Sunshine Club – Home

Formé à San Francisco, Sunshine Club est un groupe de musique folk américain constitué de Denise Bon Giovanni au chant, Sean Coleman à la guitare et aux claviers, et Simon Colley à la basse… Ils publient Visit to a Small Planet en 1995, ce titre résumant bien leur approche minimaliste ; suivi de Home quatre ans plus tard chez Glitterhouse, un label indépendant allemand. Où les percussions sont réduites à la portion congrue pour laisser toute la place au chant mélancolique de Denise, mélange de fragilité contenue que je situerais entre Bridget et Suzanne, hypnotique (Supernatural) et introspectif (Wallflower) ; il y a aussi Travis sans paroles et un étonnant solo post rock à la fin de Take Your Place, tandis que le clavier jovial de Happy Song dissimule des paroles moins allègres, ce contrepied rappelant Cancer of Everything de Lisa Germano… Un opus downtempo à savourer d’une traite et sans glaçons, entre The Curtain Hits the Cast et Rollercoaster.

Elliott Smith – XO

Avec XO paru chez Dreamworks en 1998, Elliott Smith accède aux moyens d’un grand label et s’entoure d’un véritable orchestre, sans pour autant renoncer à jouer lui-même d’une dizaine d’instruments. Si son style a un peu perdu de sa fraîcheur, le chant sort gagnant de ces arrangements et Waltz #2 séduit instantanément avec son piano fringant… Je pense à We’re Going to be Friends au son de la guitare de Oh Well, Okay et les chœurs de I Didn’t Understand semblent échappés de Because ; l’ensemble est feutré et les textes profonds, ainsi dans A Question Mark Elliott s’interroge sur ce besoin qu’ont certains de tout vouloir clarifier… Il meurt à 34 ans de coups de couteaux dans le ventre qu’il se serait donnés lui-même, écorché jusqu’au bout sans être parvenu à se libérer de ses démons. De ces artistes qui ont fait encore moins long feu que Gainsbourg, en bonne place aux côtés de Jeff et de Nick, de Puzzledoyster qui me les a fait découvrir et auquel je pense tous les jours en écoutant ma discothèque. Xoxo. « I’m not half what I wish I was… »

Elliott Smith – Either/Or

Elliott Smith est un chanteur et compositeur multi-instrumentiste américain né en 1969 à Omaha. Marqué par une enfance tourmentée, il découvre les drogues en même temps que la musique, joue de la clarinette au lycée et apprend le piano et la guitare. En 1991, il forme le groupe post punk Heatmiser avec un ami, vit de petits boulots et démarre sa carrière solo qui se concrétise avec la parution de l’album Roman Candle en 1994… Either/Or voit le jour trois ans plus tard et parachève un style lo-fi acoustique, où l’utilisation du multipiste met en exergue le chant fragile d’Elliott. Entre liberté et vacuité, l’ambiguë Ballad of Big Nothing m’évoque Happy Sad ; Punch and Judy est beatlesque et Angeles a été utilisé par Gus Van Sant dans ses films Will Hunting en 1997 et Paranoid Park en 2007… La touche électrique de Cupid’s Trick rappelle en même temps The Bends et It’s my Life, avant le ton mélancolique de Say Yes comme un Kurt Cobain apaisé au sortir de cet écrin onirique, avec sa pochette sépia et son livret tapé à la machine.

Ben Harper – Welcome to the Cruel World

Ben Harper est un auteur-compositeur-interprète américain né à Claremont en 1969. Il apprend la guitare grâce à ses grands parents qui possèdent un magasin de musique, assiste à un concert de Bob Marley à l’âge de 9 ans puis perfectionne son jeu à la slide guitar en s’inspirant des chansons de Robert Johnson… Paru en 1994 après une apparition remarquée aux Trans Musicales de Rennes, son premier album Welcome to the Cruel World distille des chansons engagées où se mêle le blues et la folk, le reggae avec Like a King qui rend hommage à Rodney King, tristement célèbre pour avoir été victime de violences policières en 1991… Complainte révoltée à la slide guitar, Whipping Boy me rappelle Neil Young et How Many Miles Must We March essaie de changer le monde ; avant I’ll Rise où accompagnée aux chœurs par Maya Angelou, une voix pleine de soul s’élève au nom des humbles. Un disque lucide et lyrique, à écouter entre Ry Cooder et Geoffrey Oryema. « But don’t you lead me, I won’t follow you… »

Van Morrison – Astral Weeks

Van Morrison est un chanteur et compositeur irlandais né à Belfast en 1945. Sa mère était danseuse et son père discophile, il découvre Ray Charles et Muddy Waters, apprend la guitare et se produit dès l’âge de 12 ans ; vit de petits boulots jusqu’en 1964 où il forme le groupe de blues Them, démarre sa carrière solo trois ans plus tard et se fait connaître avec le hit Brown Eyed Girl… L’album qu’il publie en 1968 est autrement passionnant, Astral Weeks conçu comme un cycle de mélodies où la conscience s’exprime sans entraves en fusionnant jazz, folk et arrangements classiques… Le futur est cosmique (Astral Weeks) et l’amour aveugle (Beside You), la douceur de l’innocence (Sweet Thing) précède les fantasmes de Madame George (prononcer Joy) et la détresse de Slim Slow Slider ; les propos sont sibyllins et l’orchestre bucolique, les guitares raffinées et le chant tortueux de « Van the Man » inimitable… Comme les huîtres ou Bob Dylan, Astral Weeks est un goût acquis qui s’apprécie plutôt en soirée, entre une lichette de Marjory Razorblade et une mesure de Karen Dalton.  « To never never never wonder why at all… »

Sophie Hunger – Monday’s Ghost

Sophie Hunger est une chanteuse et compositrice suisse née à Berne en 1983. Elle baigne dans le jazz que son père apprécie, apprend le piano à l’âge de 9 ans et forme un groupe dix ans plus tard ; enregistre un premier album en 2006 et se fait connaître sur scène aux côtés des Young Gods ou d’Erik Truffaz… Paru en 2009, Monday’s Ghost mélange folk (Beauty Above All, Birth-Day) et new wave (The Boat is Full) ; la guitare de Sophie accompagnant sa voix ailée, enfantine et polyglotte, plutôt en anglais mais aussi en allemand derrière son piano sur la fondante Walzer für NiemandSophie Hunger Blues rend hommage à Dylan et The Tourist entraîne dans une valse sonore et chorale qui me fait penser à Liesa Van der Aa ; il en va de même avec l’étonnant Rise and Fall, entre violoncelle classique et vibraphone… Disque protéiforme à dominante acoustique, Monday’s Ghost est captivant.

Songs: Ohia – Ghost Tropic

Né dans l’Ohio en 1973, Jason Molina est un chanteur et compositeur américain de musique indépendante. D’abord bassiste, il a mené différents projets en solo avant de fonder le groupe Songs: Ohia en 1995, dont le cinquième album Ghost Tropic nous entraîne dans un univers indolent, paru en 2000 et sous l’emprise d’un piano tranquille comme Mark Hollis sur l’inextinguible Not Just a Ghost’s Heart ; la guitare et les percussions de The Body Burned Away suivant le chant tamisé de Jason, écorché sur Incantation et son mellotron discret… Plus ardent que Bright Eyes et aussi sépulcral que Scott Walker, saupoudré de chants d’oiseaux Ghost Tropic chancelle entre folk et lo-fi, laissant sur le sable des traces de pieds nus.

Shawn Phillips – Second Contribution

Composée et publiée dans la foulée de Contribution, cette Second Contribution s’ouvre sur une suite de cinq morceaux dominés par les arrangements de Paul Buckmaster, enchaînés et qui occupaient toute la première face du vinyle original. On y entend des flûtes et une voix alerte qui rappellent Nick Drake, jusque dans le dépouillement sur la Ballad of Casey Deiss qui relate la disparition d’un ami frappé par la foudre… La seconde face est baignée de folk progressif entre l’espiègle Whaz’ Zat et la montée instrumentale de Schmaltz Waltz ; il y a aussi le tranquille Remedial Interruption, réminiscent de Luciano Cilio avant les sifflements amoureux de Steel Eyes qui bouclent cet opus à l’épreuve du tonnerre, entre la viscéralité d’Astral Weeks et le lyrisme de Bless the Weather. « Wish him peace and eternal wisdom, for he has died and he died by light… »

Shawn Phillips – Contribution

Shawn Phillips est un auteur-compositeur-interprète américain de musique folk né au Texas en 1943. Il apprend la guitare avant d’être initié au sitar à l’âge de 15 ans par Ravi Shankar, publie un premier album en 1964 (I’m a Loner) et collabore avec Donovan ou les Beatles… Paru en 1970, Contribution met en avant le chant singulier de Phillips qui parcourt les octaves avec autant d’aisance qu’il tisse ses mélodies à la guitare acoustique, les accents champêtres de Withered Roses m’évoquant l’album de David Crosby paru l’année suivante… Romantique (L Ballade) ou recueilli (No Question), avec un piano qui rappelle Simon & Garfunkel (For Rfk Jfk & Mlk) et un sacré sens de la cadence (Lovely Lady) ; Shawn multiplie les parfums sur ce disque flamboyant, terminé par le psychédélique Screamer for Phlyses.

Linda Perhacs – Parallelograms

Née en Californie en 1943, Linda Perhacs est une chanteuse et guitariste américaine. Dentiste de profession, sa musique retient l’attention du compositeur Leonard Rosenman, en l’occurrence un de ses patients et qui va produire son premier album Parallelograms en 1970 chez Kapp, le label des Silver Apples… Mais il ne trouve pas son public et Linda retombe dans l’oubli jusqu’en 1998, lorsque le label Wild Places le réédite en vinyle puis cinq ans plus tard en cd sous l’impulsion de la « New Weird America », une expression saluant le renouveau de la folk psychédélique… La voix de Linda se dédouble sur Chimacum Rain et de ses lèvres coule une pluie sensuelle suivie des murmures de Dolphin ; même recette avec Call of the River dans une fresque éthérée où elle est à la fois aux chœurs et au chant, et encore avec le titre éponyme où les octaves se répondent dans une ambiance irréelle qui me rappelle Beaver & Krause… Parmi les bonus, If you Were my Man est un gros câlin avant Spoken Intro to Leonard Rosenman où émouvante, Linda nous livre ses secrets pour rendre le son de la pluie, au carillon puis au xylophone… Entre Comus et Jandek, la tendre liberté de Linda s’impose naturellement.