Alain Bashung – Osez Joséphine

Lorsque Bashung s’envole pour Memphis, à l’occasion de son album Osez Joséphine qui y sera largement enregistré, c’est pour faire le plein de reprises en s’abreuvant aux sources du blues folk, avec Nights in White Satin et She Belongs to Me, du rock’n roll avec Well all Right et même de la country sur Blue Eyes Crying in the Rain. Autant d’hommages à cette musique qu’il aimait tant, que ce soit The Moody Bues, Bob Dylan, Buddy Holly ou Willie Nelson ; et l’on sent le plaisir qu’il a pris à réaliser ce vieux rêve, même si le côté « back to the roots » offre un contenu assez convenu. Mais personne n’a oublié le clip de Mondino sur Osez Joséphine, où un cheval blanc tourne autour d’une piste de cirque, avec au milieu la guitariste aux glissando hennissant, tandis que les rêves de Madame nous rappellent les soirées ciné sur Arte…

Alain Bashung – Novice

Qu’est-ce qu’on fait quand un disque rappelle tellement de souvenirs qu’on a tout de suite envie de passer au suivant ? On écoute dans son coin les morceaux qui font mal, on avale une grande gorgée et on y retourne ; d’autant qu’il s’agit d’une œuvre majeure, à l’épreuve du temps et dont l’appréciation ne saurait être usurpée par la nostalgie… Septième album de Bashung, Novice sera celui de l’arrivée du parolier Jean Fauque et du départ de Boris Bergman, qui tire sa révérence en beauté, signant les trois joyaux que sont Légère éclaircie, Alcaline ou Intrépide Malgré la Fièvre, tandis que Fauque reste en retrait sur Tu m’as Jeté ou Etrange Eté. Mais l’alliage musical est si fort qu’il soude tout le monde autour du même besoin de liberté, dont le travail de Bashung n’a jamais pu se passer très longtemps. Un combat qu’il va livrer bien entouré : du guitariste Phil Manzanera des Roxy Music au clavier de Wire, mais aussi Dave Ball de Soft Cell… Rien à jeter de ce Novice pour initiés, synthétique comme une révolution.

Alain Bashung – Figure Imposée

Après le voyage organisé en noir de Play Blessures, Bashung nous offre dix pièces d’espièglerie dorées sur tranche. Rejoint par Pascal Jacquemin, un jeune auteur en verve, nous obtenons un Horoscope funky récité comme une litanie, de même avec les truculents Hi et Lou Ravi, cette manière suggérant la voie qu’Alain empruntera par la suite, également illustrée sur Imbécile et le retour discret mais inspiré de Boris Bergman. Avec What’s in a Bird pour passer à la radio, la musique de Figure Imposée continue de nous faire visiter le domaine d’un joueur désarticulé, dont l’art de distiller ses petits effets sonores entre amis oriente Chaque Nuit Bébé vers l’amertume, Élégance vers la douceur, les mots résonnant sans faire cloche, se mêlant sur un terrain poétique très ouvert, où chacun peut circuler. Expérimental dans l’âme, peut-être un peu bancal mais jamais banal. Les textes garnissent le livret, la peinture de couverture est signée Pierre Buffin.

Alain Bashung – Passé le Rio Grande

Les albums Play blessures et Figure Imposée n’ayant pas convaincu le grand public, plutôt séduit par le 45 tours S.O.S Amor sorti de façon isolée en 1984, on devine que Bashung a subi une certaine pression au moment de sortir Passé le Rio Grande… Retrouvant Boris Bergman, il enchaîne les titres Malédiction et L’Arrivée du Tour, puis obtient une Victoire de la musique en 1986. De tels succès sont un mal nécessaire, et on ne pouvait que les lui souhaiter, néanmoins ils font de cet album un objet assez désuet, d’autres titres confirmant cette perte de feeling, entre les fades Rognons 1515 à un Chat qui se la raconte. Heureusement, Douane Eddy et Milady nous transportent entre rock et folk, tandis qu’à l’harmonica, Alain repeint le saloon sur Dean Martin… Textes intégraux au menu du livret, et ils sont souvent bons, photos de Bernard Matussière et Beb Deum.

Alain Bashung – Live Tour 85

Chez Bashung au moins, les versions live sont vraiment différentes des enregistrements studio. Cet album était le second que j’achetais de lui, l’année où Passé le Rio Grande m’avait transmis le besoin d’approfondir réellement ce chanteur. Et comme j’ai complété tardivement les trois premiers albums, j’ai pu constater l’énorme différence de style entre Imbécile sur scène et en studio, idem pour Martine Boude ou Volontaire, la balance penchant toujours en faveur du concert ! C’est une tendance que j’éprouve rarement, mais Bijou Bijou est encore plus décoiffant et Les Petits Enfants chutent sur fond d’orgue de barbarie, enchaînés par une version cyclonique de Junge Männer ; même Gaby se la joue speedée… À noter la présence du tubesque S.O.S. Amor, et pour conclure l’album une reprise en studio de Hey Joe, en français dans le texte.

Alain Bashung – Play Blessures

Gare à l’inflexion, Bashung ne s’en laisse pas conter et digère mal la perspective de devenir une machine à tubes, au point de prendre ses distances avec l’ami Bergman, lui préférant Serge Gainsbourg qui coécrira la plupart des textes de Play Blessures. Un postulat radical amplifié par le choix d’une musique avant-gardiste pour l’époque, surfant sur la vague new wave pour mieux s’y noyer, le dénuement qui règne ici évoquant plutôt le style cold wave, loin des synthés proprets d’Indochine et consorts. Ça commence avec C’est Comment qu’on Freine, auquel les radios FM s’étaient tout de même raccroché, prochain arrêt Volontaire suivi de la lente descente vers Martine Boude, indomptable Lolita, sans oublier Junge Männer qu’on ne peut pas s’empêcher d’écouter deux fois de suite. Mais j’évoquerais aussi les instrumentales Prise Femelle et Procession, qui montrent avec quel naturel Bashung parvient à installer des ambiances efficaces, offrant de petites respirations le long d’un parcours sur la corde raide. Il y a les paroles dans le livret, côté photo c’est Mondino qui s’y colle.

Alain Bashung – Pizza

Après Gaby oh Gaby, qui me rappelle mes 12 ans mais n’a sinon rien de remarquable, l’Alsacien confirme le tir avec les singles Vertige de l’Amour et surtout Rebel, car pour ma part c’est avec ce 45 tours que je me suis intéressé à Bashung pour la première fois. « Yé n’en pé plou… » La face B, Reviens Va-t-en est d’ailleurs tout aussi drôle et désabusée, ces deux chansons incarnant bien le virage rock par rapport à Roulette Russe, ainsi que l’accroissement du nombre de jeux de mots par phrase, grâce à Boris Bergman et avec plus ou moins de bonheur. Savoureux sur les titres précités ou encore Aficionado, à se vouloir trop surréalistes certains textes finissent par tourner en rond… Pizza est un album éparpillé et finalement plutôt sage, il calera un petit creux mais si l’on a vraiment faim, on passera directement à Play Blessures. Au menu du livret : photos de Bounan Gassian et paroles à volonté.

Alain Bashung – Roulette Russe

Alain Bashung est un auteur-compositeur-interprète et acteur, né à Paris en 1947. Son enfance se passe en Alsace, auprès de sa grand-mère. Il monte plusieurs groupes, sort quelques 45 tours et produit son premier album en 1977, Roman Photos avec le parolier Boris Bergman. Le succès arrive trois ans plus tard, avec Gaby oh Gaby suivi de l’album PizzaRoman Photos ayant été renié par l’artiste, Roulette Russe peut être considéré comme son premier album, dans sa version de 1979 car le prochain pressage sera dénaturé afin d’y faire rentrer Gaby, carrément en ouverture et en supprimant Milliards de Nuits dans le Frigo. Mais il y a pire : la production a décidé de supprimer Les Petits Enfants, une berceuse à tomber écrite par Daniel Tardieu ; car Roulette Russe est d’abord un album ombrageux, qui ne s’ouvre pas par hasard sur Je Fume pour Oublier que tu Bois, et dont on sort éperdu avec Toujours sur la Ligne Blanche ; deux morceaux où l’on entend bien la guitare basse, deux incontournables à ne pas manquer sur le Live Tour 85. Le livret contient toutes les paroles, et mon exemplaire sent encore le rouge à lèvres.

Béla Bartók – Microcosmos

C’est afin d’initier son fils au piano, âgé de 8 ans en 1932, que Bartók a composé ces 153 petits exercices, dont voici un aperçu : la plage 25 regroupe à elle seule Variations libres, Sujet et renversement, Ce que la mouche raconte et Arpèges divisés. Ceci pour avoir une idée du sérieux de l’entreprise, mais aussi de sa légèreté en donnant effectivement la parole à une mouche, car à l’écoute on n’a pas l’impression d’exercices laborieux mais plutôt d’une suite de vignettes, à l’image du Clavier bien Tempéré. La difficulté des travaux va croissant, chaque morceau présentant un problème particulier pour l’apprenti pianiste, mais nous restons bien dans un « petit monde conçu pour l’enfant », disait le compositeur, idéal pour se relaxer le soir, et à volume modéré cela donne l’impression d’habiter à côté d’un voisin très doué. L’interprétation est de Claude Helffer, le livret détaille les morceaux et étanche notre soif de précisions.

Béla Bartók – Les Concertos pour Piano et Orchestre n°1, 2 et 3

Béla Bartók est un compositeur hongrois né en 1881. Il signe ses premières compositions dès 11 ans, en 1905 l’ethnomusicologue Zoltán Kodály lui fait découvrir la musique folklorique hongroise, qui deviendra la base de ses recherches musicales. Exilé aux États-Unis en 1940, il refuse tout poste académique et préfère se consacrer à son travail ; il écrit ses derniers concertos en 1945 et meurt la même année d’une leucémie… Sous la baguette de Ferenc Fricsay, qui eut pour professeur Béla Bartók, le pianiste Géza Anda exécute ces concertos réputés très difficiles à jouer. Dès les premières mesures se succèdent des accords francs, escortés par les cuivres jusqu’aux grandes manœuvres de cordes égrenées ou fracassantes, dialoguant avec les percussions, le piano lui-même devenant un instrument de frappe, nos oreilles abreuvées de touffes imprévisibles. Préférence pour le Second Concerto qui démarre comme une ripaille, évolue vers le conte de fée et se termine en chasse infernale. Un bon film d’aventure, en somme.