Sarah Blasko – I Awake

Sarah Blasko est une chanteuse australienne de musique pop née à Sydney en 1976. Elle apprend à chanter à l’église et au lycée s’initie au jazz avec sa sœur aînée, avant de rejoindre le groupe local Acquiesce. Sa carrière solo débute en 2004, je la découvre avec son quatrième album I Awake paru en 2012 chez Dew Process… Si l’ombre de Björk plâne sur ces arrangements élaborés entre cordes symphoniques et rythmes trip hop (An Arrow) ou tribaux (I Awake), le chant de Sarah est plus velouté, sa voix oscillant entre Stina Nordenstam et Sophie Hunger, les paroles désenchantées de Fool évoquant Let me GoBury This et sa guitare acoustique, ses chœurs en arrière-plan me déchirent régulièrement, on pense aussi à Sinéad O’Connor avec God-Fearing et sa harpe à la Craig Armstrong, son sens de la ritournelle magnifique sur New Country, où sa voix suit le piano dans une douce clarté… Blasko conclut cet opus dans une vrille retenue, un peu à la manière de Liesa van der Aa sur ce disque éclatant comme un écrin, accompagnée du Bulgarian Symphony Orchestra. « Come down to the ocean… »

The Nits – Knot

Paru en 2019, Knot poursuit l’exploration du passé entamée deux ans plus tôt avec Angst. Musicalement audacieux, ce vingt-quatrième opus est imprégné des textures ajourées de Robert Jan Stips aux claviers, associées au chant d’un Henk Hofstede ralenti, freiné par ces déambulations en marche arrière… Ultramarine ou le regard diffracté d’un soldat, The Delta Works où l’on croise les restes de l’amour dans une rue qui pourrait appartenir à la Twilight Zone ; The Concrete House avec Henk revoyant sa mère dans la maison dont il a hérité, jusqu’à l’inconsolable martèlement contre une porte sans personne derrière, devenue inutile à ouvrir… Le piano de The Blue Car se reflète dans des flaques évoquant la douceur de Ting ; Une Petite Allumette rappelle La Petite Robe Noire de Strawberry Wood et Machine Machine est un poème digne de Radiohead, entre rêves imprimables et peintures révolues… On termine avec (Un)Happy Hologram où Henk s’égaie au souvenir de son père, sa voix finissant par se noyer comme chez Grandaddy… La répétition de mini portraits donne l’illusion d’une trame indestructible en couverture de Knot, un grand album des Nits à apprivoiser en prenant tout son temps.

Chris Knox – Polyfoto, Duck Shaped Pain & ‘Gum’

Chris Knox est un chanteur et compositeur néo-zélandais né en 1952. Il participe à plusieurs groupes punk au début des années 80, en particulier les Tall Dwarfs réputés pour leurs performances scéniques… Paru en 1993, son quatrième album démarre avec un Medley de trois minutes où s’enchaînent les bribes des morceaux qui vont suivre, d’abord déroutant cela devient jubilatoire une fois que l’on connaît bien ce disque mitonné avec soin sur un arrangeur de poche casiotone et un mellotron, tambourin et kazoo n’étant jamais loin… Après Inside Story et ses chœurs à la Beatles, Under the Influence rappelle La Fossette tandis que les paroles de Not a Victim laissent sur le cul, chanson féministe réjouissante suivie d’Osmosis dont le chant m’évoque Elliott Smith… L’omnichord utilisé sur The Outer Skin évoque les sons surannés d’Eurythmics ; quant à la veillée au chevet d’un ami (Intensive Care), elle tourne au trash dans un carambolage de guitares sur cet opus lo-fi entre Sparklehorse et Graham Coxon… Tapé à la machine et garni de photos colorées, agrafé à l’intérieur d’un digipack en triptyque, le livret est aussi généreux que ce disque franc du collier, tranchant et jovial.

Supergrass – I Should Coco

Formé à Oxford en 1993 par le chanteur et guitariste Gaz Coombes, le batteur Danny Goffey et le bassiste Mick Quinn, Supergrass est un groupe de pop britannique. Après des débuts shoegaze au sein des Jennifers, Gaz et Danny rencontrent Mick et publient le single Caught by the Fuzz en 1994, soutenu par John Peel qui le passe en boucle sur les ondes. L’année suivante, grâce au tube Alright leur album I Should Coco les propulse sur le devant de la scène britpop, aux côtés de Blur… Je découvre ce trio de potaches durant l’émission Nulle Part Ailleurs, où ils interprètent Mansize Roosters dont le piano me fait penser à une version azimutée de Tomorrow’s Just Another Day, conquis aussi par sa ligne de basse furtive et l’énergie qui se dégage de Lenny ou Sitting Up Straight et ses guitares survoltées, la fièvre de She’s So Loose m’évoquant The Bends… D’une fraîcheur irréprochable 25 ans plus tard, I Should Coco s’avale d’une traite.

Richard Hawley – Truelove’s Gutter

Le jour se lève après un velours instrumental semblant tricoter la suite de Coles Corner là où on l’avait laissé quatre ans plus tôt (As the Dawn Breaks), un chant d’oiseau précédant l’une des plus belles déclarations d’amour (Open up your Door), incarnée par Hawley dont la voix a encore gagné en grâce contemplative. Les sentiments brûlent (Ashes on the Fire) et Remorse Code file la métaphore océanique, à la dérive entre un lit de cordes et la guitare lap steel de Shez Sheridan… On espère que le combat de Soldier On n’est pas perdu d’avance, avant Don’t you Cry dont le climax s’installe en dix minutes hantées de sons célestes produits au waterphone, un instrument où l’on frotte des cylindres creux déjà utilisé par Beaver & Krause… Il faut du cran pour écouter tout seul ce disque à la nuit tombée, « caniveau de l’amour vrai » pelotonné dans son écrin ; sa beauté redoutable flirtant avec le charisme de Moore sans le pathos de Sinatra.  « Love is so hard to find, and even harder to define… »

Richard Hawley – Coles Corner

Né à Sheffield en 1967, Richard Hawley est un chanteur et compositeur britannique. Ses parents sont musiciens, il est dans le même lycée que Steve Mackey qui deviendra le bassiste de Pulp auquel Richard se joindra entre 1998 et 2002 ; cinq ans après avoir formé le groupe Longpigs dans la mouvance britpop… Paru chez Mute en 2005, son quatrième album Coles Corner chante l’amour et son absence en mode chaleureux, passant d’une balade country (Just Like the Rain) à une rencontre intime sur un air de rockabilly (Hotel Room), on se croirait chez Elvis avant les embruns passionnés de The Ocean… La folk impétueuse de I Sleep Alone m’évoque Fink, ses murmures s’éteignant comme les phares d’une Plymouth Fury arrivée au bord de la falaise, derrière la guitare blues de Tonight… Un disque où Hawley croone tranquille entre arrangements classiques et guitares électriques, vibraphone et glockenspiel ; la romance s’achevant avec Last Orders, une instrumentale digne de Lynch et aussi envoûtante que Tacoma Trailer.

R.E.M. – New Adventures in Hi-Fi

Après le subtil Automatic for the People, R.E.M. s’égare dans une tentative grunge (Monster) et il faut patienter deux ans de plus jusqu’à New Adventures in Hi-Fi, où malgré quelques lourdeurs (The Wake-Up Bomb, Departure) le groupe a retrouvé son acuité… Enregistré en partie sur du matériel portable entre les concerts d’une tournée, ce disque au titre taquin présente plutôt un son lo-fi assumé, rugueux sur Undertow et hyper urbain avec Leave et sa sirène que l’on dirait empruntée à Prodigy. Ils ont cependant préféré ouvrir l’album avec le single How the West was Won, enregistré en studio avec piano et mandoline, de même pour le déchirant E-Bow the Letter et son sitar électrique, son synthé Moog qui rend hommage à l’acteur River Phoenix… Avec son livret noir et blanc garni de photos arty, New Adventures in Hi-Fi est un hybride méritoire pour préparer ses oreilles aux voyages indie de grande amplitude, comme The Sophtware Slump paru quatre ans plus tard.

R.E.M. – Automatic for the People

Formé en Géorgie en 1979 par le chanteur Michael Stipe, le guitariste Peter Buck, le bassiste Mike Mills et le batteur Bill Berry, R.E.M. est un groupe de rock alternatif américain. Peter est disquaire et rencontre Michael dans son magasin, puis complètent le groupe avec Mike et Mills alors étudiants. Ils donnent un concert remarqué dans une ancienne église, abrègent leur nom qu’ils trouvent au hasard dans un dictionnaire (Rapid Eye Movement) et publient deux singles sur le label local Hib-Tone, suivis d’un album en 1981…Paru onze ans plus tard, Automatic for the People consacre leur style désormais reconnu de tous. Ils ont signé chez Warner mais leur musique a conservé sa signature indie, mêlant folk et country sur une base solide comme le rock ; la voix fruste de Stipe tissant une toile vacillante (Drive, Star me Kitten) sur des paroles laconiques… Avec son clavier à la Supertramp, Everybody Hurts est une des plus belles chansons contre le suicide et Man on the Moon est un classique absolu ; avant la balade Find the River, sinueuse à souhait… Entre Marquee Moon et The Bends, apprécié de Kurt Cobain, R.E.M. a réussi le pari compliqué d’allier introversion et popularité.

Bill Haley – Rock

Bill Haley est un compositeur et chanteur américain né à Detroit en 1925. Guitariste et contrebassiste, il débute sa carrière comme DJ à la radio puis fait ses débuts sur scène dans un groupe de country bientôt rebaptisé « Bill Haley and His Comets », qui enregistre son premier succès Crazy Man, Crazy en 1953, suivi par Rock Around the Clock l’année suivante. Premier artiste blanc à s’aventurer en territoire rock’n roll, Haley ouvre la voie à Elvis et à Buddy ; cette anthologie parue chez Charly permettant de mesurer l’apport de ce pionnier gominé… Outre les incontournables déjà cités, on y retrouve le virevoltant Shake Rattle & Roll suivi du boute-en-train See you Later Alligator, où Bill est épaulé par les chœurs de ses Comets, eux-mêmes suivis de près par un saxo sporadique… Autant de chansons fondatrices et qui font claquer des doigts devant le juke-box, à écouter sans avoir besoin d’avaler 40 Cups of Coffee entre Chuck Berry et Bo Diddley.

The Kingsbury Manx – The Kingsbury Manx

Créé en Caroline du Nord en 1999, The Kingsbury Manx est un groupe de rock indépendant américain. Ses membres sont multi-instrumentistes et se connaissent depuis l’adolescence, leur premier album éponyme paraît en 2000 chez Overcoat Recording et rencontre un joli succès, ouvrant la voie à d’autres opus tandis que le groupe enchaîne les tournées aux côtés de Clinic parmi d’autres formations folk rock… La voix de Bill Taylor rappelle Elliott Smith (Cross Your Eyes, How Cruel) et Regular Hands coule comme du sirop d’érable sur un kougelhopf ; renforcées par la basse de Ryan Richardson les cordes de l’instrumentale Blue Eurasians ont des pointes post rock, ainsi que Fields où les accords sont mis en avant de façon naïve mais efficace et qui m’évoquent Love is Here, tempérés par la batterie minimaliste de Clarque Blomquist… Hawaii in Ten Seconds est un ovni vibrant qui pourrait illustrer le dernier film des frères Coen et l’acoustique de New Old Friend Blues sonne comme Kid A ; il y a aussi du Wilco sur ce disque caméléon, qui ronronne comme une pendule de famille avec ça et là quelques craquements dans le bois patiné.