Paul Simon & Art Garfunkel – Bridge Over Troubled Water

Dernier album de Simon & Garfunkel, Bridge Over Troubled Water paraît trois ans après la révélation de The Graduate. L’album démarre fort avec le morceau éponyme chanté par Art accompagné au piano, d’une beauté triste comme l’amitié qui s’étiole entre les deux partenaires. C’est la chanson la plus sublime que le duo ait écrite avec The Boxer, également présente sur ce disque où sur fond de guitare folk, Art raconte l’histoire d’un boxeur déterminé à surmonter tous les obstacles… El Cóndor Pasa (If I Could) ajoute au feu d’artifice, adaptée du groupe péruvien Los Incas, mais ça marche moins bien quand Paul & Art se prennent pour les Beatles (Keep the Customer Satisfied, Baby Driver) The Only Living Boy in New York fait penser à Nilsson et le reggae expérimental de Why Don’t You Write Me n’enfume personne, quant à Cecilia j’avoue préférer la version de Joe Dassin… Le disque se termine avec une reprise du jovialement ambigu Bye Bye Love, et puis chacun s’en va de son côté : Art se consacre au cinéma tandis que Paul approfondit sa carrière solo. « Lie la lie… »

Paul Simon & Art Garfunkel – The Graduate

Paul Simon est un compositeur, chanteur et guitariste américain né dans le New Jersey en 1941. Il se lie d’amitié avec le chanteur Art Garfunkel, né la même année à New York, dès l’école primaire où ils participent à un atelier de théâtre tout en écrivant leurs premières chansons, signant avec Hey Schoolgirl un premier tube en 1957. Puis leurs parcours divergent, Simon entame une carrière solo avant de retrouver Art en 1965, où ils publient le single The Sound of Silence. Deux ans plus tard, en travaillant à son prochain film The Graduate (Le Lauréat), le réalisateur Mike Nichols souhaite y faire figurer ce titre avant de leur proposer l’essentiel de la bande originale… Avec Mrs Robinson qu’on ne présente plus, petit miracle de chanson folk d’à peine 1 minute 13, avec la reprise du chant traditionnel Scarborough Fair ou encore le crescendo calendaire d’April Come she Will, autre bijou de précision mélancolique… Le film remporte un Oscar et voit la consécration du duo Simon & Garfunkel, révélant au passage le jeune Dustin Hoffman.

Half Asleep – Palms & Plums

Accompagnée de sa sœur Oriane, la chanteuse et musicienne Valérie Leclercq crée le groupe Half Asleep en 2002 non loin de Bruxelles. Repéré par le label indépendant Another Record, son premier album Palms & Plums est distribué dès 2003 et révèle le mélange subtil auquel parviennent les deux sœurs avec un piano, une guitare, une discrète batterie et la voix poreuse de Valérie, sur le fil comme Linda Perhacs… Sea ShellsKay ou Fill the Turkey : autant de titres effleurés à la guitare acoustique, avant qu’un piano limite désaccordé ne vienne accentuer la mélopée de The Widow. Je n’oublie pas What Suffering et Romarin, deux interludes instrumentales dans la veine émotionnelle des Puppets de Zbigniew Preisner… Entre le slowcore de Low et les débuts de Dominique A., la folk minimaliste de Half Asleep marque les esprits de son empreinte contemplative. On pense aussi aux ambiances oniriques de la française Colleen, en se laissant flotter le long de ces eaux troubles.

Trespassers William – Different Stars

Créé en Californie en 1997, les Trespassers William sont un groupe de dream pop américain essentiellement constitué de Matt Brown à la guitare et d’Anna-Lynne Williams au chant. Paru en 2003 chez Bella Union, Different Stars est leur second opus. Intitulée Intro, la première minute de l’album est aussi la meilleure, sans la voix d’Anna-Lynne qui s’apprête à déferler le long de neuf chansons assoupissantes (Lie in the Sound), de mélodies monotones en échos paresseux (Vapour Trail), le tout flottant entre slide guitar (Alone) et xylo bien répartis (Fragment), oblitérant quasiment toute émotion… Moins exquis que Mazzy Star et trop sage pour tutoyer Topley-Bird, ce disque tout en langueurs laisse derrière lui un sentiment inhabituel de vacuité musicale. Pas de quoi fouetter un chat, pour se remettre on écoutera un album des Red House Painters.

Neil Young – Dead Man

Vingt-deux ans ont passé depuis On the Beach, Neil Young a surmonté bien des aléas lorsqu’il accepte de signer la bande originale du film Dead Man de Jim Jarmusch, deux ans après l’album Sleeps with Angels où il rend hommage à Kurt Cobain… Composé de six solos de guitare et d’un solo d’orgue, la musique de Dead Man oscille entre le noir et le gris, largement improvisée avec une guitare électrique en suivant la trame du film où Johnny Depp et Gary Farmer dérivent dans un western à la noirceur photogénique… À l’instar de la bande originale de Ghost Dog, du même Jarmusch et où les chansons sont entrecoupées de lectures, le disque reprend des extraits du film où l’on retrouve les poèmes de William Blake, et des dialogues cultes comme celui où Iggy Pop cuisine des haricots en forêt autour d’un feu de camp… Le voyage est profond et donne envie de revoir le film, surtout après avoir feuilleté le livret richement illustré. « Some are born to sweet delight, some are born to endless night… »

Neil Young – On the Beach

Paru chez Reprise deux ans après Harvest, le cinquième album studio de Neil Young est en rupture avec l’emphase et la chansonnette facile. Un orgue, une voix et un soupçon d’harmonica suffisent à See the Sky about to Rain ; le banjo de For the Turnstiles confirmant le dénuement, laissant le « loner »  presque a cappella le temps d’une ballade à la slide guitar. Les cordes se lamentent sur On the Beach, un blues sourd et martelé qui nous emporte doucement vers Ambulance Blues, où l’harmonica et le fiddle (nom canadien donné au violon populaire) s’épanchent jusqu’à enrober la voix de Neil plus grave qu’à l’accoutumée… Mélancolique et ralenti, plus exigeant que son prédécesseur, On the Beach est un album qui passe à toute allure et donne à peine le temps de méditer sur sa formidable pochette, où le chanteur fait face à l’océan tandis qu’un engin non identifié s’est échoué sur la plage, à côté des chaises à fleurs.

Neil Young – Harvest

Neil Young est un chanteur et guitariste canadien né à Toronto en 1945. Il rejoint la Californie à l’âge de 20 ans et s’implique dans de nombreux groupes de country rock, des Bufallo Springfield au trio Crosby, Stills & Nash, tout en démarrant une carrière solo avec un premier album éponyme en 1968… Le succès arrive quatre ans et trois albums plus tard, avec Harvest qui révélera au monde sa voix pointue, son harmonica et sa guitare. Un album où les genres se chevauchent, folk dépouillé avec Harvest, Heart of Gold dont on ne se lassera jamais et le poignant Old Man, tandis qu’A Man Needs a Maid et There’s a World se la jouent classiques à la manière des Moody Blues. Puis Neil sort sa guitare électrique sur le très country Alabama, et de conclure avec l’entêtant solo mêlé de piano de Words (Between The Lines Of Age)… Une tripotée de musiciens a contribué à cet album dont la simplicité n’est qu’apparente, des Stray Gators de Nashville aux chœurs de Crosby, Stills & Nash, en passant par le London Symphony Orchestra et le guitariste et producteur Jack Nitzsche. Le résultat est là : décennie après décennie, Harvest récolte à bon droit les suffrages des mélomanes.

Jeff Buckley – Mystery White Boy

Paru en 2000, Mystery White Boy contient le meilleur de Jeff Buckley en public, à partir d’enregistrements réalisés entre 1995 et 1996 en Allemagne et en Australie, à Paris, Lyon et aux États-Unis. Même si ces archives n’auraient jamais dû voir le jour, leur enchaînement donne l’impression d’écouter un vrai concert, et l’on s’attache moins à la qualité sonore qu’à leur valeur émotionnelle. Lilac Wine est encore plus nu, la guitare se déchaîne sur l’inédit What Will You Say ; et en introduction de Last Goodbye enregistré à L’Olympia, Jeff fait un excellent commentaire sur la gastronomie française… Mais le meilleur est pour la fin, avec une version longue de Kangaroo d’Alex Chilton, un morceau déjà repris par This Mortal Coil en 1984, suivi d’un medley magnifique entre Hallelujah de Leonard Cohen et I Know It’s Over des Smiths. L’album se termine ainsi, Jeff est seul à la guitare et nous pouvons nous endormir heureux.

Paul Williams – Phantom of the Paradise

En 1974, Brian de Palma propose à Paul Williams d’écrire la musique de son film Phantom of the Paradise. Ignorée à sa sortie, l’œuvre acquerra plus tard le statut qu’elle mérite, lorsque seront redécouvertes les chansons qui en composent la trame. Comédie musicale outrancière, version pop du mythe de Faust assortie d’une critique de l’industrie musicale, Phantom of the Paradise raconte aussi l’histoire d’amour entre un compositeur idéaliste et sa muse, tous deux abusés par le Diable en personne. Le disque en respecte la chronologie et permet de se replonger dans les méandres d’un film à facettes, depuis les chansons rétro des Juicy Fruits alias les « Beach Bums » jusqu’aux titres poignants de Faust et The Phantom’s Theme, sans omettre la voix sensuelle de Jessica Harper sur Old Souls ou Special to Me. Paul Williams achève la démonstration avec The Hell of It, sans faire dans la dentelle à l’image de ce film baroque et bouleversant.

Paul Williams – Paul Williams

Né en 1940, Paul Williams est un auteur-compositeur-interprète et acteur américain. Il se fait connaître en écrivant des tubes pour les Carpenters, Fill your Heart de David Bowie ou encore Evergreen pour Barbra Streisand ; publie également ses propres albums, depuis Someday Man en 1970 jusqu’à Ordinary Fool en 1975. Mêlant le folk et la country, les chansons de Paul Williams sont romantiques et populaires, loin de l’extravagance d’un Van Morrison auquel sa voix éraillée me fait penser. Très complète, la présente anthologie éponyme parue chez Pickwick en 1988 regroupe 19 de ses succès, de Just an Old Fashioned Love Song à Waking Up Alone, de Let Me Be the One à We’ve Only Just Begun… Paul Williams est également connu pour avoir composé la bande originale de Phantom of the Paradise, où il interprète aussi le rôle de Swan. Il a cependant mieux vieilli que son personnage infernal, puisqu’on le retrouve quarante ans plus tard sur le morceau Touch, en collaboration avec Daft Punk.