Ananda Shankar – Walking On

En 1999, près de 30 ans après son premier album, Ananda Shankar refait surface en assaisonnant cette fois son sitar à la mouvance trip hop et breakbeat. Il s’associe au DJ State of Bengal qui vient de remixer Hunter de Björk, rejoint Real World et publie Walking On dont le titre éponyme ouvre l’album sur des percussions electro et une guitare à la Brian Eno ; enchaîné avec les flûtes ardentes d’Uday Kumar Dey sur Tori… Les chevauchements de percussions font de Betelnutters le morceau le plus subtil, funk et trépidant ; un vague drone précédant la bonne humeur de Tanusree avant un clin d’œil subliminal à Orbital sur Reverse… Ce travail coloré et transversal fait penser à celui de St Germain qui combinera jazz et trip hop l’année suivante avec Tourist ; malheureusement le dernier d’Ananda qui n’en récoltera pas les fruits, décédé d’une crise cardiaque avant sa parution.

Ananda Shankar – Ananda Shankar

Né à Almora en 1942, Ananda Shankar est un musicien indien et le neveu de Ravi Shankar. Il apprend le sitar mais se passionne aussi pour le rock de Led Zeppelin et le blues de Janis Joplin, se rend aux Etats-Unis à la fin des années 60 et se produit avec avec Jimi Hendrix. Ce dernier lui propose d’enregistrer ensemble mais Ananda préfère garder la main et signe son premier album éponyme chez Reprise Records, en 1970 où le sitar et le tabla traditionnels sont pour la première fois combinés avec de la musique rock… Deux morceaux vont faire mouche : Jumpin’ Jack Flash des Stones et Light my Fire des Doors, depuis certaines compositions d’Ananda sont à leur tour devenues des classiques : Snow Flower et Mamata flamboient sous les arrangements psychédéliques du synthé Moog de Paul Lewinson ; claviériste inspiré qui a également co-écrit le long et atmosphérique Sagar dérivant à l’aide du sitar retrouvant une forme plus classique, ou comment ne pas totalement couper les ponts tout en s’affranchissant d’un oncle omnipotent : le pari était audacieux, et il a été gagné.

Scorn – Zander

Scorn est un groupe de musique électronique britannique créé en 1991 par le batteur Mick Harris et le bassiste et chanteur Nic Bullen, précédemment membres du groupe de metal Napalm Death… Paru en 1997, leur sixième album Zander enchaîne 9 instrumentales downtempo entre les boucles boursouflées de Well Sorted et le tambourin compulsif de Strand, les soupirs industriels de Check the Sonic ou la scansion de 416 clôturant cette session ambient aussi studieuse que la Viral Sonata et Richard D. James réunis… Avec une basse pansue sur des motifs frisant l’atonalité, l’unité de Scorn rappelle Monolake mais s’avère moins passionnante que LFO, dont le savoir-défaire musical a mieux franchi les deux dernières décennies.

Edith Piaf – 25è Anniversaire

Chanteuse et parolière française, Édith Piaf dite « la Môme » est née à Paris en 1915 d’un père contorsionniste et d’une mère chanteuse de rue. Elle ne voit pas l’enfance en rose et sera élevée par ses grands-mères avant de retrouver son père, au cirque où elle apprend à chanter… Elle s’installe à Montmartre et se produit dans les cabarets ; repérée par Jacques Canetti en 1936, elle enregistre son premier disque et démarre une carrière retentissante dont on retrouve l’essentiel sur cette anthologie (Mon Légionnaire, Padam, Sous le Ciel de Paris, Milord…) Mes parents écoutaient Piaf qui par ailleurs ressemblait à ma grand-mère, aussi je retombe en enfance dès les premières mesures des Trois Cloches, poignantes avec en chœur les Compagnons de la Chanson ; La Goualante du Pauvre Jean ou encore L’Accordéoniste car mon père en jouait à la maison… Il y a aussi L’Homme à la Moto comme un ancêtre de Harley Davidson, Je Sais Comment qui me fait le même effet que Le Petit Cheval ; sans oublier le coup de massue des Amants d’un Jour… Marquée par la maladie et les drames intimes, Edith Piaf s’est éteinte à seulement 47 ans ; mais sa voix n’a pas pris une ride et continue à nous prendre aux tripes.

Low – Drums and Guns

En 2005, Low passe chez Sub Pop (le label qui a révélé Nirvana) et accouche d’un album bruyant, The Great Destroyer sur lequel je fais l’impasse. Le groupe connaît ses premières tensions, entre la dépression d’Alan et la lassitude de Zak qui sera remplacé par Matt Livingston sur leur prochain opus en 2007 : Drums and Guns à l’esthétique soignée, avec son livret provocant où alternent des photos de percussions et d’armes à feu… Le son est cinglant et le ton désenchanté sur Pretty People, suivie d’ambiances méditatives (Belarus) et elliptiques (Breaker) ; étouffantes derrière les rythmes syncopés d’In Silence ou de Sandinista et son mellotron délavé, Hatchet proposant d’enterrer la hache de guerre « comme l’ont fait les Beatles et les Stones… » Dust on the Window laisse une traînée de miettes à la guitare, caisse claire et melodica soutenant le chant laconique de Mimi Parker… Avec une sophistication rappelant Radiohead dont ils ont fait certaines premières parties de concerts en 2003, Low signe un huitième album electro, vacillant et rugueux. Ce qu’ils ont produit ensuite m’a plutôt déçu, perdant petit à petit leur statut de bouée au milieu de l’océan indie.