Dashiell Hedayat – Obsolete

De son vrai nom Daniel Théron, Dashiell Hedayat est un auteur-compositeur-interprète français né à Toulon en 1947. Critique de rock avant de publier un premier album en 1969 (La Devanture des ivresses), il est aussi écrivain et signe un best seller en 1976 (Monsignore) sous le pseudonyme de Jack-Alain Léger… Enregistré avec Gong en 1971, son second disque Obsolete s’ouvre sur une chambre d’amour à ciel ouvert, la Chrysler rose réveillant nos sens entre paroles déjantées et guitares psychédéliques… La Fille de l’Ombre se lave et crie, rit comme comme Melody parue la même année ;  la ligne de basse de Long Song for Zelda évoquant également l’album de Gainsbourg, où d’une « cervelle de cave » jaillit la déclaration fervente à un chien, complétée par les mots de William Burroughs en personne… Cielo Drive est une lecture de 21 minutes où l’on fume des lames de parquets en écoutant Soft Machine ; avec son saxo jazz et sa basse automatique évoquant Magma, avec le lait pour les chats et du lierre dans l’escalier… Poétique et barjo comme Thiéfaine, Obsolete est un objet musical sans équivalent. Publiée chez Mantra en 2005, l’édition digipack inclut les textes et un dessin de l’auteur en couverture.

Gérard Manset – Revivre

Paru en 1991, Revivre de Gérard Manset invite plus que jamais à lire entre les lignes, à se laisser porter sur le fil… Malgré son orchestration pop, Tristes Tropiques n’est pas gai et on peut le relire à l’envi, son mystère reste entier. J’aime le Chant du Cygne et sa guitare effleurée, sa voix qui hésite vers le Lieu Désiré où un errant céleste est signalé, effectuant son éternel retour avant la chanson éponyme que Leos Carax a immortalisé dans Holy Motors en 2012 : Revivre ou la flagrante évidence, sa poésie brutale sculptée dans un piano noir… Après les regrets inexprimés de Capitaine Courageux, Eden Bay et Territoire de l’Inini apportent une diversion bienvenue le long d’un itinéraire escarpé, une caresse à l’oreille de celui qui se définit comme un « plasticien du son. » Ses autres albums n’ont pas survécu à ma récente purge discographique ; à celui qui ne connaîtrait pas encore Gérard je recommande de débuter avec Toutes Choses, après un échauffement en compagnie de L’imprudence ou de La Fossette. « Mais ça ne se peut pas, non ça ne se peut. »

Gérard Manset – Toutes Choses

Cinq ans après La Mort d’Orion, l’électron libre de la pop française rencontre le succès avec Il Voyage en Solitaire, rappelle qu’il n’a Rien à Raconter et poursuit ses excursions, noircit des carnets et publie dix albums jusqu’en 1990 lorsque paraît l’anthologie Toutes Choses, autorisée par le maître du repentir et qui contient Attends que le Temps te VideLa Mer Rouge et Finir Pêcheur ; autant de titres atemporels bien que l’homme soit mortel, et ça Gégé l’a compris alors que Lana n’était même pas née… Y’a une Route parle au pèlerin tandis que l’amour se noie (La Mer n’a pas Cessé de Descendre) ou se barricade (Vies Monotones) ; la litanie du Marchand de Rêves progressant au gré de minutes où les accalmies sont de faux répits… Avec son piano à la SupertrampComme un Guerrier est cru puis les larmes viennent aisément avec Lumières ; jadis libre le lion est en cage, enchaîné avec le non moins dévastateur Que Deviens-tu ? La guitare est folk ou progressive, les arrangements léchés et Manset peut y poser son timbre grave, ses mots précis à savourer « comme le vin du carafon » sur ce double cd où la vie respire, flanche et se relève, impressionnante de justesse.

Gérard Manset – La Mort d’Orion

En 1970, pour ses 25 ans Gérard Manset offre au monde un chant lumineux et désespéré. Inspiré de la mythologie d’Orion (chasseur devenu constellation), ce concept album s’ouvre sur le titre éponyme qui remplit toute la face A du vinyle, son intro parlée (Giani Esposito) puis chantée (Anne Vanderlove) produisant une douce immersion avant les premiers lâchers de rimes d’un Manset olympien entre sitar et orgues profanes, tumulte de harpes et de flûtes « dans ce monde de prose où tout est mou… » Des cordes soulignent la fin du peuple d’Orion, le temps de retourner le disque où Vivent les Hommes et l’on songe à Léo Ferré le long d’un piano désenchanté (Ils, Le Paradis Terrestre) suivi d’un pot-pourri de voix fanées ; il y a enfin ce mort qui nous parle depuis l’intérieur de son cercueil (Elégie Funèbre), dont les échos annoncent A Short Term Effect… On sort chamboulé de ce ballet psychédélique à rapprocher de Magma, avec les mots du poète en plus et son soin solennel apporté à la production, nos sens éclipsés par un monolithe venu d’ailleurs.

Gérard Manset – 1968

Né de mère violoniste à Saint-Cloud en 1945, Gérard Manset est un auteur-compositeur-interprète français. Étudiant aux arts décoratifs de Paris, il apprend la musique et publie à 23 ans son premier 45 tours : Animal on est Mal dont les effets sonores évoquent autant Battiato que les bandes à l’envers des Beatles ; entre guitare et mellotron un titre qui frappe fort et l’on remercie Xenon d’avoir réédité en 2010 ce premier album éponyme… D’abord obscure, La Toile du Maitre se change en Lune et je pense à Nougaro quand je l’écoute, avant l’ingénu On ne Tue pas son Prochain qui lorgne du côté de Ces Gens-là… La procession de Golgotha est un parfait brouillon de La Mort d’Orion tandis que l’incipit au piano de Je suis Dieu me renvoie à Four Enclosed Walls, pour un moment de poésie avant le chaos nourri d’explosions de La Dernière Symphonie, comme dans The Prisoner où l’on se sent traqué, trop lourd sur Terre en attendant le prochain voyage de Gérard… Et s’il vaut mieux taire certains titres plus désuets que Joe Dassin, ce premier opus est indispensable même si Manset a cru bon de le renier dans sa dernière intégrale cd, en démiurge naïf s’imaginant que l’on peut modifier le passé.

Stéphane Delrine – Cargo Lady

Stéphane Delrine est un chanteur et compositeur français né à Antibes. Son enfance est bercée entre la musique qu’écoutent ses parents, de Françoise Hardy à Charles Aznavour, et ses étés passés dans le Nivernais. Il apprend la guitare puis à l’instar de Balavoine découvre les joies du home studio, et produit son premier album en 2017… Un an plus tard, Delrine revient avec Cargo Lady qui démarre avec Où que j’aille dont la slide guitar fait penser à Osez Joséphine ; le réalisme poétique d’Une Femme à la Mer et la lenteur grise de J’étais l’Oiseau, son piano retenu, remémorant Isabelle Mayereau… Un harmonica ouvre et referme Le Chant des Sirènes, rencontre mélancolique comme savait les raconter Jacno ; avec la voix de Sylvia Italiana que l’on retrouve Sur nos Lèvres dans un duo amoureux qui rappelle Françoiz et Dominique… Patchwork émouvant où les textes sont chiadés et les arrangements d’une variété assumée, avec un peu de Manset dans la voix et sur la pochette ce cargo fait de collages, qui m’évoque Beineix sans lien apparent, à moins de larguer les amarres vers ce disque signé d’un papillon aussi libre que Paravel. « Va, et répands la nouvelle que l’amour ensorcelle… »

Pierre Perret – Les Plus Grands Succès

Dans la famille disque qui file un coup de vieux, je demande le chanteur et parolier français né en 1934 à Castelsarrasin. Saxophoniste à 19 ans, Pierre Perret rencontre Georges Brassens qui l’encourage à se produire aux Trois Baudets, où Boris Vian n’est jamais loin… Il part en tournée aux côtés de Charles Aznavour en 1966, multiplie les tours de chants et signe une trentaine d’albums en soixante ans de carrière… Mes parents l’écoutaient quand j’étais môme, à un âge où moi aussi je voulais tout savoir sur Le zizi, son plus gros succès paru en 1975, hélas absent de ce disque au titre trompeur paru chez Vogue… Mais on y trouve son premier tube daté de 1963, Le Tord Boyaux en souvenir du café que tenaient ses parents ; un amour avec Blanche ou le piquant des Jolies Colonies de VacancesLa Corrida où aucun taureau n’a été maltraité, la gouaille des Postières et même une prière dans l’esprit de Noël… Chanteur engagé et amoureux des mots, expert en argot de comptoir et fabulettes, Pierre Perret a aussi écrit des titres poétiques invitant à la passion (Belle Rose) ou au crime (Mimi la Douce), sur fond de fanfare et d’accordéon entre Joe Dassin et Bobby Lapointe.

Hugues Le Bars – J’en ai Marre

Hugues Le Bars est un compositeur français né à Versailles en 1950. Auteur de bandes originales, ce sont ses vignettes sonores qui l’on rendu célèbre dans les années 90, les « Poum Tchak » de son Bébé Funk rappelant la grande époque de Canal +, à rapprocher du Boing Boom Tschak composé deux ans plus tôt par Kraftwerk… Le morceau éponyme reprend les propos d’un Ionesco fatigué par la vie, une valse lente complétée avec On m’avait dit et son vibraphone pétillant, en décalage avec la désolation d’Eugène… Les arpèges orientales de Zeif évoquent René Aubry avant d’entrer au Hammam où résonnent des rires suggestifs, Patrice Chéreau se prêtant à deux découpages sur Les Pulsions et Je l’ai lu et je l’ai vu… 47 morceaux composent ce double cd entre leçon de couture (Valse Montana) et piano de western  (Locomotive Vocale), collage avec Béjart (La Révolution C’est) et accents d’Oxygène (Rituel) ; sans oublier le poignant J’avais Jamais Regardé le Temps, où Hugues a enregistré sa grand-mère sur fond de pendule à la Brel… Chaleureuses comme Decodex et poétiques comme Comelade, les onomatopées de Le Bars n’ont rien perdu de leur singularité.

MC Solaar – Prose Combat

Claude MC Solaar est un rappeur français né à Dakar en 1969. Après des études studieuses, il publie son premier album en 1991, Qui Sème le Vent Récolte le Tempo et son single Bouge de là, faisant de lui le premier rappeur populaire en France. Trois ans plus tard paraît Prose Combat, où la langue règne en maîtresse sur des titres hip hop qui sonnent d’enfer ; Solaar reconnaissant l’influence du jazz sur la chanson À Dix de mes Disciples… Avec une référence à Brassens et un sample de GainsbourgNouveau Western est incontournable ; Superstarr où Laarso tacle les surfeurs à la plage des plagieurs ; j’aime aussi la structure en deux temps de La Fin Justifie les Moyens, partant d’une trompette pour nous mener à la guitare de Robert Johnson… Mais surtout il faut aller À la Claire Fontaine avec son scratch glissant autour de « la dubitative plume du poète du bitume », se plonger dans Séquelles pour ses paroles parfaites ou encore décortiquer L’Nmiaccd’htck72kpdp, une joute verbale avec Ménélik dans l’esprit des Fabulous Trobadors… Avec ses textes incisifs, déclamés avec tact et juste ce qu’il faut d’ego, Prose Combat est toujours aussi beau. « Elle était presque ma presqu’île… »

Françoise Hardy – Vingt ans, vingt titres

Née à Paris en 1944, Françoise Hardy est une chanteuse et compositrice française. Elle apprend la guitare à l’âge de 16 ans et connaît son premier succès deux ans plus tard avec Tous les Garçons et les Filles, ma chanson préférée dont il faut évoquer la reprise d’Eurythmics en 1985… À l’exception notable de ce titre, l’essentiel de ses succès est réuni sur cette anthologie parue en 1989, habitée par une voix séraphique et des textes où désillusion et mélancolie se disputent la vedette… Gainsbourg est de la partie avec Comment te dire Adieu et Jonasz renverse la table avec Musique Saoûle ; mais c’est lorsqu’elle écrit ses propres textes que Françoise est la plus émouvante, assistée à la musique par Berger avec Message Personnel ou Chedid sur Moi Vouloir Toi qui me rappelle Gotainer… Sublime entre toutes, Fais-Moi une Place compte parmi les plus belles déclarations d’amour ; j’aime aussi Mon Monde n’est pas Vrai ou Tirez pas sur l’Ambulance et sa rythmique à la Schultheis, Partir quand même sur un air de Dutronc ou encore, sur le thème de l’éternel enfant : Des Ronds dans L’eau et Les Petits Garçons, non sans similitudes avec Françoiz Breut. « Fais-moi une place dans ton avenir… »