Sinéad O’Connor – Sean-Nós Nua

Deux ans après I Do Not Want What I Haven’t Got, Sinéad s’attire les foudres des bien-pensants en déchirant la photo du pape Jean-Paul II lors de la reprise d’une chanson de Bob Marley en direct sur NBC ; afin d’attirer l’attention sur les abus sexuels au sein de l’église catholique… Dix ans plus tard, elle interprète treize chansons du folklore irlandais sur ce cd paru chez Vanguard et intitulé Sean-Nós Nua, littéralement « vieux chant nouveau » et où elle rend hommage à « la douleur des vrais gens » à travers ces chansons qui ont bercé son enfance… Her Mantle So Green et Lord Franklin plantent un décor d’amour et de révolte, la voix fine et forte de Sinéad se mariant à ces moments intimes ; soutenue par le fiddle (violon irlandais) et le tin whistle (petite flûte métallique à six trous). Molly Malone est au programme et les larmes viennent tant l’interprétation est juste ; Báidín Fheilimí et My Lagan Love sont plus joyeux, avant une version longue et douce de Lord Baker, en duo avec Christy Moore sur un filet de synthé… Il n’y a pas de mal à se taper le cul par terre avec les Dubliners ; mais pour la rage et l’émotion, Sinéad est la femme de la situation.

Sinéad O’Connor – I Do Not Want What I Haven’t Got

Sinéad O’Connor est une chanteuse et compositrice irlandaise née à Dublin en 1966. Après une enfance chaotique marquée par sa mère malveillante, elle apprend la musique dans un couvent et rejoint différents groupes à partir de 1984, enregistre une chanson avec David Evans avant de signer son premier album en 1987. Trois ans plus tard, I Do Not Want What I Haven’t Got paraît chez Ensign, qui la fait connaître mondialement avec en particulier la chanson Nothing Compares 2 U écrite par Prince… À fleur de peau sur Feel So Different, le chant de Sinéad est accompagné par les cordes de Nick Ingman ; enchaînant avec les surprenantes percussions d’I Am Stretched On Your Grave, funky puis traditionnel lorsque surgit un air de fiddle… Parmi d’autres titres plutôt pop et qui font penser à Kate Bush, The Last Day of our Acquaintance bouleverse avant l’errance perlée et a cappella du titre éponyme où la voix se livre tout entière, à l’image de ce disque tantôt épineux et tantôt caressant.

The Rolling Stones – Sticky Fingers

The Rolling Stones est un groupe de rock britannique formé à Londres en 1962 autour des amis d’enfance Mick Jagger (chant) et Keith Richards (guitare), Brian Jones (multi-instrumentiste) et Ian Stewart (piano), Bill Wyman (basse) et Charlie Watts (batterie). Après des débuts difficiles, ils signent leurs premiers singles chez Decca en 1963 : une reprise de Chuck Berry (Come On) suivie d’un titre écrit par les Beatles (I Wanna Be Your Man)… Pour leur neuvième album Sticky Fingers, paru en 1971 sur leur propre label, les Stones invitent Andy Warhol à concevoir la célèbre pochette à la fermeture éclair, que l’on peut également dézipper sur la version cd collector de 1994. C’est aussi la première fois que l’on voit apparaître le logo à la langue de John Pasche… Et musicalement, alors que les Stones ne sont pas vraiment ma tasse de thé ? Depuis le blues rock Brown Sugar à la ballade country Wild Horses ; entre Sister Morphine avec Ry Cooder à la slide guitar et Moonlight Mile sublimé par les cordes de Paul Buckmaster ; sans oublier Can’t You Hear Me Knocking dont la guitare m’évoque Baila mi Hermana, ses congas et son solo de saxo : Sticky Fingers est incontournable dans toute discothèque qui se respecte.

The Nits – Soap Bubble Box

Un cd qui ressemble à un gros morceau de savon ça ne se refuse pas, surtout quand il vient des Nits et précède la sortie de leur plus bel album, Ting paru en 1992… On insère la galette dans la platine et le clavier cristallin de Soap Bubble Box se rappelle à nous, préparant nos papilles auditives pour trois inédits lents et introspectifs : Tear Falls comme une rupture annoncée, Bird in the Back au diapason d’un piano lamento suivi des tremolos dépouillés de Table Town ; la voix furtive de Henk Hofstede au meilleur de sa forme… Un quart d’heure magique et bien trop court, que l’on pourra doubler avant d’enchaîner avec la légèreté classique de dA dA dA ; et s’adonner ensuite au dernier opus en date des Néerlandais, le toujours étonnant Angst.

Tom Waits – Blood Money

Sur son treizième album paru chez ANTI- en 2002, Tom Waits a mis ses plus beaux fantômes à mijoter dans une marmite. La procession gutturale de Misery is the River of the World rappelle les rythmes calcaires de Bone Machine ; tuba et clarinette soutiennent les paroles au rabot de God’s Away on Business, avec un retour rocailleux entre le tocsin de Starving in the Belly of the Whale… Un album où les ballades sont reines (Coney Island Baby, Lullaby) et les instrumentales jazzy (Knife Chase) ou ankylosée comme Calliope, du nom de cet instrument à vapeur rappelant le sifflet des locomotives… Gothique, festif et lugubre ; un disque au piquant inimitable dans son édition digipack avec en couverture un Tom en train de flamber aux cartes. « Everything goes to hell, anyway… »

Tom Waits – Bone Machine

En 1992, Tom Waits signe Bone Machine. Quatre disques se sont écoulés depuis Blue Valentine, entre temps Tom a fait la rencontre de John Lurie et de Jim Jarmusch, ce dernier lui concoctant un rôle sur mesure dans le film Down by Law en 1986… Percussions et autres sticks donnent le ton dès Earth Died Screaming, où l’on danse et bougonne en squelette à la façon de Captain Beefheart ; les improvisations de Such a Scream et All Stripped Down ajoutant au capharnaüm… Avec David Phillips au pedal steel, A Little Rain permet une pause blues avant les martèlements d’In the Colosseum ; en contraste avec les guitares folk de Black Wings, une fable retenue précédant I Don’t Wanna Grow Up et la juste colère de Waits à la guitare, guidé par la contrebasse électrique de Larry Taylor… Dans un ralenti rugissant, That Feel achève cet album tortueux dont les chansons évoquent en plus accidentées les Murder Ballads parues quatre ans plus tard.

Tom Waits – Blue Valentine

Pour son cinquième opus paru en 1978, Tom Waits délaisse le piano jazz au profit de la guitare et d’un synthé discret ; pour un son blues rock animant ses narrations flegmatiques (Red Shoes by the Drugstore, Wrong Side of the Road), le mode saxo rythmé n’étant pas oublié avec Romeo is Bleeding ou Whistlin’ Past the Graveyard… Offertes au pluriel, les Blue Valentines forment un bouquet romantique à la sortie de cet album contrasté, qui s’était ouvert sur une reprise de Somewhere d’après Leonard Bernstein, où Tom entonne à sa façon les mots déchirés de Maria et Tony dans le film West Side Story… Autant de chansons qui se bonifient avec le temps ; mais pas comme un grand cru car il est bien qu’elles continuent de racler un peu.

Tom Waits – Small Change

Né en Californie en 1949, Tom Waits est un chanteur et compositeur américain. Passionné par le rhythm’n blues de James Brown, il apprend la trompette puis la guitare, se fait la main dans les clubs entre San Diego et Los Angeles où il est repéré par Herb Cohen, le manager de Frank Zappa et Tim Buckley. En 1973, il est en première partie des concerts de Zappa et publie son premier album Closing Time, qui le fait connaître l’année suivante grâce aux Eagles qui en reprennent un titre… Paru en 1976 chez Asylum, Small Change permet une entrée douce et franche dans l’univers atypique de Tom Waits, sa voix rauque irradiant Tom Traubert’s Blues entre cordes retenues et piano jazz. I Wish I Was in New Orleans est un peu pompette, suivi quelques verres plus tard de The Piano has been Drinking ; puis en roue libre avec un tambour et quelques coups de cymbales (Pasties & A G-String), Tom me comble à chaque fois que j’écoute Step Right Up ou l’improbable logorrhée d’un bonimenteur, surréaliste et jazzy avec sa ligne de basse et son saxo qui chante… Le livret permet de découvrir les textes touffus de ce disque enregistré en deux semaines, rétif et feutré.

Pixies – Doolittle

Formés à Boston en 1986, les Pixies sont un groupe de noise pop américain. Le guitariste Joey Santiago et le chanteur Black Francis se rencontrent deux ans plus tôt à l’université, recrutent David Lovering à la batterie et Kim Deal au chant ; publient Surfer Rosa chez 4AD en 1988. Paru l’année suivante, Doolittle aligne 15 titres dépassant rarement les 3 minutes, dominés par des riffs nerveux et une batterie rock qui va à l’essentiel, associés à des mélodies allant de soignées à brutales… Sur des morceaux comme Tame ou Crackity Jones, le chant est possédé comme un Cobain qui reconnaîtra leur apport au grunge ; dans un style crooner, La La Love You percute avec sa guitare sixties tandis que Mr. Grieves et No. 13 Baby m’évoquent les White Stripes avant l’heure… À surfer ainsi entre lyrisme et charivari, les Pixies ont percé dans la foulée de Sonic Youth ; sans vraiment se rapprocher des univers inspirés de leurs aînés Bauhaus ou Television.

Elton John – The Very Best of

Elton John est un auteur compositeur interprète né à Londres en 1947 d’un père trompettiste et d’une grand-mère qui lui apprend le piano. Il rencontre le parolier Bernie Taupin à l’âge de 20 ans, publie son premier album (Empty Sky) deux ans plus tard et rencontre le succès sur le suivant, éponyme avec Your Song… Les tubes s’enchaînent avec Rocket Man ou Candle in the Wind ; les tournées aussi et la santé d’Elton se consume par les deux bouts, il devient un temps cocaïnomane mais dément la rumeur sur son déclin avec I’m Still Standing paru en 1983, que j’avais en 45 tours et dont je me souviens autant de la face B : Earn While You Learn, une instrumentale jazzy qui décoiffe… Émotions garanties avec ce double cd regroupant 30 chansons de « Lord Choc Ice » : lyrique au piano (Someone Saved my Life Tonight, Blue Eyes) avec ou sans paroles (Song for Guy) ; habile au ciné quand il incarne le rôle de Pinball Wizard et reprend le titre des Who ; funky en duo avec Kiki Dee (Don’t go Breaking my Heart) ou en pacifiste amoureux de Nikita… De sa reprise de Lucy in the Sky with Diamonds avec John Lennon en 1974 à son duo live avec Eminem en 2001 sur la chanson Stan, Elton est une icône.