Scott Walker – The Drift

Après nous avoir laissé onze ans pour ouvrir l’huître Tilt (si l’on excepte sa participation au sous-estimé Pola X de Leos Carax, aux côtés de Sonic Youth), Scott revient avec The Drift où se condensent ses humeurs bilieuses depuis la charge guerrière de Cossacks Are à une tempête de percussions où du vent et un ouragan recouvrent les mots (Clara) ; des violons tempérant le noir puis le réamplifient avec le chant de Vanessa Quinones ; l’ambiance claustrophobique se répétant avec Jolson and Jones… Le bugle de Cue n’est pas fait pour rassurer et des enfants couinent sur Hand Me Ups, des mains clappent avant le goutte à goutte électrique de Buzzers ; d’autres installations sévissant sur Psioratic, chocs de barres métalliques avec une voix qui chevrote et une flûte sourde à toute rumeur, tandis que The Escape et son harmonica chétif préparent à l’agonie d’un canard égosillé, ténébreux avant les susurrements d’A Lover Loves… Paru chez 4AD en 2006, le cd est accompagné d’un livret fastueux où l’on découvre les obsessions de Walker dont le chant semble porter tous les malheurs du monde ; musicalement sans équivalent, cette dérive est une tabula rasa striant nos pauvres certitudes.