Low – Drums and Guns

En 2005, Low passe chez Sub Pop (le label qui a révélé Nirvana) et accouche d’un album bruyant, The Great Destroyer sur lequel je fais l’impasse. Le groupe connaît ses premières tensions, entre la dépression d’Alan et la lassitude de Zak qui sera remplacé par Matt Livingston sur leur prochain opus en 2007 : Drums and Guns à l’esthétique soignée, avec son livret provocant où alternent des photos de percussions et d’armes à feu… Le son est cinglant et le ton désenchanté sur Pretty People, suivie d’ambiances méditatives (Belarus) et elliptiques (Breaker) ; étouffantes derrière les rythmes syncopés d’In Silence ou de Sandinista et son mellotron délavé, Hatchet proposant d’enterrer la hache de guerre « comme l’ont fait les Beatles et les Stones… » Dust on the Window laisse une traînée de miettes à la guitare, caisse claire et melodica soutenant le chant laconique de Mimi Parker… Avec une sophistication rappelant Radiohead dont ils ont fait certaines premières parties de concerts en 2003, Low signe un huitième album electro, vacillant et rugueux. Ce qu’ils ont produit ensuite m’a plutôt déçu, perdant petit à petit leur statut de bouée au milieu de l’océan indie.

Low – A Lifetime of Temporary Relief

Paru en 2004 et sous-titré « 10 Years of B-Sides and Rarities », le triple cd A Lifetime of Temporary Relief regroupe 56 chansons rares de Low… On y retrouve les démos de Lullaby et Cut enregistrées dans leur appartement sur un magnéto 4 pistes ; des inédites de l’album The Curtain Hits the Cast initialement sorti en double vinyle (Prisoner et Tomorrow One) ; une tripotée de reprises inspirées couvrant Bob Dylan et les Beach Boys, Spacemen 3 et les Beatles ; avec une mention spéciale pour I Started a Joke des Bee Gees et Last Night I Dreamt that Somebody Loved Me des Smiths, tandis que Fearless est un peu trop sage… Mais les vrais joyaux se nomment Surf aussi galvanisant que No Love Lost de Joy Division ; I remember avec synthé et boîte à rythmes façon OMD ; Kindly Blessed enregistrée à capella par Mimi Parker pendant qu’elle faisait la vaisselle (dixit le livret) ainsi qu’une version vraiment bis de Shots & Ladders, d’abord dans le formol puis totalement possédée… Un dvd complète ces 4 heures de musique entre extraits de concerts et répétitions au vert, avec parmi les clips une mise en images de Don’t Understand qui ajoute encore à la puissance de ce titre.

Low – Trust

Things We Lost in the Fire n’ayant pas résisté au dernier examen de ma discothèque, voici le sixième album de Low, intitulé Trust et publié en 2002. Où les orfèvres du sadcore tentent de se renouveler en invitant un joueur de banjo (Marc Gartman) sur In the Drugs, s’essayent à saturer les guitares avec un Canada peu convaincant ou se perdent dans des paroles à rallonge (La La La Song)… Ces écueils mis à part, leur langueur réconfortante n’a pas disparu entre Amazing Grace et les marteaux sourds de Candy Girl, l’ajout d’échos sur Tonight donnant au chant de Parker un supplément d’âme cold wave… Mais c’est dans les formats longs que Low conserve toute sa grâce : The Lamb qui atteint à une mélancolie classique avec son chant lointain aussi touchant que le quatrième mouvement du Requiem for Larissa ; suivie du monlogue de l’aliéné dans Shots & Ladders, depuis les voix dans sa tête jusqu’aux grincements et manivelles, violons suintants à la Preisner et qui m’évoquent la scène où un malade croit sa dernière heure arrivée dans le second épisode du Décalogue. « They’re gonna build a ladder, it’s gonna take you forever… »

Low – Secret Name

Trois ans après The Curtain Hits the Cast, Low rejoint Kranky, le label de Labradford basé à Chicago qui publie Secret Name ; un disque où le trio de Duluth s’essaie à des arrangements shoegaze et allégés (Starfire, Misouri) dont les textes rallongent et les guitares s’effacent (Weight of Water), s’enchaînant avec une certaine paresse jusqu’à Don’t Understand où le bassiste Zak Sally assène une ligne rythmique époustouflante à l’aide de son optigan, l’ancêtre des échantillonneurs utilisé dans les années 70 et qui rappelle le mellotron des King Crimson, avec des étagements dignes d’une montée post rock… Après ce monument, le soufflé retombe vers des berceuses qui sont loin de produire le même effet que Lullaby ; installant Alan et Mimi dans un registre plus proche de Stina Nordenstam, ce qui n’est pas sans charme et puis je les ai vus en concert à Paris cette année-là, sur la péniche La Balle au Bond dans un cadre intimiste, ajoutant à mon indulgence quant à ce disque un peu flemmard.

Low – The Curtain Hits the Cast

Paru en 1996, le troisième album de Low démarre avec les vocalises de Mimi Parker, discrètes pour ne pas troubler le chant d’Alan Sparhawk sur le contemplatif Anon… Obscur et désirable, The Plan s’égrène en cinq phrases répétées le long d’une guitare complice ; quatre mots suffisent à remplir les accords post rock de Coattails, et l’on pense à Mark Hollis sur ce titre où l’on se laisse porter à s’en faire tourner la tête, rien n’est en trop et la prouesse se répète avec Laugh et ses 9 minutes de silence révolté, où l’on entend une mouche voler avant le retour de cordes suggérant les grands espaces de Dead Man… À ce stade c’est déjà un grand album, pourtant le plus saisissant est à venir avec Do You Know How To Waltz? qui corse la sauce aussi sûrement que The Thinner the Air, sa vrille résonnante de 14 minutes abaissant l’une après l’autre nos barrières vitales… On termine avec Dark, une comptine au titre trompeur et où Alan boit du petit lait, conscient d’avoir touché son auditoire avec un nouveau chef d’œuvre : The Curtain Hits the Cast reconnaissable à la petite caisse claire de Mimi en couverture.

Low – Long Division

Changement de bassiste pour Low en 1995, avec Zak Sally sur Long Division dont il signe aussi le bulbe blafard en photo de couverture… À part ça c’est du pareil au même, et c’est ça qu’on aime sur ce deuxième album qui  s’enfonce un peu plus dans les méandres du slowcore ; où Alan et Mimi peaufinent leurs chants complémentaires sur des airs émaciés… Shame détricote l’attente et on ne jette pas de bouée à l’infortuné de Throw Out the Line ; mais Parker sait aussi nager seule avec Below & Above, portée par une guitare harmonieuse… Stay décante lentement, étale ses accords de tout son long vers Take et sa basse ampoulée où c’est à Sparhawk de chanter en solo ; menant à terme ce second disque finalement plus affable que I Could Live in Hope, mais dont le dépouillement ne laisse pas moins groggy.

Low – I Could Live in Hope

Low est un groupe de rock indépendant américain formé à Duluth en 1993 par Mimi Parker aux percussions et au chant, Alan Sparhawk à la guitare et au chant, et John Nichols à la basse. Alan et John se rencontrent à l’université et improvisent des chansons douces ; la compagne d’Alan est Mimi, elle les rejoint et caresse une caisse claire, donnant naissance au trio le plus langoureux du Minnesota… Paru chez Vernon Yard l’année suivante, leur premier opus I Could Live in Hope est un abîme de beauté. La voix d’Alan flotte sur une basse posée puis la cymbale, le chant de Mimi se rajoute à celui de son compagnon : c’est leur gimmick et il est unique, aussi reconnaissable qu’une chanson de BrassensCut est solitaire et Slide espère, Lazy n’a plus d’illusions et Lullaby nettoie les globes oculaires ; Drag évapore et Rope nous pend au nez… Au gré de paroles épurées, effeuillant notre condition jusqu’à l’os, la reprise de Sunshine (écrite par Charles Mitchell en 1939) referme cet écrin sur une déclaration réciproque, chantée à l’unisson par un couple soudé comme Fraser/Guthrie… Incarné comme Curtis, froid comme Smith et écorché comme Pajo, un album indispensable pour réussir son été sur une île déserte.

Suzanne Vega – 99.9 F°

Suzanne Vega est une compositrice et chanteuse américaine née en 1959 à Santa Monica. Elle grandit à New York où elle écrit ses premières chansons à 14 ans, étudie la danse et la littérature puis se produit sur la scène du Cornelia Street Cafe, dans les années 80 où le magazine Fast Folk la repère et publie quelques chansons ; avant de signer son premier album éponyme chez A&M en 1985… Paru sept ans plus tard, son quatrième opus 99.9 F° pétille de 13 chansons folk rock où Suzanne rend visite au docteur (Blood Makes Noise) et constate qu’il fait plus de 37 degrés (99.9 F°) ; sa voix bien balancée accompagnée de guitares électriques et d’un petit orchestre classique, pour un résultat tantôt rythmé et tantôt feutré, intimiste seule avec sa guitare acoustique (Song of Sand) ou lorsqu’elle évoque les blessures de l’enfance (Bad Wisdom)… Caressante comme Linda Perhacs et mieux que Nena, 99.9 F° est fourni avec un livret dont on apprécie le travail typographique, les paroles et les photographies.

Red House Painters – Ocean Beach

Parus dans la foulée de Rollercoaster et issus des mêmes sessions d’enregistrements, les morceaux de l’album Bridge ne sont pas indispensables à l’œuvre de Red House Painters (à part peut-être le final de Blindfold, où Kozelek se prend pour Cobain…) On retrouve les Californiens en 1995 avec Ocean Beach qui démarre tranquillement par une instrumentale folk donnant envie d’aller se promener sur la jetée (Cabezon) pour y retrouver la fille de Summer Dress, le temps d’un rêve de sable… Les souvenirs abondent à San Geronimo, une chanson pleine de vie évoquant cette petite ville située de l’autre côté du Golden Gate ; Shadows et Drop se montrant moins indulgents à l’égard des rapports humains. Et si le démon neurasthénique réapparaît avec Moments et sa magnifique tirade en queue de comète, moins assommant qu’escompté ce quatrième album est empreint d’une certaine sérénité… De là à déduire que Red House Painters est destiné au plus grand nombre, il y a un fossé infranchissable. « I can’t deny that I drift sometimes, even in these loving moments… »

Red House Painters – Rollercoaster

Moins d’un an après l’imposant Down Colorful Hill, Red House Painters revient avec un second opus éponyme, communément appelé Rollercoaster parce que sa couverture représente un grand huit en bois désaffecté depuis dix ans. Où se confirme la grâce désenchantée des compositions de Mark Kozelek et son univers peuplé de fantômes (Down Through) où le bonheur aurait pu exister (Grace Cathedral Park, Katy Song, Take Me Out) ; la perception brouillée par des guitares aqueuses tandis que les couplets se prolongent en oubliant les paroles… La tête en arrière, l’horizon se retourne dans le Rollercoaster de l’enfance, suivi des hululements de Mother qui traînent en longueur mais restent préférables à ceux de John ; Strawberry Hill relatant une solitude que l’on devine autobiographique, dans un collage poétique mêlé à un chœur de voix amateur… Surnageant entre les eaux brûlantes de Mazzy Star et le ruisseau aride de Roy Montgomery, Rollercoaster est un objet poignant de part en part, un album poignard traversé d’ellipses dont la constance rappelle un autre Mark.