The Alan Parsons Project – Ammonia Avenue

Paru deux ans après Eye in the Sky et d’apparence sympathique avec sa pochette symétrique et ses arrangements tout en douceur, Ammonia Avenue renferme des humeurs sombres… Prime Time est optimiste mais ça se gâte bientôt car si One Good Reason fait admirablement danser la stéréo, avec ce son clair et précis laissant de la place à la basse, les textes sont marqués par la mélancolie en évoquant l’incommunicabilité entre les hommes, et la solitude découlant du progrès technique effréné… Le saxo plaintif de Pipeline est carrément déprimant, et si le dernier titre s’achève sur une note d’espoir avec un rayon de lumière le long de l’Avenue Ammoniaque, nous voilà bien seuls au milieu de ces tuyaux sans queue ni tête… Les photos sont signées Fell et Hurworth, celle refermant le livret montrant des laborantins ayant la tête ailleurs. Quant à la couverture, avez-vous déjà songé à la tourner de 90 degrés ?

The Alan Parsons Project – The Turn of a Friendly Card

Voici l’album qui m’a fait découvrir Alan Parsons dans les années 80, en vinyle bien sûr, j’y suis donc resté attaché et puis tout de même, avec Time il contient une des plus belles ballades du groupe… Il y a aussi The Gold Bug, instrumentale envoûtante dans laquelle on entend la voix de Chris Rainbow, pour se clore avec la longue chanson titre The Turn of a Friendly Card, divisée en cinq parties teintées de musique baroque ; où les chants évoquent une geste de troubadours, où se mêle la rumeur d’une foule, où des guitares très rock reprennent finalement la main, en soutenant jusqu’au bout un florilège de cuivres… Un disque si vaste que chaque écoute est nouvelle, dont les textes évoquent le thème du jeu et du hasard, comme le suggère en couverture ce roi de carreau sur vitrail exécuté par Kevin Godley et Lol Crème, tous deux membres du groupe 10cc dans les années 70.

The Alan Parsons Project – Eye in the Sky

Sixième album et plus grand succès d’APP, Eye in the Sky paraît en 1982 et a longtemps fait passer aux oubliettes tout ce qui a précédé, non sans compliquer la réception des albums qui le suivront. Mais ne boudons pas notre plaisir en face d’un joli monument, car ce groupe méritait d’en ériger un même si ce n’est pas celui que les fans auraient élu… Ça démarre par un prélude nommé Sirius, progressif bien entendu et aussitôt enchaîné par Eye in the Sky, bijou vocal et instrumental chanté de concert par Parsons et Woolfson. On est scotché et ça va continuer avec la douceur de Gemini, puis le jeu d’échos de Psychobabble annonçant Mammagamma, autre morceau phare faisant penser à Ummagumma, une allusion plutôt qu’une référence à Pink Floyd, précurseur de l’electro puisqu’il a été composé à l’aide d’un des premiers échantillonneurs Fairlight CMI, adopté la même année par un certain Peter Gabriel… Le livret délivre sobrement les paroles, ornées d’une poignée d’hiéroglyphes.

The Alan Parsons Project – Pyramid

Paru en 1978, Pyramid est le troisième album d’Alan Parsons. L’ayant acquis tardivement j’ai choisi l’édition comprenant les titres bonus, mais plutôt par curiosité que pour profiter d’une version remastérisée car la qualité de la production est présente dès l’origine sur tous les disques d’APP… Là encore, des instrumentales qui restent dans les mémoires émaillent l’album, en effet comment oublier le torrent d’Hyper-Gamma-Spaces, électrisant dès la première écoute ? Et si certains titres perdent de leur mystère avec le temps, In the Lap of the Gods évoque un grand moment de cinéma (imaginaire cette fois), suivi de l’oriental Pyramania… Au bout du compte, l’ensemble divertit et les bonus prolongent la découverte, en particulier la démo de What Goes Up ou l’on entend la « little voice » de Parsons improviser sur la chanson en cours d’élaboration. Entre photos d’époque, collages et chroniques, le livret de cette réédition est soigné.

The Alan Parsons Project – I Robot

Après Edgar Allan Poe, pour son second album paru en 1977 Alan Parsons s’est intéressé à l’univers de l’écrivain Isaac Asimov, I Robot étant le titre de son premier recueil de nouvelles à l’origine des trois célèbres lois de la robotique… Si nous sommes toujours dans un son largement instrumental, à l’image du morceau titre mélangeant chœurs dramatiques et nappes de synthé futuristes, la tendance à la mélodie s’affirme bientôt, Day After Day évoquant les Pink Floyd lorsque Total Eclipse prend soudain le pas, étonnamment proche du sombre Lux Aeterna que composa György Ligeti en 1966, utilisé deux ans plus tard par Stanley Kubrick dans A Space Odyssey… Le final manque un peu de panache mais si cet album n’incarne plus vraiment l’aspect conceptuel du précédent, il demeure riche en surprises. Son livret propose l’ensemble des paroles ainsi qu’un amusant montage signé Eric Woolfson, à partir de photos d’escalators prises à l’aéroport de Paris Roissy.

The Alan Parsons Project – Tales of Mystery and Imagination

The Alan Parsons Project a été créé en 1975 par les Britanniques Eric Woolfson et Alan Parsons. Ce dernier débute une carrière d’ingénieur du son chez EMI, contribuant à plusieurs titres des Beatles et plus tard aux albums des Pink Floyd… Disons-le d’emblée, Tales of Mystery and Imagination est de loin leur meilleur ouvrage. En hommage à l’univers d’Edgar Allan Poe, il se situe dès les premières notes aux confins du fantastique, le titre A Dream within a Dream contenant déjà ce qui deviendra la patte sonore du groupe, un démarrage lent progressant vers des guitares déliées, basse et batterie structurant le tout vers l’apothéose… C’est au label Mercury que l’on doit la première édition sur cd de cet album paru en 1976, où l’on entend à plusieurs reprises la voix d’Orson Welles réciter des extraits de Poe, ajoutant à la force d’évocation de ces chansons semblant n’appartenir à aucune époque… Richement illustré, le livret distille de nombreuses informations sur la genèse du projet. On y apprend que The Raven est le premier titre rock à utiliser l’effet vocoder.

L’Age d’Or du Disco

Scorpio Music est un label indépendant français, créé en 1976 par Henri Belolo et qui contribua à la vague disco du début des années 1980. On lui doit également d’avoir révélé Break Machine, en 1984 avec le titre Street Dance. Le jour où j’ai déniché cette compilation, je n’ai pas hésité car elle contient deux des plus grandes chansons disco jamais écrites : Upside Down et Funkytown… Bien sûr, que les Village People entonnent leur éloge des auberges de jeunesse n’était pas pour me déplaire, ni que Donna Summer me gave de son « truc chaud » et encore moins qu’Evelyn Thomas délivre son légendaire High Energy. Si en plus je pouvais acquérir un single de Patrick Juvet et un autre de Cerrone pour la postérité du disco français, tout en exacerbant ma libido avec les rugissements d’Eartha Kitt, il n’allait plus rien manquer à ma panoplie de nostalgique en pattes d’éléphant ! Côté livret, on se contentera d’un indien en couverture peint par Djaeff Mahler, et de la liste des chansons… Alors quoi, ne vas-tu pas m’emmener à la ville funky ?

Air – Moon Safari

Air est un groupe français fondé par Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, passionnés de synthétiseurs analogiques avec lesquels ils ont construit un son très identifié, les assimilant à la French Touch… J’ai acheté Moon Safari douze ans après sa sortie ; en 1998 où même sur FIP on nous rebattait les oreilles avec le suavissime Sexy Boy, je n’étais pas vraiment acquis à cette Air-mania ambiante, préférant le travail moins convenu du groupe Mellow, issu de la même mouvance et dont le membre cofondateur, Patrick Woodcock, a contribué à deux titres sur Moon Safari. Il fallait pourtant s’y faire, Air allait peser et l’on n’entendrait bientôt plus parler des autres… Avec le recul, j’appréhende désormais ce disque comme un gentil paquet d’envolées cosmiques, rehaussé par All I Need et You Make it Easy, deux chansons interprétées par l’étonnante Beth Hirsch. Illustré par le designer Mike Mills, le livret est agréable et contient toutes les paroles.