Pink Floyd – The Division Bell

Quinze ans après The Wall et de multiples chamailleries au sein du groupe qui vont conduire au départ de Roger Waters et à la production de deux albums insipides, Pink Floyd revient avec The Division Bell où David Gilmour et Richard Wright assurent le chant, tandis que l’indéfectible Nick Mason campe derrière ses percussions… D’abord séduisante, l’ascension instrumentale de Cluster One devient suspecte au bout de trois minutes, s’étirant sans trop savoir où elle va. Le saxo sur Wearing the Inside out suscite un début d’intérêt, qui ne survit pas au chant compassé de Wright ; ce n’est guère mieux avec Gilmour sur Coming Back to Life, dont la voix suinte entre deux riffs laborieux. Il se rattrape in fine avec High Hopes et son clocher rural, ses paroles aigres-douces sur un lit de piano et de belles envolées à la guitare acoustique, mais c’est un peu court pour sauver l’album et puis on a l’impression d’écouter Gaudi d’Alan Parsons ; étrange renversement qui donne envie de se dire, à propos des Pink Floyd dans leur ensemble : Wish you were Here

Pink Floyd – The Wall

Paru en 1979, The Wall est un double concept album illustrant l’enfance difficile de Pink qui va peu à peu se réfugier derrière un mur, brique après brique s’isoler du monde après un détour par la gloire en devenant chanteur… Le son est rock et les chansons ciselées, la suite Goodbye Blue Sky, Empty Spaces et Young Lust est particulièrement forte, où le héros tente de noyer ses désillusions dans une existence futile. « And nothing is very much fun anymore… » Rappelant aussi bien les excès du monde musical dans Phantom of the Paradise que l’aliénation de Number 6 dans The Prisoner ; l’œuvre se termine sur une lueur d’espoir lorsque le mur est finalement détruit (Outside the Wall), après un procès surréaliste (The Trial) et d’autres morceaux inoubliables (Hey You, Is there Anybody out there?, Comfortably Numb)… The Wall sera adapté au cinéma par Alan Parker en 1982, où la performance de Bob Geldof est indissociable de séquences animées devenues célèbres, de la marche des marteaux au hachoir humain ; opéra rock inclassable et sans rival jusqu’en 2009, où à mes oreilles il sera détrôné par Controlling Crowds.

Pink Floyd – Animals

En 1977, tandis que les Sex Pistols font du bruit Pink Floyd publie un album autrement politique, inspiré du roman La ferme des animaux de George Orwell et où « tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres… » La guitare bucolique de Pigs on the Wing accompagne un bref cours de philo sur la nécessité d’aimer, suivie d’un gros quart d’heure de Dogs blessés, hurlant le long d’une chanson fleuve dont l’atmosphère oppressante se déploie entre des silences pesants, une fausse tranquillité que l’on retrouvera sur The Wall… Avec Pigs le cochon grouine, l’intro est belle mais l’on passe ensuite à des chœurs dignes de BJH et il faut attendre Sheep pour le moment fascinant où à la fin de chaque strophe, la voix de Waters se prolonge  jusqu’à se fondre dans le prochain accord au synthé. On psalmodie au vocoder avant un final rock où des moutons samplés se plaignent dans la plaine, un climax désabusé évoquant ce que fera Archive vingt-cinq ans plus tard… Un peu trop bavard pour égaler la magie de Wish you were HereAnimals reste mémorable et me donne envie d’aboyer quand je regarde sa pochette, où un cochon est en train de s’envoler au-dessus d’une usine.

Pink Floyd – Wish you were Here

Deux ans après The Dark Side of the Moon, le neuvième album de Pink Floyd démarre avec un des plus beaux morceaux progressifs jamais composés (Shine on you Crazy Diamond Parts I-V). De synthés lents en solos de guitare installant une flamboyance enivrante, enchaînée avec Welcome to the Machine à broyer l’individu comme dans le Metropolis de Fritz Lang, où dans un bouillon infernal les guitares luttent contre le temps fracassant ; l’homme épuisé, impuissant à freiner la cadence invitant son fils à prendre la relève… Have a Cigar file la même métaphore avec son clavier à la Supertramp et ses riffs synchrones, son rythme jazzy vers le titre éponyme où des bribes radiophoniques précèdent un solo qui porte longtemps… Wish you were Here c’est aussi un hommage à Syd et à tous les fous du monde, les murés et les fragiles, les barrés dont le cœur et l’esprit fonctionnent autrement… L’album se termine avec les Parts VI-IX du premier morceau, joué du bout des doigts avant de s’enflammer dans un dernier tourbillon repoussant les limites de la perception, sur ce disque où le temps ne s’écoule pas comme d’habitude. « Remember when you were young, you shone like the sun. »

Pink Floyd – The Dark Side of the Moon

Après Back in Black et Thriller, le troisième disque le plus vendu au monde paraît en 1973, The Dark Side of the Moon grâce auquel Pink Floyd va éclipser les autres groupes de rock progressif… Concept album où les thèmes s’enchaînent de la vie à la mort, s’ouvrant avec un cœur qui bat (Speak to Me/Breathe), un cri d’extase et une guitare qui remplit l’espace d’espoirs, de mots doux avant On the Run spatialisé par Alan Parsons à la production, course effrénée dans un couloir où des rires moqueurs laissent place à un concert de réveils et de carillons (Time) ; le son est clair comme jamais et la batterie régale, les chœurs compatissent comme le temps s’écoule vers The Great Gig in the Sky, superbe impro de la choriste Clare Torry… Des pièces de monnaie et une caisse enregistreuse, une intro à la basse et un texte sur la société de consommation : Money entre en scène et rafle la mise, très surfaite avec son gentil solo de saxo ; je lui préfère de loin Brain Damage et son clin d’œil à l’ami Syd… Avec son célèbre prisme en pochette que l’on retrouve désormais sur des paires de baskets, on ne peut pas se tromper en écoutant ce disque, mais le meilleur reste à venir. « Money, it’s a hit… »

Pink Floyd – Obscured by Clouds

Septième album de Pink Floyd, Obscured by Clouds a été enregistré en deux semaines tandis que le groupe travaillait déjà à The Dark Side of the Moon ; afin d’illustrer le film La Vallée de Barbet Schroeder, où sont explorées des contrées primitives en vue de rejoindre une vallée idéale… On ajoute volontiers le titre éponyme aux instrumentales écoutables en boucle, ainsi que Mudmen pour ses solos langoureux ; et non des moindres Absolutely Curtains qui termine magistralement le disque, en s’ouvrant sur un crescendo de claviers et batterie pour soudain devenir un chant tribal extrait du film, les synthés s’effaçant progressivement… Ces bijoux mis à part, on a droit à des chansons qu’Alan Parsons aurait pu chanter aussi bien (Burning Bridges, Stay) voire mieux (The Gold it’s in the…, Free Four) ; pour un ensemble mollasson et qui ne réitère pas la belle ambiance de la bande originale de More, réalisée trois ans plus tôt pour le même Barbet Schroeder.

Pink Floyd – Meddle

En 1971, après six mois d’enregistrement l’album Meddle démarre avec les guitares basses de Gilmour et Waters, le temps d’un ouragan instrumental où le bruit du vent se déploie dans l’espace (One of these Days). Puis il y a des ballades acoustiques, ainsi Fearless incluant des extraits de l’hymne footballistique You’ll Never Walk Alone en plus de son célèbre riff à la guitare ; San Tropez au tempo jazz avec slide guitar et solo comme dans un piano bar ; et un blues savoureux interprété par le chien Seamus, reléguant au second plan harmonica et voix humaine… Mais Meddle est surtout mémorable pour sa seconde face, remplie avec Echoes et où il est question d’albatros avant un long solo de Gilmour suivi de larmes prolongées, tirées d’une guitare trafiquée dans un cosmos où règne la mélancolie. Le sonar enchaîne et la batterie, l’orgue et les cordes signent un crescendo à couper le souffle, avant les derniers couplets chantés par Richard Wright… En continuité avec Atom Heart MotherMeddle mêle invention et virtuosité.

Pink Floyd – Atom Heart Mother

Le cinquième opus studio de Pink Floyd paraît en 1970, Atom Heart Mother dont le titre éponyme remplissait la première face du vinyle ; chorégraphie avant-gardiste co-écrite avec Ron Geesin, en six épisodes où les claviers sont discrets au profit d’une mêlée de chœurs et de cuivres, de bribes de voix ; et s’il y a de l’orgue on retient surtout les solos de Gilmour à la guitare, annonçant les prochains albums… Chanté par Roger Waters, If nous promène mais Richard Wright emballe avec les trompettes progressives de Summer ’68 ; avant de finir avec le petit-déjeuner d’Alan Stykes, roadies des Floyd qui beurre ses tartines et reprend du café, divague à voix haute en faisant cuire son bacon sur fond de guitare et de piano (Alan’s Psychedelic Breakfast) ; dont l’audace formelle referme ce disque comme il avait commencé. La pochette représente une vache dans un pré, sans mention du groupe ni du titre de l’album, on la doit au collectif Hipgnosis qui avait déjà signé la mise en abîme d’Ummagumma, ou encore sept ans plus tard la couverture du premier Peter Gabriel.

Pink Floyd – Ummagumma

Double album paru en 1969 dans la foulée de More, Ummagumma débute par les versions concert d’Astronomy Domine, Set the Controls… et A Saucerful of Secrets ; rallongées et qui sonnent mieux que celles en studio ; ainsi que Careful with that axe Eugene, un inédit remarquable et déchaîné… Le second disque est expérimental, où chacun des membres a signé une composition de son cru. Écrites par Richard Wright, les quatre parties de Sysyphus forment un poème théâtral mêlant un fourbi de piano à des cordes désaccordées, une voix gonflée à l’hélium et un mellotron dans le style de King Crimson. L’apport de Roger Waters est moins mémorable, avec son bestiaire avant-gardiste à la Raymond Scott (Several Species…) et une ballade acoustique où une mouche termine écrasée (Grantchester Meadows) ; en revanche David Gilmour assure avec The Narrow Way en trois parties électro-acoustiques élégantes, et un clavier digne de Supertramp. Pour terminer, The Grand Vizier’s Garden Party de Nick Mason éblouit avec sa salade de percussions et ce vent épuré au milieu, qui me rappelle l’ambiance du Rêve de Singe de Marco Ferreri.

Pink Floyd – More

Un an après le diversement stimulant A Saucerful of Secrets, Pink Floyd signe la bande originale du film More de Barbet Schroeder. Il en résulte un album folk et cosmique, atmosphérique illustrant la quête de Stefan en pleine période hippie, sur fond d’héroïne et d’amour fou… Après quelques chants d’oiseaux, une guitare sèche soutient la voix mélancolique de David Gilmour, prolongée par un orgue intense (Cirrus Minor). Aussi belle à pleurer que My Sister des Tindersticks, Crying Song affleure à petits coups de vibraphone… Up the Khyber me rend dingue avec ses embardées de batterie et son piano jazzy, suive de Cymbaline ou la ballade aux tam-tams… Le Main Theme est psychédélique et progressif, avec cette prépondérance percussive propre à la première époque des Floyd, dont on trouve un rappel en fin de disque avec Dramatic Theme, vers une sortie de guitares chargées d’écho… Avec ses interludes de flûtes et son étrange intermède flamenco, malgré deux morceaux de hard rock qui font tache, More dégage une continuité narrative encourageante.