Radiohead – Kid A

Paru en 2000, l’amplitude de Kid A s’impose dès les premières notes (Everything in its Right Place), où dans un état semi-liquide Thom Yorke installe un son en rupture avec l’effet OK Computer… Torsadée sur le titre éponyme, sa voix s’éclipse derrière une pluie de petits pianos soutenue par des synthés blafards, avant la basse lancinante de The National Anthem dont les collages évoquent les Beatles… On se recueille avec l’instrumentale Treefingers puis In Limbo se perd dans un tourbillon de démence, nous laissant encamisolés dans la trépidante Idioteque… Au rayon mélancolie, les cordes de How to Disappear Completely me font trembler et Motion Picture Soundtrack s’envole vers un faux silence, bouclant cet album rempli de cachettes et de rebondissements jazz, electro inouïs. « I’m not here, this isn’t happening… » Signé Stanley Donwood, le livret n’en finit pas de déplier perspectives et papier calque, enrichissant encore ce voyage qui déroute nos oreilles vers l’indélébile, à mi-chemin entre Tago Mago et Street Horssing.

Radiohead – OK Computer

Attendu au tournant après The Bends, le troisième album de Radiohead paraît en 1997, enregistré sans contraintes de temps dans un manoir non loin de Bristol… Si la montée à bord n’est pas fracassante (Airbag), une énorme claque arrive avec Paranoid Android, sa guitare dépouillée où le chant de Yorke se mêle brièvement à des accords de rock progressif suivis d’une descente d’arpèges ruisselants, chorale neurasthénique dont on sort différent ; la prouesse se répétant avec le même engagement sur Karma Police et ses paroles aliénées… Exit Music (For a Film) a illustré Romeo + Juliet de Baz Luhrmann avec un son rappelant Kraftwerk, le procédé du sombre Fitter Happier n’étant pas loin de l’Uranium des précurseurs düsseldorfois… Magnétique et captivant, mêlant l’ambient à l’electro avec toujours une bonne dose de riffs, OK Computer est à Radiohead ce que The Dark Side of the Moon est à Pink Floyd : important mais inégal, surestimé par rapport à ce qu’ils vont faire ensuite. « For a minute there, I lost myself… »

Imagineoir 80

Je te connais par cœur
Tu me pompes l’air nuit et jour
Et ça fait 300 000 heures que ça dure*
J’use et j’abuse de toi mais
Remettons-ça encore une fois
Et de tout j’aurai fait le tour
Nos tempi se sont accordés très tôt
Laissons les sourds à leurs pianos
Et de nos notes étonnons au mieux
Tu es mon plus fidèle inspirateur
Tes maux sont les miens
Et mes livres sont à toi.

* texte écrit à 34 ans.

Radiohead – The Bends

Deux ans après Pablo Honey, Radiohead poursuit sa mue et revient avec The Bends, où les synthés prennent du galon et les paroles s’étoffent. Je les découvre avec ce disque acheté par hasard lors de mon premier voyage à Londres en 1995, conquis après deux minutes d’écoute au casque chez un disquaire. En novembre cette même année, j’assiste à leur concert à la Laiterie de Strasbourg. Presque personne ne les connaissait, en petit comité… D’abord noyé dans la brume, Planet Telex déroule une atmosphère unique, où la voix saturée n’en révèle pas moins sa fragilité… Dominé par un gros son l’assimilant à la britpop, l’album est émaillé de moments lyriques (High and Dry, Fake Plastic Trees) où le chant suit une guitare tranquille, planante et qui culmine avec (Nice Dream) et Street Spirit (Fade Out)… J’ai du mal avec My Iron Lung mais Bullet Proof rattrape le coup ; inégal et parfois tapageur, The Bends innove et annonce de grandes manœuvres.

Radiohead – Pablo Honey

C’est à 17 ans que le chanteur et guitariste Thom Yorke fonde le groupe de musique électronique Radiohead, en 1985 non loin d’Oxford. Accompagné de camarades de classe (Ed O’Brien à la guitare et aux claviers, Johnny et Colin Greenwood à la guitare et à basse, Phil Selway à la batterie), ils se nomment d’abord « On a Friday », se forgent une réputation sur scène et publient leur premier album en 1993… Hormis Creep qui vaut à elle seule de conserver cet opus, l’accord ineffable entre la guitare et la voix de Yorke sont déjà présents sur Stop Whispering ou Blow Out ; tandis que d’autres titres (How Do You?, Ripcord, I Can’t)  font plutôt songer à une bouillie de Blur avec des morceaux de Sonic Youth… Album non représentatif de l’œuvre de Radiohead, la quête d’identité de Pablo Honey n’est pas dénuée d’intérêt. « I’m a creep, I’m a weirdo, what the hell am I doing here? »

Merzbow – Door Open at 8 AM

Masami Akita est un compositeur japonais né à Tokyo en 1956. Versé dans la musique expérimentale à la manière des Throbbing Gristle, il adopte le pseudonyme de Merzbow en référence à l’œuvre du dadaïste Kurt Schwitters, lequel a graduellement transformé sa maison en un moulage géant de plâtre et de collages dans les années 20… Paru en 1999 sur le label Alien8, Door Open at 8 AM propose 56 minutes… de bruit. Passée l’Intro et son groupe électrogène évoquant brièvement Neu!, on a l’impression d’être une fourmi à un millimètre d’un disque dur tournant à plein régime (Jimmy Elvins in Traffic) ; l’élan cosmique du titre éponyme se rapprochant de La Création du Monde, à condition d’oublier toute idée narrative… Les boucles arides de The Africa Brass me font penser aux sons que faisait un minitel au moment de la connexion, tandis que Metro and Bus transporte entre deux quartiers hostiles ; ce disque n’est pas electro mais plutôt électrique, l’écouter en entier est une épreuve infernale (et par là même remarquable), après laquelle même les Pléïades ressemblent à du Mozart.

Ignacy Jan Paderewski – Intégrale de l’Œuvre pour Piano

Ignacy Jan Paderewski est un pianiste et compositeur polonais né en 1860. Sa mère meurt peu après sa naissance, stimulé par son père il sort diplômé du conservatoire de musique de Varsovie à 19 ans, se marie l’année suivante puis perd successivement son épouse et leur enfant… Il s’expatrie à Berlin, rencontre Richard Strauss et au fil des années se fait un nom comme pianiste de concert entre Vienne et Strasbourg, puis Londres et New York à partir de 1890… Les trois mouvements de la Sonate n°21 ouvrent ce disque paru chez Accord et interprétées par Waldemar Malicki, 33 minutes exaltées où plane la mémoire du compatriote Chopin, son aîné de cinquante ans… Plus intimes, les piécettes de l’Opus 16 m’évoquent Satie, en particulier la délicatesse de Tema Variado ou la légèreté accidentée des Leyenda.

Imagineoir 78

– Quand j’étais petit, je disais : « Ah, que j’aime à faire connaître ce nombre utile aux sages. »
– 2,31415926535 ? C’est idiot !
– Oui, mais au moins la virgule était bien placée.