The Art of Noise – The Drum and Bass Collection

Pour la plupart jeunes DJ, les groupes invités ici se réapproprient les chansons originales en les déconstruisant de part en part, puis s’appliquent à tisser dessus leurs propres textures, donnant un résultat créatif et qui honore l’esprit pionnier de The Art of Noise. Cinq ans après The Fon Mixes, nous voilà en présence de morceaux clairement orientés drum and bass, avec parfois ce côté lounge dans les pauses marquées au milieu des compositions, nettement plus longues que les versions originales et dont l’enchaînement donne l’impression d’une continuité, un voyage de plus d’une heure durant lequel je recommande trois arrêts en gare d’Ode to Don Jose, d’Opus 4 et d’Eye of a Needle. Le livret donne la parole à ces onze DJ en devenir, au détour d’une petite citation personnelle et après avoir décrit leurs parcours.

The Art of Noise – In No Sense ? Nonsense !

Après mon intoxication post-adolescente à base d’In Visible Silence, j’allais embarquer pour une longue période alternative entre cold wave et indie, au point d’ignorer The Art of Noise pendant presque vingt ans… C’est donc avec un certain recul que j’ai acquis ce troisième album, passée l’euphorie de ma jeunesse et musicalement un peu plus affranchi. Si la veine avant-gardiste des débuts s’est estompée, les compositions restent inventives et tout compte fait, assez peu imitées ; même s’il est tentant de dire qu’Opus for Four ou Crusoe flirtent avec Vangelis, les cordes s’essayant à la pop symphonique, et que Dragnet fait immanquablement penser à Yello, un de mes favoris avec Roundabout 727, aussi court que percutant. Autant de vignettes sur un album qui n’a plus l’unité conceptuelle du précédent, mais se laisse écouter en dégustant un thé, comme font les silhouettes zébrées dans le livret.

The Art of Noise – In Visible Silence

Je ne suis pas près d’oublier la richesse des paysages sonores d’In Visible Silence, que j’écoutais en boucle en 1987 dans les autocars Greyhound, lorsque le bac en poche je partis découvrir la côte est des États-Unis. Où les boucles rythmiques de Backbeat donnent l’impression de changer d’état, où Legs déroule un tapis infernal de cordes et de batterie, riche de voix étranges, car The Art of Noise ce sont aussi des tranches de vie réaménagées, non documentées comme ce discours contre l’apartheid en introduction du dramatisant Instruments of Darkness, suivi du thème éculé de Peter Gunn, interprété par Duane Eddy auquel je préfère Camilla, piécette aux accents romantiques, ou encore le tonitruant Chameleon’s Dish. Le livret contient des photos en noir et blanc de Peter Ashworth, qui rappellent l’univers du film 1984 d’après le roman de George Orwell.

The Art of Noise – Daft

En 1983, lors d’une session d’enregistrement de l’album 90125 du groupe Yes, l’équipe de production de Trevor Horn utilise pour la première fois un riff de batterie sur l’échantillonneur Fairlight CMI, et l’agrémente d’autres sons bruts. Ainsi est né The Art of Noise, dont le nom fut trouvé par le journaliste Paul Morley, en référence à L’art des bruits de Luigi Russolo. C’est avec Who’s Afraid of que j’ai découvert ce groupe dès 1984, dont on retrouve tous les titres sur l’album Daft mais aussi ceux du premier maxi, Into Battle with the Art of Noise. De quoi replonger dans l’univers des « faiseurs de bruit », comme ils se nomment dans le livret illustré de leurs masques et pictogrammes si particuliers… Après une première écoute un peu décevante, je me raccrochai au légendaire Moments in Love ; mais c’est après quelques passages que me sont revenues les pièces vraiment subtiles du puzzle, ainsi l’enchaînement de Memento avec How to Kill, ou bien Close (to the Edit). Là, je me suis rendu compte que ce groupe a vraiment été aux origines de l’electro. Ça m’a foutu des frissons.

Louis Armstrong – Louis and the Good Book

Arrangés par King Oliver, qui contribua à faire connaître Louis dès 1922, ces douze morceaux sont souvent inspirés de l’Ancien Testament, Nobody Knows the Trouble I’ve Seen ou Go Down Moses évoquant les thèmes de la misère et de l’esclavagisme, intimement liés à la vie d’Armstrong. Cela n’empêche pas ce disque de dégager une bonne humeur communicative, la musique y étant comme toujours pleine de verve, la voix de Louis râpeuse comme on l’aime, secondée par un chœur de dix chanteurs. Je peux me passer en boucle Shadrak et Ezekiel Saw de Wheel, le groove de ce dernier étant renversant, car lorsque blues et negro spiritual se rencontrent sous la bannière du trompettiste, les anges sont juste à côté.

Arno – A Poil Commercial

Né à Ostende en 1949, Arno Hintjens chante aussi bien en français qu’en anglais et en néerlandais. Le public français le découvre en 1990, grâce à quatre chansons sur la bande originale du film Merci la Vie de Bertrand Blier. Connu pour son éclectisme musical, sa forte présence sur scène et son franc-parler, Arno est fantastique et le proclame d’emblée sur son huitième album solo, précisant que « nothing is real » avant de nous entraîner dans son lit, où cette fois il s’endort seul car « love is a big joke » dans ce second morceau electro, arrangé par l’élégant Craig Armstrong. Accordéon et guitare cohabitent sur Oh La La La, la ronde est gaie jusqu’à Mon Anniversaire qui fiche le cafard ; mieux vaut aller se saouler la gueule sous le balcon de Marie-Christine, dans une reprise de Nougaro plus vraie que nature. Tout l’album s’égrène ainsi, entre humour pince-sans-rire et envolées d’écorché, sur des ballades pêchues où l’on est à la fois fou et triste. À osciller ainsi entre le besoin d’être aimé et une affirmation de soi sans partage, c’est un peu nous-même qu’Arno met à poil.

Louis Armstrong – Jazzline

Louis Daniel Armstrong est né en 1901 à La Nouvelle-Orléans, où il a grandi dans un quartier désœuvré, assistant aux parades des brass bands. À 20 ans, il est l’un des premiers à jouer de la trompette en solo au sein d’une formation de jazz, et à chanter avec cette voix rauque, devenue légendaire et souvent associée aux débuts du scat, qui consiste à remplacer le chant par des paroles inventées ou des onomatopées. En jazz ou en classique, qui n’a jamais commencé par une anthologie pour s’intéresser ensuite aux bons enregistrements ? Pourtant on conserve parfois ces disques mal ficelés, parce qu’ils font partie de notre histoire ou contiennent un titre interprété d’une façon qui nous a marqués… Sorties sous la bannière Jazzline (d’où j’ai également sauvé un album de Miles Davis), ces chansons ont été enregistrées par Armstrong et ses All Stars à Pasadena, Chicago, Los Angeles, Milan et Stockholm. De Tin Roof Blues à When The Saints Go Marchin’ In, ce blues enjoué donne assurément des fourmis dans les jambes.

Louis Armstrong – Satch Plays Fats

Un an après avoir enregistré les chansons de W.C. Handy, Louis Armstrong incarne ici les grands succès de Fats Waller, avec lequel il n’a pu jouer qu’une seule fois, celui-ci n’ayant pas dépassé l’âge de 41 ans. Ain’t Misbehavin’ est un bijou de swing où chant et piano, trompette et batterie chaloupent à l’unisson, et sur Squeeze Me nous retrouvons les échanges parlés entre Velma Middleton et Louis, ce dernier alternant la voix et la trompette, soutenant le chant de Velma jusqu’au couplet suivant, à son tour accompagné par la clarinette ou le trombone. Le livret est garni, les photos des musiciens sont d’Art Maillet et cette édition révèle de nombreux bonus, en particulier les deux titres précités dans leur version de 1929, qui nous balancent hors du temps et où l’on entend Armstrong faire du scat.

Louis Armstrong – Plays W.C. Handy

Considéré comme l’un des fondateurs du blues, William Christopher Handy a écrit ses plus grands succès dans les années 20, parmi lesquels St. Louis Blues, déjà interprété par Bessie Smith et Louis Armstrong en 1925, et réenregistré sur ce disque parmi dix autres titres, en 1954 avec Velma Middleton à la voix. Sans être spécialiste en jazz, cet album m’a rendu moins inculte car il reprend plusieurs des titres qu’Armstrong jouait souvent sur scène, en nous plongeant aux sources du blues moderne. Ce disque s’écoute en savourant la décontraction des protagonistes, improvisant des échanges malicieux sur Loveless Love ou Hesitating Blues, ajoutant une touche d’humour à l’excellence musicale, la prise de son étant remarquable. Le livret contient une série de photos signées Guy Gillette, et tous les détails liés à la production.

Craig Armstrong – As if to Nothing

Né en 1959, l’Écossais Craig Armstrong publie deux albums chez Melankolic puis se spécialise dans les musiques de film, alignant les succès du Moulin Rouge de Baz Luhrmann à Ray de Talyor Hackford. De bonnes choses sur cet album, à commencer par la reprise du Starless de King Crimson, fidèle à l’esprit de Robert Fripp car elle incorpore le sample du solo de guitare original, et s’intitule sobrement Starless II. Un album qui donne envie d’écouter Red ne peut pas être mauvais… Par ailleurs ont été invités Wendy Stubbs d’Alpha et le trop rare Rupert Parkes, alias Photek, sur Hymn 2 morceau crépusculaire incarné par la soprano Catherine Bott. J’aime aussi Inhaler et ses barrissements d’éléphant asthmatique ; enfin, pour l’avoir vu en concert assisté d’une quarantaine de musiciens, je conserve un souvenir ému du morceau Waltz, où Antye Greie-Fuchs récite une suite d’instructions informatiques, dans une éloquente inversion de l’usage habituel, où ce sont des voix d’ordinateur qui s’efforcent de parler comme des humains, si possible avec émotion.