Peter Hammill – The Future Now

Né à Ealing en 1948, Peter Hammill est un chanteur, guitariste et compositeur britannique. Après une incursion en 1968 au sein du groupe de rock progressif Van der Graaf Generator, il démarre une carrière solo et enchaîne les albums jusqu’à The Future Now signé chez Charisma, le label des premiers disques de Genesis… Hammill déclame autant qu’il chante entre les rasades de saxo de Pushing Thirty, dans un style qui fait penser à Zappa tout comme Trappings et ses chœurs baroques… La basse de The Second Hand swingue avec des ruptures de ton surprenantes ; le violon de Graham Smith sur If I Could m’évoque Scott 4 avant l’ensorcelant titre éponyme, un hymne au présent sous forme de prière lyrique… Mediaeval met en présence de chœurs gothiques, de martèlements avec un clavier comme chez Fripp ; tandis que les percussions de A Motor-Bike in Afrika semblent tout droit échappées de chez Can avant The Cut et ses cordes triturées, son chant emmêlé… Apprécié par John Lydon et doté d’une voix que j’ai parfois l’impression de retrouver avec Gong ; Peter Hammill est un ovni nécessaire.

Van Dyke Parks – Song Cycle

Né dans le Mississippi en 1943, Van Dyke Parks est un chanteur et musicien américain. Il est enfant de chœur et apprend la clarinette à l’âge de 4 ans, débute une carrière d’acteur et devient musicien de studio aux côtés des Byrds ou de Harry Nilsson, de Tim Buckley, Brian Wilson et plus tard U2… Paru en 1967, son premier album Song Cycle combine différents genres allant de la pop orchestrale au classique en passant par la folk traditionnelle, qui combine des instruments aussi variés que le violon, la balalaïka ou l’accordéon… Palm Desert bruisse entre pépiements et chant réverbéré, puis la harpe de Public Domain chambre nos oreilles à bonne température pour savourer Donovan‘s Colours, sans paroles et qui rend hommage au chanteur écossais dont il revisite des fragments ; avant les chœurs de By the People fondants comme du touron laissé au soleil… Concept album avant l’heure (Days of Future Passed n’est pas loin), Song Cycle est un collage excentrique autrement inspiré que Sufjan Stevens, une bande originale imaginaire que je situerais entre As Though it Were a Movie et Jugband Blues.

Mogwai – Come on Die Young

Mogwai est un groupe de post rock écossais formé à Glasgow en 1995 par le guitariste Stuart Braithwaite, le claviériste Barry Burns, le bassiste Dominic Aitchison et le batteur Martin Bulloch. Révélés en 1997 avec leur premier album Young Team, où l’on distingue les influences de My Bloody Valentine et Bark Psychosis avec un soupçon de Cure ; Come on Die Young frappe encore plus fort deux ans plus tard, où en guise d’intro la guitare flegmatique de Punk Rock survole l’extrait d’un entretien donné par Iggy Pop à la télévision en 1977… Les percussions de Helps Both Ways se dissolvent dans le sample d’un commentateur sportif indistinct avant le rythme lancinant de Kappa, un morceau à épaisseurs multiples entre piano et basse martiale, suivi d’une douce Waltz for AidanTortoise n’est pas loin de May Nothing but Happiness qui décolle et puis s’écrase dans un mouvement perpétuel, entêtant où se débattent les guitares ; l’exercice se renouvelant avec brio durant Ex-Cowboy qui rime avec Washer, le piano de Choky rappelant Portishead… Essentiellement instrumental, CODY pour les intimes ne manque pas de prouesses, avec sa couverture qui fait peur et ses distorsions graduées.

Rachel’s – The Sea and the Bells

Paru en 1996 et inspiré d’un poème de Pablo Neruda, le troisième album de Rachel’s renoue avec la veine post rock de Handwriting. Après quelques arpèges au violon portés par des percussions qui font penser à Low, Rhine & Courtesan se brise sur un récif impromptu où l’on entend craquer la coque d’un bateau. Les martèlements de Tea Merchants évoquent Steve Reich et d’autres accidents sonores se glissent dans les Cypress Branches, comme un salon de musique qui prendrait l’eau… Les Sirens retournent au fond à l’appel de cordes stridentes, avant l’intimité de Letters Home comme une chanson sans paroles de Mazzy Star ; suivi de To Rest Near to You qui rappelle Full on Night, où un tocsin et des voix distordues ont remplacé les trains… La sortie solennelle de His Eyes rappelle que tout un orchestre est derrière cet ouvrage qui manque parfois de légèreté, néanmoins digne représentant de cette niche musicale où le post rock est lyrique.

Rachel’s – Music for Egon Schiele

Un an après Handwriting, Rachel’s compose la musique d’une pièce de théâtre écrite par Stephan Mazurek en hommage au peintre autrichien Egon Schiele. Les morceaux sont courts et sages, on les dirait calqués sur Janacek (Egon & Gertie) ou Shostakovich (Third Self-Portrait Series) ; à part Second Self-Portrait Series où filtre un piano poignant… Je n’ai pas vu ce spectacle mais la brève existence de Schiele a sans doute été plus tourmentée que les impressions rendues par ces vignettes à la Schumann ; en acceptant cette commande Rachel’s a oublié d’être incisif là où Sakamoto l’avait si bien réussi à propos de Francis Bacon. Un manque d’audace qui me rappelle la querelle autour de la bande originale de 1984, visionnaire à la sauce Eurythmics mais où c’est la tranquille version de Muldowney qui a fini par l’emporter.

Rachel’s – Handwriting

Créé dans le Kentucky en 1991 par le guitariste Jason Noble, l’altiste Christian Frederickson et la pianiste Rachel Grimes, Rachel’s est un groupe de musique instrumentale américain. Paru chez Quarterstick Records en 1995, leur premier album Handwriting distille des vignettes intimistes, le vibraphone jazz de M. Daguerre porté par des percussions post rock et un piano velouté… Il pleut des cordes lentes sur Saccharin dont la monomanie rappelle Mihály Víg, tandis que Seratonin aurait pu illustrer un film de Greenaway si Nyman n’avait pas été disponible… Mais le joyau de cet opus s’intitule Full on Night qui nous entraîne dans des méandres improvisés à la guitare et au piano, débordants de textures où sifflent des trains ; un canevas entre mouvements de wagons et voix off, fumées et freinages laissant des traces sensibles… Fantomatique et à sa manière aussi radical que le premier Tortoise paru un an plus tôt, ce disque exceptionnel est servi dans un digipack en carton gaufré, avec un livret illustrant le travail de l’écriture sous toutes ses formes.

Gong – You

Un an après avoir formé Soft Machine aux côtés de Wyatt, le guitariste et chanteur Daevid Allen s’installe à Paris où il crée le groupe de rock psychédélique Gong, entouré de Gilli Smyth au chant, Didier Malherbe à la flûte ou encore Rachid Houari à la batterie. En 1969, ils font sensation au Festival d’Amougies avec Yes et Frank Zappa ; paru cinq ans plus tard leur sixième album You marque l’apogée de leur créativité à travers huit chansons débridées entre jazz fusion et rock progressif… Ça démarre comme un bâillement hippie avec Thoughts for Naught et Magick Mother Invocation, avant le décollage de Master Builder vers A Sprinkling of Clouds qui me fait songer à HarmoniaPerfect Mystery fait retomber le soufflé en lorgnant du côté de The Cheerful Insanity ; avant l’élan réussi de The Isle of Everywhere et sa basse funky, ses chœurs cosmiques pendant dix minutes qui font penser à Magma, puis You Never Blow your Trip Forever redevient bavard comme un épisode de la quatrième saison de The Twilight Zone… Entre paresse et grandeur, You tutoie parfois les étoiles.

Purr – Whales Lead to the Deep Sea

Formé à Paris en 1995 autour du chanteur et guitariste Thomas Mery, du bassiste Stéphane Bouvier et du batteur Jérôme Lorichon ; Purr est un groupe de post rock français. Repérés lors d’un concert, ils sortent un single sur le label Prohibition et font les premières partie de Blonde Redhead ; puis publient en 1997 leur premier album Whales Lead to the Deep Sea… Avec sa basse en avant et des percussions qui clappent, Schoolyard échelonne son effort vers la guitare frétillante de Welcome ; Cement and Glass terminant la plongée sur une tonalité acoustique qui me fait penser à Thom Yorke… Il y a aussi Trust et son sample obsédant, extrait du film éponyme de Hal Hartley et où l’on entend un dialogue clé entre Martin Donovan et la regrettée Adrienne Shelly… Ici pas de morceaux à rallonge comme chez la bande à Pajo, ici dix morceaux où l’on chante et l’on se mouille à la façon de Millions Now Living Will Never Die paru l’année d’avant ; le temps d’une incursion réussie dans la niche post rock et où Purr ne s’est pas contenté de ronronner. « Can you stop watching TV for a moment? »

Pram – The Museum of Imaginary Animals

Créé en 1990 par les amis d’enfance Rosie Cuckston (chant) et Matt Eaton (guitare), Pram est un groupe de rock indépendant britannique. Après des débuts sous le nom de Hole, leur formation s’étoffe avec Max Simpson aux claviers et Sam Owen à la basse ; puis ils signent un premier disque chez Too Pure, le label qui a révélé Stereolab… Paru en 2000, The Museum of Imaginary Animals est leur cinquième opus, où les ont rejoints Nick Sales au thérémine et Steven Perkins ex-batteur de Broadcast. La petite fanfare de The Owl Service donne le ton avec le chant égosillé de Rosie, attachant et parfois urticant ; à diluer dans Narwhal où sévit un thérémine éthéré comme chez Portishead, rehaussé de paroles sous-marines avec The Mermaids’ HotelPlay of the Waves me rappelle la Crabwalk d’EBTG puis la boîte à musique de Picture Box nous prend à rebours ; cet album mélangeant lounge et jazz au sein d’une ménagerie où le temps se remonte au gré d’instruments espiègles, entre Klimperei et The Twilight Zone. « Animals darkness and trees, between me and where I live… »

Tindersticks – Tindersticks 2

En 1991, après quatre années au sein des Asphalt Ribbons, le chanteur et guitariste Stuart Staples, le claviériste David Boulter et le violoniste Dickon Hinchcliffe forment les Tindersticks, un groupe britannique de rock indépendant. Ils sont rejoints par le guitariste Neil Fraser, le batteur Al Macauley et le bassiste John Thompson ; puis publient leurs deux premiers albums sous le même nom éponyme Tindersticks… Paru en 1995, le second d’entre eux consacre leur style plutôt post rock que pop de chambre, El Diablo en el Ojo finissant en apothéose à la GYBE! après avoir débuté par un murmure de cordes… Le vibraphone de My Sister est rejoint par la voix grave de Staples qui se lance dans une narration portée par un piano comme chez Hollis ; puis Snowy in F# Minor ajoute une couche de jazz vibrante, le groupe étant aussi à l’aise sur des titres qui dépotent (Vertrauen II) que lors de chansons plus intimes, comme sur No More Affairs et son piano Rhodes, ou encore Vertrauen III et sa scie instrumentale… Aérien et touffu, drapé dans des bruits indiscrets, ce disque sensuel me donne envie d’aller faire un tour de Rollercoaster.