Franz Liszt – Rhapsodies Hongroises

Franz Liszt est un pianiste et compositeur hongrois né en Autriche en 1811. Violoncelliste, son père lui enseigne le piano pour lequel il montre un talent précoce, maîtrisant Bach ou Mozart dès 6 ans, ainsi que Beethoven qui avait salué sa virtuosité… Liszt à son inspirera Berlioz, Smetana ou Wagner, sa technique et son agilité faisant de lui l’ambassadeur de la « musique de l’avenir… » Composées à partir de 1846, ses Rhapsodies Hongroises revisitent le folklore hongrois au travers de séquences chamarrées, s’enchaînant avec précision sous les doigts du pianiste Georges Cziffra sur ce cd enregistré chez EMI en 1973… La 9 est céleste (Carnaval De Pesth) et la 11 plutôt mutine, intitulée Rakoczy March la 15 est sans doute la plus connue ; ces exercices de haute voltige me rappelant les Polonaises de Chopin, mes oreilles rassasiées d’aller écouter Bartók pour se rafraîchir le pavillon.

Jean Sibelius – Late Works for Violin and Piano

Paru chez Finlandia en 1995, ce disque propose des piécettes variées, enregistrées par la violoniste Kaija Saarikettu et la pianiste Hui-Ying Liu. Composées en même temps que la Symphonie n°5, les Rondino et Waltz enchantent par leur vivacité, Aubade montrant plus de retenue… Cinq Danses Champêtres font sortir le soleil avant On the Heath où comme chez Yared, la lune se reflète dans le caniveau ; Humoresque laissant des traces de boue dans une ruelle pavée après l’orage… Scène de Danse rappelle les Morceaux en Forme de Poire de Satie et The Bells surprend par son jeu avant-gardiste, répétitif avant le Rondeau Romantique de ce duo de virtuoses finlandais ; signant un patchwork de 18 morceaux d’une sonorité remarquable.

Jean Sibelius – Symphonies n°5 et 7/Suite Karelia

Composée à l’aube de ses 50 ans, la Symphonie n°5 de Sibelius est riche en cors et évoque les humeurs véhémentes des Planètes ; enchaînée avec la Symphonie n°7 qui me fait penser à Arvo Pärt sur ce disque paru chez Deutsche Grammophon en 2002, où Neeme Järvi dirige l’Orchestre Symphonique de Göteborg… Mais c’est pour la Suite Karelia que j’ai conservé ce cd, évoquant une région située entre la Finlande et la Russie, écrite en 1893 et riche en saynètes folkloriques (Intermezzo) tandis que les sinuosités de Ballade font penser à La Moldau ; les déambulations espiègles d’Alla Marcia précédant la montée en puissance de cuivres rutilants rappelant la Symphonie n°3 de Camille Saint-Saëns…  De ces opus que j’aime écouter avant de peindre, afin de parcourir sans dilution la palette des émotions.

Jean Sibelius – Concerto pour Violon

Jean Sibelius est un compositeur finlandais né en 1865 à Tavastehus. Son oncle lui offre un violon à l’âge de 10 ans, dont il apprend les rudiments auprès d’un militaire puis en compagnie de son frère et de sa sœur. Il découvre la musique de Bruckner puis celle de Wagner, écrit ses premières œuvres dont Finlandia qui devient l’hymne « officieux » de son pays, puis deux symphonies bien accueillies avant le Concerto pour Violon qui sera représenté en 1904, puis un an plus tard dans une version révisée par l’artiste, épurée et que l’on retrouve à côté de l’original sur ce disque paru chez BIS en 1991, interprétée par l’Orchestre Symphonique de Lahti sous la baguette d’Osmo Vänskä… J’adore ce concerto et serais bien incapable de choisir entre les deux versions car je les écoute toujours à la suite, heureux bis repetita pour apprécier ce violon lointain (Allegro moderato), d’abord réservé comme on ouvre le bal vers d’autres rondeurs, romantiques et océaniques (Adagio di molto) avant un troisième mouvement plus vif (Allegro ma non tanto) et qui m’évoque Une Symphonie Alpestre. Un concerto foisonnant et atemporel, à écouter plutôt deux fois qu’une.

Ryuichi Sakamoto – Love is the Devil

En 1998, Sakamoto signe la bande originale de Love is the Devil, un film de John Maybury relatant la vie du peintre Francis Bacon à travers sa relation passionnelle avec George Dyer. Une œuvre immersive grâce à la manière dont les personnages sont filmés, Derek Jacobi et Daniel Craig passés au prisme déformant de la caméra comme s’ils évoluaient dans un tableau de Bacon lui-même ; pour un résultat aussi convaincant que le Van Gogh de Pialat et qui méritait un vrai travail sonore… Ryuichi Sakamoto est l’homme de la situation, avec ses 28 segments instrumentaux comme autant de touches figuratives, marquées par un piano lumineux (Bathroom, Bed, Atelier) et des cordes tortueuses (Ny), des rumeurs cauchemardesques (Boxing, Fall, Redman 3) avant de finir avec le morceau éponyme où la vie s’écoule en accéléré, comme d’un tube d’acrylique mal refermé tandis que défile le générique de fin… Un disque fiévreux, diapré et qui fait penser à la Viral Sonata composée l’année d’avant, plus homogène que Merry Christmas Mr. Lawrence et accompagné d’un livret souvenir dans son édition digipack, pour un aller simple vers les affres de la création.

Ryuichi Sakamoto – Merry Christmas Mr. Lawrence

Né à Tokyo en 1952, Ryuichi Sakamoto est un compositeur japonais. Après avoir étudié la musique classique et ethnique, il rejoint le trio Yellow Magic Orchestra en 1978, précurseur du genre synthpop. Il signe la bande originale de Merry Christmas Mr. Lawrence en 1983, un film de Nagisa Oshima dans lequel il tient également le rôle principal aux côtés de David Bowie… L’action se déroule dans un camp de prisonniers durant la seconde guerre mondiale, où se joue le destin de deux hommes que tout semble opposer, servie par des plages instrumentales brèves alternant avec quelques chansons (Ride, Ride, Ride) dont l’interprétation finale de David Sylvian (Forbidden Colors) qui reprend le thème principal décliné plusieurs fois le long du disque ; un leitmotiv aussi célèbre que sa légèreté est trompeuse, ambigüe à l’image du film entre synthé et percussions orientales… Onirique sous un torrent de flashback (Before the War) ou une plainte de cordes (Germination) ; morne tandis que le tonnerre gronde (Assembly) ou émaillé d’effets impromptus (Last Regrets) ; combinant electro et classique cette bande originale multiplie les impressions.

Urmas Sisask – Le Cycle du Ciel Étoilé

Urmas Sisask est un compositeur estonien né en 1960 à Rapla. Féru d’astronomie, il est l’inventeur d’un système « astromusical » fondé sur les trajectoires des planètes et compose Le Cycle du Ciel Étoilé entre 1980 et 1987 ; du Rêve au Bonheur en passant par la Giration et l’Acuité, 29 vignettes où l’on se sent proche de la constellation de Debussy… Son interprétation des Pléïades est du voyage, 9 minutes harmonieuses qui font oublier Xenakis même si Urmas sait aussi être hardi, Orion étant associée à une Coagulation frénétique… Enregistré à Tallinn en 1993 par le pianiste Lauri Väinmaa et paru chez Finlandia, ce disque foisonnant rappelle dans sa forme 60 Seconds for Piano avec l’unité en plus ; une vision céleste 70 ans après Les Planètes, qui sans atteindre le sublime Calme dans les Étoiles fait passer un moment nourrissant.

Zbigniew Preisner – Requiem for my Friend

En 1997, un an après le décès de Krzysztof Kieślowski, Preisner compose Requiem for my Friend dont la première partie respecte les canons du genre avec une force inouïe, portée comme de coutume par la cantatrice Elżbieta Towarnicka. Enregistrés dans la cathédrale de Varsovie, le Kyrie Eleison et le Dies Irae sont ineffables, suivis du Lux Aeterna chanté en polonais ; quant au Lacrimosa je frissonne rien qu’à l’idée de l’écouter… Plus aérée, la seconde partie retrace une vie du Commencement à l’Apocalypse, chantée en grec et en latin et qui devait donner lieu à un spectacle co-écrit par Kieślowski pour être représenté à Athènes. Une bande originale restée imaginaire, dans la veine de La Double Vie de Véronique et où les chœurs font pleuvoir les souvenirs avec Kai Kairos, terminée par une reprise allongée du Lacrimosa alors que mes yeux commençaient à sécher… Dix ans plus tard, j’ai regretté de ne pas éprouver le même intérêt pour l’album Silence, Night & Dreams ; mais avec ce Requiem à la beauté éternelle, Preisner avait placé la barre au-delà des cieux.

Zbigniew Preisner – Preisner’s Music

Deux ans après Le Décalogue, Zbigniew signe la bande originale de La Double Vie de Véronique, suivie en 1993 et 1994 de la trilogie Trois couleurs Bleu, Blanc et Rouge de Kieślowski ; gravant dans le marbre une certaine idée de la symbiose… Enregistré en 1995 dans la grotte de Wieliczka, avec l’orchestre symphonique de Varsovie, Preisner’s Music propose un concert de 74 minutes retraçant 15 années de musique pour le cinéma. On y retrouve de larges extraits de ses compositions pour Kieślowski, avec des titres retentissants comme Puppets, Van Den Budenmayer et Song for the Unification of Europe ; mais aussi des joyaux issus d’autres films comme Secret Garden (Rain), Quartet in 4 Mouvements (Aurore) ou Egyptian Opera (Labyrinthe)… Une flûte qui chevrote, des carillons solennels et la fidèle soprano Elżbieta Towarnicka entourée de choristes : l’alchimie fonctionne et les images des films que l’on connaît se mélangent à ceux que l’on n’a jamais vus, bénéficiant d’une acoustique surnaturelle à 130 mètres sous terre.

Zbigniew Preisner – Le Décalogue

Né près de Cracovie en 1955, Zbigniew Preisner est un compositeur de musique classique polonais. Il est d’abord connu pour sa collaboration avec le réalisateur Krzysztof Kieślowski, la série télévisée du Décalogue marquant la reconnaissance de leur travail en 1989 : dix films de 60 minutes mettant en scène la vie quotidienne d’un quartier modeste de Varsovie, illustrant chacun des commandements bibliques sans jamais tomber dans le moralisme, en laissant au spectateur sa liberté d’interprétation… Du premier et plus douloureux épisode (Un seul dieu tu adoreras) à la touche plus légère du dixième (Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui) en passant par le saisissant Tu ne tueras point, ce dernier ayant aussi donné lieu à un long-métrage ; la musique de Preisner est indissociable de ces fictions filmées au rasoir, apportant chaleur et couleurs aux desseins tourmentés des personnages. La partition est dépouillée, romantique au piano ou à la guitare, le violon fait penser à Sibelius ; on y découvre aussi la soprano Elżbieta Towarnicka (Nymphea), en 25 morceaux servant avec justesse l’art du doute de Kieślowski.