Ozric Tentacles – Erpland

Ozric Tentacles est un groupe de musique rock britannique formé à Stonehenge en 1983 par les frères Ed et Roly Wynne à la guitare et à la basse, Nick Van Gelder à la batterie et Joie Hinton au clavier. Ils enregistrent leurs premiers morceaux sur un magnéto quatre pistes, se forgent une réputation sur scène et font sensation lors d’un concert aux côtés de Donovan avant de publier leur premier album en 1989… Erpland voit le jour l’année suivante sur le label Dovetail, où leur style protéiforme est tantôt progressif avec Tidal Convergence ou ambient sur Toltec Spring dont les gimmicks m’évoquent One Second paru trois ans plus tôt, tandis que les guitares d’Eternal Wheel sont aussi calées que Symphony XSunscape rappelle Alan Parsons et Crackerblocks est cool comme Ponty, le morceau phare se nomme The Throbbe et ses percussions dub, sa rythmique psychédélique annoncent les constructions de Shpongle ; sans oublier Iscence et sa tranche de reggae vitaminée… Un disque largement instrumental où fusionne une énergie bien ficelée, soixante-quinze minutes pétillantes à faire valser les étiquettes.

Spring Heel Jack – Disappeared

Formé à Londres en 1993 par le claviériste John Coxon et le guitariste Ashley Wales, Spring Heel Jack est un groupe de musique électronique britannique. Après s’être fait connaître dès 1995 avec une série d’albums drum and bass et avoir collaboré avec EBTG sur le titre Walking Wounded, leur musique prend un tour plus personnel en incorporant jazz et séquences trip hop… La tendance est palpable dès le premier morceau de l’album Disappeared paru en 2000, avec Rachel Point dont la rythmique industrielle est parsemée de touches saxophonées, et plus encore dans Disappeared 1 & 2, où la clarinette de John Surman a été conviée  pour une paire d’instants contemplatifs… Trouble & Luck démarre en acoustique puis se transforme en périple urbain à la Prince Blimey, avant la pièce maîtresse To Die a Little qui me rappelle la montée au climax de Disquiet ; Wolfing terminant sur une touche musclée cet opus innovant et moelleux comme Truffaz.

Seefeel – Quique

Au rayon des boucles qui tournent en rond sans provoquer l’ennui, j’appelle le groupe de musique électronique britannique Seefeel ; créé à Londres en 1992 par le guitariste Mark Clifford, le bassiste Mark Van Hoen, le batteur Justin Fletcher et la chanteuse Sarah Peacock. Publié en 1993, leur ep More Like Space est remixé par Aphex Twin, suivi la même année de leur premier album Quique où Climactic Phase 3 a l’air de creuser un tunnel vers la Lune, tandis que Polyfusion m’évoque StereolabIndustrious a deux ans de retard sur Loveless mais Plainsong s’insinue avec la même persuasion qu’un album des Cocteau Twins ; la sensualité de Charlotte’s Mouth fait référence à la fille de Gainsbourg et les claviers de Filter Dub installent une « ambience » à couper au couteau avant de se perdre dans la forêt psychédélique de Signals… Moins techno que The Field et plus incarné qu’Autechre, Quique est addictif et légèrement vénéneux, parfait pour halluciner quand ce n’est pas la saison des champignons.

Stars of the Lid – The Tired Sounds of Stars of the Lid

Créé en 1993 à Austin par Brian McBride et Adam Wiltzie, Stars of the Lid est un combo de musique ambient américain. Ils publient un premier disque en 1995 et sont comparés à Spacemen 3, je les découvre en 2001 avec leur double album The Tired Sounds of Stars of the Lid où planent des accords de guitare étirés (Requiem for Dying Mothers), terminés par un sample troublant du film Stalker tandis qu’un train fend la nuit (Down 3) à la façon de The KLF… L’opus est découpé en dix-neuf morceaux mais il s’écoute sans coupure, d’une seule traite instrumentale où l’on sent les influences revendiquées de Górecki ou Labradford, je pense aussi à Last Days en visitant ces paysages ineffables, aux transformations imperceptibles comme un Steve Reich sans percussions ; l’écho synthétique de Piano Aquieu évoquant les soundscapes de Fripp… Un lac sonore minimaliste et hypnotique, où l’on s’immerge jusqu’à l’engourdissement pendant deux heures.

Vangelis – Direct

Vangelis est un compositeur de musique électronique grec né à Vólos en 1943. Pionnier en ce domaine, il est autodidacte et bidouille sur le piano familial dès son plus jeune âge, forme un groupe de rock avec des amis à l’âge de 20 ans (The Forminx), écrit des musiques de films puis collabore un temps avec Jon Anderson… Paru en 1988, son quinzième album Direct explore des sonorités caressantes qui propulsent vers les étoiles (The Motion of Stars) ou à travers le vent (The Will of the Wind) ; les morceaux sont courts et agrémentés de guitare rappelant Mike Oldfield, les synthés bien calibrés  produisant des mélodies relaxantes entre flûte de pan et queues de comète (Elsewhere)… Les vocalises de la soprano Markella Hatziano provoquent un frisson (Glorianna) et l’on s’évade gentiment avec Message ou The Oracle of Apollo, mais Direct est trop pompier pour espérer tutoyer la voûte de Phaedra ; plus vaporeux que Motion Picture et moins pérenne que Rendez-vous paru deux ans plus tôt.

Nurse With Wound – Salt Marie Celeste

Dans la famille des compositeurs avant-gardistes je demande Steven Stapleton, né à Londres en 1957 et plus connu sous le nom de Nurse With Wound. Sa carrière débute en 1979, dans le sillage des Throbbing Gristle et avant Stereolab avec lequel il collaborera, et plus tard encore aux côtés de Faust où son penchant pour les assemblages expérimentaux trouvera à s’épanouir entre bruitisme et musique industrielle, ambient et classique… Publié en 2003, Salt Marie Celeste contient un seul morceau de soixante-deux minutes où le temps se délite entre nos tympans, une progression où les incidents se superposent par vagues successives dans une sculpture fantomatique ; tel un vaisseau sonore à la dérive dans ce maelstrom où rompent les cordes et ploient les mâts… Une traversée neutre où l’auditeur est prié d’ajouter sa poésie, une heure où l’on sent concrètement ralentir les battements de son cœur… Dédié au naufrage du voilier américain « Mary Celeste » en 1872, ce disque substantiel fait parfois songer à The Sea and the Bells, mais sa radicalité le situe plutôt entre La Création du Monde et I am Sitting in a Room.

The Orb – The Orb’s Adventures Beyond the Ultraworld

The Orb est un groupe de musique électronique formé à Londres en 1988 par Alex Paterson et Jimmy Cauty, ce dernier s’étant déjà illustré au sein du KLF. Leurs compositions ambient sont prisées par les DJ ; ils publient The Orb’s Adventures Beyond the Ultraworld chez Island en 1991, un double concept album truffé d’emprunts, de collages et qui propose un voyage sonore et spatial de presque deux heures… Avec ses onomatopées, Little Fluffy Clouds est guilleret avant Earth dont la voix typée rappelle Welcome to the Pleasuredome ; puis le temps se dilate comme si l’on avait changé de galaxie, les morceaux s’allongent et nous promènent entre dub et breakbeat, qui prennent leur temps comme un film de Kubrick vers The Back Side of the Moon, une seconde allusion à Pink Floyd après avoir repris à l’intérieur du livret la photo de la Battersea Power Station, devenue célèbre depuis qu’elle a été utilisée en couverture de l’album Animals… Un trip fabuleux à vivre au casque tous écrans éteints, qui se termine avec un mix de vingt minutes dont les résonances annoncent Twoism et 76:14.

Scanner – Rockets, Unto the Edges of Edges

Onze ans après Sound for Spaces, Scanner revient avec huit titres denses et contrastés, à commencer par Sans Soleil où  ses fredonnements rappellent Henri Texier le long de la guitare intimiste de Michael Gira… Avec ses cordes évoquant autant Robert Fripp que Craig Armstrong, Pietas Ilulia prend son temps avant le grand moment lyrique offert par la soprano Patricia Rosario sur Anna Livia Plurabelle, du nom d’un chapitre de Finnegans Wake… Le violon de Broken Faultline me fait penser à Mich Gerber, suivi d’une leçon de cordes progressives bien saucées, avec sonar et rythmes endiablés : Through your Window et ses arpèges d’une efficacité baroque… Rockets, Unto the Edges of Edges est un album éclatant et murmuré, où Robin Rimbaud a posé sa patte agile dans le cercle de la musique classique.

Scanner – Sound for Spaces

En 1998, Scanner publie Sound for Spaces et tire un trait sur ses piratages téléphoniques, proposant une suite de performances sonores remarquables. L’instrumentale Documenta X fait penser à Global Communication, jouée à l’occasion d’un symposium pour la radio allemande hr2, aux côtés entre autres de Pauline Oliveros… Les palpitations d’Incarceration évoquent les impasses du milieu carcéral ; avant la lecture d’un texte saisissant de Paul Auster (Rivers & Bridges) au sujet du destin tragique de John Roebling, l’architecte du pont de Brooklyn. Invisible Choirs est plus musical, fait de variations lentes comme une sourdine freinant le temps ; mais le moment fort de cet album se nomme A Piece of Monologue, un texte de quinze minutes écrit par Samuel Beckett en 1979 et lu ici dans son intégralité lors d’une émission radiophonique, Robin y ajoutant sa musique éthérée. Infini, bouleversant et à écouter d’abord pour la musicalité de la langue, puis si l’on en dispose avec le texte sous les yeux… Les accrocs de Disclosure referment ce disque littéraire comme il en est peu, ardu et envoûtant. « Birth was the death of him… »

Scanner – Delivery

Deux ans après Spore, Robin Rimbaud poursuit ses mélanges originaux sur l’album Delivery. Après deux jingles dont celui d’une sonnerie de téléphone à l’ancienne, nous partons pour des instrumentales colorées (Treble Spin puis Fingerbug dans l’esprit de Röyksopp) ; suivies du monologue d’un homme esseulé s’adressant à Heidi dont on n’entend pas les réponses, fruit d’un nouveau détournement de conversation dans la lignée de Spore, sur une musique laconique… Les basses saturées de Barcode évoquent Red Snapper et le téléphone sonne occupé sur Radio Sprite, il y a aussi Affaire où l’on croit reconnaître les voix d’une autre discussion piratée ; car plus on écoute Scanner et plus on se sent étrangement proche des protagonistes, même si deux morceaux seulement ont repris ce procédé sur Delivery où les ambiances contemplatives ont gagné du terrain (Throne of Hives et My Lost Love Hunting Your Lost Face). Mais même s’il n’a pas l’éloquence du précédent, avec ses rythmes electro et ses trompettes évanescentes ce nouvel opus confirme le style singulier de Scanner.