Antonio Vivaldi – Concertos pour Violon n°1 à 4/Concertos RV212a et RV581

Né à Venise en 1678, Antonio Vivaldi est un compositeur de musique classique italien. Son père est violoniste et l’initie à l’instrument, Antonio montre des dispositions et s’adonne à la composition tout en poursuivant des études le destinant à devenir prêtre… Auteur prolifique de plus de 500 concertos et presque 100 sonates ; ce sont ses Concertos pour Violon n°1 à 4 qui allaient passer à la postérité, écrits autour de 1720 et sous-titrés « Les Quatre Saisons », exprimant les variations météorologiques de la floraison à la récolte paysanne, des plaisirs de la chasse au repos bien mérité… Il est très possible de se passer de Vivaldi dans sa discothèque, quand on s’intéresse au violon Sibelius ou Paganini sont tout de même plus prenants, pour ne rien dire de Laurie Anderson même si je crains d’être honni par un érudit tombant sur cet article à la faveur d’un algorithme défaillant de google ; cela étant et tout comme Jean-Sébastien, Antonio fut un sacré défricheur et ce disque paru chez Sony le démontre avec vituosité, sous l’archet de Piero Toso… Plus classiques que Michael Nyman et moins psychédéliques que The Moody Blues, les « Quatre Saisons » de Vivaldi ont de beaux jours devant elles.

Robert Schumann – Quatuors à Cordes n°1, 2 et 3

Créés en 1843, les trois Quatuors à Cordes de Schumann ont été dédicacés à Felix Mendelssohn. Composés d’une traite peu après le mariage avec Clara, ils s’enchaînent naturellement et font impression sur le public lors de la première, y compris le père de la mariée Friedrich Wieck qui se réconcilie enfin avec Schumann dont il a d’abord été le professeur de piano… Le Scherzo presto du premier Quatuor captive par sa force narrative, qui me fait penser au Trio pour Piano de Schubert ; tandis que les rondeurs des second et troisième Quatuor confortent la sérénité de cette musique de chambre où foisonnent deux violons, un alto et un violoncelle jusqu’au Finale fougueux comme les interprètes du Quatuor Terpsycordes sur ce cd paru chez Claves.

Robert Schumann – Scènes d’Enfants/Scènes de la Forêt/Kreisleriana

Né à Zwickau en 1810, Robert Schumann est un compositeur de musique classique allemand. Il fait ses classes auprès de l’organiste de la cathédrale, compose sa première œuvre à l’âge de 12 ans et sa première sonate en 1832. Six ans plus tard, ses Scènes d’Enfants incarnent l’allégresse (Des Pays Lointains) et la vivacité (Colin-Maillard, Sur le Cheval de Bois), le recueillement aussi (Le Poète Parle) ; autant de comptines écrites selon l’auteur lui-même « par un grand enfant », parfois prémonitoires de Janacek… Avec un Chasseur à L’affût et La Vallée Maudite, les Scènes de la Forêt sont plus dégarnies, comme chez Satie il y a de la place pour jouer à cache-cache entre les notes ; même si l’Air de Chasse nous rappelle que la prudence est de mise lorsque l’on traverse les bois… Dédiées à Chopin mais composées en pensant à sa future épouse Clara, les Kreisleriana occupent la seconde partie de ce disque paru chez Decca avec Claudio Arrau au piano ; enflammées et romantiques par excellence. Une valeur sûre à écouter lorsque tout s’est effondré, efficace pour suspendre le temps.

Leos Janacek – Quatuors à Cordes n°1 et 2

Composés en 1923 et 1928, les deux Quatuors à Cordes de Janacek sont empreints de tensions et d’échanges vifs entre les instruments ; en l’espèce deux violons, un alto et un violoncelle… Sous-titré Sonate à Kreutzer, le premier s’inspire d’une nouvelle de Tolstoï et relate un crime passionnel en quatre mouvements tortueux rappelant Schumann ; quant au second il s’intitule Lettres Intimes et se veut un hommage à Kamila Stösslova, une jeune femme dont Janacek tomba amoureux au soir de sa vie et à laquelle il a beaucoup écrit ; avant de transposer ses sentiments dans cette musique contemplative, débordante d’amour et qui pourrait figurer au générique d’un film de Greenaway… Parus chez Harmonia Mundi sous la direction du Melos Quartett, ceux deux quatuors entremêlent les élans du cœur en gommant le temps qui passe, pour un bain de jouvence étincelant.

Leos Janacek – Œuvres pour Piano

Leos Janacek est un compositeur de musique classique tchèque né en 1854. Il étudie l’orgue à Prague avant d’entrer au Conservatoire de Leipzig, puis se lie d’amitié avec son compatriote Antonin Dvorak qui le conseillera dans ses premières compositions… Remise au goût du jour dans les années 50 par le chef d’orchestre Charles Mackerras, la musique de Janacek est à la fois discrète et lumineuse, accidentée sur la brève Sonate écrite en 1905 et qui ouvre cet album paru chez Harmonia Mundi, avec Alain Planès au piano. Elle est suivie des quinze piécettes de Sur un Sentier Recouvert, parmi lesquelles The Madonna of Fry’dek et The Little Owl has Flown Away ont été utilisées par Milos Forman dans son film L’Insoutenable Légèreté de l’Être en 1988… Sans être aussi bouleversants, les quatre mouvements de Dans les Brumes mêlent à leur tour pudeur et nostalgie, concluant ce disque subtil et autrement piquant que les romances d’un Mendelssohn, dont les émotions inénarrables se renouvellent à chaque écoute.

Arvo Pärt – Collage

Arvo Pärt est un compositeur estonien né en 1935. Il apprend le piano à l’âge de 7 ans, influencé par Rachmaninov avant de rejoindre l’école de musique de Tallinn. Il pratique la musique sérielle en même temps que Steve Reich, ce qui est mal vu dans son pays et lui vaudra d’être censuré ; avant d’émigrer à Vienne en 1980… Paru en 1993 chez Chandos, Collage débute par trois Collages sur B-A-C-H où les cordes jouent la montre, se frottent puis s’évaporent avec fracas (Toccata) ; où après une flûte amicale, piano et cordes cassent l’ambiance dans un vacarme circulaire (Sarabande) dont s’est peut-être inspiré Murcof… Les sinuosités de Summa évoquent Górecki et la Symphonie n°2 est faite de sifflets imitant des oisillons, où l’on perd patience entre flûtes et pizzicato à gogo ; Fratres en revanche fait mouche comme un boléro d’accords détachés, entrecoupés de pauses rappelant Preisner… Sans oublier la force du Credo composé en 1968, où se succèdent chœurs et cuivres stridents avec insertions du Clavier bien Tempéré dans une cacophonie organisée, l’émotion naissant du choc entre présent et passé. Un disque théâtral et mystique, sous la direction de Neeme Järvi.

Serge Rachmaninov – Concerto pour Piano n°2/Rhapsody/Symphonie n°2…

Né à Semionovo en 1873, Serge Rachmaninov est un compositeur et pianiste russe. Il apprend la musique dès l’âge de 4 ans, entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg cinq ans plus tard et écrit sa première symphonie à 24 ans, mais elle ne rencontre pas le succès et Serge entre en dépression pour plusieurs années. Il parvient à composer son Concerto pour Piano n°2, créé en 1901 et qu’il interprète lui-même, salué par le public et marquant un nouveau départ. Une œuvre en trois parties sinueuses, du Moderato tourmenté à l’heureux Allegro en passant par un Adagio convalescent ; évoquant le propre passé de Rachmaninov et présente sur ce double cd paru chez Deutsche Grammophon, enregistrée en 1959 avec le pianiste Sviatoslav Richter. La Rhapsodie sur un Thème de Paganini est également présente avec Vladimir Ashkenazy au clavier, ses mouvements mélancoliques comme Janacek se colorant soudain à la façon de Saint-Saëns ; ainsi que la Symphonie n°2 écrite en 1907, où clarinettes et violons livrent un combat flamboyant, sous la direction de Lorin Maazel et de l’Orchestre Philharmonique de Berlin.

The Rowallan Consort – Notes of Noy, Notes of Joy

The Rowallan Consort est un duo de musique classique écossais créé en 1994 par le luthiste Robert Phillips et le harpiste William Taylor. Publié cette même année chez Temple Records, Notes of Noy, Notes of Joy réunit vingt-quatre titres remontant au XVIè siècle en puisant aux sources du folklore écossais. Avec Come my Children Dere, la soprano Mhairi Lawson insuffle la bonne humeur indispensable aux chants dits joyeux (Joy) ; à l’aise aussi dans le registre des élans tristes (Noy) sur Lyk as the Dumb Solsequium ou bien le magnifique For Lov of One, une charge partagée avec le ténor Paul Rendall qui lui ne s’égaie guère (Defiled is my Name, Lyk as the Lark ; Depairte, depairte…) Ponctué d’instrumentales cristallines où le luth et la harpe celtique nagent entre deux eaux, ce voyage initiatique combinant folk et classique est un prélude idéal à une virée chez les Cocteau Twins.

Piotr Ilitch Tchaïkovsky – Le Lac des Cygnes/La Belle au Bois Dormant/Casse-Noisette

Composé en 1875 suite à la commande du grand théâtre de Moscou, Le Lac des Cygnes est un ballet de Tchaïkovsky reconnaissable à ses premières mesures au hautbois, inspiré d’un conte médiéval relatant les amours du prince Siegfried en séquences chatoyantes, où les cygnes valsent entre harpe et violons… Treize ans plus tard, Piotr Ilitch adapte La Belle au Bois Dormant de Charles Perrault, mettant davantage de fébrilité dans ces cinq mouvements piquants, enchantés et où notre cœur balance entre deux fées ; avant de conclure avec Casse-Noisette en 1891, d’après un conte d’Hoffmann entre rêve et réalité, dont chacun connaît les ritournelles enfantines depuis la Marche à la Valse des Fleurs finale… Trois suites fluides et raffinées à retrouver sur ce cd paru chez Deutsche Grammophon d’après un enregistrement de 1979, sous la direction de Mstislav Rostropovitch.

Piotr Ilitch Tchaïkovsky/Serge Rachmaninov – Concerto pour Piano n°1/5 Préludes

Piotr Ilitch Tchaïkovsky est un compositeur russe né en 1840 à Votkinsk. Il apprend le piano à l’âge de 5 ans, puis le droit et occupe d’abord un emploi de fonctionnaire avant de reprendre l’étude de la musique ; devient professeur et compose sa première symphonie en 1868… Sept ans plus tard, il écrit le Concerto pour Piano n°1 qui me fait toujours penser à ce sketch des Monty Python, où le pianiste joue les premières mesures tout en s’extirpant d’un sac à patates… Monument de la musique romantique se prêtant à toutes les adaptations, aux allures symphoniques faites de dialogues orageux entre le clavier et l’orchestre, il est interprété par Sviatoslav Richter et dirigé par Karajan en 1962 ; paru chez Deutsche Grammophon aux côtés de cinq Préludes de Serge Rachmaninov, le temps d’un quart d’heure paisible où l’on pense à la grâce de Frédéric Chopin, les attaques fleuries du Prélude n°6 en sol mineur ayant ma préférence.