Chris Knox – Polyfoto, Duck Shaped Pain & ‘Gum’

Chris Knox est un chanteur et compositeur néo-zélandais né en 1952. Il participe à plusieurs groupes punk au début des années 80, en particulier les Tall Dwarfs réputés pour leurs performances scéniques… Paru en 1993, son quatrième album démarre avec un Medley de 3 minutes où s’enchaînent les bribes des morceaux qui vont suivre, d’abord déroutant cela devient jubilatoire une fois que l’on connaît bien ce disque mitonné avec soin sur un arrangeur de poche casiotone et un mellotron, tambourin et kazoo n’étant jamais loin… Après Inside Story et ses choeurs à la Beatles, Under the Influence rappelle La Fossette tandis que les paroles de Not a Victim laissent sur le cul, chanson féministe réjouissante suivie d’Osmosis dont le chant m’évoque Elliott Smith… L’omnichord utilisé sur The Outer Skin rappelle les sons surannés d’Eurythmics ; quant à la veillée au chevet d’un ami (Intensive Care), elle tourne au trash dans un carambolage de guitares sur cet opus lo-fi entre Sparklehorse et Graham Coxon… Tapé à la machine et garni de photos colorées, agrafé à l’intérieur d’un digipack en triptyque, le livret est aussi généreux que ce disque franc du collier, tranchant et jovial.

Supergrass – I Should Coco

Formé à Oxford en 1993 par le chanteur et guitariste Gaz Coombes, le batteur Danny Goffey et le bassiste Mick Quinn, Supergrass est un groupe de pop britannique. Après des débuts shoegaze au sein des Jennifers, Gaz et Danny rencontrent Mick et publient le single Caught by the Fuzz en 1994, soutenu par John Peel qui le passe en boucle sur les ondes. L’année suivante, grâce au tube Alright leur album I Should Coco les propulse sur le devant de la scène britpop, aux côtés de Blur… Je découvre ce trio de potaches durant l’émission Nulle Part Ailleurs, où ils interprètent Mansize Roosters dont le piano me fait penser à une version azimutée de Tomorrow’s Just Another Day, conquis aussi par sa ligne de basse furtive et l’énergie qui se dégage de Lenny ou Sitting Up Straight et ses guitares survoltées, la fièvre de She’s So Loose m’évoquant The Bends… D’une fraîcheur irréprochable 25 ans plus tard, I Should Coco s’avale d’une traite.

Richard Hawley – Truelove’s Gutter

Le jour se lève après un velours instrumental semblant tricoter la suite de Coles Corner là où on l’avait laissé quatre ans plus tôt (As the Dawn Breaks), un chant d’oiseau précédant l’une des plus belles déclarations d’amour (Open up your Door), incarnée par Hawley dont la voix a encore gagné en grâce contemplative. Les sentiments brûlent (Ashes on the Fire) et Remorse Code file la métaphore océanique, à la dérive entre un lit de cordes et la guitare lap steel de Shez Sheridan… On espère que le combat de Soldier On n’est pas perdu d’avance, avant Don’t you Cry dont le climax s’installe en dix minutes hantées de sons célestes produits au waterphone, un instrument où l’on frotte des cylindres creux déjà utilisé par Beaver & Krause… Il faut du cran pour écouter tout seul ce disque à la nuit tombée, « caniveau de l’amour vrai » pelotonné dans son écrin ; sa beauté redoutable flirtant avec le charisme de Moore sans le pathos de Sinatra.  « Love is so hard to find, and even harder to define… »

Richard Hawley – Coles Corner

Né à Sheffield en 1967, Richard Hawley est un chanteur et compositeur britannique. Ses parents sont musiciens, il est dans le même lycée que Steve Mackey qui deviendra le bassiste de Pulp auquel Richard se joindra entre 1998 et 2002 ; cinq ans après avoir formé le groupe Longpigs dans la mouvance britpop… Paru chez Mute en 2005, son quatrième album Coles Corner chante l’amour et son absence en mode chaleureux, passant d’une balade country (Just Like the Rain) à une rencontre intime sur un air de rockabilly (Hotel Room), on se croirait chez Elvis avant les embruns passionnés de The Ocean… La folk impétueuse de I Sleep Alone m’évoque Fink, ses murmures s’éteignant comme les phares d’une Plymouth Fury arrivée au bord de la falaise, derrière la guitare blues de Tonight… Un disque où Hawley croone tranquille entre arrangements classiques et guitares électriques, vibraphone et glockenspiel ; la romance s’achevant avec Last Orders, une instrumentale digne de Lynch et aussi envoûtante que Tacoma Trailer.

R.E.M. – New Adventures in Hi-Fi

Après le subtil Automatic for the People, R.E.M. s’égare dans une tentative grunge (Monster) et il faut patienter deux ans de plus jusqu’à New Adventures in Hi-Fi, où malgré quelques lourdeurs (The Wake-Up Bomb, Departure) le groupe a retrouvé son acuité… Enregistré en partie sur du matériel portable entre les concerts d’une tournée, ce disque au titre taquin présente plutôt un son lo-fi assumé, rugueux sur Undertow et hyper urbain avec Leave et sa sirène que l’on dirait empruntée à Prodigy ; ils ont cependant préféré ouvrir l’album avec le single How the West was Won, enregistré en studio avec piano et mandoline, de même pour le déchirant E-Bow the Letter et son sitar électrique, son synthé Moog qui rend hommage à l’acteur River Phoenix… Avec son livret noir et blanc garni de photos arty, New Adventures in Hi-Fi est un hybride méritoire pour préparer ses oreilles aux voyages indie de grande amplitude, comme The Sophtware Slump paru quatre ans plus tard.

R.E.M. – Automatic for the People

Formé en Géorgie en 1979 par le chanteur Michael Stipe, le guitariste Peter Buck, le bassiste Mike Mills et le batteur Bill Berry, R.E.M. est un groupe de rock alternatif américain. Peter est disquaire et rencontre Michael dans son magasin, puis complètent le groupe avec Mike et Mills alors étudiants. Ils donnent un concert remarqué dans une ancienne église, abrègent leur nom qu’ils trouvent au hasard dans un dictionnaire (Rapid Eye Movement) et publient deux singles sur le label local Hib-Tone, suivis d’un album en 1981…Paru onze ans plus tard, Automatic for the People consacre leur style désormais reconnu de tous. Ils ont signé chez Warner mais leur musique a conservé sa signature indie, mêlant folk et country sur une base solide comme le rock ; la voix fruste de Stipe tissant une toile vacillante (Drive, Star me Kitten) sur des paroles laconiques… Avec son clavier à la Supertramp, Everybody Hurts est une des plus belles chansons contre le suicide et Man on the Moon est un classique absolu ; avant la balade Find the River, sinueuse à souhait… Entre Marquee Moon et The Bends, apprécié de Kurt Cobain, R.E.M. a réussi le pari compliqué d’allier introversion et popularité.

Bill Haley – Rock

Bill Haley est un compositeur et chanteur américain né à Detroit en 1925. Guitariste et contrebassiste, il débute sa carrière comme DJ à la radio puis fait ses débuts sur scène dans un groupe de country bientôt rebaptisé « Bill Haley and His Comets », qui enregistre son premier succès Crazy Man, Crazy en 1953, suivi par Rock Around the Clock l’année suivante. Premier artiste blanc à s’aventurer en territoire rock’n roll, Haley ouvre la voie à Elvis et à Buddy ; cette anthologie parue chez Charly permettant de mesurer l’apport de ce pionnier gominé… Outre les incontournables déjà cités, on y retrouve le virevoltant Shake Rattle & Roll suivi du boute-en-train See You Later Alligator, où Bill est épaulé par les chœurs de ses Comets, eux-mêmes suivis de près par un saxo sporadique… Autant de chansons fondatrices et qui font claquer des doigts devant le juke-box, à écouter sans avoir besoin d’avaler 40 Cups of Coffee entre Chuck Berry et Bo Diddley.

The Kingsbury Manx – The Kingsbury Manx

Créé en Caroline du Nord en 1999, The Kingsbury Manx est un groupe de rock indépendant américain. Ses membres sont multi-instrumentistes et se connaissent depuis l’adolescence, leur premier album éponyme paraît en 2000 chez Overcoat Recording et rencontre un joli succès, ouvrant la voie à d’autres opus tandis que le groupe enchaîne les tournées aux côtés de Clinic parmi d’autres formations folk rock… La voix de Bill Taylor rappelle Elliott Smith (Cross Your Eyes, How Cruel) et Regular Hands coule comme du sirop d’érable sur un kougelhopf ; renforcées par la basse de Ryan Richardson les cordes de l’instrumentale Blue Eurasians ont des pointes post rock, ainsi que Fields où les accords sont mis en avant de façon naïve mais efficace et qui m’évoquent Love is Here, tempérés par la batterie minimaliste de Clarque Blomquist… Hawaii in Ten Seconds est un ovni vibrant qui pourrait illustrer le dernier film des frères Coen et l’acoustique de New Old Friend Blues sonne comme Kid A ; il y a aussi du Wilco sur ce disque caméléon, qui ronronne comme une pendule de famille avec ça et là quelques craquements dans le bois patiné.

The White Stripes – White Blood Cells

Formé en 1997 à Detroit par le chanteur et guitariste Jack White et la batteuse et pianiste Meg White, The White Stripes est un groupe de rock américain. Meg récite des poèmes en public tandis que Jack fait déjà partie d’un groupe punk, ils se fréquentent et se marient pour quatre ans, font leurs débuts sur la scène locale underground et publient un premier album éponyme en 1999… Leur plus gros succès arrive en 2003 avec Seven Nation Army sur l’album Elephant, son riff devenu aussi célèbre que Smoke on the Water depuis qu’il a été adopté par certains supporters de football… Deux ans plus tôt, White Blood Cells avait déjà fait sensation pour sa simplicité ravageuse ; où Jack enchaîne seize vignettes nerveuses (Hotel Yorba, The Union Forever, Now Mary) pour ne pas dire grunge (Fell in Love with a Girl), avec de grandes saillies comme le monologue existentiel de Little Room ou le sibyllin I Think I Smell a Rat… Il y a aussi un joli souvenir d’enfance (We’re Going to be Friends), où les Beatles ont l’air d’être dans la même cour de récré sur ce disque sans guitare basse et néanmoins pêchu, brut comme Coxon et lo-fi comme Herman Düne.

Sting – …Nothing Like the Sun

Né au Royaume-Uni en 1951, Sting est un bassiste et chanteur britannique. Sa mère l’encourage très jeune au piano, il s’initie à la guitare, intègre un groupe de jazz avant de devenir le bassiste et chanteur de The Police jusqu’en 1984, avec quelques incursions au cinéma dont le remarquable Radio on en 1979, un road movie où il tient le rôle d’un pompiste guitariste… Sa carrière solo débute en 1985 avec un premier album contenant l’humaniste Russians, puis deux ans plus tard …Nothing Like the Sun débordant d’amour avec Be Still my Beating Heart et Sister Moon, une reprise de Jimi Hendrix (Little Wing) ou The Secret Marriage qui résonne avec Brassens. Des chansons pop complétées par Englishman in New York et son étrange solo au milieu, dont le saxo fait penser à Manu Dibango ; l’optimiste We’ll be Together avec Annie Lennox aux chœurs, ou encore Straight to My Heart aux accents world, Manu Katché assurant les percussions sur tout le disque… They Dance Alone (Gueca Solo) rend hommage aux veuves chiliennes et Fragile rappelle que la vie ne tient qu’à un fil, le temps d’un album engagé et populaire à la fois. « Nothing comes from violence and nothing ever could… »