Portishead – Third

Onze ans s’écoulent entre le second et le troisième album de Portishead, sobrement intitulé Third. Après un bref verbiage en portugais, des rythmes downtempo et une guitare touffue envahissent Silence où Beth rompt le vacarme tel un brise-lames, déroulant quelques mots avant de s’échouer brutalement… Les accords de Hunter font penser à Twin Peaks puis prennent la tangente vers une jetée imaginaire où nous attend Nylon Smile et ses questions insolubles ; ouvrant la voie à The Rip et son échappée de chevaux blancs tandis que la voix de Gibbons monte à n’en plus finir, se mêlant aux synthés en procurant un frisson analogue à Sheep… L’hélico et la batterie décomposée de Plastic font osciller le vumètre vers le krautrock, avant We Carry On dont les claviers évoquent le son des Silver Apples près de quarante ans plus tard… Deep Water flirte avec Moby comme une récréation précédant Machine Gun et sa mitraillette qui part en douille ; les échos de Threads achevant ce disque d’une grande audace, où renonçant aux tics qui avaient assuré son succès, Portishead a su consommer la rupture avec ce que l’on pensait connaître de sa musique. Un geste magistral.