Sparklehorse – Vivadixiesubmarinetransmissionplot

Mark Linkous est un chanteur et compositeur américain de musique indie, né en Virginie en 1962. Après une enfance agitée au sein d’une famille modeste, il apprend la guitare et découvre Tom Waits ; se produit sur la scène locale et vit de petits boulots jusqu’en 1995, où il adopte le pseudonyme Sparklehorse et enregistre son premier album Vivadixiesubmarinetransmissionplot ; publié chez Capitol et remarqué par Radiohead dont il fera ensuite les premières parties de concert… Les Weird Sisters sont folk et la voix de Mark ténue ; la guitare de Rainmaker me fait penser aux Pixies et dEUS n’est pas loin du banjo de Cow, il y a aussi le clin d’œil à Waits avec Sad & Beautiful World qui reprend la célèbre tirade de Roberto Benigni dans le film Down by Law de Jarmusch… Linkous va publier quatre autres albums et collaborer avec David Lynch ou les Flaming Lips, avant de sombrer dans la dépression et se tirer une balle dans le ventre à l’âge de 47 ans… Entre Grandaddy et Elliott Smith, Vivadixie… est intimiste, subtil et attachant.

Maureen McElheron – The Tune

Née dans le Michigan en 1950, Maureen McElheron est une compositrice américaine. Sa carrière débute dans les clubs de musique country, au sein d’un groupe où elle rencontre le dessinateur et réalisateur Bill Plympton. Elle s’installe à New York au début des années 80, produit des spectacles pour enfants et retrouve son ami Bill qui lui commande une chanson pour un court film d’animation (Your Face), puis en 1992 la bande originale de The Tune ; son premier long métrage que j’avais alors découvert sur arte, dépeignant un monde surréaliste entre les univers de Jan Svankmajer et de Terry Gilliam… Jazz (Flooby Nooby, Home) ou country (Isn’t it Good Again), rock’n roll à la façon de Hairspray où l’on prend soin de ses tifs comme ici sur Dig My Do ; romantique (Be my Only Love) ou bien sombre avec le No Nose Blues lorgnant du côté de Tom Waits, ces chansons suivent la partition d’un film onirique dont le héros est un compositeur disposant d’une heure pour écrire le tube qui va changer sa vie… Un disque divertissant et décalé, où McElheron partage sa voix avec d’autres interprètes comme Marty Neslon, Jimmy Ceribello ou Emily Bindiger.

PJ Harvey – To Bring You My Love

Polly Jean Harvey est une chanteuse et compositrice britannique de musique rock née à Bridport en 1969. Elle baigne dans l’univers de parents mélomanes, découvre Captain Beefheart et Bob Dylan puis se passionne autant pour la musique de Siouxsie que celle des Pixies ou de Górecki ; forme à 22 ans le PJ Harvey Trio et publie Dry, un premier album remarqué entre autres part Kurt Cobain… Trois ans plus tard et sous son propre nom, PJ parcourt le spectre des amours chamboulées sur le disque To Bring You My Love, nourri aux guitares grunge et porté par un chant enragé (Meet ze Monsta) ou félin (Working for the Man, C’mon Billy) ; ombrageux sur Down by the Water (avec Jocelyn à l’alto) et folk le temps de l’épatant Send His Love to Me… Plus punk que Chrissie mais moins subtile que Lisa, Polly se déchaîne avec foi.

Silver Apples – Silver Apples/Contact

Créé à New York en 1967 par Simeon Coxe et Danny Taylor, Silver Apples est un duo de musique psychédélique américain. D’abord chanteur dans un groupe de rock, Simeon y introduit un oscillateur et oriente leur son vers ce qui deviendra le krautrock (Can se forme l’année suivante) et plus tard l’electro (Portishead leur rend hommage sur Third). Paru chez Kapp en 1968, leur premier album éponyme est un ovni où ils chantent souvent à deux, moitié Wyatt et moitié Parsons entre flûtes électriques (Seagreen Serenades) et Oscillations, samples désuets derrière Program (façon Battiato) avant l’inquiétant Velvet Cave… Un an plus tard, ils publient Contact où Coxe a encore perfectionné ses oscillateurs, produisant un disque envoûtant avec You and I ou l’amour impérieux, le banjo frénétique de Ruby soutenu par la batterie chamarrée de Taylor, You’re not Foolin’ Me et son téléphone en arrière-plan, ses wah-wah précédant A Pox on You qui synchronise deux trames sonores, l’une grave et l’autre aiguë imitant un bolide en roue libre ; morceau insaisissable et magnifique à l’image de ces deux disques réédités sur cd en 1997 chez MCA, inépuisables de poésie analogique.

Herbie Nichols – The Complete Blue Note Recordings

Herbie Nichols est un pianiste et compositeur de jazz américain né à New York en 1919. Il étudie d’abord la musique classique puis intègre des orchestres de jazz à Harlem ; admirateur de Thelonious Monk autant que de Bartók ou Chopin, il enregistre son premier album en 1955 chez Blue Note : The Prophetic Herbie Nichols (en deux volumes), suivi de Herbie Nichols Trio l’année suivante. En avance sur son temps et emporté par une leucémie à l’âge de 44 ans, ses compositions élégantes et complexes ne lui permettent pas d’être reconnu de son vivant, dont on retrouve une grande partie sur cette anthologie parue chez Blue Note et qui reprend les trois disques précités, agrémentés de nombreux inédits… Avec Art Blakey à la batterie, j’aime les accélérations impromptues de Step Tempest puis Dance Line m’évoque Duke Ellington ; parmi d’autres morceaux de haute volée (Hangover Triangle, Sunday Stroll) ou plein d’allant (Applejackin’). Le choix éditorial de faire suivre certains titres de leur version alternative est malhabile car il aurait été moins monotone de les découvrir en annexe ; mais c’est un moindre mal qui ne saurait gâcher notre plaisir de savourer le jeu rare et flegmatique, délié de Herbie.

Serge Rachmaninov – Concerto pour Piano n°2/Rhapsody/Symphonie n°2…

Né à Semionovo en 1873, Serge Rachmaninov est un compositeur et pianiste russe. Il apprend la musique dès l’âge de 4 ans, entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg cinq ans plus tard et écrit sa première symphonie à 24 ans, mais elle ne rencontre pas le succès et Serge entre en dépression pour plusieurs années. Il parvient à composer son Concerto pour Piano n°2, créé en 1901 et qu’il interprète lui-même, salué par le public et marquant un nouveau départ. Une œuvre en trois parties sinueuses, du Moderato tourmenté à l’heureux Allegro en passant par un Adagio convalescent ; évoquant le propre passé de Rachmaninov et présente sur ce double cd paru chez Deutsche Grammophon, enregistrée en 1959 avec le pianiste Sviatoslav Richter. La Rhapsodie sur un Thème de Paganini est également présente avec Vladimir Ashkenazy au clavier, ses mouvements mélancoliques comme Janacek se colorant soudain à la façon de Saint-Saëns ; ainsi que la Symphonie n°2 écrite en 1907, où clarinettes et violons livrent un combat flamboyant, sous la direction de Lorin Maazel et de l’Orchestre Philharmonique de Berlin.

Stevie Wonder – Talking Book

Né dans le Michigan en 1950, Stevie Wonder est un chanteur et compositeur américain. Du rhythm’n blues à la soul en passant par le funk, sa musique appartient à tous ces genres mais son style et sa voix son inimitables, cultivés depuis l’enfance où il apprend le piano, l’harmonica et le chant… Il signe son premier disque à 12 ans, chez Motown où il se fait appeler « Little Stevie » et devient une vedette quelques années avant Michael Jackson. Une dizaine d’albums plus tard, il publie Talking Book en 1972 et utilise alors couramment les instruments qui font sa patte : You are the Sunshine of my Life et son piano Rhodes, le clavinet Hohner de Superstition ; sans oublier le super synthé TONTO qui occupait une pièce entière, précurseur de la musique électronique et mis en scène deux ans plus tard dans le film Phantom of the Paradise… Alors oui, Stevie c’est de l’easy listening et je vibre davantage lorsque c’est Herbie qui manie le Moog ; mais nos oreilles ont parfois besoin de miel et dans ces moments-là, Tuesday Heartbreak ou I Believe sont de sacrés baumes.