The Young Gods – L’eau Rouge

The Young Gods est un groupe de rock industriel créé à Genève en 1985 par le chanteur et compositeur Franz Treichler, le claviériste Cesare Pizzi et le percussionniste Urs Hiestand. Un son corrosif et des textes chiadés assoient leur réputation sur scène, ils publient un premier album éponyme en 1987 suivi de L’Eau Rouge chez PIAS deux ans plus tard… On nage en pleine poésie avec La Fille de la Mort avant d’être pris dans un maelstrom où le morceau se brise en son milieu, pour renaître en arpèges de cordes sous la voix rocailleuse de Franz Treichler… Les guitares électrisent la Rue des Tempêtes et L’eau Rouge enflamme la couche, on fantasme jusqu’à la chute de Charlotte sur fond d’orgue de barbarie et Crier les Chiens évoque 1. Outside, Bowie ayant admis son intérêt pour les Young Gods au moment où il enregistrait ce disque… On pense à Arno et à la gnaque de Noir Désir sur cet album halluciné qui suit ses propres règles, de L’amourir sur une plage aux Enfants joueurs de tambour ; avec son livret à l’ancienne dévoilant des paroles sensationnelles. « Longue route comète, et la nuit est d’accord. »

Maxime Le Forestier – L’Écho des Étoiles

Né à Paris en 1949, Maxime Le Forestier est un auteur-compositeur-interprète français. Sa mère est musicienne, il se produit un temps aux côtés de sa sœur Catherine puis sort son premier album en 1972 ; cette même année il est en première partie des concerts de Brassens à Bobino… Chanteur engagé, il marque les esprits avec Né Quelque Part en 1988, douze ans avant L’Écho des Étoiles qui condense la quintessence du poète, dont les textes co-écrits avec Boris Bergman offrent des plages musicales où se mêlent joie et réflexion… Du silence céleste sur le titre éponyme au Petit Nuage sur Amsterdam où l’on croise Van Gogh, des magnifiques Chevaux Rebelles en écho au lion encagé des Lumières de Manset ; la musique ratisse large depuis les percussions world aux petits arrangements entre violons, Maxime assurant la guitare acoustique… Et si certains titres sont moins convaincants (Rue Darwin, Affaire d’État), la quête tonique de L’Homme au Bouquet de Fleurs met tout le monde d’accord dans sa rôderie entre espoir et solitude sur ce disque flagrant de sincérité, où je pense à Thiéfaine autant qu’à Jonasz et à Bashung. « Celle qui me connaît et qui m’aime quand même… »

William Sheller – Master Serie

Né à Paris en 1946, William Sheller est un auteur compositeur interprète français. Élevé par ses grands-parents, il baigne très jeune dans l’univers du théâtre et de la musique, apprend le piano classique avant d’obliquer vers le rock et connaît ses premiers succès en écrivant des chansons pour Françoise Hardy ou Joe Dassin ; avant d’être révélé dans les années 80 avec les albums Symphoman ou J’Suis pas Bien… Parue chez Polygram, cette anthologie regroupe 16 chansons publiées entre 1976 et 1984 ; des Photos Souvenirs qui remuent la carte du tendre comme une Amnésie sur le Lac de Constance au gentil Carnet à Spirale, de l’autobiographique Symphoman à la méditation du joggeur (Oh J’Cours Tout Seul) ; des Filles de l’Aurore aux confidences en public de Simplement, à l’image de cette petite heure qui passe toute seule en compagnie du poète sentimental… Fort de ces tubes, William écrira ensuite des albums plus personnels ; audacieux aussi en 1991 avec Sheller en Solitaire où il égrène ses chansons derrière un piano, quelques mois avant Nougaro. « Ce serait peut-être là un endroit pour vivre… »

Richard Gotainer – Les Inoubliables de Gotainer

Richard Gotainer est un chanteur français né en 1948 en Meurthe-et-Moselle. Il étudie le droit avant de devenir publicitaire, se spécialise dans la création de spots musicaux à jamais gravés dans la tête des mômes assis devant la télé dans les années 80 (Infinitif, Banga, Belle des Champs…) Sa carrière de chanteur débute en 1977 avec Le Forgeur de Tempos, un album où Polochon Blues et Le Moustique incarnent déjà son esprit facétieux. Parue en 1995 chez Flarenasch, cette anthologie regroupe tous ses succès du Mambo du Décalco à Poil au Tableau ; du Youki qui me fait penser à Paravel (Petit Pépère) au Sampa où ce faiseur de tubes a inventé une nouvelle danse… Sur des arrangements synthpop et burlesques, Gotainer raconte des histoires pas forcément farfelues, parfois proche de Pierre Perret et précurseur de Hugues Le Bars dont les gimmicks télévisuels marqueront la décennie suivante. « Multiplions zozo par graffiti tsoin tsoin… »

Jeanne Moreau – J’ai la Mémoire qui Flanche

Née à Paris en 1928, Jeanne Moreau est une actrice et chanteuse française. Elle prend des cours de théâtre en cachette de ses parents, entre au Conservatoire à 19 ans et décroche ses premiers rôles sur scène, puis au cinéma avec Ascenseur pour l’Echafaud en 1958 ; ou encore Jules et Jim de Truffaut quatre ans plus tard, dont elle interprète la bande originale avec le compositeur Serge Rezvani qui écrira bientôt ses plus belles chansons, réunies sur ce cd paru en 1987 grâce au producteur Jacques Canetti… Comptines douces-amères (J’ai la Mémoire qui Flanche, Rien n’Arrive Plus, Tout Morose) et textes enlevés (La Vie s’envole) ; chansons d’amour (Moi Je Préfère, Des Mots de Rien) et histoires courtes (L’Horloger) composent ce disque pétillant, papillonnant et à réserver aux soirées en bonne compagnie, devant un feu de cheminée avec Françoise Hardy à la guitare et Boris Vian au pianocktail.

Les Rita Mitsouko – La Femme Trombone

Paru en 2002, La Femme Trombone est le sixième album des Rita Mitsouko. Après avoir parcouru la gamme des sentiments avec Marc et Robert, le binôme signe un opus poivré et bien balancé, avec la complicité d’Iso Diop à l’orgue et aux aux percussions programmées… La fertilité est au cœur de la rencontre du Titron, aqueuse ainsi que de Tous Mes Voeux ; l’amour est en crise avec Tu me Manques et son clavier comme Yazoo, ses mots de glace contre la tiédeur ; Ce Sale Ton qui persiste et l’on veut croire à la venue de Sacha, où l’on ne sait pas trop si le désir émane « d’une maman ou d’une putain », la question parcourant plusieurs chansons et que Ringer pose sans ambages sur Vieux Rodéo… Un disque aux accents féministes où la liberté réside à l’intérieur de soi (Evasion) ; l’avant-dernier car Fred trépasse en 2007, mettant un terme prématuré à ce duo doué.

Les Rita Mitsouko – Marc et Robert

En 1988 et après avoir assis leur popularité avec les tubes présents sur The No Comprendo (Les Histoires d’A., Andy, C’est comme ça), Catherine et Fred reviennent avec Marc et Robert où les textes surréalistes de Hip Kit plongent dans un bain poétique à la Bashung, prolongé avec Smog où Chichin est au chant… Une mélancolie poignante traverse Mandolino City avant l’approche du Petit Train et sa mélodie badine mais tenace, ses paroles évoquant l’holocauste et Ringer de se révéler en filigrane… Tongue Dance et Singing in the Shower apportent une touche de légèreté ; avant Petite Fille Princesse où le contraste entre la musique et les paroles suscite à nouveau l’émoi. Avec Toni Visconti au saxo et un piano jazz, Harpie & Harpo mêle vocalises bilingues et devinettes festives comme Putas’ Fever paru l’année suivante, que j’écoutais en boucle sur l’autre face de la K7 où j’avais enregistré ce disque… Les cordes d’Ailleurs me remuent et même si Live in Las Vegas boucle cet album en queue de poisson, cela ne m’empêche pas de le considérer comme le meilleur des Rita Mitsouko ; au son clair, ample et qui laisse toujours au chant la place qui lui revient. « Ailleurs, jusqu’à ce que la lune tombe… »

Les Rita Mitsouko – Rita Mitsouko

Catherine Ringer aime Brassens et le Velvet Underground, chante et joue de la flûte depuis toute petite ; Fred Chichin n’est pas doué à l’école mais connaît Hendrix sur le bout de doigts, évolue dans des groupes punk à la fin des années 70 ; ils se rencontrent lors d’une comédie musicale et forment les Rita Mitsouko, un duo de pop français qui va marquer les décennies suivantes… Leur premier album éponyme paraît en 1984 chez Virgin, Catherine est au chant et aux claviers, Fred à la guitare et l’alchimie opère aussitôt (Restez avec Moi), les accents de la Jalousie amplifiés par des mots carrés avant que La Fille Venue du Froid ne se livre avec nonchalance, une boîte à rythmes à la Dominique A se chargeant de lier le tout… Il y a aussi Marcia Baïla qui les a révélés l’été suivant, en hommage à leur amie chorégraphe Marcia Moretto, et la mémorable pulsation synthpop d’Amnésie… Parmi les inédits proposés sur l’édition cd, on retrouve leur premier 45 tours Minuit Dansant, plutôt anecdotique tandis que les synthés d’Aïe (Kriptonite Miss Spleïn) sont plus accrocheurs, qui me donnent envie d’aller faire un tour du côté d’Alambic/Sortie-Sud paru la même année.

Axelle Red – À tâtons

Au rayon des disques que j’écoute en cachette (à côté de Joe Dassin ou Daniel Bélanger), j’appelle la douce Fabienne Demal. Née en Belgique en 1968 et plus connue sous le nom d’Axelle Red, cette chanteuse francophone publie son premier 45 tours à l’âge de 14 ans ; suivi d’un album en 1993 et qui la fait connaître au-delà du plat pays… Enregistré à Memphis en 1996, son second opus À tâtons transforme l’essai, concentré de sensualité pop et qui la consacre jusqu’en France. C’est après avoir vu Le Cousin d’Alain Corneau que je suis tombé sous le charme, sa chanson poignard À Quoi ça Sert ouvrant le film avec une intensité rarement vue au cinéma… Sincère quand elle évoque l’enfance (C’était) et faussement oisive quand elle voit passer la vie sur une terrasse (Mon Café) ; tendre ou nostalgique (Rien que d’y Penser) Axelle touche avec sa voix feutrée entre arrangements jazz et funk. Un album qui me fait penser à Cargo Lady et se termine par un duo avec Isaac Hayes, caché une minute après le dernier morceau.

Albert Marcœur – (m, a, r, et cœur comme cœur)

Paru en 1998, le septième album de Marcœur consacre sa singularité à travers 12 chansons malicieuses et inspirées. Quatorze ans apres Celui où y’a Joseph, Albert a dit à ses amis de la fanfare de rester à la maison pour concocter ce disque plus personnel, qui démarre sur un son funk et un chronomètre (Cérémonie d’Ouverture) annonçant le top départ… Entre inventaire oulipien et jeux de mots à la Philippe Delevingne, Que D’eau ! s’écoule sur un synthé rafraîchissant ; dans le même esprit, le Dijonnais part du quotidien pour aboutir à la plus belle Déclaration Officielle suivie d’une instrumentale romantique (Une, Deux, Trois Flûtes) ; puis se montre taquin avec C’est pas l’Moment, en duo avec Elise Caron et dans la veine de Joseph RacailleAu Stade, un père parle avec son fils sur un air cafardeux à la guitare électrique ; c’est un morceau fascinant, épuisant alors pour récupérer on écoutera Le Sport de Jacno… La Cérémonie de Clôture boucle ce décathlon sur l’éternelle question des poils pubiens, avec sur le podium un Albert Marcœur champion incontesté de ces petits-riens qu’il semble avoir tapé lui-même à la machine à écrire, dans un livret stylé sur papier gaufré.