Prince – Sign o’ the Times

Sorti en 1987, le neuvième album de Prince me rappelle mon voyage itinérant aux États-Unis, où je l’écoutais sur mon baladeur avec la même passion qu’Art of Noise ou The Cure. Double album de 80 minutes où les morceaux prennent le temps de s’étendre, le Kid revisitant ses racines rhythm’n blues en perfectionnant son funk, y ajoutant des trouvailles pop rock stimulantes… L’hédonisme est de mise avec Play in the Sunshine, à faire trembler les murs (Housequake) avant The Ballad of Dorothy Parker ; mais j’en retiens surtout It et sa rallonge electro parsemée de samples, décharge à obsessions avant de s’accorder sur d’autres façons de faire (Slow Love), tandis que les chœurs fouettés de U Got the Look font une place au rêve… Aussi fantasque que Little Richard, Prince brouille les cartes avec If I was your Girlfriend, qui s’ouvre sur la Marche Nuptiale de Mendelssohn et se poursuit par des désirs androgynes ; avant de mettre tout le monde d’accord avec une échappée jazzy (Adore)… Encensées par Robert Smith en 1989, les chansons de Sign o’ the Times recèlent leur lot de raffinements, comme un croisement réussi entre la soul de Parade et l’avant-gardisme de 1999.

Prince – Parade

Je découvre Prince en 1986, avec cet album qui est aussi la bande originale du film Under the Cherry Moon, tourné en France avec sa majesté dans le rôle d’un dandy… Christopher Tracy’s Parade ouvre en fanfare avant les synthés new wave d’I Wonder U et la voix suave de Wendy Melvoin ; puis le piano prend la main le temps d’un morceau co-écrit avec John L. Nelson, le père de Prince (Under the Cherry Moon). Tubesque et explicite avec sa giclée de saxo et son couplet en français, Girls & Boys précède une instrumentale douce (Venus de Milo) et les rythmes capiteux de Mountains, où la voix de Prince rappelle les Bee Gees… Le funk minimaliste de Kiss fait mouche, ses piaillements ajoutant du piquant avant un duo de guitare acoustique et piano concluant l’album sur une note mélancolique (Sometimes it Snows in April) ; Prince maitrisant une large palette d’émotions le long de ces 12 morceaux enchaînés avec brio, entre luxure et introspection. « Vous êtes très belle mama, girls and boys. »

Prince – Around the World in a Day

Septième album studio de PrinceAround The World in a Day paraît en 1985 et démarre avec ce même titre, installant une ambiance hippie où l’on communie à coups de petites cymbales au bout des doigts. Suit le psychédélique Paisley Park du nom de la résidence que le Kid va inaugurer deux ans plus tard pour produire sa musique, à l’image en plus modeste du « Neverland » de Michael Jackson… Le piano de Condition of the Heart fait des gammes confidentielles avant de nous faire fondre sous les violons de Raspberry Beret, où comment tomber amoureux d’un béret framboise d’occasion ; puis America s’en prend à la terre natale avec autant de fougue que Rammstein, son faux scratch sur vinyle et ses percussions typées, sa guitare endiablée… La rage adoucie de Pop Life m’évoque Poptones et déjà l’album se termine sur une touche de foi (The Ladder), mais le vice n’est jamais loin (Temptation) sur cet album intimiste où choisissant de ne pas surfer sur la vague de Purple Rain, Prince a gardé le contrôle de ses envies musicales.

Prince – Purple Rain

Deux ans après 1999, Prince joue son propre rôle dans le film Purple Rain, de son enfance tourmentée à l’ascension vers la gloire… Et si l’album du même nom en illustre les péripéties, au-delà de la bande originale chaque chanson laisse éclater un talent fou, excentrique et dont la synthèse le rapproche des meilleurs concept albums… Let’s go Crazy ouvre la danse dans un carpe diem funk et pêchu, suivi de Take me with U et ses arpèges de cordes, en chœur avec Apollonia Kotero qui tient également le second rôle dans le film… Lisa Coleman et Wendy Melvoin sont coquines dans une baignoire (Computer Blue), choristes essentielles déjà présentes sur 1999 ; enchaînées avec les jeux brûlants de Darling Nikki, où Prince termine la chanson à l’envers après avoir embrasé sa guitare… L’intro virtuose de When Doves Cry rappelle Jimi Hendrix, Baby I’m a Star file le rhythm’n blues avant de terminer sur le titre éponyme, Purple Rain et ses 8 minutes de slow sidérant, où Prince s’approprie la couleur pourpre dans un final indéfinissable entre blues, rock et musique classique… Sensuel et provocant, le « Kid de Minneapolis » transcende les genres et signe un des albums majeurs des années 80.

Prince – 1999

Musicien, auteur et interprète inclassable, Prince Rogers Nelson est né en 1958 à Minneapolis. Son père est pianiste et sa mère chanteuse de jazz, il apprend la guitare et monte un groupe à l’âge de 15 ans, avant d’être repéré par Warner qui lance son premier album en 1978… Quatre ans plus tard et autant de disques où s’affirme son style entre funk et pop, Prince publie le double album 1999. Il en assume la voix et les guitares, les claviers et même la batterie grâce à la Linn LM-1, l’une des premières boîtes à rythmes programmable de laquelle il saura extraire ces sons qui deviendront sa signature… Festif et futuriste, le morceau éponyme enterre le millénaire avec dix-sept ans d’avance, des rythmes syncopés se mariant bien aux paroles suggestives de Delirious et Let’s Pretend we’re Married… Long de 9 minutes, Automatic gémit sur une couette de guitares suivie de basse slapée ; j’aime aussi Something in the Water et son tempo fondu, sa voix réverbérée avant d’atterrir avec le slow aérien International Lover… Funky et audacieux comme Thriller qui sortira un mois plus tard, avec aussi des cris aigus et un sacré groove, 1999 n’est pas près d’être daté.

Plan B – The Defamation of Strickland Banks

Ben Drew est un chanteur britannique né à Londres en 1983. Abandonné par son père à l’âge de six ans, lequel faisait partie d’un groupe punk dans les années 70, il apprend la guitare en écoutant Blur, compose son premier single à 18 ans en se faisant appeler « Plan B »… Paru en 2010, son second album The Defamation of Strickland Banks raconte l’ascension d’un chanteur soul sur fond de désillusions amoureuses, jusqu’à rencontrer une femme qui va l’accuser du pire et le faire incarcérer… Accompagné par un orchestre et de nombreux choristes, sa voix haut perchée ne manque pas de groove sur Love Goes Down ; mais je me suis surtout intéressé à ce disque pour le single She Said, ses arrangements sensuels et son rap au milieu, sans en retrouver le parfum par ailleurs… Car le malheureux peine à transmettre son enfermement (Welcome to Hell) et s’enlise dans les clichés derrière un hip hop alambiqué (Hard Times, Traded in my Cigarettes), loin des albums qui font vibrer sur le même thème (The Wall, The Prisoner, The Hurting). Et si le swing rappé de Darkest Place ressemble à un morceau de viande oublié au fond de la gamelle, on est assez contents qu’il y ait un couvre-feu.

Hairspray

Souvent imitée, la comédie musicale Hairspray réalisée en 1988 par John Waters n’a pas d’équivalent. Sur fond de ségrégation raciale dans les années 60, la jeune Tracy Turnblad (Ricki Lake) a pour ambition de remporter un concours de danse à Baltimore, retransmis à la télévision. Ses rondeurs vont susciter les moqueries, mais sa grandeur d’âme et surtout son talent auront raison des préjugés. Avec le soutien de sa mère (interprétée par Divine, acteur fétiche de Waters dans des films autrement provocants), Tracy va casser la baraque et cette bande originale épouse les formes d’une histoire haute en couleurs… On y apprend le madison avec The Ray Bryant Combo et It’s Madison Time, aussi intimement lié au film que Jitterbug l’est à Mulholland Drive. D’autres danses sont au menu  : The Roach de Gene and Wendell dans l’esprit de Little Richard, puis l’on claque des doigts sur The Bug (Jerry Dallman) tandis que Foot Stompin’ (The Flares) pourrait être au générique d’un film de Tarantino… Vous avez demandé trente minutes de bonne humeur rhythm’n blues & rock’n roll ? « Welcome to the Corny Collins Show ! »

Iron Maiden – The Number of the Beast

Un an après Killers, la « vierge de fer » peaufine son image de groupe metal désireux de faire son trou. Shooté en permanence, le chanteur Di’Anno a été remplacé par Bruce Dickinson dont la tessiture me rappelle Brian Johnson, lyrique sur Children of the Damned et 22 Acacia Avenue ; enflammé lorsqu’il incarne un pendu (Hallowed be thy Name)… Le Diable a été mis en abîme sur la pochette colorée, un dessin signé Derek Riggs en continuité avec les autres albums ; au-delà de ces références sataniques, The Number of the Beast est une œuvre sur l’enfermement, son titre The Prisoner éclairant celui de Tears for Fears, dont l’incipit reprend le dialogue (rituel) d’un épisode de la série The Prisoner… « I know where I’m going… out! » Un disque vertigineux, ravageur et dont l’intérêt musical déborde les frontières métalleuses, acheté l’année de mes 14 ans dans le village de ma grand-mère, chez un droguiste qui proposait quelques vinyles au milieu d’aspirateurs et de produits d’entretien.

Iron Maiden – Killers

Formé en 1975 par Steve Harris à basse et Dave Murray à la guitare, Iron Maiden est un groupe de heavy metal britannique. Ils se font connaître dans les clubs et publient un premier album éponyme trois ans plus tard, complétés par le batteur Doug Sampson et le chanteur Paul Di’Anno… Paru en 1981, avec Adrian Smith Killers voit l’arrivée d’un second guitariste, donnant au groupe sa couleur sonore trépidante et travaillée, en rupture avec les accents blues des aînés de Led Zeppelin ou Black Sabbath… Un album qui lâche le frein à main à partir de Murders in the Rue Morgue, en référence à la nouvelle de Poe, les changements d’allure de Genghis Khan rappelant Forgotten Sons… La basse est démente sur le morceau éponyme, suivie d’une guitare dans l’esprit de Neu!Twilight Zone n’a pas de rapport avec la série de Rod Serling et Prodigal Son est lyrique : buriné comme de la couenne, Killers est recommandé pour bien démarrer la journée.

Greatest Hits of the 70’s

J’ai acheté cette compilation pour retrouver Popcorn, interprété en 1972 par Hot Butter et considéré comme le premier tube de l’histoire de la musique electro. Composé trois ans plus tôt par Gershon Kingsley sur synthé Moog, il figurait aussi parmi les 45 tours dont j’ai hérité en même temps que ma première platine vinyle ; et l’émotion reste intacte à chaque fois que j’écoute ces trois minutes de cymbales et cabrioles monophoniques… Cette madeleine mise à part, trois titres que mes parents devaient écouter dans la Simca 1000 me sont revenus en mémoire : It’s a Heartache (Bonnie Tyler), Some Girls (Racey) et surtout Baker Street de Gerry Rafferty, son saxo légendaire et ses glissandos pour clavier éthéré… D’autres curiosités rendent charmant ce disque précurseur des années 80 : Beach Baby de First Class imitant les Beach Boys, George Baker et sa Paloma Blanca dont les trémolos de flûte rappellent l’ambiance des séries télévisées comme Goldorak, le rock’n folk de Kincade (Dreams are Ten a Penny) ou encore The Man who Sold the World de David Bowie, en duo avec Lulu pour une tranche de glam.