Shunsuke Kikuchi – UFO Robot Grendizer

Compositeur japonais né en 1931, Shunsuke Kikuchi est engagé par les studios Toei dans les années 60, où il se spécialise dans l’illustration sonore de mangas, en particulier Goldorak dont on tient ici la bande originale, parue chez Columbia en 2004. Ça commence avec le générique officiel, en japonais et tant pis pour Noam ; suivi de The Ballad of Duke Freed ou prince d’Euphor pour les intimes, à la guitare sèche avant un premier thème familier annonçant une nouvelle menace sur Terre, détectée ou non par Rigel depuis son télescope au sein du ranch, associé quant à lui à un morceau de banjo (Theme of Danbee). Avec Skull Moon le péril est imminent et Goldorak s’apprête à décoller sous l’œil attentif du professeur Procyon, voici Grendizer Go! et ce thème palpitant qui régnait dans l’espace lors de combats avec les Golgoths, saillies synthétiques et cuivres martelés, batterie nerveuse et vibraslap mais déjà l’orgue a repris, les trompettes jaillissent et le Grand Stratéguerre n’a qu’à bien se tenir… En utilisant l’orchestre pour transmettre une musique spectaculaire mais aussi folklorique, Kikuchi a souvent été comparé à Ennio Morricone. Fervent et atemporel, un cd qui donne envie de se battre. « Astérohache ! »

Ennio Morricone – Il était une fois en Amérique

En 1984 avec Il était une fois en Amérique, Morricone et Leone créent leur dernier chef-d’œuvre. Comme à son habitude, Ennio a écrit les grandes lignes de sa partition en amont pour être jouée en direct sur les lieux de tournage, permettant une symbiose particulière entre les acteurs et sa musique… Brillamment montée, l’histoire s’étend de 1922 à 1968 entre Prohibition et crime organisé, amours impossibles, amitié et trahisons… Poverty démarre au piano et se poursuit à la flûte de pan, puis au banjo dans une variation sur le même thème (Childhood poverty). Deborah rappelle l’œil du jeune Noodles en voyeur et humidifie aussi celui de l’auditeur ; avec Childhood Memories c’est l’enfance qui revient, puis les années insouciantes à travers les cuivres de Friends ou Speakeasy… Composé par Joseph Lacalle, le thème d’Amapola est scindé en trois parties évoquant Deborah (alias Jennifer Connelly/Elizabeth McGovern), chère entre toutes à Noodles (Robert de Niro)… Seize ans après Il était une fois dans l’Ouest qui conserve ma préférence d’une courte tête, Morricone réitère l’exploit de signer une bande originale atemporelle et puissante.

Ennio Morricone – Made in France

Entre 1969 et 1983, Ennio Morricone a signé la musique de seize films français regroupés sur ce disque paru chez Play Time en 2007. Henri Verneuil y est très présent avec Le Clan des Siciliens (mélancolique), I comme Icare (clavecinesque), Le Casse (intriguant), Peur sur la Ville (hitchcockien) ou Le Serpent (ténébreux) ; Le Professionnel de Georges Lautner n’a pas été oublié (associé autant à Jean-Paul Belmondo qu’à un berger allemand), ni Le Trio Infernal de Francis Girod qui a sans doute inspiré Michael Nyman, où le rythme jubilant de René la Canne du même réalisateur… Que la mélodie soit sifflée ou jouée en soloà la guitare, agrémentée de guimbarde ou avec grand orchestre comme Le Secret de Robert Enrico, en dépit de quelques boulettes (La Cage aux Folles, Le Ruffian, Le Marginal) cet album nous embarque pour 77 minutes de dépaysement comparables à The Twilight Zone.

Ennio Morricone – The Best of

Avant Il était une fois dans l’Ouest, Ennio Morricone avait déjà composé plusieurs bandes originales pour les westerns de Sergio Leone, dont on retrouve les thèmes principaux sur cette anthologie couvrant la période de 1964 à 1976… Le timbre troublant d’Edda Dell’Orso sévit à nouveau sur Il était une Fois la Révolution, et on ne se lasse pas de la guimbarde de Pour Quelques Dollars de Plus, son chant sifflé voisin de Pour une Poignée de Dollars qui sonne comme Apache des Shadows… D’autres réalisateurs ont bénéficié du talent d’Ennio, donnant lieu à des chansons inoubliables : le film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, où l’orgue traînant et la voix de John Baez (Here’s to You) émeuvent autant que Bridge Over Troubled Water ; ou encore ce piano  soutenu par un orchestre de cordes, déroulant en beauté la mélodie d’À l’Aube du Cinquième Jour du même réalisateur… Je citerais aussi la flûte et les chœurs de Mon Nom est Personne, un film de Tonino Valerii entre autres merveilles parfois fleur bleue du compositeur préféré de Tarantino, lequel fera appel à lui en 2015 pour la bande originale des Huit Salopards.

Ennio Morricone – Il était une fois dans l’Ouest

Le maestro des bandes originales est né à Rome en 1928. Il apprend la trompette et compose ses premières œuvres classiques à 29 ans, débute sa carrière comme arrangeur de génériques télévisés avant de signer la musique de Il était une fois dans l’Ouest, en 1968 pour son ami et réalisateur Sergio Leone… Le thème principal suffit à me rendre tout chose, les vocalises d’Edda Dell’Orso à l’image de ce film cruel et sublime entre vaine vengeance et conquête du rail ; une tristesse qui me vient de loin, lorsque j’écoutais Morricone sur un magnétophone au fond de mon lit… As a Judgement n’est pas moins déchirant ; de même que la nostalgie dégagée par un piano de saloon et les sifflements d’Alessandro Alessandroni sur Farewell to Cheyenne, où je revois l’acteur Jason Robards… Ce film c’est aussi Henry Fonda dans le rôle du méchant ; l’ambiance funèbre, expérimentale de The Transgression fait frémir avant l’empathie que l’on éprouve avec Man With a Harmonica et Death Rattle, où c’est l’enfance qui perle dans les yeux arides de Charles Bronson… Ce film c’est enfin Claudia Cardinale évoquée sur A Dimly Lit Room ou Jill’s America : émotions fortes garanties et dvd à portée de main recommandé.

Bernard Parmegiani – La Création du Monde

Bernard Parmegiani est un compositeur français de musique concrète né en 1927. Composée en 1984, La Création du Monde met en lumière son art de sculpter les sons à travers une odyssée venue d’ailleurs… Divisé en trois parties, ce disque de 73 minutes s’ouvre sur une ébullition de bruits antérieurs au Big Bang, chocs sourds et sauts de puce, une chimie crue et qui craque jusqu’à ce que la croûte soit prête, car « la Terre est telle un gâteau » disait ma fille à l’âge de 9 ans. Arrive la lueur et une fissure où l’on s’engouffre, les résonances ondoient dans un crescendo caverneux rappelant Stratosfear, des éclairs nettoyant l’espace avant une danse où les cellules apprennent la multiplication… Un océan de vers électriques fait la chasse aux sons préhistoriques, grouillant de vie et à la fin, presque inaudibles, le bruit du vent et la main de l’homme. Nous sommes passés de Moins l’infini à la Réalité en un battement d’ailes, grâce à ce poème sonore qui est à la musique ce que 2001 est au cinéma… « L’univers est noir et froid », première phrase d’un roman que j’ai écrit en 2008, quatre ans avant de découvrir La Création du Monde qui compte désormais parmi mes disques de choix pour dépasser la gravité.

Reich Remixed

Passer le pape de la répétition à la moulinette electro, l’exercice a été tenté en 1999 par dix artistes, avec des fortunes diverses sur cette compilation parue chez Nonesuch… Ceux qui ont utilisé la musique de Steve Reich comme matériau de mixage ordinaire sont hors-sujet et n’ont sans doute jamais écouté un de ses disques en entier : Andre Parker qui s’est cru chez Orbital, Coldcut qu’aurait pu inviter Jean-Michel JarreDJ Spooky qui gesticule sur sa chaise ou encore Ken Ishii qui s’est contenté d’ajouter des flonflons à Come Out… Heureusement qu’il y a cet hommage retenu de Tranquility Bass, agglomérant de nombreuses bribes sur un rythme évoluant entre Six Marimbas et Drumming ; ou bien Proverb de Nobuzaku, une épure qui m’évoque Susumu Yokota ; mais l’ensemble reste inégal et l’on se tournera plutôt vers Richie Hawtin pour une véritable excursion minimaliste.

Steve Reich – Different Trains/Electric Counterpoint

Lorsque Steve Reich décide d’appliquer sa méthode à une histoire vraie, le résultat est un choc musical marquant. Composées en 1988, les trois parties de Different Trains relatent les voyages qu’il effectuait enfant entre 1939 et 1942, de New York à Los Angeles où résidaient ses parents séparés. Reich a enregistré a posteriori les voix de la gouvernante qui l’accompagnait alors, ainsi qu’un bagagiste qui effectuait le même trajet, de courtes phrases suivies à toute allure par un quatuor à cordes (America – Before the War) vers la seconde partie où ce sont les mots de rescapés de la Shoah qui se mêlent à la furie des locomotives (Europe – During the War), noyés parmi les sirènes et les sifflets de train ; et lorsque la fin de la guerre est annoncée (After the War), incrédules ces voix quittent le quai où nous demeurons renversés, frappés par cette expérience à rapprocher du Requiem de David Axelrod… Un an plus tôt Steve Reich avait composé Electric Counterpoint, aidé de Pat Metheny dont la guitare ajoute sa pulsation sur fond d’autres guitares ; apaisement bienvenu discrètement ajouté à ce disque ineffable.

Steve Reich – Sextet/Six Marimbas

En 1985, Reich signe Sextet et renoue avec le dépouillement de Drumming. Il s’agit d’une commande pour un spectacle de la chorégraphe Laura Dean (Impact) où figurent synthétiseurs, vibraphones et tam-tam ; en cinq mouvements à la rondeur sous-marine (2nd), d’une douceur élégante qui vous prend par la taille (3rd) avant une suite d’accords presque new wave (4th), vers un précipité percussif digne d’un générique télé des années 80… Adroitement ajouté sur ce disque paru chez Nonesuch, Six Marimbas date de 1986 et transpose Six Pianos écrit treize ans plus tôt. Une cascade de fraîcheur naturellement boisée, parfaite pour arrondir les angles car Steve ne s’écoute pas forcément fort mais en silence, oui ; ici sans chant pour le plaisir d’un mille-feuille tamisé.

Steve Reich – The Desert Music

Huit ans après Music for 18 Musicians, Steve Reich écrit The Desert Music où un chœur de 27 voix interprète des poèmes de William Carlos Williams, avec une adéquation frappante entre leur contenu et la façon dont Reich fait de la musique.  « Well, shall we think or listen? », question posée dans le Second Movement où les cuivres stridulent comme dans Tubular Bells… Des sirènes anxiogènes perméabilisent la scie des violons (Third Movement, Part One) et un vibraphone remet tous les instruments d’accord entre chaque séquence ; 89 musiciens sont nécessaires à l’exécution de cette œuvre où la théorie de Reich est énoncée dans une mise en abîme évoquant l’expérience d’Alvin Lucier, le projet a tout pour plaire mais se complaît dans une routine autoparodique, prouesse psalmodiée et plutôt désincarnée, dont on attend d’être délivré… « It is a principle of music to repeat the theme. » (Third Movement, Part Two)