Grandaddy – Sumday

Troisième opus de Grandaddy, Sumday paraît en 2003 chez V2, le label qui a accueilli Mercury Rev en 1998 et dont la voix du chanteur fait parfois penser à celle de Jason Lytle… Après la déflagration technostalgique de The Sophtware Slump, le Californien signe un album plus intime évoquant la folk de Neil Young (I’m on Standby, The Go in The Go-For-It) ou le vague à l’âme de Midlake (Saddest Vacant Lot in all the World, O.K. With my Decay) ; l’énergie d’El Caminos in the West nous mettant la tête en fête avant l’emphase existentielle de The Final Push to the Sum… En mélangeant guitares acoustiques et synthés en demi-teintes, les mélodies de Sumday flottent comme ces cygnes qui cherchent à se réchauffer dans l’eau bleue, sur le tableau en couverture signé Shinzou Maeda.

Grandaddy – The Sophtware Slump

Paru en 2000 et entièrement composé par Jason Lytle, le second album de Grandaddy a marqué le début du XXIè siècle de son empreinte désenchantée. J’en limite les écoutes mais c’est à chaque fois une expérience totale, qui n’a rien perdu de sa vérité 19 ans plus tard… On entre dans le vif du sujet avec les mots adressés à « l’homme de l’an 2000 » sur He’s Simple, He’s Dumb, He’s the Pilot ; gravement beau tandis que les paroles conservent un semblant d’espoir, mais le ton change avec Jed the Humanoid et son synthé désolé, son clavier aussi défait que celui ayant servi à créer ce robot qui commet l’irréparable par manque d’affection… La mélodie de The Crystal Lake redonne des couleurs mais dénonce un monde artificiel, et revoilà Jed qui a eu le temps d’écrire un poème (Beautiful Ground) avant de se court-circuiter… Je n’oublie pas le troublant Miner at the Dial-a-View, où s’engage un dialogue avec une machine préfigurant les excès de Google Earth et Siri réunis ; autant de mauvais rêves narrés avec poésie dans un style electro, qui rappellent des épisodes de la Twilight Zone mais aussi OK Computer paru trois ans plus tôt.

Grandaddy – Under the Western Freeway

Créé en 1992 non loin de San Francisco, Grandaddy est un groupe américain de rock indépendant. Jason Lytle assure le chant, la guitare et les claviers ; Kevin Garcia la basse et Aaron Burtch la batterie. Ils autoproduisent leurs premières maquettes dans un studio construit au domicile de Lytle, puis enregistrent Under the Western Freeway en 1997 chez Will Records… Après l’éprouvant Nonphenomenal Lineage, amer et crypté avec le chant essoufflé de Jason Lytle que l’on retrouve sur Collective Dreamwish of Upperclass Elegance, une balade pensive à la guitare acoustique ; les Californiens mettent du sucre dans leur jeu, space rock avec Laughing Stock et dubitatif sur WhIy Took your Advice ; tandis que le titre éponyme fait tourner une boucle anachronique à la Boards of Canada… Un album fluide et qui contient un morceau caché où l’on entend crickets et bourdons dans la prairie ; un parfum d’authenticité qui m’invite à redécouvrir les Flaming Lips.

Magma – Offering I-II

Après Merci, Christian place Magma en hibernation au profit d’Offering, un groupe qui réduit la voilure autour de Simon Goubert au piano, Stella Vander au chant et Guy Khalifa à la flûte ; laissant une grande part à l’improvisation et marquant le retour de morceaux longs… Sans être mis au placard, le kobaïen s’accommode de couplets en anglais sur Love in the Darkness mais demeure roi sur Earth où l’on s’égosille tandis que les accords se plaquent comme avec De Futura ; mais aussi le trop bref Tïlïm M’dohm dont la fantaisie vocale me fait penser à un film de Jacques Tati. Outre ce petit bijou, mes favoris sont Joïa où la transe gagne tranquillement Vander ; C’est pour Nous et ses allers-retours vocaux, ou encore l’instrumentale façon Janacek Mazur Kujiawiak Oberek… Avec les percussions de Pierre Marcault et Marc Delouya, Offering I-II redistribue les rôles sur ce disque plutôt jazz et qui me donne envie d’écouter Cosmic Messenger.

Magma – Merci

En 1984, pour son huitième opus Magma délaisse presque totalement le langage kobaïen et démarre avec un Call from the Dark jazzy et enjoué, avec Stella Vander et Guy Khalifa au chant. En plus d’être au piano Rhodes, Vander entonne les paroles apaisantes d’Otis en référence à Redding ; avant la partition rhythm’n blues d’I Must Return et ses trompettes joviales, ses chœurs vibrants… Au centre du livret, hommage est rendu au Love Supreme de Coltrane, composé vingt ans plus tôt et évoqué au piano sur Eliphas Levi ; également la pièce maîtresse de l’album avec des paroles qui redeviennent occultes et un tempo progressif, dont les flûtes champêtres me rappelent Formentera Lady… Après l’époustouflant Üdü Wüdü, Vander et sa clique signent un disque décontracté, qui sans renverser la table présente l’avantage de pouvoir être écouté en toutes circonstances.  « Ooh Baby, don’t be a dream! »

Magma – Üdü Wüdü

Trois ans après MDK, Magma lâche son plus bel ovni. Avec Jannick Top à la basse et aux claviers, Christian Vander aux percussions et piano ; avec Klaus Blasquiz et Stella Vander aux chœurs, Üdü Wüdü laisse tout le monde sur le tarmac et n’a rien à envier à Red ou Relayer… Piano et trompette rendent le titre éponyme presque guilleret, avant l’ascension tactique de Weïdorje et les fantômes espiègles de Troller Tanz (on se croirait dans un film de Tim Burton) ; l’incantation riche en basses au Soleil d’Ork précédant la transe des Zombies : entre coulées de jazz et synthés âpres, ces cinq morceaux acclimatent nos sens à l’approche du sommet intitulé De Futura, lequel occupe toute la face B du vinyle original et a été taillé dans la roche jusqu’à produire un crystal sonore monumental ou l’incarnation parfaite du Zeuhl, un mot créé par Vander pour caractériser sa musique « vibratoire et universelle. » En puisant leur force aux sources classiques d’un Carl Orff, en y ajoutant le sens du rythme de Can et la liberté d’un Keith Jarrett, ces 17 minutes sont probablement le meilleur morceau de rock progressif jamais écrit sur Terre.

Magma – Mekanïk Destruktïw Kommandöh

Fondé à Paris en 1969 par Christian Vander au chant et à la batterie, et Laurent Thibault à la guitare, Magma est le groupe emblématique du rock progressif français. Après une série d’albums hétéroclites et peu lisibles, Magma suscite un véritable intérêt en 1973 avec sa trilogie Theusz Hamtaahk ; dont le dernier mouvement est aussi le plus connu : Mekanïk Destruktïw Kommandöh où les morceaux sont chantés en kobaïen, une langue inventée par Vander et qui ressemble à de l’allemand, le livret proposant toutefois un texte en français dévoilant sa « prophétie » : une soupe cosmique rappelant Manset avec plus de brutalité et moins de poésie… Piano et basse ouvrent le bal sur le rythme morne de Hortz fur dehn Stekehn West, complété de psalmodies et entrecoupé de notes gutturales ; cet aspect processionnel parcourant tout le disque… Nebehr Gudahtt démarre comme une impro jazz avant de se perdre dans des joutes chorales hystériques, cet étrange opéra s’achevant sur la touche apaisante de Kreuhn Kohrmahn iss de Hundin. Un album qui s’apprivoise au fil des saisons, recommandé pour découvrir Magma et n’en apprécier que mieux ce qu’ils vont faire ensuite.

The Jimi Hendrix Experience – Electric Ladyland

Paru fin 1968, le double vinyle Electric Ladyland donne à Hendrix le loisir d’épanouir ses talents d’improvisateur, avec les 15 minutes de Voodoo Chile enregistré avec Jefferson Airplane ; ou encore le psychédélique 1983… (A Merman I Should Turn to Be), dont les percussions en roue libre n’ont rien à envier aux meilleures envolées krautrock… Crosstown Traffic fait le buzz avec sa ritournelle au kazoo, suivi de Come On (Let the Good Times Roll) et son solo de Stratocaster survolté, sans oublier les effets wah-wah de Burning of the Midnight Lamp… Après cet album délirant où l’on ne sait jamais de quel côté va surgir le chant rauque ni comment seront accommodés les prochains riffs, en vrai perfectionniste Hendrix doute de sa créativité et s’enfonce dans la spirale de la drogue, négligeant jusqu’à ses performances scéniques… Il meurt d’asphyxie en 1970, suite à une overdose d’alcool et rejoint Jim, Kurt et Amy au sein du tristement célèbre Club 27, une « trouvaille » de journaliste regroupant des chanteurs disparus à l’âge de 27 ans.

The Jimi Hendrix Experience – Are You Experienced

Jimi Hendrix est un guitariste et chanteur américain né à Seattle en 1942. Après une enfance difficile et le décès prématuré de sa mère alcoolique, il apprend à jouer de la guitare à 15 ans, fait un détour par l’armée puis ses premiers pas dans des groupes de rhythm’n blues, entre autres aux côtés de Little Richard en 1965. L’année suivante, accompagné de Noel Redding à la basse et Mitch Mitchell à la batterie, il forme The Jimi Hendrix Experience et publie Are You Experienced en 1967, où sa maîtrise de la guitare et son utilisation pionnière des effets de distorsion en font l’un des interprètes les plus brillants du rock psychédélique, et par extension de la musique amplifiée… Hymne à l’extase, Purple Haze incarne à lui seul le style Hendrix et ses accords endiablés, possédé par son instrument auquel il avait mis le feu lors d’un concert à Monterey… On ne présente plus la reprise du blues rock Hey Joe, son premier single ; les virevoltes d’I Don’t Live Today et la sourde progression de Third Stone From the Sun, cet album au mixage singulier s’achevant sur l’indispensable Are You Experienced? « Excuse me while I kiss the sky… »

The Velvet Underground – VU

Parue en 1985, l’anthologie VU regroupe dix morceaux inédits du Velvet Underground enregistrés entre 1968 et 1969. Doug Yule est à la basse et même au chant sur le paisible She’s my Best Friend, pour le reste ce sont John Cale et Lou Reed qui font le show, le premier avec une Stephanie Says mélancolique et Temptation Inside Your Heart où l’on entend rire et des bribes de dialogues, une porte qui claque ; le second avec une Lisa Says délurée et Ocean dont les cymbales imitent le bruit des vagues avant de s’écraser sur les rochers… Avec son célèbre vumètre en couverture (dans le rouge bien entendu), VU résume l’esprit d’un groupe aussi à l’aise dans les balades folk que les écarts psychédéliques, qui se referme avec le chant rare de la batteuse Maureen Tucker sur l’attachant I’m Sticking With You.