Iron Maiden – The Number of the Beast

Un an après Killers, la « vierge de fer » peaufine son image de groupe metal désireux de faire son trou. Shooté en permanence, le chanteur Di’Anno a été remplacé par Bruce Dickinson dont la tessiture me rappelle Brian Johnson, lyrique sur Children of the Damned et 22 Acacia Avenue ; enflammé lorsqu’il incarne un pendu (Hallowed be thy Name)… Le Diable a été mis en abîme sur la pochette colorée, un dessin signé Derek Riggs en continuité avec les autres albums ; au-delà de ces références sataniques, The Number of the Beast est une œuvre sur l’enfermement, son titre The Prisoner éclairant celui de Tears for Fears, dont l’incipit reprend le dialogue (rituel) d’un épisode de la série The Prisoner… « I know where I’m going… out! » Un disque vertigineux, ravageur et dont l’intérêt musical déborde les frontières métalleuses, acheté l’année de mes 14 ans dans le village de ma grand-mère, chez un droguiste qui proposait quelques vinyles au milieu d’aspirateurs et de produits d’entretien.

Iron Maiden – Killers

Formé en 1975 par Steve Harris à basse et Dave Murray à la guitare, Iron Maiden est un groupe de heavy metal britannique. Ils se font connaître dans les clubs et publient un premier album éponyme trois ans plus tard, complétés par le batteur Doug Sampson et le chanteur Paul Di’Anno… Paru en 1981, avec Adrian Smith Killers voit l’arrivée d’un second guitariste, donnant au groupe sa couleur sonore trépidante et travaillée, en rupture avec les accents blues des aînés de Led Zeppelin ou Black Sabbath… Un album qui lâche le frein à main à partir de Murders in the Rue Morgue, en référence à la nouvelle de Poe, les changements d’allure de Genghis Khan rappelant Forgotten Sons… La basse est démente sur le morceau éponyme, suivie d’une guitare dans l’esprit de Neu!Twilight Zone n’a pas de rapport avec la série de Rod Serling et Prodigal Son est lyrique : buriné comme de la couenne, Killers est recommandé pour bien démarrer la journée.

Greatest Hits of the 70’s

J’ai acheté cette compilation pour retrouver Popcorn, interprété en 1972 par Hot Butter et considéré comme le premier tube de l’histoire de la musique electro. Composé trois ans plus tôt par Gershon Kingsley sur synthé Moog, il figurait aussi parmi les 45 tours dont j’ai hérité en même temps que ma première platine vinyle ; et l’émotion reste intacte à chaque fois que j’écoute ces trois minutes de cymbales et cabrioles monophoniques… Cette madeleine mise à part, trois titres que mes parents devaient écouter dans la Simca 1000 me sont revenus en mémoire : It’s a Heartache (Bonnie Tyler), Some Girls (Racey) et surtout Baker Street de Gerry Rafferty, son saxo légendaire et ses glissandos pour clavier éthéré… D’autres curiosités rendent charmant ce disque précurseur des années 80 : Beach Baby de First Class imitant les Beach Boys, George Baker et sa Paloma Blanca dont les trémolos de flûte rappellent l’ambiance des séries télévisées comme Goldorak, le rock’n folk de Kincade (Dreams are Ten a Penny) ou encore The Man who Sold the World de David Bowie, en duo avec Lulu pour une tranche de glam.

Nina Hagen – In Ekstasy

Nina Hagen est une chanteuse allemande née à Berlin (Est) en 1955. Après une enfance éclairée en compagnie de sa mère et de son beau-père le poète Wolf Biermann, elle chante Janis Joplin à 17 ans puis découvre la scène punk londonienne, avant de publier un premier album en 1978… Sept ans plus tard, son troisième opus In Ekstasy raffine des humeurs enragées, entre la dérision de PiL et l’énergie des Slits… Des motos qui démarrent et Nina qui se parle toute seule entre riffs funk et vocalises d’opéra (Universal Radio), de petits cris anti-atomiques (Gods of Aquarius) et une ironie soviétique (Russian Reggae) précurseuse de Rammstein : en jouant de son accent germanique Nina sait aussi bien reprendre My Way de Sinatra qu’avoir un dialogue avec Dieu (1985 Ekstasy Drive) avant de s’autoproclamer « Mother of punk » et de s’essayer à la chanson française (Atomic Flash Deluxe) en faisant des bruits de canard avec la bouche… The Lord’s Prayer rappelle celle de Siouxsie sept ans plus tôt sur Join Hands qui termine cet album à liquéfier les Sugarcubes, bouffée d’extase eighties rugueuse et pop.

Toto – Toto IV

Formé en 1976 à Los Angeles par deux amis d’enfance, David Paich aux claviers et Jeff Porcaro à la batterie, Toto est un groupe de soft rock américain. Leur premier album éponyme rencontre le succès dès l’année suivante, mais c’est trois ans plus tard que Toto IV va les porter au pinacle, au point d’être conviés à l’enregistrement de Thriller… Ça commence par Rosanna et se termine avec Africa, entre les deux pas grand-chose à se mettre sous la dent tant ce disque est aujourd’hui daté, sa production portée par une ribambelle de musiciens évoquant Foreigner en plus mou… Reste Rosanna et son solo au synthé comme si l’on venait de gagner une coupe du monde, un tube avec trompettes et chœurs qui jubilent, parfaitement calibré pour la bande fm ; et puis Africa qui m’a fait conserver cet album, dont les percussions font toujours mouche, sa flûte et ses xylos, son chant exalté rendant hommage à l’Afrique avec la même sincérité que les Chemical Brothers vingt ans plus tard.

Peter & Clive Sarstedt – Asia Minor

En 1986, aux côtés de son frère Clive, Peter Sarstedt publie Asia Minor sur le label Kenwest Music. Un album de trente-six minutes tout en atmosphères, instrumental et où un duo de guitares electro-acoustiques échange des accords confidentiels, dont on s’imprègne en poussant discrètement la porte d’un salon de musique… La Teradactyl Walk est boisée et Glider reprend fugacement le thème de Where Do you Go to my Lovely ; soutenu par un synthé léger, Dream Pilot pourrait faire la première partie d’un concert de Michael Brook… India fait son effet et donne envie d’aller chez Ravi Shankar, The River s’écoule gentiment et Corigador m’a donné envie de me remettre à la guitare basse… Sans prétention et feutré, voilà un disque parfait pour rêver.

Peter Sarstedt – Peter Sarstedt/As Though it Were a Movie

Peter Sarstedt est un auteur-compositeur-interprète anglais né en 1941. Paru vingt-huit ans plus tard, son premier album éponyme contient déjà sa chanson la plus célèbre, Where Do you Go to my Lovely que j’ai découverte en 1995, dans un pub irlandais où elle passait sur le juke-box entre Clannad et Christy Moore. Avec son intro à l’accordéon et ses cinq minutes de guitare acoustique, l’histoire de cette parisienne superficielle marque l’auditeur qui ne s’y attendait pas en buvant sa Smithwick’s, rappelant Mademoiselle de Murray Head… On la retrouve sur ce double cd aux côtés d’un déraillement pop inspiré des Beatles (No More Lollipops), d’une babiole au banjo et d’un chœur à la manière de Simon & Garfunkel (Time was leading us Home) ; sans oublier les accords saccadés le long des acrostiches de Time, Love, Hope, Life… L’autre cd contient As Though it Were a Movie, son second album paru lui aussi en 1969 avec une Overture aussi progressive que The Turn of a Friendly Card ; Letter to a Friend décrochant le rôle du titre le plus émouvant, suivi de The Artist pour son ironie et de la brève ballade Juan… Badin et excentrique entre pop et folk, Peter Sarstedt adoucit les mœurs.

Rammstein – Reise, Reise

Album à voyager, Reise Reise paraît en 2004 et conforte Rammstein dans son statut de bête de scène. Ses tournées deviennent sa marque de fabrique, où l’obsession du feu est chorégraphiée à renforts de lance-flammes géants ; tandis qu’en couverture de ce quatrième album, la boîte noire endommagée d’un avion rappelle l’origine du nom du groupe… Les chansons Amerika et Moskau se succèdent et libre à chacun de décider où il fait bon vivre, une allusion à Johnny Rotten figurant sur la première (« This is not a love song… ») ; la seconde étant d’abord qualifiée de plus belle ville du monde avant d’être comparée à une prostituée… Cette paire mise à part et qui doit casser la baraque pendant les concerts, côté son ça devient barbant tellement c’est prévisible. Le cannibale de Rotenburg est évoqué sur Mein Teil et Ohne Dich chante l’amour comme With or Without You de U2 ; sur ce je crois que j’ai eu ma dose et m’en vais aller écouter The Number of the Beast.

Rammstein – Mutter

Troisième album de Rammstein, Mutter montre en couverture la photo d’un fœtus dans du formol ; complété par d’autres clichés inspirant l’inertie dans le livret réalisé par Daniel et Geo Fuchs, artistes conceptuels francfortois. Le ton semble donné, mais part-on vraiment pour une nouvelle tranche de metal inoxydable ? Ça commence par un cauchemar d’enfance avec Mein Herz Brennt ; puis Links 2 3 4 prend la peine d’indiquer que le groupe est ancré à gauche… sur un air militaire. Avec chœurs et synthés échelonnés, Sonne penche vers le metal symphonique, on respire entre les riffs et ça se prolonge avec Ich Will doublée d’un refrain enregistré avec le public, pour un mélange divertissant… Le titre éponyme est doux comme un orphelin et Zwitter (hermaphrodite) évoque les joies de l’autosuffisance, enchaîné avec l’amour à cru de Rein Raus et la comptine Nebel, où la brume s’abat sur un couple perdu en mer… Moins âpre que Sehnsucht, malgré la beauté de certains textes ce disque ressemble à un pétard mouillé.

Rammstein – Sehnsucht

Deux ans après la percée de Herzeleid, Rammstein revient avec un album encore plus heavy, Sehnsucht gonflé aux guitares et lyricisé là où il faut par les claviers de Christian Lorenz. Avec une ouverture sifflée et les chœurs de Christiane Hebold, un boulevard est offert au premier single Engel ; Tier évoquant les instincts primaires de l’homme… Du Hast et son jeu de mots entre « tu as » et « tu détestes » file la métaphore du conflit, de même avec Eifersucht traitant de la jalousie. Paru la même année que Ultra de Depeche Mode, Sehnsucht est un album de domination, quatre de ses chansons ayant un titre à l’impératif (punis-moi, penche-toi, joue avec moi, embrasse-moi.) Avec sa guitare poreuse et sa lenteur volontaire, Klavier est un instant  romantique convaincant, même si l’on est loin de Stairway to Heaven ou Still Loving you. Pour couper court aux rumeurs insinuant que le cerveau de Rammstein aurait la taille d’un petit pois, les paroles des chansons ont été publiées en anglais dans le livret, permettant au passage de réviser son allemand. « Spiel mit mir ein Spiel… »