Hector Zazou – Chansons des Mers Froides

Né en Algérie en 1948, Hector Zazou est un compositeur français de musique classique autant que jazz, world ou electro… Sa carrière démarre aux côtés de Joseph Racaille en 1976 ; il collabore aussi avec Laurie Anderson, Peter Gabriel et Ryuichi Sakamoto, comptant une douzaine d’albums à son actif lorsque paraissent les Chansons des Mers Froides en 1994, patchwork éclectique dont l’esprit est résumé sur The Long Voyage, un hymne à la liberté créative octroyée par le label Taktic Music, écrit par Zazou et chanté par Suzanne Vega en duo avec John Cale… Du folklore finlandais de Värttina à la poésie ralentie de Björk en islandais dans le texte (Visur Vatnsenda-Rosu) ; on fond sous la glace d’un océan gelé (Havet Stormar) avec la suédoise Lena Willemark tandis que Siouxsie Sioux est d’une noirceur parfaite dans The Lighthouse et sa clarinette basse, avant de conclure sur l’étonnant Song of the Water, un chant inuit coupé à l’electro et où Kilabuk & Nooveya devancent Medúlla de dix ans… Captivante de port en port, la traversée a été saisie dans un objet discographique rare, agrémentée d’autant de cartes postales détaillant l’histoire de chaque morceau. Chaudement recommandée.

The KLF – Chill Out

Formé en 1987 par l’écossais Bill Drummond et le britannique James Francis Cauty, The KLF pour « Kopyright Liberation Front » est un groupe de musique électronique ambient et inclassable… Ils opèrent sous de nombreux pseudonymes, secouent le cocotier avec des remix non autorisés et publient leur œuvre maîtresse en 1990, Chill Out qui propose un périple sonore du Texas à la Louisiane… Artificiellement divisé en 14 pistes, ce concept album s’écoute comme un seul voyage de 45 minutes entre Brownsville et Beaumont en passant par Baton Rouge et Ricardo ; avec des traces de chemin de fer et des chants diphoniques mongols (khöömii), avec la voix d’Elvis Presley et des troupeaux de moutons, une guitare slide et des aboiements parmi les effluves de synthétiseurs lancinants… Les samples font songer à f#a#∞ ou encore au premier album de The Orb paru l’année suivante, ces comparaisons échouant à rendre compte des sensations d’apesanteur, de rêverie vertigineuse traversant ce disque inépuisable et unique entre tous, référence absolue du genre ambient.

Moby – Innocents

Deux ans après Destroyed, avec Innocents Moby signe un onzième album roboratif d’où se dégagent fraîcheur et goût du risque. Comme un ressort surgi d’une boîte à diable, Everything that Rises enveloppe vers le pays ralenti de A Case For Shame, la voix de Cold Specks évoquant Archive, tout aussi troublante un peu plus loin avec Tell MeAlmost Home évoque Mercury Rev et Going Wrong nous délecte de sa douceur downtempo ; Wayne Coyne se fait plaisir avec The Perfect Life avant la solution soluble délivrée par Skylar Grey sur The Last Day, aussi délicieuse que Mazzy Star… Percées de faux raccords, les boucles trip hop de A Long Time grisent durablement avant Saints et ses vocalises réminiscentes de High Energy… La voix de Mark Lanegan fait penser à Richard Hawley en plus caverneux (The Lonely Night), puis Moby reprend le mike pour un slow à l’ancienne (The Dogs) après s’être entouré d’invités variés… L’édition digipack est accompagnée d’un ep  contenant le méditatif My Machines, portant à 18 le nombre de morceaux sur ce disque où pour le meilleur et loin de s’asseoir sur ses lauriers, Moby n’a pas craint de diversifier son spleen.

Moby – Destroyed

Moby signe son dixième album en 2011, deux ans après l’émouvant Wait for Me. Largement écrit pendant ses tournées, souffrant d’insomnie comme il le raconte dans le livret nourri de photographies tirées de ses voyages ; Destroyed s’écoute tard la nuit, lorsque la ville dort… Son titre figure sur l’une des photos montrant le dernier mot d’un message d’avertissement sur un panneau d’affichage dans un aéroport, prélude ludique à un disque nuancé entre promenades tamisées (The Broken Places), confidences feutrées (Be the One, Rockets ou Victoria Lucas avec Inyang Bassey) et truculences electro (Sevastopol, Blue Moon). Il y a aussi le sucre lent du chant de Joy Malcolm (Lie Down in Darkness) suivi de deux instrumentales émollientes (The Violent Bear it Away, When You are Old) parmi 15 morceaux apaisants, comme une parenthèse nocturne dans la discographie de l’éclaireur new yorkais.

Moby – Wait for Me

Sept ans après son dernier disque intéressant (18), Moby revient avec Wait for Me, un opus contemplatif dont l’inspiration lui est venue à la suite d’un discours de David Lynch à l’académie britannique des arts de la télévision et du cinéma (BAFTA), où l’aîné vantait les mérites de la créativité libérée de toute considération commerciale… Il en résulte des titres dépouillés et instrumentaux (Division, Scream Pilots), mélancoliques avec Amelia Zirin-Brown (Pale Horses) ou Kelli Scarr (Wait for Me) ; Moby renoue également avec l’art de répéter un couplet sur 4 minutes avec chœurs emphatiques et craquements de vinyles (Study War) et s’autorise un Slow Light qui aurait pu figurer au générique de la saison finale de Twin Peaks, avant de conclure sur une note trip hop avisée (Isolate). Avec ses effets réduits et son piano ambient, on embarque aisément dans ce neuvième album, où Moby s’est dessiné en couverture sous la forme d’un petit homme pourvu d’antennes.

Moby – Last Night

En 2005 Moby se renouvelle avec Hotel, un album de chansons convenues avec le hit Lift Me Up, dont on se dispensera pour passer directement à Last Night produit trois ans plus tard, dominé par la dance music et où le compositeur rend hommage aux DJ de New York… L’incipit est de taille, avec son riff à la Daft Punk Ooh Yeah éveille les sens et l’on se croit parti pour un grand album, riche en jonglages sonores sans empiéter sur Play ou 18. On se laisse porter par la nonchalance d’I Love to Move in Here jusqu’à l’apparition d’un couplet hip hop agaçant, le soufflet retombe et n’est plus rattrapé que par Live for Tomorrow (charnel) et The Stars (joliment étagé). On sauvera encore Sweet Apocalypse, une instrumentale qui furète du côté d’Underworld ; mais Melville nous a habitués à mieux et l’on passera un moment plus riche en réécoutant Moby, son premier album éponyme.

Moby – 18

Trois ans après Play, pour son sixième album Moby ne change pas la recette et poursuit ses assemblages de rythmes downtempo et samples vintage… Il y a la voix dépouillée de Maria Taylor (Great Escape) ou Dianne McCaulley répétant la même phrase sur tous les tons (One of These Mornings) ; Another Woman évoque la disco soul de Dimitri From Paris tandis que le titre éponyme rappelle Robert Wyatt au piano… Et si l’effet de surprise est passé, les tubes de Play ayant été exploités jusqu’à la lie ; cette façon d’accrocher en quelques mesures et de voir où va se greffer la prochaine ritournelle tient en haleine, les 18 chansons s’écoutent d’une traite non sans avoir livré de nouvelles pépites : In My Heart où l’on retrouve le groove mélancolique de The Shining Light Gospel Choir, Harbour avec Sinéad O’Connor aussi en forme que chez Massive Attack, l’irrésistible The Rafters et l’attendrissant I’m Not Worried at All…  Alors voilà, au risque de me répéter : Moby fait du Moby, et il le fait bien.

Moby – Play

Paru la même année que Surrender, le cinquième album de Moby contient 18 chansons dont 8 sont sorties en single. Alors que plus personne ne se bouscule pour publier ses disques, c’est en écoutant les enregistrements du musicologue Alan Lomax que Moby s’approprie ces chants de prisonniers et travailleurs ruraux des années 30, mais aussi le blues de Vera Hall ou la folk de Bessie Jones ; donnant à ses compositions electro une touche inédite et qui fera date… Honey, Find My Baby ou Natural Blues : autant de boucles de voix addictives érigées en morceaux devenus cultes, associées à un sens musical privilégiant la simplicité…  Moby se dévoile aussi au chant (Porcelain) et fait monter l’émotion avec un piano et un sample de gospel (Why Does my Heart Feel so Bad?) ; aussi à l’aise dans le hip hop (Bodyrock) que le trip hop assaisonné de blues (Run On) ou doublé de synthés ambient à rendre liquide (My Weakness) sur ce disque dont chaque titre laisse une trace particulière ; pierre angulaire d’un artiste désormais reconnu et qui va pouvoir s’en donner à cœur joie.