Arthur H – Pour Madame X

Entre Charlelie et Yves Simon je demande Arthur Higelin, chanteur et compositeur français né à Paris en 1966, plus connu sous le nom de H et fils de Jacques qui lui a transmis son sens de la poésie. Etudiant au Berklee College de Boston d’où sont également issus Phil Collins et Keith Jarrett, il forme plusieurs groupes avant d’entamer une carrière solo en 1990… Paru dix ans plus tard et enregistré avec les six musiciens de l’Orchestre de la Lune, Pour Madame X consacre son style chaloupé (Mystic Rhumba), suave et rock avec www.com comme un clin d’œil à Marylou ; avant le superbe Inséparables Mais… Aux côtés du bassiste Brad Scott que l’on a pu croiser dans les tournées de Bashung, Arthur est un caïman au début du périple surréaliste de Haka Daka ; puis maître en berceuse avec Lhasa de Sela qui lui donne la réplique sur Indiana Lullaby… Ô Casino donne envie de se refaire avant d’affronter les Mystérieuses Colères, d’aller au bout de la nuit en compagnie de ce funambule sensuel à la voix de roc, dont on peut apprécier les textes dans un joli livret noir et orange.

Michel Polnareff – La Compilation

Né à Nérac en 1944, Michel Polnareff est un chanteur et compositeur français. Son père est pianiste et parolier pour Edith Piaf, qui l’initie au classique et Michel entre au Conservatoire où il ne s’épanouit guère, quitte sa famille et subsiste de petits boulots, chante dans la rue avant d’être repéré avec La Poupée qui fait non qui lui ouvre les portes d’un premier album : il accepte à condition que Jimmy Page soit à la guitare… Les succès s’enchaînent avec Love Me, Please Love Me puis Le Bal des Laze aussi inspiré que Manset ; Âme Caline candide et enflammé, sa voix haut perchée lui autorisant toutes les audaces. Son style vestimentaire fait jaser, ses lunettes noires destinées d’abord à protéger ses yeux ; on le compare à Bowie et pour ma part je le découvre en 1981, j’ai 12 ans et repasse en boucle le 45 tours Je t’aime ; et plus encore sa face B qui contient l’indémodable Tam Tam… Quatre ans plus tard, Y’a Que Pas Pouvoir Qu’on Peut me fait penser à Gotainer ; en 1990 Goodbye Marylou donne envie d’allumer son minitel avant LNA HO, chanson oulipienne en lettres à épeler… Une carrière mémorable entre Dutronc et Gainsbourg, à retrouver sur ce double cd paru en 1991. « LHO LHO OLNA… »

Philippe Léotard – À l’Amour Comme à la Guerre

Né à Nice en 1940, Philippe Léotard est un acteur et chanteur français. Un temps légionnaire, il étudie les Lettres à la Sorbonne puis intègre une troupe de théâtre à l’âge de 24 ans, fait ses armes au cinéma où il laissera son empreinte dans Le juge Fayard aux côtés de Dewaere, Tchao Pantin en compagnie de Coluche ou encore Jane B. par Agnès V… Paru en 1990, son premier album révèle sa « belle gueule » au sens où l’entend Bashung dans L’Imprudence, poète écorché laissant jaillir un demi-siècle de cris… Le verbe démasque le créateur (Larvatus Prodéo) avant le titre éponyme où Philippe hasarde quelques certitudes tandis que son double égrène une autre histoire ; Drôle de Caroline se souvient de l’amour fou avant Cht’e Play Plus, une fantaisie sur K7 avec Illouz à la trompette… La séance de Cinéma est magique, obscure sur fond d’accordéon avant la voix cassée des Demi-Mots Amers qu’un saxo décompose. On désespère avec Jeune Fille Interdite puis Mon Cœur et le Monde Bougent remet un peu d’ordre dans ces « mots de moelle et de sang », disait Nougaro à leur propos. Un puzzle musical singulier, abrupt et je pense ce soir à la femme qui me l’a fait découvrir.

Renaud – À la Belle de Mai

Renaud est un chanteur et compositeur français né à Paris en 1952. Ses parents écoutent Piaf et Brassens, distrait à l’école il découvre la musique de Cohen ou Donovan, s’essaie à la guitare et rédige ses premiers textes en mai 68. D’abord comédien aux côtés de Coluche, il vit de petits boulots avant de sortir de l’anonymat en 1977, avec Laisse Béton puis enchaîne les succès sans renoncer à son franc-parler… À la Belle de Mai paraît en 1994, du nom d’un quartier de Marseille et dont le titre éponyme taille un costard pittoresque à Bernard « Wonder » Tapie… C’est Quand qu’on va Où ? revisite l’enfance à la manière de Rosa et Le Sirop de la Rue prolonge l’innocence ; mais Cheveu blanc sonne la fin de la récré en taclant les sportifs comme Jacno, puis Le Petit Chat est Mort m’en rappelle un tigré et m’évoque Les Chats CouchésAdios Zapata ! démantèle l’hypocrisie et La Médaille n’aime pas l’armée sur ce disque acoustique où guitares, accordéon et contrebasse accompagnent des textes épurés, les polyphonies corses de Lolito, Lolita ajoutant une leçon de géométrie renversante. Avec sa pochette où Renaud tient un stand de tir forain, À la Belle de Mai fait un carton dans les cœurs et les consciences.

The Young Gods – L’eau Rouge

The Young Gods est un groupe de rock industriel créé à Genève en 1985 par le chanteur et compositeur Franz Treichler, le claviériste Cesare Pizzi et le percussionniste Urs Hiestand. Un son corrosif et des textes chiadés assoient leur réputation sur scène, ils publient un premier album éponyme en 1987 suivi de L’Eau Rouge chez PIAS deux ans plus tard… On nage en pleine poésie avec La Fille de la Mort avant d’être pris dans un maelstrom où le morceau se brise en son milieu, pour renaître en arpèges de cordes sous la voix rocailleuse de Franz Treichler… Les guitares électrisent la Rue des Tempêtes et L’eau Rouge enflamme la couche, on fantasme jusqu’à la chute de Charlotte sur fond d’orgue de barbarie et Crier les Chiens évoque 1. Outside, Bowie ayant admis son intérêt pour les Young Gods au moment où il enregistrait ce disque… On pense à Arno et à la gnaque de Noir Désir sur cet album halluciné qui suit ses propres règles, de L’amourir sur une plage aux Enfants joueurs de tambour ; avec son livret à l’ancienne dévoilant des paroles sensationnelles. « Longue route comète, et la nuit est d’accord. »

Maxime Le Forestier – L’Écho des Étoiles

Né à Paris en 1949, Maxime Le Forestier est un auteur-compositeur-interprète français. Sa mère est musicienne, il se produit un temps aux côtés de sa sœur Catherine puis sort son premier album en 1972 ; cette même année il est en première partie des concerts de Brassens à Bobino… Chanteur engagé, il marque les esprits avec Né Quelque Part en 1988, douze ans avant L’Écho des Étoiles qui condense la quintessence du poète, dont les textes co-écrits avec Boris Bergman offrent des plages musicales où se mêlent joie et réflexion… Du silence céleste sur le titre éponyme au Petit Nuage sur Amsterdam où l’on croise Van Gogh, des magnifiques Chevaux Rebelles en écho au lion encagé des Lumières de Manset ; la musique ratisse large depuis les percussions world aux petits arrangements entre violons, Maxime assurant la guitare acoustique… Et si certains titres sont moins convaincants (Rue Darwin, Affaire d’État), la quête tonique de L’Homme au Bouquet de Fleurs met tout le monde d’accord dans sa rôderie entre espoir et solitude sur ce disque flagrant de sincérité, où je pense à Thiéfaine autant qu’à Jonasz et à Bashung. « Celle qui me connaît et qui m’aime quand même… »

William Sheller – Master Serie

Né à Paris en 1946, William Sheller est un auteur compositeur interprète français. Élevé par ses grands-parents, il baigne très jeune dans l’univers du théâtre et de la musique, apprend le piano classique avant d’obliquer vers le rock et connaît ses premiers succès en écrivant des chansons pour Françoise Hardy ou Joe Dassin ; avant d’être révélé dans les années 80 avec les albums Symphoman ou J’Suis pas Bien… Parue chez Polygram, cette anthologie regroupe 16 chansons publiées entre 1976 et 1984 ; des Photos Souvenirs qui remuent la carte du tendre comme une Amnésie sur le Lac de Constance au gentil Carnet à Spirale, de l’autobiographique Symphoman à la méditation du joggeur (Oh J’Cours Tout Seul) ; des Filles de l’Aurore aux confidences en public de Simplement, à l’image de cette petite heure qui passe toute seule en compagnie du poète sentimental… Fort de ces tubes, William écrira ensuite des albums plus personnels ; audacieux aussi en 1991 avec Sheller en Solitaire où il égrène ses chansons derrière un piano, quelques mois avant Nougaro. « Ce serait peut-être là un endroit pour vivre… »

Richard Gotainer – Les Inoubliables de Gotainer

Richard Gotainer est un chanteur français né en 1948 en Meurthe-et-Moselle. Il étudie le droit avant de devenir publicitaire, se spécialise dans la création de spots musicaux à jamais gravés dans la tête des mômes assis devant la télé dans les années 80 (Infinitif, Banga, Belle des Champs…) Sa carrière de chanteur débute en 1977 avec Le Forgeur de Tempos, un album où Polochon Blues et Le Moustique incarnent déjà son esprit facétieux. Parue en 1995 chez Flarenasch, cette anthologie regroupe tous ses succès du Mambo du Décalco à Poil au Tableau ; du Youki qui me fait penser à Paravel (Petit Pépère) au Sampa où ce faiseur de tubes a inventé une nouvelle danse… Sur des arrangements synthpop et burlesques, Gotainer raconte des histoires pas forcément farfelues, parfois proche de Pierre Perret et précurseur de Hugues Le Bars dont les gimmicks télévisuels marqueront la décennie suivante. « Multiplions zozo par graffiti tsoin tsoin… »

Jeanne Moreau – J’ai la Mémoire qui Flanche

Née à Paris en 1928, Jeanne Moreau est une actrice et chanteuse française. Elle prend des cours de théâtre en cachette de ses parents, entre au Conservatoire à 19 ans et décroche ses premiers rôles sur scène, puis au cinéma avec Ascenseur pour l’Echafaud en 1958 ; ou encore Jules et Jim de Truffaut quatre ans plus tard, dont elle interprète la bande originale avec le compositeur Serge Rezvani qui écrira bientôt ses plus belles chansons, réunies sur ce cd paru en 1987 grâce au producteur Jacques Canetti… Comptines douces-amères (J’ai la Mémoire qui Flanche, Rien n’Arrive Plus, Tout Morose) et textes enlevés (La Vie s’envole) ; chansons d’amour (Moi Je Préfère, Des Mots de Rien) et histoires courtes (L’Horloger) composent ce disque pétillant, papillonnant et à réserver aux soirées en bonne compagnie, devant un feu de cheminée avec Françoise Hardy à la guitare et Boris Vian au pianocktail.

Les Rita Mitsouko – La Femme Trombone

Paru en 2002, La Femme Trombone est le sixième album des Rita Mitsouko. Après avoir parcouru la gamme des sentiments avec Marc et Robert, le binôme signe un opus poivré et bien balancé, avec la complicité d’Iso Diop à l’orgue et aux aux percussions programmées… La fertilité est au cœur de la rencontre du Titron, aqueuse ainsi que de Tous Mes Voeux ; l’amour est en crise avec Tu me Manques et son clavier comme Yazoo, ses mots de glace contre la tiédeur ; Ce Sale Ton qui persiste et l’on veut croire à la venue de Sacha, où l’on ne sait pas trop si le désir émane « d’une maman ou d’une putain », la question parcourant plusieurs chansons et que Ringer pose sans ambages sur Vieux Rodéo… Un disque aux accents féministes où la liberté réside à l’intérieur de soi (Evasion) ; l’avant-dernier car Fred trépasse en 2007, mettant un terme prématuré à ce duo doué.