Movietone – The Blossom Filled Streets

Movietone est un groupe de musique post rock formé à Bristol en 1994 par Kate Wright à la guitare, au chant et au piano ; et Rachel Brook à la clarinette et à la basse. Elles font leurs armes dans des groupes alternatifs comme Flying Saucer Attack ou Crescent, avant d’unir leur singularité sur un premier album paru en 1995… Cinq ans plus tard, leur troisième opus The Blossom Filled Streets raffine échos et bruits jusqu’à l’éclosion, ainsi le piano diaphane de 1930’s Beach House donne des ailes vers Spirit of Eden avant les dissonances choisies de Year Ending, comme si l’on avait pris place à bord d’une barque sans rames en compagnie de Rachel’s… Le titre éponyme s’accélère au fil des mesures, telle une série de fleurs photographiées avant Seagulls/Bass restituant le cri des mouettes, suivi du dépouillé Night in these Rooms où l’on sèche sur la couche, guitare et alto filant le parfait accord avec la voix éthérée de Kate Wright… Ça se répète en s’insinuant, ça creuse sous la surface à l’entrée de la baie, embrumé c’est enveloppant comme les Tindersticks ; ça me fait surtout penser à Palms & Plums que je m’en vais écouter sur le champ. « It’s the first flower to open, it’s your times… »

Maserati – Pyramid of the Sun

Deux ans après Inventions for the New Season, Maserati travaille à son prochain album lorsque le batteur Jerry Fuchs perd la vie dans un accident d’ascenseur. Pyramid of the Sun paraît l’année suivante et lui rend hommage, les partitions de batterie ayant été enregistrées avant son décès, où les synthés tourmentés de Who Can Find the Beast oscillent entre Tangerine Dream et She Wants RevengeWe Got the System to Fight crève le plafond et Ruins sature sous une chape de plomb avant de s’écraser au ralenti, précédant les arpèges d’Oaxaca proches d’Oxygène 7-13. Un disque profond où l’absent plane au-dessus des guitares hypnotiques, qui se termine avec Bye M’Friend, Goodbye dont l’introduction rappelle Kids in America tandis que des chœurs inédits disent au revoir à l’infortuné ; présenté dans un digipack aux tons bistres, accompagné de photos saturées de soleil sur papier glacé.

Maserati – Inventions for the New Season

Maserati est un groupe de post rock américain formé en 2000 à Athens autour des guitaristes Coley Dennis et Matt Cherry, du bassiste Steve Scarborough et du batteur Phil Horan. Après un premier album autoproduit ils signent chez Kindercore, publient The Language of Cities en 2002 et je suis séduit par leur style instrumental délayé, proche de GYBE! Trois ans plus tard ils recrutent Jerry Fuchs à la batterie, dont le style apporte une touche psychédélique que l’on découvre en 2007 avec Inventions for the New Season, dès le premier titre où cinq minutes de guitares progressives précèdent un boulevard gonflé à bloc par cette nouvelle force de frappe… 12/16 m’évoque étrangement Where I End and you Begin avant de déployer ses cordes façon U2, à renforts de réverb sur The World Outside et Synchronicity IV ; ce dernier sonnant comme un clin d’œil à The Police… Pêchu et ardent, tendre aussi avec Kalimera, cet opus sans paroles ressemble à une soirée privée dans sa tête à danser.

Roy Montgomery – Temple IV

Roy Montgomery est un compositeur de musique post rock néo-zélandais né en 1959. Il crée The Pin Group en 1980 avec le batteur Peter Stapleton, publie un single sur le label Flying Nun qui fera également connaître son compatriote Chris Knox. Il travaille en solo à partir de 1995, enregistre ses albums sur un magnéto quatre pistes et nous livre un an plus tard l’album Temple IV paru chez Kranky, du nom d’une pyramide situé sur le site archéologique de Tikal au Guatemala, que Roy a visité après la disparition de sa compagne à laquelle ce disque est dédié… Les guitares réverbérées de She Waits on Temple IV font penser à Cobalt Blue au ralenti, coulée paisible avant Departing the Body, une élégie déchirante saturée d’électricité… Le franchissement de The Passage of Forms se fait plus tranquillement, puis les accords claquent sur Jaguar Meets Snake et ses distorsions précédant Jaguar Unseen, ondulant et où la mélodie revient, hésitante… Évoquant le minimalisme de Luciano Cilio, Temple IV est une œuvre laconique et désincarnée dont la poésie cathartique serpente en nous irrésistiblement, tel un virus auquel on survit.

The Slits – Cut

Formé à Londres en 1976 par la chanteuse Ari Up, la batteuse Paloma McLardy, la bassiste Tessa Pollitt et la guitariste Viv Albertine ; The Slits est un groupe de post punk britannique. Viv et Paloma sont issues des Flowers of Romance, une formation punk où a également participé Sid Vicious et Keith Levene, ce dernier allant créer PiL en 1981 et dont le meilleur album s’intitulera Flowers of Romance… Les punkettes cultivent une image provocante et apparaissent en première partie des Clash en 1977, deux ans avant de publier CutBudgie a remplacé Paloma à la batterie. Instant Hit démarre avec une guitare reggae et des percussions pétulantes, les filles se répondant entre chants et bruitages, gueulant de près ou de loin dans des échos élaborés ; cette recette euphorisante traversant tout le disque jusqu’à la basse traînante de Love und Romance, une chanson parodique dont je préfère la version de 1977 présente sur le Best of Peel Sessions… The Slits ont aussi dépoussiéré I Heard it Through the Grapevine, neuf ans après les Creedence dans une version dub pleine de fraîcheur, avant de terminer par le très krautrock Liebe and Romanze. Pouce levé !

Peter Hammill – The Future Now

Né à Ealing en 1948, Peter Hammill est un chanteur, guitariste et compositeur britannique. Après une incursion en 1968 au sein du groupe de rock progressif Van der Graaf Generator, il démarre une carrière solo et enchaîne les albums jusqu’à The Future Now signé chez Charisma, le label des premiers disques de Genesis… Hammill déclame autant qu’il chante entre les rasades de saxo de Pushing Thirty, dans un style qui fait penser à Zappa tout comme Trappings et ses chœurs baroques… La basse de The Second Hand swingue avec des ruptures de ton surprenantes ; le violon de Graham Smith sur If I Could m’évoque Scott 4 avant l’ensorcelant titre éponyme, un hymne au présent sous forme de prière lyrique… Mediaeval met en présence de chœurs gothiques, de martèlements avec un clavier comme chez Fripp ; tandis que les percussions de A Motor-Bike in Afrika semblent tout droit échappées de chez Can avant The Cut et ses cordes triturées, son chant emmêlé… Apprécié par John Lydon et doté d’une voix que j’ai parfois l’impression de retrouver avec Gong ; Peter Hammill est un ovni nécessaire.

Van Dyke Parks – Song Cycle

Né dans le Mississippi en 1943, Van Dyke Parks est un chanteur et musicien américain. Il est enfant de chœur et apprend la clarinette à l’âge de 4 ans, débute une carrière d’acteur et devient musicien de studio aux côtés des Byrds ou de Harry Nilsson, de Tim Buckley, Brian Wilson et plus tard U2… Paru en 1967, son premier album Song Cycle combine différents genres allant de la pop orchestrale au classique en passant par la folk traditionnelle, qui combine des instruments aussi variés que le violon, la balalaïka ou l’accordéon… Palm Desert bruisse entre pépiements et chant réverbéré, puis la harpe de Public Domain chambre nos oreilles à bonne température pour savourer Donovan‘s Colours, sans paroles et qui rend hommage au chanteur écossais dont il revisite des fragments ; avant les chœurs de By the People fondants comme du touron laissé au soleil… Concept album avant l’heure (Days of Future Passed n’est pas loin), Song Cycle est un collage excentrique autrement inspiré que Sufjan Stevens, une bande originale imaginaire que je situerais entre As Though it Were a Movie et Jugband Blues.

Mogwai – Come on Die Young

Mogwai est un groupe de post rock écossais formé à Glasgow en 1995 par le guitariste Stuart Braithwaite, le claviériste Barry Burns, le bassiste Dominic Aitchison et le batteur Martin Bulloch. Révélés en 1997 avec leur premier album Young Team, où l’on distingue les influences de My Bloody Valentine et Bark Psychosis avec un soupçon de Cure ; Come on Die Young frappe encore plus fort deux ans plus tard, où en guise d’intro la guitare flegmatique de Punk Rock survole l’extrait d’un entretien donné par Iggy Pop à la télévision en 1977… Les percussions de Helps Both Ways se dissolvent dans le sample d’un commentateur sportif indistinct avant le rythme lancinant de Kappa, un morceau à épaisseurs multiples entre piano et basse martiale, suivi d’une douce Waltz for AidanTortoise n’est pas loin de May Nothing but Happiness qui décolle et puis s’écrase dans un mouvement perpétuel, entêtant où se débattent les guitares ; l’exercice se renouvelant avec brio durant Ex-Cowboy qui rime avec Washer, le piano de Choky rappelant Portishead… Essentiellement instrumental, CODY pour les intimes ne manque pas de prouesses, avec sa couverture qui fait peur et ses distorsions graduées.

Rachel’s – The Sea and the Bells

Paru en 1996 et inspiré d’un poème de Pablo Neruda, le troisième album de Rachel’s renoue avec la veine post rock de Handwriting. Après quelques arpèges au violon portés par des percussions qui font penser à Low, Rhine & Courtesan se brise sur un récif impromptu où l’on entend craquer la coque d’un bateau. Les martèlements de Tea Merchants évoquent Steve Reich et d’autres accidents sonores se glissent dans les Cypress Branches, comme un salon de musique qui prendrait l’eau… Les Sirens retournent au fond à l’appel de cordes stridentes, avant l’intimité de Letters Home comme une chanson sans paroles de Mazzy Star ; suivi de To Rest Near to You qui rappelle Full on Night, où un tocsin et des voix distordues ont remplacé les trains… La sortie solennelle de His Eyes rappelle que tout un orchestre est derrière cet ouvrage qui manque parfois de légèreté, néanmoins digne représentant de cette niche musicale où le post rock est lyrique.

Rachel’s – Music for Egon Schiele

Un an après Handwriting, Rachel’s compose la musique d’une pièce de théâtre écrite par Stephan Mazurek en hommage au peintre autrichien Egon Schiele. Les morceaux sont courts et sages, on les dirait calqués sur Janacek (Egon & Gertie) ou Shostakovich (Third Self-Portrait Series) ; à part Second Self-Portrait Series où filtre un piano poignant… Je n’ai pas vu ce spectacle mais la brève existence de Schiele a sans doute été plus tourmentée que les impressions rendues par ces vignettes à la Schumann ; en acceptant cette commande Rachel’s a oublié d’être incisif là où Sakamoto l’avait si bien réussi à propos de Francis Bacon. Un manque d’audace qui me rappelle la querelle autour de la bande originale de 1984, visionnaire à la sauce Eurythmics mais où c’est la version tranquille de Muldowney qui a fini par l’emporter.