The Who – Tommy

The Who est un groupe de rock britannique créé à Londres en 1964 par le chanteur Roger Daltrey, le guitariste Pete Townshend, le bassiste John Entwistle et le batteur Keith Moon. La reconnaissance arrive avec le single My Generation, en retard sur les Beach Boys et en avance sur les Sex Pistols ; mais à mes oreilles leur quatrième opus est le plus passionnant : Tommy ou le pionnier des opéras rock, dont l’Overture est magistrale et annonce la couleur… Traumatisé pendant l’enfance, Tommy devient sourd, muet et aveugle avant de se révéler champion au flipper puis gourou ; une histoire politiquement incorrecte et qui sera portée à l’écran par Ken Russell en 1975, avec Elton John qui en profite pour s’approprier Pinball Wizard… Ce tube mis à part, les riffs de Sparks sont ébouriffants et l’on trépigne avec The Acid Queen avant les 10 minutes d’Underture, une instrumentale portée par un thème à la basse et à la batterie, où les guitares sont touffues sans tomber dans le psychédélisme ; un morceau rare et rock pour décrire le trip de Tommy sous LSD… Dix ans avant The Wall, The Who signe une œuvre atemporelle et foisonnante, à écouter les yeux fermés. « See me, feel me, touch me, heal me… »

Mercury Rev – Deserter’s Songs

Mercury Rev est un groupe de rock indépendant américain créé en 1989 par le chanteur David Baker, les guitaristes Jonathan Donahue et Sean Mackowiak, la flûtiste Suzanne Thorpe, le bassiste Dave Fridmann et le batteur Jimy Chambers. Leur premier album Yerself is Steam paraît en 1991, expérimental et noisy, assimilé au style des Flaming Lips avec lesquels Donahue a un temps collaboré. Ils se font connaître plus largement en 1998 avec leur quatrième opus Deserter’s Songs, soutenu en particulier par The Chemical Brothers ; où Donahue pose sa voix angélique sur des arrangements émollients (Holes, The Funny Bird), la scie musicale de Joel Eckhouse et les chœurs d’Endlessly rappelant la mélopée de Two of Us… La part d’étrangeté de The Drunk Room ou I Collect Coins est bienvenue parmi ces chansons bien calibrées ; présente sur le cd bonus, la reprise de Philadelphia (Neil Young) s’écoute sans ennui mais sans passion non plus ; et c’est aujourd’hui le sentiment que j’éprouve à propos de tout l’album. Deserter’s Songs a certes marqué les années 90, mais au contraire des Tindersticks ou de R.E.M., son lyrisme mielleux a plutôt mal cristallisé.

Scorpions – Love at First Sting

Formé à Hanovre en 1965 par le guitariste Rudolf Schenker, le batteur Wolfgang Dziony et le bassiste Achim Kirchhoff ; Scorpions est un groupe de heavy metal allemand. Rejoints par le chanteur Klaus Meine, ils publient l’album Lonesome Crow en 1972 et se font connaître en première partie du groupe britannique UFO, enchaînant les succès jusqu’à leur neuvième opus paru en 1984, Love at First Sting et que j’ai acquis parce qu’il contient la plus belle power ballad au monde : Still Loving You à égalité avec Stairway to Heaven écrite onze ans plus tôt, où encore The Power of Love parue la même année, même si la veine est plutôt new wave… Hormis ce slow à tomber par terre, l’album est romantique avec Coming Home qui fait là aussi penser à Led Zeppelin ; le restant des morceaux étant moins méchant, hard rock comme il se doit (Rock you Like a Hurricane, Big City Nights) et partant moins convaincant qu’Iron Maiden ou Black Sabbath. « Time, it needs time, to win back your love again… »

Christy Moore – Voyage

Né en 1945, Christy Moore est un chanteur et guitariste irlandais. Il est d’abord banquier avant de fonder deux groupes de musique traditionnelle (Planxty et Moving Hearts), puis entame une carrière solo avec un premier album publié en 1969 (Paddy on the Road). Paru vingt ans plus tard, Voyage permet de changer d’air sans quitter son fauteuil, grâce au chant consensuel et réconfortant de Christy… Après l’ambiance feutrée du titre éponyme, The Mad Lady and Me nous rive à marée basse, avec Sinéad O’Connor très efficace à l’arrière-plan. The Deportees Club est folk avec sa mandoline et son accordéon, avant le sublime Missing You et ses déchirures à la slide guitar… Farewell to Pripchat rend hommage aux victimes de Tchernobyl trois ans après la catastrophe, avant de retrouver Sinéad en duo avec Christy pour un abîme de frissons sur Middle of the Island… Sincère et équilibré, moins celtique que folk rock, Voyage est ouvert à toutes les destinations.

Lush – Lovelife

Formé à Londres en 1989 par les chanteuses et guitaristes Miki Berenyi et Emma Anderson, Lush compte parmi les premiers groupes de shoegaze britanniques. Amies d’enfance, Miki et Emma forment différents groupes avant d’être rejoints par le batteur Chris Acland et le bassiste Steve Rippon ; ils signent l’ep Scar chez 4AD puis on les trouve en première partie de The Cure en 1990… Paru six ans plus tard, Lovelife dégage une énergie bon enfant au travers d’arrangements enlevés, portés par un duo de voix féminines rappelant l’enthousiasme de The Sounds… Derrière ses clochettes, I’ve been Here Before n’est pas tendre et Ciao! célèbre la liberté retrouvée ; des chansons militantes dont certaines me font penser à Lisa Germano (Papasan, Tralala) tandis que le peps de Last Night et la tendresse d’Olympia achèvent de rendre Lovelife précieux… Un disque où les paroles sensibles n’ont rien à envier au salmigondis sonore de Loveless paru cinq ans plus tôt ; plus léger que les Cocteau Twins et moins morose que This Mortal Coil, pour un brin d’optimisme au sein du label 4AD.

David Sylvian & Robert Fripp – Damage

Dix ans après Brilliant Trees, Sylvian et Fripp partent en tournée et publient Damage, un enregistrement live de grande qualité où le chant de David et la guitare de Robert scellent l’alliage du glam et du progressif. Fripp avait déjà participé à l’album Gone to Earth dont le titre éponyme a été repris ici, où il déploie ses frippertronics le long de morceaux qui prennent leur temps (Brightness Falls, Firepower…) Je songe à Gabriel sur God’s Monkey et 20th Century Dreaming semble un clin d’œil à King Crimson ; mon préféré étant Darshan (The Road to Graceland) et ses solos, ses gimmicks tutoyant les Talking Heads… Michael Brook est de la partie et certaines ambiances me rappellent le duo de l’album Glyph, Damage se bonifie à chaque écoute et se présente sous la forme d’un cd « doré à l’or 24 carats » (sic) ; inséré dans un étui embossé montrant une scène de concert au recto et un cœur au verso, très classe avec son livret de photos.

David Sylvian – Brilliant Trees

David Sylvian est un chanteur et compositeur britannique né en 1958. Après s’être illustré au sein du groupe de new wave Japan de 1974 à 1982 , il collabore avec Ryuichi Sakamoto avant de sortir son premier album solo deux ans plus tard, Brilliant Trees chez Virgin… Ça démarre funk avec Pulling Punches et ses trompettes exaltées ; The Ink in the Well est plus tendre, la voix éraflée de Sylvian se mariant aux tonalités jazz de la basse, avant de conquérir l’espace cotonneux de Nostalgia et les claviers tempérés de Red Guitar. Il en va différemment de la seconde face, dont les trois morceaux se vivent en une seule séquence d’une beauté complexe faite de piano préparé et de synthés downtempo, de percussions exotiques avec la participation de Holger Czukay au cor et à la guitare… Backwaters en est le diamant, une échappée brumeuse qui me fait penser à Tilt, suivie du titre éponyme où l’on retrouve son chemin en parcourant les photos noir et blanc du livret, signées Yuka Fujii… Oubliée la similitude avec Roxy Music ressentie au début du disque ; articulé en deux parties comme Low, Brilliant Trees n’est pas près de s’affadir.

Symphony X – The Divine Wings of Tragedy

Symphony X est un groupe de metal américain formé en 1994 dans le New Jersey autour du guitariste Michael Romeo, du claviériste Michael Pinnella, du batteur Jason Rullo, du bassiste Michael Lepond et du chanteur Russell Allen… Paru en 1997 chez Inside Out, leur troisième album The Divine Wings of Tragedy déploie un univers médiéval et symphonisant, avec des chœurs qui font penser à Queen (Of Sins and Shadows, Out of the Ashes) et des solos que je rapprocherais de Marillion ; en particulier l’accorte intro de The Accolade… Encore plus progressif est le titre éponyme, scindé en sept sous-parties totalisant 20 minutes de chorale baroque et narration fantasy, où l’on reconnaît des mélodies de Bach et de Holst entre les riffs virtuoses… Plus sophistiqué que le premier Rammstein paru deux ans plus tôt, ce disque millimétré pourrait illustrer un jeu vidéo ; mais je lui préfère la rugosité des Germains ou l’ardeur d’Iron Maiden.

Simply Red – Picture Book

Formé à Manchester en 1985 autour du chanteur Mick Hucknall, du trompettiste Tim Kellett, du claviériste Fritz McIntyre, du percussionniste Chris Joyce et du guitariste Sylvan ; Simply Red est un groupe de musique pop britannique. Après des débuts punk au sein des Frantic Elevators, ils signent chez Elektra et publient Picture Book l’année de leur formation… Mes oreilles se souviennent du temps où elles n’avaient pas de poil dès les premières mesures de Come to my Aid et Money’s too Tight, deux chansons engagées soutenues par des mélodies synthpop ; Holding Back the Years rappelant le temps pré-textos où les slows étaient prisés des ados… J’aime aussi la reprise de Heaven des Talking Heads, l’incursion jazzy de Sad Old Red et la majesté du morceau qui a donné son titre à l’album ; que j’ai conservé pour le plaisir de retrouver ces tubes dont l’énergie me rappelle Too-Rye-Ay paru trois ans plus tôt, la mélancolie qui se dégage de leurs pochettes respectives n’y étant pas étrangère.

Maureen McElheron – The Tune

Née dans le Michigan en 1950, Maureen McElheron est une compositrice américaine. Sa carrière débute dans les clubs de musique country, au sein d’un groupe où elle rencontre le dessinateur et réalisateur Bill Plympton. Elle s’installe à New York au début des années 80, produit des spectacles pour enfants et retrouve son ami Bill qui lui commande une chanson pour un court film d’animation (Your Face), puis en 1992 la bande originale de The Tune ; son premier long métrage que j’avais alors découvert sur arte, dépeignant un monde surréaliste entre les univers de Jan Svankmajer et de Terry Gilliam… Jazz (Flooby Nooby, Home) ou country (Isn’t it Good Again), rock’n roll à la façon de Hairspray où l’on prend soin de ses tifs comme ici sur Dig My Do ; romantique (Be my Only Love) ou bien sombre avec le No Nose Blues lorgnant du côté de Tom Waits, ces chansons suivent la partition d’un film onirique dont le héros est un compositeur disposant d’une heure pour écrire le tube qui va changer sa vie… Un disque divertissant et décalé, où McElheron partage sa voix avec d’autres interprètes comme Marty Neslon, Jimmy Ceribello ou Emily Bindiger.