The Smiths – Meat is Murder

Formé à Manchester en 1982 par le guitariste Johnny Marr et le chanteur Patrick Morrissey, The Smiths est un groupe de rock indépendant britannique. Rejoints par Andy Rourke à la guitare basse et Mike Joyce aux percussions, ils publient leur premier album éponyme deux ans plus tard… Paru en 1985, Meat is Murder contient dix chansons et autant de classiques habités par un couple guitare et basse virtuose, entre folk et new wave combiné à la voix particulière de Morrissey, reconnaissable entre toutes et dont les textes valent d’être parcourus grâce au livret accompagnant l’album… Derrière la légèreté de The Headmaster Ritual se cachent les abus de l’école à l’ancienne et Rusholme Ruffians se raccroche aux branches de l’enfance, avant la complainte existentielle des accords traînants de How Soon is Now? La dernière chanson éponyme est aussi la plus féroce, qui pourrait passer pour une ballade anodine si elle ne dénonçait pas la carnivorie avec une sincérité convaincante. « This beautiful creature must die, death for no reason is murder… » Poétique et engagé, Meat is Murder est un must.

The Police – Live Atlanta

Enregistré à Atlanta en 1983, cet album live paru douze ans plus tard reprend de nombreux morceaux de Synchronicity dont il assurait la promotion. Mais les standards ne sont pas oubliés et Sting sait faire monter la mayonnaise, qui n’hésite pas à étendre la durée des tubes le temps d’entonner quelques refrains supplémentaires avec son public (Message in a Bottle, De Do Do Do, De Da Da Da et surtout Can’t Stand Losing You). Des chœurs inédits apparaissent sur Spirits in the Material World ; c’est un live où les enchaînements font mouche et si les morceaux ne connaissent pas d’envolées spectaculaires à la Led Zeppelin, leur patine sonore les rend authentiques sans faire doublon avec les versions studio.

The Police – Synchronicity

Cinquième album de The Police, Synchronicity paraît en 1983 et marque le retour à un son plus rock, où les guitares font le show façon big band (Synchronicity I & II) et ne confirment pas le tournant new wave entrevu avec Ghost in the Machine. Pour autant, avec sa ligne de contrebasse Every Breath you Take est un monument de fluidité, et les premières mesures de Wrapped Around your Finger font resurgir les images du clip où Sting déambule entre des couloirs de bougies ; Walking in your Footsteps et Tea in Sahara se drapant dans la world music… Cette même année, Sting joue un rôle dans Dune, un film mineur de David Lynch, tandis que les tensions augmentent au sein du groupe qui se sépare avant d’avoir achevé leur prochain album, le roi Sting ayant décidé d’aller bander à part.

The Police – Ghost in the Machine

C’est avec Ghost in the Machine que j’ai découvert The Police, en particulier le single Spirits in the Material World et son inoubliable intro de batterie, synthé et guitare basse. « Our so-called leaders speak » suivi du tintement sur le verre… L’apparition des claviers donne à ce quatrième album une tonalité plus sombre, des nappes diffuses d’Invisible Sun militant pour la paix dans le monde au piano crescendo d’Every Little Thing she Does is Magic… Avec Hungry for You, Sting s’amuse à chanter en français et c’est tout aussi réussi qu’avec les Stranglers « Tout le monde est à moi, je l’ai gagné dans un jeu de cartes… » ; il s’est aussi mis au saxo sur Rehumanize Yourself ou Demolition Man, pour terminer en beauté avec l’initiatique Secret Journey dont les vapeurs obscures glissent vers Darkness… Moins froid qu’OMD et plus mainstream que The Human League, sans laisser décliner son identité The Police a pris en douceur le virage de la new wave. La pochette en témoigne, elle est géniale et montre le trio stylisé à la manière d’un affichage de calculatrice.  « Life was easy when it was boring… »

The Police – Zenyattà Mondatta

Deux ans après le très abouti Reggatta de Blanc, pour leur troisième saison Sting & Co remettent peu ou prou les mêmes ingrédients à leur menu. Ça démarre avec Don’t Stand so Close to Me, où Sting évoque les passions adolescentes à travers ses souvenirs d’ancien professeur, se mettant lui-même en scène le temps d’un clip qui passait en boucle dans les années 80… Driven to Tears crie famine et Canary in a Coalmine est faussement léger, j’aime les atmosphériques Voices Inside my Head et Shadows in the Rain ; l’instrumentale Behind my Camel est parfaite mais The Other Way of Stopping tient plutôt du remplissage, tandis que De Do Do Do, De Da Da Da fait penser à Ob-La-Di, Ob-La-Da… Alors oui, le trio est au top et ça fonctionne, mais la recette pourrait lasser.

The Police – Reggatta de Blanc

Second album de Police, Reggatta de Blanc paraît en 1978. Le titre éponyme est une instrumentale garnie d’envolées vocales rappelant Masoko Tanga ; sobre et déliée, la basse de Sting ponctue Bring on the Night et fait aussi l’essentiel du boulot sur Deathwish, épaulée par une batterie syncopée… Il y a du Madness dans les chœurs qui déchantent d’On Any Other Day et The Bed’s Too Big Without You est d’une belle évidence ; je ne me lasse pas de Does Everyone Stare et son étonnant piano, où le chant d’abord posé est rejoint par un bref extrait d’opéra, sans oublier Message in a Bottle et Walking on the Moon qui se passent de commentaires… Un peu reggae mais pas vraiment new wave, avec un zeste de post punk et une clarté sonore remarquable, l’alchimie policière opère et la plupart des morceaux s’imposent encore quarante ans après.

The Police – Outlandos d’Amour

Formé à Londres en 1977 par le batteur Stewart Copeland, le guitariste Andy Summers (remplaçant l’éphémère Français Henry Padovani) et le chanteur et bassiste Sting, The Police est un groupe de rock britannique. Si leur premier album est aujourd’hui un classique, il a bien failli les enterrer car ses deux tubes Roxanne et Can’t Stand Losing You ont fait l’objet de censure à sa sortie en 1978, pour avoir osé évoquer la prostitution et le suicide… D’autres titres rendent Outlandos d’Amour attachant, à commencer par les riffs saccadés de Hole in My Life où Sting débite son désespoir sur fond de batterie punk, en écho aux accords reggae de So Lonely. Il est question de poupée gonflable avec Be My Girl – Sally, à moitié parlée et dans le ton de The Cheerful Insanity ; ce disque farouche se terminant par une instrumentale avec onomatopées écoutable en boucle : Masoko Tanga et ses airs de Tom Tom Club.

Yo La Tengo – Painful

Yo La Tengo est un groupe de rock américain formé en 1984 par le guitariste Ira Kaplan, la batteuse Georgia Hubley qui est aussi sa femme, et le bassiste James McNew. Tous trois sont également au chant et leurs premiers albums sont plutôt noisy, jusqu’à leur sixième opus Painful paru en 1993 et oscillant entre shoegaze et lo-fi…  Big Day Coming est langoureux en première position, puis revient à la fin de l’album sous une forme plus rock ; les guitares saturent sur From a Motel 6 comme chez Stereolab avant d’évoquer Tortoise le temps de l’interlude post rock Superstar-Watcher, tandis que Nowhere Near est un tunnel suave avec sa basse métronomique et cet orgue feutré omniprésent sur l’album, la voix de Georgia rappelant Victoria Legrand. A Worrying Thing laisse décanter les accords comme une chanson du Velvet Underground et The Whole of The Law est un slow parlé à la manière de Herman Düne, hanté par un motif similaire au Satie-sfaction de Jean Bart ; l’instrumentale finale réservant une belle ascension (I Heard You Looking). Dense et subtil, Painful fait du bien.

The Sugarcubes – Life’s too Good

The Sugarcubes est un groupe de rock islandais formé à Reykjavik en 1986 autour de la chanteuse Björk et de son éphémère amant et guitariste Thor Eldon. Paru deux ans plus tard, leur premier album Life’s too Good aligne 10 sucreries torchées en 33 minutes, où la batterie est monotone (Motorcrash) et les guitares vaguement new wave (Mama) ; où l’on pressent déjà ce dont va être capable Björk, liquoreuse sur Birthday et bavarde avec Deus, tandis que Blue Eyed Pop tente de s’approprier la joie des B-52’s… Avec sa production artisanale et ses airs post punk, avec la fraîcheur de l’égérie islandaise avant son Debut, Life’s too Good est gueulard et approximatif, pétillant et un peu énervé comme avec Yeahs Yeahs Yeah.

Harry Nilsson – The Very Best of

Né à New York en 1941, Harry Nilsson est un chanteur et guitariste américain. Si la critique est au rendez-vous des ses premiers albums, le public ne suit pas jusqu’à ce que les Beatles déclarent en 1968 qu’il est leur chanteur américain préféré. Il n’en fallait pas davantage pour propulser Nilsson aux sommets, cette même année 1968 avec le bijou folk Everybody’s Talkin’, emprunté à Fred Neil et indissociable du film non moins culte Midnight Cowboy de John Schlesinger… Trois ans plus tard, sa reprise de Without You fait un nouveau carton, hymne à l’amour originellement interprété par les Badfinger ; très à l’aise aussi avec la tendre All I Think About is You… Entre Watertown et Fairytale, ces trois titres justifient à eux seuls l’acquisition de cette anthologie, complétée de morceaux plus confidentiels souvent réjouissants (Moonbeam Song, Cowboy, Mother Nature’s Son, Joy) « I can’t live, if living is without you… »