The Shadows – At their Very Best

Créé en 1958 par les guitaristes Hank Marvin et Bruce Welch, le batteur Tony Meehan et le bassiste Jet Harris, The Shadows est considéré comme le premier groupe de pop rock européen. Après avoir été les musiciens de Cliff Richard, ils démarrent leur propre carrière avec des morceaux instrumentaux de moins de 3 minutes, reconnaissables au son chiadé à la Stratocaster et dont beaucoup de mélodies sont passées à la postérité… Parue chez Roll Over en 1999, cette anthologie débute comme il se doit avec Apache inspirée par le western du même nom, suivie de The Rise and Fall of Flingel Bunt et Foot Tapper ; Don’t Cry for Me Argentina parmi 20 titres à écouter entre Led Zeppelin IV et The Dark Side of the Moon ; car de Jimmy Page à David Gilmour en passant par Carlos Santana, tous les guitaristes doivent quelque chose aux Shadows.

The Mamas & The Papas – Ultimate

En 1965 à Los Angeles, les époux John et Michelle Phillips forment The Mamas & The Papas, un quatuor de folk rock américain. Ils viennent d’un autre groupe, les Mugwumps duquel ils débauchent également Denny Doherty puis recrutent Cass Elliot ; tout le monde sait chanter et il sera fait appel à des musiciens de studio pour les autres instruments, à part John qui joue de la guitare… Un an plus tard leur premier opus paraît chez Dunhill : Monday Monday fait sensation aux côtés de California Dreamin’, où à défaut de Good Vibrations, flûte et tambourin font patienter le surfeur en mal de vagues… Ces deux titres se retrouvent sur la présente anthologie, que j’ai acquise pour Dream a Little Dream of Me où « Mama Cass » la baraque aussi tranquillement que 10cc ; ravi d’y découvrir d’autres bluettes : Dancing in the Street et Look Through my Window,  ses cordes easy comme chez Sounds Orchestral, ou encore Creeque Alley qui a sans doute inspiré un duo des White Stripes trente-cinq ans plus tard (Well It’s True That We Love One Another)

Elvis Presley – 30 #1 Hits/2nd to None

Né en 1935 à Tulepo, Elvis Presley est un acteur et chanteur américain. Né de parents modestes, son oncle lui apprend la guitare et il passe sur une radio locale à 12 ans ; en 1954 il enregistre That’s all Right chez Sun Records, son premier succès rockabilly où se mêlent country et RnB ; puis deux ans plus tard Heartbreak Hotel et Love me Tender tirée du film du même nom, où il tient aussi le rôle principal… Provocateur devant les caméras, ses chorégraphies suggestives font de lui une idole contestataire et le premier représentant du rock’n roll au gré de chansons légendaires ; il meurt d’une crise cardiaque à 42 ans, en surpoids et ravagé par la drogue… Parus en 2002 et 2003 puis en double coffret, les anthologies 30 #1 Hits et 2nd to None regroupent 61 tubes où l’on retrouve Jailhouse Rock et Blue Suede Shoes, In the Ghetto ou Viva Las Vegas ; ainsi que les remix Rubberneckin de Paul Oakenfold et A Little Less Conversation de Junkie XL. Et s’il fallait en retenir cinq, je choisirais Wooden Heart, His Latest Flame, Can’t Help Falling in Love, The Wonder of You et Kentucky Rain. « Thank you, thank you very much. »

The Monks – Black Monk Time

Formé en 1963 par quatre GI basés en Allemagne de l’Ouest, The Monks est un groupe de garage rock américain. D’abord membres des Torquays, Gary Burger au chant et à la guitare, Larry Clark au clavier, Eddie Shaw à la basse et Dave Day à la guitare revisitent les classiques des années 50 au sein de leur base militaire ; puis changent de direction musicale en adoptant un orgue et un banjo électriques, ajoutent de la distorsion aux guitares et publient Black Monk Time deux ans plus tard chez Poydor… Leur son a été considéré comme l’ancêtre de la musique punk (I Hate You) mais aussi du krautrock (Shut Up) ; des morceaux comme Oh, How to do Now ou Love Came Tumblin’ Down défiant les étiquettes avec Blast Off! et son compte à rebours futuriste, tandis que We Do Wie Du rappelle les standards de Hairspray… Réédité en 2009 dans un digipack accompagné d’un livret où l’on apprend qu’ils ont été une source d’inspiration pour les White Stripes, Faust et Iggy Pop ; les Monks sont pacifistes et potaches sur une musique enragée mais lyrique, d’une créativité comparable aux Beatles et comme l’a dit Colin Greenwood : « It’s always Monk time! »

Nirvana – In Utero

En 1984 à Aberdeen, le chanteur et guitariste Kurt Cobain rencontre le bassiste Krist Novoselic. Kurt a 18 ans et fait déjà partie des punks de Fecal Matter, ils recrutent différents batteurs avant de se fixer avec Chad Channing dont le jeu survolté renforce leur réputation sur scène, où il leur arrive aussi de fracasser leurs instruments au sol… En 1989, l’album Bleach trouve preneur chez Sub Pop, dont le succès fulgurant les propulse en chefs de file du mouvement grunge, où les guitares se tordent de distorsion sous des rythmes bourrins… Quatre ans plus tard, leur troisième opus In Utero renoue avec ce son agressif où Cobain hurle des textes chaotiques (Scentless Apprentice, Rape Me, Milk it) ; sa voix rauque alternant avec des semblants de ballades (Dumb, All Apologies) où son mal-être rappelle celui d’Ian Curtis, son destin aussi car Kurt a tiré sa révérence en 1994 à l’aide d’un fusil… Moins blues que Black Sabbath et plus bruyant que Sonic Youth, cet album ne m’a jamais permis d’atteindre le nirvana ; qui dans ses moments écoutables me fait penser à Pablo Honey sorti sept mois plus tôt.

Mazzy Star – So Tonight That I Might See

Paru trois ans après She Hangs Brightly, le second album de Mazzy Star a gagné en langueur, en songes racontés par la voix moelleuse de Sandoval et la guitare déliée de Roback. On démarre avec Fade Into You et son tambourin discret, leur titre le plus connu avec Asleep from Day ; puis les orgues de Mary of Silence plongent dans une torpeur rappelant Murder Ballads… La reprise de Five String Serenade d’Arthur Lee couve à feu doux sous des cordes retenues, sauvages l’instant d’après avec She’s My Baby (« ain’t that something… ») où infuse un bouillon d’inquiétude… Tout aussi rocks sont les accords furtifs de Bells Ring rappelant Osez Joséphine ; et un rien country avec Into Dust, autre délicatesse composée hors des sentiers rebattus de la pop, ténébreuse et originale tandis que Lana jouait encore à la poupée… Rebelle et étoffé, So Tonight That I Might See est vraiment indé.

Mazzy Star – She Hangs Brightly

Formé en 1989 à Santa Monica, Mazzy Star est un groupe de rock américain indépendant. Membre d’Opal depuis 1983 (en hommage à Syd Barrett), le guitariste David Roback se sépare de la bassiste Kendra Smith et recrute la chanteuse Hope Sandoval, dont la voix caractérise Mazzy Star dès leur premier album paru en 1990, She Hangs Brightly entre folk et dream pop imprégné de blues… Intimiste (Blue Flower) et mélancolique (Ride it On), psychédélique (Taste of Blood) ou enchanteresse sous les soubresauts de Ghost Highway ; la slide guitar et les rythmes de Mazzy Star touchent au cœur avec un dépouillement que Lana Del Rey n’atteindra jamais, leurs voix offrant de troublantes similitudes… Apprécié de Kurt Cobain, Mazzy Star va confirmer son avantage avec So Tonight That I Might See, et en attendant me donne envie de faire une virée nocturne du côté de Mulholland Drive. « You’re a ghost on the highway, and I love you forever… »

MBT Soul – Disco

En 1979, pour mon dixième anniversaire et tandis que tout le monde danse sur Boney M., je reçois le vinyle Disco signé MBT Soul, un groupe créé trois ans plus tôt par Yan Tregger alias Ted Scotto, producteur et arrangeur éclectique auquel on doit le génériques de la série Les Shadoks au début des années 70…The Chase occupait toute la face A, instrumentale à l’exception de quelques gimmicks ; avec synthés vibrants et rythmique binaire, une guitare dont on entend claquer les cordes et un solo ibérique à la dixième minute, des faux changements de tempo avant un final de trompettes kitsch suivi du coup de cymbale libérateur… Des quatre morceaux de la seconde face je retiendrais le lascif Deep Love et son groove à la Dibango ; ainsi que Ticket to Love, un slow à la trompette traînante et qui me laissait toujours songeur… J’ai retrouvé cet album dans sa version numérique sous le titre Chase!, au contenu identique à l’exception de l’ordre des morceaux ; inséparable de ma prime jeunesse où mon univers se limitait aux vinyles que m’avait légué mon père avec son ancienne platine. C’est l’un de mes premiers disques et je continue de l’écouter avec un plaisir extravagant, en dépit de tout bon sens musical.

Eric Serra – Subway

Né à Saint-Mandé en 1959, Eric Serra est un compositeur français généralement associé aux films de Luc Besson, depuis Le Dernier Combat à Lucy en passant par Nikita ou Subway dont il signe la bande originale en 1985. Multi-instrumentiste autodidacte, ses vignettes jazz-pop illustrent ce polar où Christophe Lambert tombe amoureux d’Isabelle Adjani (Dolphin Dance) tandis que Michel Galabru poursuit un Jean-Hugues Anglade en pickpocket à roulettes (Burglary)… La basse de Serra résonne dans ces couloirs filmés comme un clip vidéo, Man. Y et Congabass évoquant Stanley Clarke ou Bill Bruford. Le saxo de Song to Xavier rappelle Taxi Blues et Arthur Simms se fait un nom avec le tube de métro It’s Only MysteryDrumskate rappelant Jean Reno dans le rôle du batteur incoercible… Avec son scénario alambiqué et ses dialogues niaiseux, Subway n’a pas aussi bien vieilli que Diva tourné quatre ans plus tôt ; mais sa musique est cool et n’en reste pas moins emblématique des années 80.

Starsailor – Love is Here

Formé à côté de Manchester en 2000 par le chanteur James Walsh et le batteur Ben Byrne, le bassiste James Stelfox et le clavier Barry Westhead, Starsailor est un groupe de musique britpop. Leur nom rend hommage à Tim Buckley mais la voix de Walsh fait aussi penser à Jeff avec une pointe de Marillion ; repérés pour leurs talents scéniques ils sortent un premier album en 2001, Love is Here nimbé de mélancolie folk rock (Tie up my Hands, Poor Misguided Fool), avec des paroles au rasoir qui n’éludent pas la tristesse ordinaire (Alcoholic, She Just Wept). On retient son souffle avec Way to Fall, sa  paire piano et guitare évoquant Thom Yorke, de même sur Coming Down qui frôle l’état de grâce… Et même si sa voix éraillée est parfois bavarde (Lullaby, Fever), du haut de ses 20 ans James Walsh signe un premier opus enlevé et chaleureux. « Son, you’ve got a way to fall… »