Eric Serra – Subway

Né à Saint-Mandé en 1959, Eric Serra est un compositeur français généralement associé aux films de Luc Besson, depuis Le Dernier Combat à Lucy en passant par Nikita ou Subway dont il signe la bande originale en 1985. Multi-instrumentiste autodidacte, ses vignettes jazz-pop illustrent ce polar où Christophe Lambert tombe amoureux d’Isabelle Adjani (Dolphin Dance) tandis que Michel Galabru poursuit un Jean-Hugues Anglade en pickpocket à roulettes (Burglary)… La basse de Serra résonne dans ces couloirs filmés comme un clip vidéo, Man. Y et Congabass évoquant Stanley Clarke ou Bill Bruford. Le saxo de Song to Xavier rappelle Taxi Blues et Arthur Simms se fait un nom avec le tube de métro It’s Only MysteryDrumskate rappelant Jean Reno dans le rôle du batteur incoercible… Avec son scénario alambiqué et ses dialogues niaiseux, Subway n’a pas aussi bien vieilli que Diva tourné quatre ans plus tôt ; mais sa musique est cool et n’en reste pas moins emblématique des années 80.

Starsailor – Love is Here

Formé à côté de Manchester en 2000 par le chanteur James Walsh et le batteur Ben Byrne, le bassiste James Stelfox et le clavier Barry Westhead, Starsailor est un groupe de musique britpop. Leur nom rend hommage à Tim Buckley mais la voix de Walsh fait aussi penser à Jeff avec une pointe de Marillion ; repérés pour leurs talents scéniques ils sortent un premier album en 2001, Love is Here nimbé de mélancolie folk rock (Tie up my Hands, Poor Misguided Fool), avec des paroles au rasoir qui n’éludent pas la tristesse ordinaire (Alcoholic, She Just Wept). On retient son souffle avec Way to Fall, sa  paire piano et guitare évoquant Thom Yorke, de même sur Coming Down qui frôle l’état de grâce… Et même si sa voix éraillée est parfois bavarde (Lullaby, Fever), du haut de ses 20 ans James Walsh signe un premier opus enlevé et chaleureux. « Son, you’ve got a way to fall… »

Santana – The Best of

Souvent cité parmi les plus grands guitaristes, Carlos Santana est un musicien mexicain né en 1947. Son père l’initie au violon mais il préfère la guitare et fait ses armes dans les clubs de Tijuana, avant de créer en 1966 le groupe qui portera son nom. Trois ans plus tard, il participe à Woodstock le même jour que Janis Joplin, sa carrière est lancée et les albums s’enchaînent, il collabore avec John McLaughlin ou Herbie Hancock, peaufinant son style entre rock psychédélique et latin jazz agrémenté de percussions africaines… Parue chez Columbia en 1991, cette double anthologie contient les immanquables Black Magic Woman, Carnaval et Europa, One Chain ou encore Well all Right  ; mais aussi une version live de Jugando et sa guitare endiablée, un medley vibrant (Dealer/Spanish Rose) et une progression au piano mieux qu’Elton John (Treat), Baila mi Hermana et ses claviers à la BJH sur cordes de velours ; une instrumentale planante (Aqua Marine) parmi 33 chansons moins déjantées que Hendrix mais plus passionnantes que Toto, où Carlos déroule ses recettes blues world… Il fait partie de mes premiers cds et j’en prends soin comme on dépoussière un meuble de famille, entre Queen et ZZ Top.

Prince – Sign o’ the Times

Sorti en 1987, le neuvième album de Prince me rappelle mon voyage itinérant aux États-Unis, où je l’écoutais sur mon baladeur avec la même passion qu’Art of Noise ou The Cure. Double album de 80 minutes où les morceaux prennent le temps de s’étendre, le Kid revisitant ses racines rhythm’n blues en perfectionnant son funk, y ajoutant des trouvailles pop rock stimulantes… L’hédonisme est de mise avec Play in the Sunshine, à faire trembler les murs (Housequake) avant The Ballad of Dorothy Parker ; mais j’en retiens surtout It et sa rallonge electro parsemée de samples, décharge à obsessions avant de s’accorder sur d’autres façons de faire (Slow Love), tandis que les chœurs fouettés de U Got the Look font une place au rêve… Aussi fantasque que Little Richard, Prince brouille les cartes avec If I was your Girlfriend, qui s’ouvre sur la Marche Nuptiale de Mendelssohn et se poursuit par des désirs androgynes ; avant de mettre tout le monde d’accord avec une échappée jazzy (Adore)… Encensées par Robert Smith en 1989, les chansons de Sign o’ the Times recèlent leur lot de raffinements, comme un croisement réussi entre la soul de Parade et l’avant-gardisme de 1999.

Prince – Parade

Je découvre Prince en 1986, avec cet album qui est aussi la bande originale du film Under the Cherry Moon, tourné en France avec sa majesté dans le rôle d’un dandy… Christopher Tracy’s Parade ouvre en fanfare avant les synthés new wave d’I Wonder U et la voix suave de Wendy Melvoin ; puis le piano prend la main le temps d’un morceau co-écrit avec John L. Nelson, le père de Prince (Under the Cherry Moon). Tubesque et explicite avec sa giclée de saxo et son couplet en français, Girls & Boys précède une instrumentale douce (Venus de Milo) et les rythmes capiteux de Mountains, où la voix de Prince rappelle les Bee Gees… Le funk minimaliste de Kiss fait mouche, ses piaillements ajoutant du piquant avant un duo de guitare acoustique et piano concluant l’album sur une note mélancolique (Sometimes it Snows in April) ; Prince maitrisant une large palette d’émotions le long de ces 12 morceaux enchaînés avec brio, entre luxure et introspection. « Vous êtes très belle mama, girls and boys. »

Prince – Around the World in a Day

Septième album studio de PrinceAround The World in a Day paraît en 1985 et démarre avec ce même titre, installant une ambiance hippie où l’on communie à coups de petites cymbales au bout des doigts. Suit le psychédélique Paisley Park du nom de la résidence que le Kid va inaugurer deux ans plus tard pour produire sa musique, à l’image en plus modeste du « Neverland » de Michael Jackson… Le piano de Condition of the Heart fait des gammes confidentielles avant de nous faire fondre sous les violons de Raspberry Beret, où comment tomber amoureux d’un béret framboise d’occasion ; puis America s’en prend à la terre natale avec autant de fougue que Rammstein, son faux scratch sur vinyle et ses percussions typées, sa guitare endiablée… La rage adoucie de Pop Life m’évoque Poptones et déjà l’album se termine sur une touche de foi (The Ladder), mais le vice n’est jamais loin (Temptation) sur cet album intimiste où choisissant de ne pas surfer sur la vague de Purple Rain, Prince a gardé le contrôle de ses envies musicales.

Prince – Purple Rain

Deux ans après 1999, Prince joue son propre rôle dans le film Purple Rain, de son enfance tourmentée à l’ascension vers la gloire… Et si l’album du même nom en illustre les péripéties, au-delà de la bande originale chaque chanson laisse éclater un talent fou, excentrique et dont la synthèse le rapproche des meilleurs concept albums… Let’s go Crazy ouvre la danse dans un carpe diem funk et pêchu, suivi de Take me with U et ses arpèges de cordes, en chœur avec Apollonia Kotero qui tient également le second rôle dans le film… Lisa Coleman et Wendy Melvoin sont coquines dans une baignoire (Computer Blue), choristes essentielles déjà présentes sur 1999 ; enchaînées avec les jeux brûlants de Darling Nikki, où Prince termine la chanson à l’envers après avoir embrasé sa guitare… L’intro virtuose de When Doves Cry rappelle Jimi Hendrix, Baby I’m a Star file le rhythm’n blues avant de terminer sur le titre éponyme, Purple Rain et ses 8 minutes de slow sidérant, où Prince s’approprie la couleur pourpre dans un final indéfinissable entre blues, rock et musique classique… Sensuel et provocant, le « Kid de Minneapolis » transcende les genres et signe un des albums majeurs des années 80.

Prince – 1999

Musicien, auteur et interprète inclassable, Prince Rogers Nelson est né en 1958 à Minneapolis. Son père est pianiste et sa mère chanteuse de jazz, il apprend la guitare et monte un groupe à l’âge de 15 ans, avant d’être repéré par Warner qui lance son premier album en 1978… Quatre ans plus tard et autant de disques où s’affirme son style entre funk et pop, Prince publie le double album 1999. Il en assume la voix et les guitares, les claviers et même la batterie grâce à la Linn LM-1, l’une des premières boîtes à rythmes programmable de laquelle il saura extraire ces sons qui deviendront sa signature… Festif et futuriste, le morceau éponyme enterre le millénaire avec dix-sept ans d’avance, des rythmes syncopés se mariant bien aux paroles suggestives de Delirious et Let’s Pretend we’re Married… Long de 9 minutes, Automatic gémit sur une couette de guitares suivie de basse slapée ; j’aime aussi Something in the Water et son tempo fondu, sa voix réverbérée avant d’atterrir avec le slow aérien International Lover… Funky et audacieux comme Thriller qui sortira un mois plus tard, avec aussi des cris aigus et un sacré groove, 1999 n’est pas près d’être daté.

Plan B – The Defamation of Strickland Banks

Ben Drew est un chanteur britannique né à Londres en 1983. Abandonné par son père à l’âge de six ans, lequel faisait partie d’un groupe punk dans les années 70, il apprend la guitare en écoutant Blur, compose son premier single à 18 ans en se faisant appeler « Plan B »… Paru en 2010, son second album The Defamation of Strickland Banks raconte l’ascension d’un chanteur soul sur fond de désillusions amoureuses, jusqu’à rencontrer une femme qui va l’accuser du pire et le faire incarcérer… Accompagné par un orchestre et de nombreux choristes, sa voix haut perchée ne manque pas de groove sur Love Goes Down ; mais je me suis surtout intéressé à ce disque pour le single She Said, ses arrangements sensuels et son rap au milieu, sans en retrouver le parfum par ailleurs… Car le malheureux peine à transmettre son enfermement (Welcome to Hell) et s’enlise dans les clichés derrière un hip hop alambiqué (Hard Times, Traded in my Cigarettes), loin des albums qui font vibrer sur le même thème (The Wall, The Prisoner, The Hurting). Et si le swing rappé de Darkest Place ressemble à un morceau de viande oublié au fond de la gamelle, on est assez contents qu’il y ait un couvre-feu.

Hairspray

Souvent imitée, la comédie musicale Hairspray réalisée en 1988 par John Waters n’a pas d’équivalent. Sur fond de ségrégation raciale dans les années 60, la jeune Tracy Turnblad (Ricki Lake) a pour ambition de remporter un concours de danse à Baltimore, retransmis à la télévision. Ses rondeurs vont susciter les moqueries, mais sa grandeur d’âme et surtout son talent auront raison des préjugés. Avec le soutien de sa mère (interprétée par Divine, acteur fétiche de Waters dans des films autrement provocants), Tracy va casser la baraque et cette bande originale épouse les formes d’une histoire haute en couleurs… On y apprend le madison avec The Ray Bryant Combo et It’s Madison Time, aussi intimement lié au film que Jitterbug l’est à Mulholland Drive. D’autres danses sont au menu  : The Roach de Gene and Wendell dans l’esprit de Little Richard, puis l’on claque des doigts sur The Bug (Jerry Dallman) tandis que Foot Stompin’ (The Flares) pourrait être au générique d’un film de Tarantino… Vous avez demandé trente minutes de bonne humeur rhythm’n blues & rock’n roll ? « Welcome to the Corny Collins Show ! »