Béla Bartók – Les Concertos pour Piano et Orchestre n°1, 2 et 3

Béla Bartók est un compositeur hongrois né en 1881. Il signe ses premières compositions dès 11 ans, en 1905 l’ethnomusicologue Zoltán Kodály lui fait découvrir la musique folklorique hongroise, qui deviendra la base de ses recherches musicales. Exilé aux États-Unis en 1940, il refuse tout poste académique et préfère se consacrer à son travail ; il écrit ses derniers concertos en 1945 et meurt la même année d’une leucémie… Sous la baguette de Ferenc Fricsay, qui eut pour professeur Béla Bartók, le pianiste Géza Anda exécute ces concertos réputés très difficiles à jouer. Dès les premières mesures se succèdent des accords francs, escortés par les cuivres jusqu’aux grandes manœuvres de cordes égrenées ou fracassantes, dialoguant avec les percussions, le piano lui-même devenant un instrument de frappe, nos oreilles abreuvées de touffes imprévisibles. Préférence pour le Second Concerto qui démarre comme une ripaille, évolue vers le conte de fée et se termine en chasse infernale. Un bon film d’aventure, en somme.

Jean Bart – Affaire Classée avec Fracas et Pertes, j’en ai Trop vu, des Mûres et des pas Vertes.

Jean Bart est un auteur-compositeur-inteprète suisse né en 1961. Il est remarqué par Jean-Jacques Burnel, le bassiste des Stranglers, et en 1993 publie à 500 exemplaires Égoïste dans un Corps en Solo, son premier album. Il en enregistrera quatre autres avant de se tourner vers le théâtre, entre adaptations littéraires et spectacles mêlant ses propres chansons.… Affaire Classée avec Fracas et Pertes, j’en ai Trop vu, des Mûres et des pas Vertes. Voilà un titre à rallonge où chaque mot a été pesé, il suffit d’écouter trois fois l’album pour s’en convaincre. Pas moins, au risque de passer à côté. Un voyage qui commence fort avec Le Coup du Platane, se poursuit entre un Automne désabusé et cet Amoureux Diminué nous conduisant au point d’orgue Satie-sfaction, morceau écartelant entre piano décharné et bruitages provenant de sculptures de Jean Tinguely. Et toujours cette voix détachée mais brûlante, où se mêlent collages raffinés sur J’ai Beau, obsessionnels avec Modern Style. On termine en train de nuit avec une Onde Vagabonde moins fermée qu’au début, en refermant ce digipack que l’on bichonne.

Syd Barrett – Opel

Paru en 1988, Opel regroupe à la fois des titres inédits et des versions alternatives à celles déjà présentes sur les deux albums officiels de Barrett : The Madcap Laughs et Barrett. Pour autant, les variations sont bien réelles entre le retour d’interprétations brutes de décoffrage, comme Birdie Hop, une ballade touchante, ou bien Milky Way et sa guitare enfantine, Let’s Split qui comme son nom l’indique est réellement coupée en son milieu par Syd lui-même. Si l’on ajoute l’inventaire déclamé de Word Song, l’instrumentale de Golden Hair et la chanson titre Opel, aussi aboutie que peuvent l’être Terrapin ou Baby Lemonade, on obtient bien un troisième album qui tient la route, et contient comme les autres un dernier quart d’heure de prises de son encore plus expérimentales. De quoi puiser longtemps aux sources de celui qui fut à l’origine du plus grand groupe de rock psychédélique. Conçu par Phil Smee, le livret est à la hauteur des deux précédents.

Syd Barrett – Barrett

Sorti la même année que The Madcap Laughs, le second album de Syd Barrett n’était sans doute pas dicté par une quelconque urgence commerciale, on a pourtant le sentiment qu’il fallait faire vite, et continuer à saisir ce qui pouvait encore l’être. Il en résulte un disque moins écartelé que le premier, où les chansons se succèdent à un rythme plus serein, de la triste et tranquille Baby Lemonade à une lancinante partie de Dominoes, mon morceau préféré, puis vient la récitation sur Rats, qui nous submerge tandis que Gigolo Aunt nous ramène au style attendu des Pink Floyd, et l’on sent bien que le groupe est plus à son aise que l’autre fois, sur cet album où ils sont à nouveau venus donner de l’écho aux soubresauts de l’éternel ami, qui renaît et puis s’en va d’un titre à l’autre, dans un état de grâce rendant ce disque plus abordable que le précédent, même si les deux sont indissociables. Couverture et livret sont à nouveau signés du collectif Hipgnosis, avec des photos remarquables.

Syd Barrett – The Madcap Laughs

Syd Barrett est né à Cambridge en 1946. Il retrouve son ami d’enfance Roger Waters vingt ans plus tard, ainsi que Rick Wright, Nick Mason et Bob Klose au sein du futur groupe Pink Floyd. Il compose l’essentiel de leur premier album, The Piper at the Gates of Dawn, mais son usage prolongé du LSD aura raison de lui, il enregistrera encore deux albums solo avant de se retirer du milieu artistique, et mènera une vie solitaire et anonyme jusqu’à sa mort en 2006. Seul maître à bord de The Madcap Laughs, Syd donne le ton dès Terrapin, lente confidence aux abois portée par une guitare éplorée, au contraire de Love You, enjoué comme une comptine. No Man’s Land se déclare en une minute avant de s’évanouir dans un monologue maison, là où If it’s in You est vite avorté dans un déraillement troublant, qui retombe comme disparaissent les pièces d’un puzzle dont on ne verra jamais le motif. Une sincérité que les instruments essaient de suivre au plus près, incluant les hésitations de ce « fou qui rigole », littéralement le titre de cet album auquel on s’attache rapidement.

Bark Psychosis – Hex

Formé à Londres en 1986, Bark Psychosis est un des premiers groupes à avoir été qualifié de post rock. Ils enregistrent Hex fin 1992, en partie dans une église. Selon Graham Sutton, chanteur : « l’espace et le silence sont les outils les plus importants en musique. » Avec The Loom on décolle sur un piano mélodieux, les cordes suivent en douceur, flattées par une voix posée, des percussions légères s’animant sur la fin, vers A Street Scene qui nous entraîne dans un riff de basse où se déchirent quelques accords lointains ; la voix soudain s’efface, laissant le morceau s’éteindre le long de guitares ralenties… Orgue Hammond, vibraphone, mélodica, la palette est vaste sur ce disque où chaque instrument arrive à point nommé, dans un déroulé ininterrompu de textures fertiles, que l’on apprivoise au fil des écoutes. La mélancolie sur Absent Friend, l’anxiété avec Eyes and Smiles ou l’abstraction du Pendulum Man, conclusion fugace de cet objet musical non identifié. Hex vous jette un sort, Hex côtoie parfois les Talk Talk, eux qui dès 1988 entamaient l’un des plus beaux virages de l’histoire de la musique.

Barclay James Harvest – Victims of Circumstance

Treizième album de BJH, Victims of Circumstance est clairement orienté progressif, avec un soupçon de pop quand les guitares se la jouent Alan Parsons, par exemple sur le très inspiré Watching You, ou bien I’ve Got a Feeling, sorte de ballade synthétique. Les voilà eux aussi en plein dans la moulinette des années 80, ce qui n’est pas un mal en soi mais avouons que j’ai surtout racheté ce disque pour me remettre en mémoire des titres que je n’avais plus entendus depuis vingt ans. Oui, les guitares ont un peu mis au placard leur amplitude psychédélique, mais des titres résistent au temps comme le rock’n roll Inside my Nightmare ou les déconvenues d’un usager de drogues, un thème assez récurrent chez Barclay, mais aussi le militant Victims of Circumstance, dénonçant le populisme en politique. Le livret propose les paroles, le clown en couverture est signé Ian Kay chez Cream.

Barclay James Harvest – Live Tapes

Le double vinyle Live Tapes a été l’une de mes premières expériences de concert sur disque, que j’avais tenu à retrouver en cd dès le début des années 90. C’est chez mon cousin que j’avais fait ma première rencontre avec Barclay James Harvest, impressionné par leurs pochettes ornées de papillons, celle du vinyle Turn of the Tide étant toujours aussi forte. Le livret de Live Tapes est plus sobre, avec les photos des musiciens et en couverture ces bandes magnétiques où un papillon a été incrusté, un montage signé Jo Mirowski comme un sceau de qualité devant ces 80 minutes entre folk et rock psychédélique, qui font faire le tour des plus belles chansons du groupe. Avec des textes évoquant les années Woodstock, Child of the Universe, Mockingbird ou encore le ténébreux Suicide, voilà de quoi planer entre guitares et claviers au gré d’un son de grande qualité, ajoutant à leur musique ce supplément d’âme qu’offrent les enregistrements live, quand ils sont produits avec le soin qu’ils méritent.

Barclay James Harvest – Gone to Earth

Groupe emblématique du rock psychédélique, BJH s’est formé en 1966 autour des Britanniques John Lees, Woolly Wolstenholme, Mel Pritchard et Les Holroyd. Ils rencontrent le succès avec l’album Everyone is Everybody Else, qui contient Child of the Universe. Le concert qu’ils donnèrent en 1980, à Berlin ouest et en plein air devant le Reichstag, est resté célèbre. Même s’ils chantent souvent à plusieurs en même temps, pour moi Barclay c’est d’abord une seule voix au diapason d’un style, comme l’était celui de Supertramp jusqu’en 1983. En plus moelleux bien sûr, car Sea of Tranquility nous emmène dans l’espace, tandis que Jésus s’invite sur Hymn pour calmer ceux que tentent les drogues « dont on ne redescend pas. » Sans oublier le célèbre Poor Man’s Moody Blues, écrit en réaction à un journaliste qui s’était moqué du groupe en évoquant leurs aînés The Moody Blues, d’où la ressemblance manifeste avec le succès de 1967, Nights in White Satin. Parmi les inédits de cette version remastérisée, offrant par ailleurs un livret nourri d’infos et de photos d’époque, la version live de Medecine Man se démarque. Longues plages de solos de guitares.

Bang Gang – Ghosts from the Past

Cinq ans après le mélodique Something Wrong, Bardi Johannsson revient avec un disque sur lequel il interprète la plupart des chansons, lui donnant une unité proche de celle d’un album de ballades folk, même si l’enrobage possède encore la patte electro qui fait le son de Bang Gang, ainsi que le recours à la voix gourde d’Esther Talia Casey. J’aime particulièrement I Know you Sleep, qui m’évoque l’atmosphère de Controlling Crowds, mais aussi l’endurant You Won’t Get Out, où chœurs, cordes et batterie nous emportent vers les cimes. Enfin il y a le très enlevé Stay Home, qui me donne aussitôt envie d’écouter le Morning Sci-Fi des Gallois de Hybrid. Un album d’une grande richesse, proposé dans une édition digipack monochrome jusqu’à la surface lisible du cd ; lac noir où se reflètent les constellations.