Mike Oldfield – Ommadawn

Troisième album studio de Mike Oldfield, Ommadawn paraît en 1975. Avec ses flûtes irlandaises et ses chœurs éthérés, la première partie semble revenir sur les terres d’Hergest Ridge lorsqu’au milieu des guitares surgit un rythme tribal suivi d’une improvisation de la fidèle Clodagh Simonds ; parmi d’autres enchaînements raffinés jusqu’au climax… La forêt s’épaissit en seconde partie, où les cordes sont prises dans un essaim de claviers avant un grand coup de vent dans la prairie ; Paddy Moloney s’invite à la cornemuse et le pique-nique se prolonge, Leslie Penning sort sa flûte et Mike demande si quelqu’un sait où sont les verres à whisky… Celtique et ambient comme une version champêtre de Rubycon sorti la même année, Ommadawn est mon album préféré ; d’une courte tête devant le revanchard Amarok, collage culotté de 60 minutes écrit par Oldfield en 1990 pour protester contre le désinvestissement de Virgin à l’égard de sa musique.

Mike Oldfield – The Orchestral Tubular Bells

Enregistrée en 1974, la version symphonique des Tubular Bells a été dirigée par David Bedford et interprétée par le Royal Philharmonic Orchestra, Mike interprétant certains passages à la guitare. De la montée en puissance des cordes en première partie au lent déploiement des flûtes dans la seconde, avec un final étincelant et qui nous épargne la cocasse énonciation du « maître de cérémonie » de 1972, la richesse des instruments classiques se prête très bien aux variations de la musique de Mike Oldfield… C’est avec cet album que j’ai découvert son œuvre et je continue de le situer à proximité des Planètes, un univers à part entière est déployé et le petit jeu de la comparaison avec l’original disparaît bientôt ; aussi et malgré l’opportunisme éhonté d’un tel exercice discographique, j’admets que c’est vers cette seconde version que j’ai tendance à revenir…

Mike Oldfield – Hergest Ridge

Après avoir tranquillement marqué le début des années 70 et assis la réputation de Virgin avec Tubular Bells, Mike Oldfield revient deux ans plus tard avec Hergest Ridge, du nom de la colline près de laquelle il s’est réfugié dans une maison de campagne après le succès de son premier opus… On y retrouve ses instruments favoris et sa manière de les étager, déroulant une symphonie pastorale où les guitares respirent (Part One), rejointes par une chorale et quelques glockenspiels… La chanteuse irlandaise Clodagh Simonds entonne un dialecte obscur en seconde partie, bientôt éclipsé par un déluge d’accords flamboyants où les guitares surnagent comme des loups baladeurs ; dont la durée et l’atmosphère qui s’en dégage apportent à cet album une touche hardie. Aspirant au calme, Oldfield s’est finalement lâché et même si son rock progressif n’atteint pas au grandiose d’un Christian Vander, ses escapades réservent de jolies surprises.

Mike Oldfield – Tubular Bells

Mike Oldfield est un musicien britannique de rock progressif né à Reading en 1953. Sa sœur ainée est chanteuse et son frère flûtiste, il reçoit une guitare à l’âge de 7 ans et enregistre la première version des Tubular Bells dix ans plus tard, sur un magnéto bidouillé où il superpose les sons des instruments… Sa rencontre avec Richard Branson est déterminante, qui crée le label Virgin en 1972 et y fait figurer Oldfield parmi ses premiers artistes… Innovant pour l’époque, le disque est constitué de deux parties de 24 minutes chacune, essentiellement instrumentales comme un Boléro rock montant en puissance à chaque minute, imbriquant mélodies et chœurs allègres, clochettes… La Part 2 est plus fébrile avec ses voix gutturales, son chien hurlant et la reprise d’une danse traditionnelle ; aboutissant à un périple dépaysant et bien dosé où germe aussi la musique ambient à la façon de Harold Budd.

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Pour le Printemps de Bourges 2009, la cheffe d’orchestre Laurence Equilbey dite « Iko » convie des artistes de la scène electro le temps d’un spectacle restitué sur ce cd paru chez Naïve, qui ont carte blanche pour réviser leurs classiques. Ça démarre mollement avec Marc Collin et Emilie Simon, puis le DJ Para One revisite Mozart avec son Requiem Fragment, où le chant est électrisé façon Hot Butter ; mais le noyau dur est à venir avec les deux contributions de Murcof : Amor où le chant de Piana s’insinue entre des cordes grinçantes, flûté comme une Stina Nordenstam sous ventoline ; suivi de Death and Maiden où c’est Schubert qui a droit au grand jeu du mexicain, déployant des tourbillons de cordes où le temps se défait entre les tentures vermoulues… Avec une énième reprise de la Septième, Para One arrache un frisson avant d’exceller avec Passion et ses mouvements nerveux inspirés de Bach, de la gravité dans les chœurs et une voix off sibylline clôturant cette compilation inventive mais inégale, qui fait penser à Pierre Henry remixant sa Dixième onze ans plus tôt.

Eric Serra – Subway

Né à Saint-Mandé en 1959, Eric Serra est un compositeur français généralement associé aux films de Luc Besson, depuis Le Dernier Combat à Lucy en passant par Nikita ou Subway dont il signe la bande originale en 1985. Multi-instrumentiste autodidacte, ses vignettes jazz-pop illustrent ce polar où Christophe Lambert tombe amoureux d’Isabelle Adjani (Dolphin Dance) tandis que Michel Galabru poursuit un Jean-Hugues Anglade en pickpocket à roulettes (Burglary)… La basse de Serra résonne dans ces couloirs filmés comme un clip vidéo, Man. Y et Congabass évoquant Stanley Clarke ou Bill Bruford. Le saxo de Song to Xavier rappelle Taxi Blues et Arthur Simms se fait un nom avec le tube de métro It’s Only MysteryDrumskate rappelant Jean Reno dans le rôle du batteur incoercible… Avec son scénario alambiqué et ses dialogues niaiseux, Subway n’a pas aussi bien vieilli que Diva tourné quatre ans plus tôt ; mais sa musique est cool et n’en reste pas moins emblématique des années 80.

Starsailor – Love is Here

Formé à côté de Manchester en 2000 par le chanteur James Walsh et le batteur Ben Byrne, le bassiste James Stelfox et le clavier Barry Westhead, Starsailor est un groupe de musique britpop. Leur nom rend hommage à Tim Buckley mais la voix de Walsh fait aussi penser à Jeff avec une pointe de Marillion ; repérés pour leurs talents scéniques ils sortent un premier album en 2001, Love is Here nimbé de mélancolie folk rock (Tie up my Hands, Poor Misguided Fool), avec des paroles au rasoir qui n’éludent pas la tristesse ordinaire (Alcoholic, She Just Wept). On retient son souffle avec Way to Fall, sa  paire piano et guitare évoquant Thom Yorke, de même sur Coming Down qui frôle l’état de grâce… Et même si sa voix éraillée est parfois bavarde (Lullaby, Fever), du haut de ses 20 ans James Walsh signe un premier opus enlevé et chaleureux. « Son, you’ve got a way to fall… »

Murcof – The Versailles Sessions

Sept ans après Martes, Murcof compose The Versailles Sessions, destinées au festival des « Grandes Eaux Nocturnes » du château de Versailles. Entouré de musiciens baroques, il transfigure les instruments et assène une première ruade avec Welcome to Versailles, où à des tamis sourds succèdent flûte et percussions fébriles… Le clavecin électrifié de Louis XIV’s Demons fiche la frousse, les doigts du roi squelettique luttant avec une horde de violoncelles ressuscités, un morceau de la trempe de Street Horrsing où des silences entretiennent le chaos entre deux déluges… Puis des chœurs dignes de Górecki prennent la main (A Lesson for the Future), un piano agonisant jusqu’à s’étouffer avant les affres lugubres de Death of a Forest,  relevées par une mezzo soprano crépusculaire… Spring in the Artificial Gardens foule les terres d’Earth et Lully’s « Turquerie » referme le bal comme il avait commencé, entre une flûte aérienne et un clavier désarticulé… Formant un amalgame hardi entre classique et electro, ces six saillies sonores laissent une trace intense et d’une cohérence que Murcof ne rééditera plus ; préférant par exemple singer Ligeti ou Satie sur l’album Statea paru en 2016.