Ignacy Jan Paderewski – Intégrale de l’Œuvre pour Piano

Ignacy Jan Paderewski est un pianiste et compositeur polonais né en 1860. Sa mère meurt peu après sa naissance, stimulé par son père il sort diplômé du conservatoire de musique de Varsovie à 19 ans, se marie l’année suivante puis perd successivement son épouse et leur enfant… Il s’expatrie à Berlin, rencontre Richard Strauss et au fil des années se fait un nom comme pianiste de concert entre Vienne et Strasbourg, puis Londres et New York à partir de 1890… Les trois mouvements de la Sonate n°21 ouvrent ce disque paru chez Accord et interprétées par Waldemar Malicki, 33 minutes exaltées où plane la mémoire du compatriote Chopin, son aîné de cinquante ans… Plus intimes, les piécettes de l’Opus 16 m’évoquent Satie, en particulier la délicatesse de Tema Variado ou la légèreté accidentée des Leyenda.

Wolfgang Amadeus Mozart – Requiem

Découvert dans ma jeunesse grâce au film de Miloš Forman, le Requiem de Mozart a été composé durant les dernières années de sa vie, inachevé à sa mort en 1791, à l’âge de 35 ans. De santé fragile, consumé par un travail acharné et un mode de vie effréné, sa partition fut terminée par d’anciens élèves en suivant ses indications… La soprano Yvonne Kenny émeut dès l’Introitus, sa voix fervente (Dies Irae) parée d’accents funèbres sur le Rex Tremendae, soutenue par des chœurs masculins caverneux… « Confutatis maledictis, flammis acribus addictis », le tenor Arthur Davies alterne avec les anges du célèbre Lacrimosa pour un aller simple vers l’au-delà (Agnus Dei)… Un Requiem entre extase et pathos, une caresse à l’âme parue chez Virgo et dirigée par Richard Hickox, indissociable pour moi du film Amadeus alors tant pis si son supposé rival Antonio Salieri n’en était pas le commanditaire, et qu’il n’a pas non plus assisté Mozart sur son lit de mort ; ces visions romanesques font partie du voyage et le rendent plus fascinant que les neuf autres Requiems que j’ai essayés depuis.

Wolfgang Amadeus Mozart – Petite Musique de Nuit/Serenata Notturna/Lodron Night Music

Écrite la même année que Don Giovanni, la Petite Musique de Nuit est au classique ce que Billie Jean est à la pop. Reconnaissables dès les premières mesures, assimilée avant la maternelle par une majorité d’êtres humains, la dernière sérénade de Mozart déborde d’élégance à travers ses arabesques de violons et d’alto… La Serenata Notturna est à l’avenant, allègre et enlevée ; pour ma part c’est la Lodron Night Music que je préfère, moins rabâchée et d’un lyrisme apaisant, inscrite en dernier sur ce disque paru chez Naxos sous la direction de Wolfgang Sobotka… Des divertimientos qui n’ont ni la majesté d’une Symphonie ni la grandeur d’un Requiem, mais il serait dommage de s’en priver. Vous reprendrez bien un peu de guimauve ?

Wolfgang Amadeus Mozart – Don Giovanni

Don Giovanni est un opéra créé en 1787. Il fait suite aux Noces de Figaro, peu appréciées à Vienne mais qui trouveront leur public à Prague, où Mozart a choisi de mettre en musique le mythe de Don Juan d’après un livret de Lorenzo da Ponte… J’ai eu le bonheur de le voir représenté au Liceu de Barcelone l’an dernier, ému aux larmes par les déconvenues sentimentales d’Anna, d’Elvira et de Zerlina ; entre l’Andante fougueux et un Finale foudroyant, où le séducteur impénitent est puni pour l’ensemble de ses méfaits… « Batti, batti, o bel Masetto ! » Zerlina invite son époux à la battre, lequel était résigné d’avance, c’est super macho comme histoire mais comme la musique est sublime, on continue de se presser pour l’entendre… Dans son film Amadeus, Miloš Forman associe la composition de Don Giovanni à la mort prochaine de Mozart, celle-ci ne survenant que quatre ans plus tard, un raccourci de cinéaste renforçant la dimension dramatique de cet opéra qui mérite autant que Carmen de passer trois heures de sa vie dans un bon fauteuil, à se laisser porter en parcourant le livret.

Wolfgang Amadeus Mozart – Concertos pour Piano n° 6, 9 et 10

En 1777, Wolfgang écrit son neuvième Concerto pour Piano, sous-titré « Jeunehomme » non parce qu’il avait alors 21 ans, mais en référence à une pianiste française portant ce nom, rencontrée à Salzbourg… La mélodie est familière et l’esprit sportif, orchestre et piano se renvoient la balle tout en civilités, avec de longs échanges en fond de court… Un an plus tôt, le Concerto pour Piano n°6 s’échauffait déjà de la sorte, suivi deux ans plus tard du dixième Concerto pour Piano dédié à Nannerl, la sœur aînée de Mozart, et qui a en réalité été composé pour deux pianos… Présentés dans le désordre sur ce disque paru chez Philips d’après des enregistrements d’Alfred Brendel, Imogen Cooper et Neville Marriner, ces concertos peuvent caler un petit creux mais je préfère les Sonates, où le piano est moins noyé dans le caramel.

Wolfgang Amadeus Mozart – Symphonies n°40 et 41

Composée en 1788, la Symphonie n°40 de Mozart s’ouvre avec un Molto Allegro inscrit dans le cerveau reptilien du mélomane, juste à côté de l’incipit de la Cinquième de Beethoven. Mozart a 32 ans et produit en seulement deux mois une œuvre balancée entre allégresse et mélancolie, tel un oiseau se posant sur une branche pour en repartir aussitôt, en quête de l’arbre idéal… Torchée dans la foulée, la Symphonie n°41 est plus dramatique et prolonge la gravité de Don Giovanni, surnommée « Jupiter » pour sa propension à déclencher la foudre et le tonnerre, tout en protégeant la cité…  Sous la direction de Charles Mackerras et l’Orchestre de Prague, ce disque paru chez Telarc rend à merveille la clarté d’une musique évidente, dont les harmonies coulent de source entre nos oreilles, tout en effaçant les rides sur notre front.

Wolfgang Amadeus Mozart – Sonates pour Piano n°1, 2 et 3

Né à Salzbourg en 1756, Wolfgang Amadeus Mozart est un compositeur de musique classique autrichien. Son père Léopold, violoniste et professeur, le met au clavecin a l’âge de 5 ans, un an plus tard Wolfgang compose ses premières œuvres et part pour une tournée européenne de quatre ans, où ses talents impressionnent au clavecin, au violon et à l’orgue… Bridé dans sa créativité par les mœurs en vigueur chez ses employeurs successifs, Mozart se lie d’amitié avec Joseph Haydn avant de tenter sa chance à Munich puis Paris… Écrites à l’âge de 18 ans, les Sonates pour Piano paraissent chez Erato en 1991 et sont interprétées par Alexeï Lubimov au pianoforte, dont la sonorité entre clavecin et piano moderne apporte un son franc et délicat, permettant d’entrer en rondeur dans l’univers d’Amadeus sans avoir l’impression de faire un effort, au contraire des premiers contacts avec la musique de Beethoven ou de Bach. J’écoute souvent Mozart lorsque j’écris mais c’est en tant que bruit de fond intelligent, atemporel ; interactif.

György Ligeti – Double Concerto pour Flûte/Métamorphoses Nocturnes/Musica Ricercata…

Né en Roumanie en 1923, György Ligeti est un compositeur de musique classique contemporaine. Après des études à Budapest, il s’exile à Vienne en 1956 et rejoint Karlheinz Stockhausen à Cologne… Ce disque paru chez BIS démarre avec le Double Concerto pour Flûte, composé en 1972 aux accents mystérieux, réminiscents du Lux Æterna écrit six ans plus tôt et que Stanley Kubrick avait popularisé dans A Space Odyssey ; tandis que le Premier Quatuor à Cordes (Métamorphoses Nocturnes) rend hommage à son compatriote Bartók… Mais ce sont surtout les onze mouvements du Musica Ricercata qui rendent cet album passionnant, eux aussi immortalisés par Stanley dans son dernier film Eyes Wide Shut. Où des mélodies minimalistes effleurent ou percutent un piano stupéfait, sous les doigts de la tchécoslovaque Eva Nordwall… S’il admirait Steve Reich, Ligeti n’a pour autant jamais embrassé la musique sérielle, se situant plutôt entre l’obscurité de Stockhausen et le charme de Philip Glass.

Mihály Víg – Filmzenék

Né à Budapest en 1957, Mihály Víg est un compositeur et acteur hongrois reconnu pour sa collaboration avec le cinéaste Béla Tarr, de deux ans son aîné et qui compte parmi mes réalisateurs favoris. D’Almanach d’automne au Cheval de Turin, les plans séquence de ses films défient le temps, où les dialogues sont infimes et laissent aux images en noir et blanc le soin d’installer une dramaturgie poignante, irréelle et qui culminera dans Le Tango de Satan, un film de 7 heures 30 sorti en 1994 et que j’aime revoir une fois par an, au mois de décembre… Parue en 2009, l’anthologie Filmzenék parcourt Almanach d’automne dont le piano désaccordé évoque MorriconeDamnation où des synthés asthéniques et un accordéon folklorique relatent l’essoufflement d’une fête ; Sátántangó dont la quête lancinante se perçoit derrière un clocher et une danse au mélodica ; Les Harmonies Werckmeister où piano et violon orchestrent la ronde des planètes pour Terriens imbibés… Une musique qui colle à la pellicule comme entre Preisner et Kieślowski, une sagesse dionysiaque qui me rappelle mon ami André, cinéphile entre tous et qui m’a fait découvrir Béla Tarr.

Gustav Mahler – Das Lied von der Erde/Drei Rückert-Lieder

En 1907, Gustav Mahler se sait condamné par la maladie lorsqu’il adapte Le Chant de la Terre à partir de poèmes chinois, entre autres signés Lǐ Bái… Une Chanson à Boire ouvre la danse avec le ténor Julius Patzak, don-quichottesque suivie de L’Esseulé en Automne où la contralto Kathleen Ferrier accompagne un voyageur en quête de soleil pour sécher ses larmes. La voix s’étrangle et les flûtes suivent, « Dunkel ist das Leben, ist der Tot… » Filles et garçons se rencontrent le temps De la Beauté, elles cueillant des fleurs et eux chevauchant des montures intrépides ; puis L’Homme ivre au Printemps maudit sa peine, titube avant de saluer un oiseau… On prend la montagne sur L’adieu avant de s’effacer derrière la beauté du monde, une poignée de strophes égrenées dans une lenteur infinie, où le chant domine et l’orchestre est un fond de tarte… Tant de  poésie s’appréhende grâce au livret où les textes ont été traduits, sur ce cd paru chez Decca en 2000 et où figurent aussi trois chants adaptés de Friedrich Rückert, composés en 1902 et où l’on retrouve L’Étranger au Monde repris dans Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch. Un disque poignant et qui se mérite, à écouter sans précipitation.