuse traversant ce disque inépuisable et unique entre tous, référence absolue du genre ambient.

Jocelyn Pook – Flood

Jocelyn Pook est une compositrice britannique née en 1960. Elle étudie le violon et le piano, sort diplômée de la Guildhall School et collabore avec Laurie Anderson ou Ryuchi Sakamoto. Paru en 1997, son premier album Deluge dépeint des paysages entre mythes et légendes, liturgiques avec Requiem Aeternam et Blow the Wind où elle chante aux côtés de Mélanie Pappenheim ; en français dans le texte avec Kelsey Michael sur La Blanche Traversée tandis que l’on vibre aux percussions de Goya’s Nightmare… Révélée par Stanley Kubrick qui entend sa musique au moment où il réalise Eyes Wide Shut, elle modifie plusieurs morceaux et refait paraître le tout sur un nouvel album deux ans plus tard, Flood intégrant trois titres que les cinéphiles n’ont pas oublié, de Masked Ball à Migrations en passant par Forever Without End… Incantatoire et mystérieux, voilà un disque entêtant entre Lerchenmusik et The Endless String.

Mike Oldfield – Ommadawn

Troisième album studio de Mike Oldfield, Ommadawn paraît en 1975. Avec ses flûtes irlandaises et ses chœurs éthérés, la première partie semble revenir sur les terres d’Hergest Ridge lorsqu’au milieu des guitares surgit un rythme tribal suivi d’une improvisation de la fidèle Clodagh Simonds ; parmi d’autres enchaînements raffinés jusqu’au climax… La forêt s’épaissit en seconde partie, où les cordes sont prises dans un essaim de claviers avant un grand coup de vent dans la prairie ; Paddy Moloney s’invite à la cornemuse et le pique-nique se prolonge, Leslie Penning sort sa flûte et Mike demande si quelqu’un sait où sont les verres à whisky… Celtique et ambient comme une version champêtre de Rubycon sorti la même année, Ommadawn est mon album préféré ; d’une courte tête devant le revanchard Amarok, collage culotté de 60 minutes écrit par Oldfield en 1990 pour protester contre le désinvestissement de Virgin à l’égard de sa musique.

Mike Oldfield – The Orchestral Tubular Bells

Enregistrée en 1974, la version symphonique des Tubular Bells a été dirigée par David Bedford et interprétée par le Royal Philharmonic Orchestra, Mike interprétant certains passages à la guitare. De la montée en puissance des cordes en première partie au lent déploiement des flûtes dans la seconde, avec un final étincelant et qui nous épargne la cocasse énonciation du « maître de cérémonie » de 1972, la richesse des instruments classiques se prête très bien aux variations de la musique de Mike Oldfield… C’est avec cet album que j’ai découvert son œuvre et je continue de le situer à proximité des Planètes, un univers à part entière est déployé et le petit jeu de la comparaison avec l’original disparaît bientôt ; aussi et malgré l’opportunisme éhonté d’un tel exercice discographique, j’admets que c’est vers cette seconde version que j’ai tendance à revenir…

Mike Oldfield – Tubular Bells

Mike Oldfield est un musicien britannique de rock progressif né à Reading en 1953. Sa sœur ainée est chanteuse et son frère flûtiste, il reçoit une guitare à l’âge de 7 ans et enregistre la première version des Tubular Bells dix ans plus tard, sur un magnéto bidouillé où il superpose les sons des instruments… Sa rencontre avec Richard Branson est déterminante, qui crée le label Virgin en 1972 et y fait figurer Oldfield parmi ses premiers artistes… Innovant pour l’époque, le disque est constitué de deux parties de 24 minutes chacune, essentiellement instrumentales comme un Boléro rock montant en puissance à chaque minute, imbriquant mélodies et chœurs allègres, clochettes… La Part 2 est plus fébrile avec ses voix gutturales, son chien hurlant et la reprise d’une danse traditionnelle ; aboutissant à un périple dépaysant et bien dosé où germe aussi la musique ambient à la façon de Harold Budd.

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Pour le Printemps de Bourges 2009, la cheffe d’orchestre Laurence Equilbey dite « Iko » convie des artistes de la scène electro le temps d’un spectacle restitué sur ce cd paru chez Naïve, qui ont carte blanche pour réviser leurs classiques. Ça démarre mollement avec Marc Collin et Emilie Simon, puis le DJ Para One revisite Mozart avec son Requiem Fragment, où le chant est électrisé façon Hot Butter ; mais le noyau dur est à venir avec les deux contributions de Murcof : Amor où le chant de Piana s’insinue entre des cordes grinçantes, flûté comme une Stina Nordenstam sous ventoline ; suivi de Death and Maiden où c’est Schubert qui a droit au grand jeu du mexicain, déployant des tourbillons de cordes où le temps se défait entre les tentures vermoulues… Avec une énième reprise de la Septième, Para One arrache un frisson avant d’exceller avec Passion et ses mouvements nerveux inspirés de Bach, de la gravité dans les chœurs et une voix off sibylline clôturant cette compilation inventive mais inégale, qui fait penser à Pierre Henry remixant sa Dixième onze ans plus tôt.

Murcof – The Versailles Sessions

Sept ans après Martes, Murcof compose The Versailles Sessions, destinées au festival des « Grandes Eaux Nocturnes » du château de Versailles. Entouré de musiciens baroques, il transfigure les instruments et assène une première ruade avec Welcome to Versailles, où à des tamis sourds succèdent flûte et percussions fébriles… Le clavecin électrifié de Louis XIV’s Demons fiche la frousse, les doigts du roi squelettique luttant avec une horde de violoncelles ressuscités, un morceau de la trempe de Street Horrsing où des silences entretiennent le chaos entre deux déluges… Puis des chœurs dignes de Górecki prennent la main (A Lesson for the Future), un piano agonisant jusqu’à s’étouffer avant les affres lugubres de Death of a Forest,  relevées par une mezzo soprano crépusculaire… Spring in the Artificial Gardens foule les terres d’Earth et Lully’s « Turquerie » referme le bal comme il avait commencé, entre une flûte aérienne et un clavier désarticulé… Formant un amalgame hardi entre classique et electro, ces six saillies sonores laissent une trace intense et d’une cohérence que Murcof ne rééditera plus ; préférant par exemple singer Ligeti ou Satie sur l’album Statea paru en 2016.