Hovercraft – Experiment Below

Formé en 1993 à Seattle par le guitariste Ryan Shinn et le bassiste Beth Liebling, Hovercraft est un groupe de musique post rock américain. Ils se font connaître lors de performances scéniques où leurs instrumentales sont associées à des projections d’expériences en tout genre ; publient leur premier album Akathisia en 1997 puis Experiment Below l’année suivante, rejoints par le batteur Ric Peterson… Les glissandos de Phantom Limb rappellent l’univers échevelé de Liars et Transmitter Down ou Wire Trace pulsent comme Tortoise ; moins convaincants lorsqu’ils flirtent avec Sonic Youth (Endoradiosonde) mais célestes dans un ultime décollage space rock (Epoxy) ; ils partiront en tournée aux côtés de Add N to (X) et formeront un autre groupe avec Mary Hansen en 2000 ; seront remixés par DJ Spooky avant de disparaître de la circulation, nous laissant ce disque incontestable.

Frank Zappa – One Size Fits All

Frank Zappa est un auteur-compositeur-interprète américain né à Baltimore en 1940. Fasciné par Igor Stravinsky et la musique concrète de Varèse (on se contentera de Stockhausen dans cette discothèque), il apprend très tôt la guitare et la batterie, fréquente des groupes de rhythm’n blues avant de se fixer avec les Mothers of Invention en 1964… Paru en 1975, leur dixième album One Size Fits All mêle le classique aux expérimentations rock, les morceaux tantôt chantés et parlés défiant le bon sens harmonique en laissant la place à de larges virées instrumentales (Po-Jama People). Capable d’emportements vocaux dignes de son ami Beefheart (Inca Roads, Florentine Pogen), Frank équilibre la sauce avec de savants arrangements jazz, les embardées au vibraphone de Ruth Underwood étant fréquentes… Entre brouhaha surréaliste (Can’t Afford No Shoes) et nostalgie country rappelant les ZZ Top (San Ber’dino), Zappa sème son trop-plein créatif à tous les vents ; ça manque de poésie mais il a le mérite de ne pas trop se prendre au sérieux.

Yes – Relayer

Deux ans après Close to the Edge, Yes publie Relayer qui réitère le principe du concept album construit autour de trois morceaux : The Gates of Delirium sur la face A et Sound Chaser suivi de To Be Over sur la face B du vinyle. Bruford est parti, remplacé par Alan White tandis que le Suisse Patrick Moraz est à l’orgue et au Mini Moog, qui rejoindra plus tard les Moody Blues… Les trois quarts de la chanson phare sont débridés, tempétueux et inspirés par le roman Guerre et Paix de Tolstoï ; la magie opérant durant le dernier quart avec un hymne magnifique, inspirant l’accalmie et qui paraîtra en single (Soon)… Le second titre s’apparente à une jam session peuplée de cris funky, je lui préfère le dernier avec son simili sitar et ses guitares alambiquées, qui me donnent envie d’aller visiter The Lamb Lies down on Broadway… Neuf ans plus tard, leur tube Owner of a Lonely Heart fera connaître Yes au plus grand nombre, dont je faisais alors partie car je ne me suis intéressé que bien plus tard à ces albums autrement précieux.

Yes – Close to the Edge

Formé à Londres en 1968 autour du chanteur Jon Anderson, du guitariste Peter Banks et du bassiste Chris Squire, du pianiste Tony Kaye et du batteur Bill Bruford, Yes est un groupe de rock progressif britannique. Ils publient chez Atlantic Records un premier album éponyme en 1969, suivi de Fragile qui mérite d’être découvert même si je m’en suis récemment séparé car je le trouvais un peu trop braillard ; avant Close to the Edge paru en 1972 et qui sera leur plus bel opus, les 18 minutes du titre éponyme occupant la première face du vinyle. Un morceau épique articulé en quatre chapitres dans la pure tradition du rock progressif, où se côtoient solos de guitare et envolées symphoniques, climax à l’orgue et chant à fleur de peau… La seconde face est plus sereine, en deux titres à résonance folk (And You and I) ou psychédéliques sur Siberian Khatru et ses superpositions vocales ; pour un disque à écouter entre Red et Misplaced Childhood. « I get up, I get down… » Je dédie cet article à mon ami Puzzledoyster, dont le courage et la générosité étaient hors norme.

Lou Reed – Rock ‘n’ Roll Animal

Lou Reed est un chanteur et guitariste américain né à New York en 1942. Il apprend le piano puis la guitare ; souffre de dépression à l’adolescence où ses aspirations musicales se heurtent au conservatisme de sa famille, qui va lui imposer un traitement aux électrochocs dont il se souviendra longtemps. Puis il rencontre John Cale et forment le Velvet Underground pour une poignée d’albums qui vont marquer les années 70, avant d’entamer une carrière solo deux ans plus tard… produit par David Bowie en 1972, son second album Transformer comprend les succès Walk on the Wild Side et Perfect Day ; deux ans avant le live Rock ‘n’ Roll Animal où Reed reprend surtout des chansons du Velvet dans des versions longues, ainsi l’Intro précédant Sweet Jane qui offre un moment de guitare à la Santana pour une entrée en scène digne de ce nom… Les 12 minutes de Heroin font de l’effet et la complainte de Lady Day (extraite de l’album Berlin) prend ici une tout autre ampleur ; mais c’est le titre éponyme qui ravit la vedette avec son mémorable solo de guitare, la basse de Prakash John relevant la sauce jusqu’au sommet de la casserole.

Grandaddy – Sumday

Troisième opus de Grandaddy, Sumday paraît en 2003 chez V2, le label qui a accueilli Mercury Rev en 1998 et dont la voix du chanteur fait parfois penser à celle de Jason Lytle… Après la déflagration technostalgique de The Sophtware Slump, le Californien signe un album plus intime évoquant la folk de Neil Young (I’m on Standby, The Go in The Go-For-It) ou le vague à l’âme de Midlake (Saddest Vacant Lot in all the World, O.K. With my Decay) ; l’énergie d’El Caminos in the West nous mettant la tête en fête avant l’emphase existentielle de The Final Push to the Sum… En mélangeant guitares acoustiques et synthés en demi-teintes, les mélodies de Sumday flottent comme ces cygnes qui cherchent à se réchauffer dans l’eau bleue, sur le tableau en couverture signé Shinzou Maeda.

Grandaddy – The Sophtware Slump

Paru en 2000 et entièrement composé par Jason Lytle, le second album de Grandaddy a marqué le début du XXIè siècle de son empreinte désenchantée. J’en limite les écoutes mais c’est à chaque fois une expérience totale, qui n’a rien perdu de sa vérité 19 ans plus tard… On entre dans le vif du sujet avec les mots adressés à « l’homme de l’an 2000 » sur He’s Simple, He’s Dumb, He’s the Pilot ; gravement beau tandis que les paroles conservent un semblant d’espoir, mais le ton change avec Jed the Humanoid et son synthé désolé, son clavier aussi défait que celui ayant servi à créer ce robot qui commet l’irréparable par manque d’affection… La mélodie de The Crystal Lake redonne des couleurs mais dénonce un monde artificiel, et revoilà Jed qui a eu le temps d’écrire un poème (Beautiful Ground) avant de se court-circuiter… Je n’oublie pas le troublant Miner at the Dial-a-View, où s’engage un dialogue avec une machine préfigurant les excès de Google Earth et Siri réunis ; autant de mauvais rêves narrés avec poésie dans un style electro, qui rappellent des épisodes de la Twilight Zone mais aussi OK Computer paru trois ans plus tôt.

Grandaddy – Under the Western Freeway

Créé en 1992 non loin de San Francisco, Grandaddy est un groupe américain de rock indépendant. Jason Lytle assure le chant, la guitare et les claviers ; Kevin Garcia la basse et Aaron Burtch la batterie. Ils autoproduisent leurs premières maquettes dans un studio construit au domicile de Lytle, puis enregistrent Under the Western Freeway en 1997 chez Will Records… Après l’éprouvant Nonphenomenal Lineage, amer et crypté avec le chant essoufflé de Jason Lytle que l’on retrouve sur Collective Dreamwish of Upperclass Elegance, une balade pensive à la guitare acoustique ; les Californiens mettent du sucre dans leur jeu, space rock avec Laughing Stock et dubitatif sur WhIy Took your Advice ; tandis que le titre éponyme fait tourner une boucle anachronique à la Boards of Canada… Un album fluide et qui contient un morceau caché où l’on entend crickets et bourdons dans la prairie ; un parfum d’authenticité qui m’invite à redécouvrir les Flaming Lips.

Magma – Offering I-II

Après Merci, Christian place Magma en hibernation au profit d’Offering, un groupe qui réduit la voilure autour de Simon Goubert au piano, Stella Vander au chant et Guy Khalifa à la flûte ; laissant une grande part à l’improvisation et marquant le retour de morceaux longs… Sans être mis au placard, le kobaïen s’accommode de couplets en anglais sur Love in the Darkness mais demeure roi sur Earth où l’on s’égosille tandis que les accords se plaquent comme avec De Futura ; mais aussi le trop bref Tïlïm M’dohm dont la fantaisie vocale me fait penser à un film de Jacques Tati. Outre ce petit bijou, mes favoris sont Joïa où la transe gagne tranquillement Vander ; C’est pour Nous et ses allers-retours vocaux, ou encore l’instrumentale façon Janacek Mazur Kujiawiak Oberek… Avec les percussions de Pierre Marcault et Marc Delouya, Offering I-II redistribue les rôles sur ce disque plutôt jazz et qui me donne envie d’écouter Cosmic Messenger.

Magma – Merci

En 1984, pour son huitième opus Magma délaisse presque totalement le langage kobaïen et démarre avec un Call from the Dark jazzy et enjoué, avec Stella Vander et Guy Khalifa au chant. En plus d’être au piano Rhodes, Vander entonne les paroles apaisantes d’Otis en référence à Redding ; avant la partition rhythm’n blues d’I Must Return et ses trompettes joviales, ses chœurs vibrants… Au centre du livret, hommage est rendu au Love Supreme de Coltrane, composé vingt ans plus tôt et évoqué au piano sur Eliphas Levi ; également la pièce maîtresse de l’album avec des paroles qui redeviennent occultes et un tempo progressif, dont les flûtes champêtres me rappelent Formentera Lady… Après l’époustouflant Üdü Wüdü, Vander et sa clique signent un disque décontracté, qui sans renverser la table présente l’avantage de pouvoir être écouté en toutes circonstances.  « Ooh Baby, don’t be a dream! »