Linda Perhacs – Parallelograms

Née en Californie en 1943, Linda Perhacs est une chanteuse et guitariste américaine. Dentiste de profession, sa musique retient l’attention du compositeur Leonard Rosenman, en l’occurrence un de ses patients et qui va produire son premier album Parallelograms en 1970 chez Kapp, le label des Silver Apples… Mais il ne trouve pas son public et Linda retombe dans l’oubli jusqu’en 1998, lorsque le label Wild Places le réédite en vinyle puis cinq ans plus tard en cd sous l’impulsion de la « New Weird America », une expression saluant le renouveau de la folk psychédélique… La voix de Linda se dédouble sur Chimacum Rain et de ses lèvres coule une pluie sensuelle suivie des murmures de Dolphin ; même recette avec Call of the River dans une fresque éthérée où elle est à la fois aux chœurs et au chant, et encore avec le titre éponyme où les octaves se répondent dans une ambiance irréelle qui me rappelle Beaver & Krause… Parmi les bonus, If you Were my Man est un gros câlin avant Spoken Intro to Leonard Rosenman où émouvante, Linda nous livre ses secrets pour rendre le son de la pluie, au carillon puis au xylophone… Entre Comus et Jandek, la tendre liberté de Linda s’impose naturellement.

Rodriguez – Searching for Sugar Man

Né de parents mexicains dans le Michigan en 1942, Sixto Rodriguez est un chanteur et guitariste américain. Son père chante le blues et il découvre la musique de Leonard Cohen et Donovan, se produit dans les bars après avoir arrêté le lycée puis publie un single en 1967, suivi des albums Cold Fact en 1969 et Coming from Reality en 1971 ; mais le succès n’est pas au rendez-vous et Rodriguez devient ouvrier en bâtiment pour nourrir sa famille… Dans le même temps, Cold Fact est distribué en Afrique du Sud où ses textes engagés lui valent d’être censuré, mais le disque est piraté et passe en douce sur certaines radios, Rodriguez devient un artiste culte sans qu’il n’en sache rien, certains le croient même mort ainsi que le raconte le documentaire Searching for Sugar Man en 2012, dont est issue cette bande originale et qui reprend ses plus beaux titres… Tour à tour psychédélique (Sugar Man) et prolétaire (Cause), pérecquien (I Wonder) mais aussi sentimental (I Think of You) ou désinvolte avec I’ll Slip Away ; un disque qui donne envie d’agir et d’aimer, où les guitares sont folk parmi bongos et claviers tandis que le chant fait penser à Dylan.

John Martyn – Solid Air/One World

En 1973 avec Solid Air, John Martyn continue de creuser son sillon folk, labourant l’air de rien ses parcelles préférées (Don’t Want to Know) en y ajoutant un piano Rhodes surprenant sur Dreams by the Sea pour une tirade jazz assisté du saxophone de Tony Coe ; ce dernier étant également présent sur le morceau éponyme, en hommage à l’ami Drake un an avant sa disparition… Nourri d’effets ambient et étiré sur six minutes, I’d Rather Be the Devil et son solo saisi à cœur annonce une couleur progressive que John confirmera sur l’album One World paru quatre ans plus tard, disponible sur ce double cd réédité chez Island en 1992 et où le trouvère a vraiment largué les amarres. Sa voix s’est abîmée en mer mais il en revient avec de nouvelles vagues, la basse de Smiling Stranger résonne comme Prince Blimey et Big Muff semble saluer Fat Albert Rotunda… Mais c’est avec le dernier morceau que Martyn renverse la barque et nous noie dans un abysse inentendu : Small Hours dont les synthés réverbérés s’écoulent avec la même fluidité que ce ruisseau dont on distingue la présence en arrière-plan ; avec un certain Phill Brown aux manettes de cette magie rare.

John Martyn – Bless the Weather

Quatre ans après London Conversation, Martyn signe un cinquième opus qui consacre son style folk mâtiné de jazz : Bless the Weather où sa femme Beverley l’accompagne à la guitare et aux chœurs, comme sur la poignante Let the Good Things Come… Contrebasse et cordes aérées bercent la voix sensuelle de Bless the Weather, avant les steel drums de Walk to the Water ou le piano raffiné de Just Now ; encore plus lyrique avec Head and Heart, un bijou fait de textes sages et de plages sans paroles rappelant Tim Buckley… L’équipe de Martyn s’est étoffée, guitaristes et claviers s’affairent en utilisant l’echoplex, une machine à produire de l’écho également adoptée par Neil Young ; l’instrumentale Glistening Glyndebourne évoquant Cobalt Blue avant l’heure… La reprise finale de Singin’ in the Rain remet en mémoire les frasques d’Alex et ses drougs, le film de Kubrick étant sorti la même année que ce disque inventif et subtil, illuminé par la tendresse.

John Martyn – London Conversation

John Martyn est un chanteur et guitariste britannique de musique folk né à Londres en 1948. Ses parents sont chanteurs d’opéra, il s’initie à la guitare à 14 ans et étudie un temps les beaux arts, se produit sur la scène locale et publie son premier album London Conversation chez Island en 1967… Accompagné de sa guitare, John égrène des ballades aux tons crème et où sa voix feutrée permet une immersion facile. Cocain fait planer et Ballad of an Elder Woman me touche, ainsi que Rolling Home et son sitar à la Shocking Blues… Le disque se termine avec une reprise rafraîchissante de Bob Dylan (Don’t Think Twice it’s Alright) ; on pense à Bert Jansch en moins bourru sur ce disque où Martyn chante les amours et la fin d’icelles, à écouter près du radiateur les jours de grêle.

Bridget St John – Ask me no Questions

Bridget St John est une compositrice et chanteuse britannique de musique folk née à Londres en 1946. Sa mère est pianiste et l’encourage en ce sens, mais Bridget préfère le violon avant de se payer une guitare à la fin de ses études. Elle se produit dans des bars et rencontre John Martyn qui l’aide à perfectionner son jeu avant d’être révélée par John Peel ; le célèbre DJ de la BBC qui publie son premier album en 1969, Ask me no Questions sur son propre label, aux côtés de Beau né la même année que Bridget… Enregistrées en quelques jours, ces quatorze chansons charment par leur simplicité, la tessiture de St John suivant ingénument les accords de sa guitare acoustique. Barefeet and Hot Pavements respire la liberté et I Like to be with you in the Sun incarne l’amitié, la plus belle déclaration d’amour étant assumée par le titre éponyme de cet écrin folk qui compte parmi mes incontournables, dont l’édition vinyl replica propose en bonus une reprise de Suzanne aussi réussie que chez Bashung… Bridget posera sa voix sur Ommadawn en 1975, parfois comparée à celle de Nico tandis que son style nonchalant la rapproche de Nick Drake. « My life is mine, it’s easy… »

Nico – The Marble Index

Plus connue sous le nom de Nico, Christa Päffgen est une chanteuse et compositrice allemande née à Cologne en 1938. Elle devient mannequin à l’âge de 15 ans puis obtient un rôle dans La Dolce Vita de Fellini en 1959 ; rencontre Brian Jones, Bob Dylan puis le Velvet Underground en 1967, le temps d’un album devenu mythique. Aussitôt après, soutenue par Jim Morrison elle entame une carrière solo et publie The Marble Index en 1968, aux côtés de John Cale au piano et à l’alto, à la guitare électrique ; ce dernier en assure également la production et y appose sa patte avant-gardiste… Nico quant à elle a élu l’harmonium, l’union de cet instrument avec sa voix gothique autorisant des climats brumeux (Lawns of Dawn, Evening of Light) et diaphanes, parfois dissonants (Facing the Wind) dans l’esprit des débuts de Siouxsie… Les arrangements classiques font pousser des roses dans la neige avant un dernier titre a cappella expressionniste (Nibelungen) ; insaisissable et ténébreuse, Nico meurt à 49 ans d’une chute à vélo attribuée à une insolation.

Low – Drums and Guns

En 2005, Low passe chez Sub Pop (le label qui a révélé Nirvana) et accouche d’un album bruyant, The Great Destroyer sur lequel je fais l’impasse. Le groupe connaît ses premières tensions, entre la dépression d’Alan et la lassitude de Zak qui sera remplacé par Matt Livingston sur leur prochain opus en 2007 : Drums and Guns à l’esthétique soignée, avec son livret provocant où alternent des photos de percussions et d’armes à feu… Le son est cinglant et le ton désenchanté sur Pretty People, suivie d’ambiances méditatives (Belarus) et elliptiques (Breaker) ; étouffantes derrière les rythmes syncopés d’In Silence ou de Sandinista et son mellotron délavé, Hatchet proposant d’enterrer la hache de guerre « comme l’ont fait les Beatles et les Stones… » Dust on the Window laisse une traînée de miettes à la guitare, caisse claire et melodica soutenant le chant laconique de Mimi Parker… Avec une sophistication rappelant Radiohead dont ils ont fait certaines premières parties de concerts en 2003, Low signe un huitième album electro, vacillant et rugueux. Ce qu’ils ont produit ensuite m’a plutôt déçu, perdant petit à petit leur statut de bouée au milieu de l’océan indie.

Low – A Lifetime of Temporary Relief

Paru en 2004 et sous-titré « 10 Years of B-Sides and Rarities », le triple cd A Lifetime of Temporary Relief regroupe 56 chansons rares de Low… On y retrouve les démos de Lullaby et Cut enregistrées dans leur appartement sur un magnéto 4 pistes ; des inédites de l’album The Curtain Hits the Cast initialement sorti en double vinyle (Prisoner et Tomorrow One) ; une tripotée de reprises inspirées couvrant Bob Dylan et les Beach Boys, Spacemen 3 et les Beatles ; avec une mention spéciale pour I Started a Joke des Bee Gees et Last Night I Dreamt that Somebody Loved Me des Smiths, tandis que Fearless est un peu trop sage… Mais les vrais joyaux se nomment Surf aussi galvanisant que No Love Lost de Joy Division ; I remember avec synthé et boîte à rythmes façon OMD ; Kindly Blessed enregistrée à capella par Mimi Parker pendant qu’elle faisait la vaisselle (dixit le livret) ainsi qu’une version vraiment bis de Shots & Ladders, d’abord dans le formol puis totalement possédée… Un dvd complète ces 4 heures de musique entre extraits de concerts et répétitions au vert, avec parmi les clips une mise en images de Don’t Understand qui ajoute encore à la puissance de ce titre.

Low – Trust

Things We Lost in the Fire n’ayant pas résisté au dernier examen de ma discothèque, voici le sixième album de Low, intitulé Trust et publié en 2002. Où les orfèvres du sadcore tentent de se renouveler en invitant un joueur de banjo (Marc Gartman) sur In the Drugs, s’essayent à saturer les guitares avec un Canada peu convaincant ou se perdent dans des paroles à rallonge (La La La Song)… Ces écueils mis à part, leur langueur réconfortante n’a pas disparu entre Amazing Grace et les marteaux sourds de Candy Girl, l’ajout d’échos sur Tonight donnant au chant de Parker un supplément d’âme cold wave… Mais c’est dans les formats longs que Low conserve toute sa grâce : The Lamb qui atteint à une mélancolie classique avec son chant lointain aussi touchant que le quatrième mouvement du Requiem for Larissa ; suivie du monlogue de l’aliéné dans Shots & Ladders, depuis les voix dans sa tête jusqu’aux grincements et manivelles, violons suintants à la Preisner et qui m’évoquent la scène où un malade croit sa dernière heure arrivée dans le second épisode du Décalogue. « They’re gonna build a ladder, it’s gonna take you forever… »