Clan of Xymox – Clan of Xymox

Clan of Xymox est un groupe de cold wave créé aux Pays-Bas en 1981 par Ronny Moorings, Anka Wolbert et Pieter Nooten. Subsequent Pleasures, un ep au tirage confidentiel, sort en 1984 sous le nom Xymox ; puis le groupe joue en première partie des Dead Can Dance avant d’être signé chez 4AD qui publie leur premier album éponyme. Ils sont aussi repérés par John Peel, qui leur consacrera deux Sessions à la BBC… Clan of Xymox s’ouvre sur A Day, un titre trépidant entre nappes de synthé dark et cordes new wave assorties d’une voix grave, installant une singularité que les morceaux suivants vont amplifier jusqu’à Stranger d’abord fantomatique, puis incantatoire dans un brouillard de gongs entremêlés, enchaînant vers une rythmique synth pop rehaussée d’effets parfois incongrus, qui relancent l’inquiétude et l’on ne sait plus s’il faut taper du pied ou se cacher sous la couverture. Et toujours ces voix sombres, y compris Anka Wolbert sur 7th Time ; aussi en dépit de quelques anecdotismes comme No Human can Drown, après ce coup de 4AD tous les espoirs sont permis au trio néerlandais.

Luciano Cilio – Dell’Universo Assente

Né à Naples en 1950, Luciano Cilio est un auteur compositeur italien. Aussi à l’aise à la guitare qu’au piano ou à la flûte, il va développer une approche intuitive de la composition en assemblant gestes, couleurs et dessins à l’image d’un peintre abstrait. Intitulé Dialoghi del Presente, son unique album paraît en 1977 ; six ans plus tard, à l’âge de 33 ans Luciano met fin à ses jours… Réédité en 2004, le disque est majoré de six titres interprétés par Girolamo De Simone, le compositeur à l’origine de sa redécouverte : Dell’Universo Assente (L’Univers Absent) s’ouvre sur un air de guitare rejoint par un piano où cordes et voix doucement se fondent ; ensuite une flûte et des percussions se répondent dans le lointain, puis un clavier cristallin égrène son inquiétude mais tous ces mots sont inaptes, se dérobent devant l’évanescence, l’inattendu, la poésie où me plonge à chaque fois ce disque venu d’ailleurs. Luciano Cilio vivait dans un monde qui lui appartenait trop, ou trop peu… Il nous en a laissé une trace poignante, à la manière d’un alcool blanc qui arrache.

The Cinematic Orchestra – Motion

The Cinematic Orchestra est un groupe de jazz downtempo créé en 1999 par le Britannique Jason Swinscoe. Né en 1972, il apprend la guitare à 8 ans et anime une émission de radio pirate en 1994 ; c’est aussi un DJ qui crée son propre club londonien, The Loop où les musiciens improvisent en direct la bande originale d’un film de leur choix… Entouré d’une pléiade de collaborateurs, en particulier le bassiste Phil France et le saxo Tom Chant, Swinscoe produit le premier album du Cinematic Orchestra en septembre 1999. Intitulé Motion, il paraît sur le label Ninja Tune et par son approche multiple du jazz et de l’electro parvient à installer différentes atmosphères : Hitchcock n’est pas loin sur Night of the Iguana tandis que le duo débridé basse et saxo de Bluebirds m’évoque une course poursuite sur autoroute ; And Relax ! déployant une rêverie qui trouve son apogée dans le morceau suivant, Diabolus terminant un premier album libre et raffiné, facile à apprivoiser.

Frédéric Chopin – Sonates pour Piano n°2 et 3/Fantaisie opus n°49

Diagnostiquée dès 1838, la tuberculose emporte Chopin onze ans plus tard, qui laisse à 39 ans une soixantaine d’opus et autant d’œuvres non répertoriées ou posthumes. Composée en 1837, sa Marche Funèbre a été interprétée lors de l’enterrement ; reprise et popularisée dans une version orchestrale en 1933 par Sir Edward Elgar, elle est bien présente sur ce disque au sein de la Sonate n°2, mais pour moi c’est son premier mouvement Doppio movimento qui est le plus époustouflant, alternant fougue et douceur avec un sens inné de la surprise, ne craignant pas les ruptures de rythme et pour avoir pratiqué le piano dans ma jeunesse, je mesure de quoi je parle… On apprend dans le livret que pour sa Fantaisie opus n°49, Chopin a voulu restituer l’ambiance des histoires d’Edgar Allan Poe. L’anecdote n’a jamais été vérifiée, mais une telle analogie correspond bien à ce que l’on ressent au sortir d’un voyage en compagnie de celui qui a révolutionné le jeu pianistique. De nos jours encore au Père-Lachaise, la tombe de Chopin est une des plus fleuries.

Frédéric Chopin – Polonaises

Homme insatisfait, conscient de son génie et désireux de l’explorer toujours plus loin ; malgré une constitution fragile et une certaine ochlophobie ne facilitant pas ses prestations scéniques, Chopin était un perfectionniste. Selon George Sand, il pouvait passer des semaines à reprendre une page avant de finalement revenir à son état de premier jet… Les 7 Polonaises présentes sur ce cd de la Deutsche Grammophon comptent parmi ses œuvres les plus connues, en particulier l’Héroïque opus 53 que chacun a déjà entendu ou fredonné, magique de limpidité et qui représente un défi pour tous les pianistes. Interprété par l’Italien Maurizio Pollini, ce disque se termine sur une note apaisée mais où l’on sent s’installer la tristesse d’un Chopin dont la santé décline, le long des 13 minutes de la Polonaise-Fantaisie écrite en 1846, un an avant sa séparation d’avec George.

The Cinematic Orchestra – Ma Fleur

Troisième opus du Cinematic Orchestra, Ma Fleur convie de nouveau avec bonheur la chanteuse Fontella Bass sur Familiar Grounds et plus encore Breathe, deux titres complémentaires et qui se répondent en écho, garni d’épines pour le premier tandis que le second incarne une envolée à fleur de peau, dans un paroxysme qui soutient tout l’album. Alors oui, il y a le Canadien Patrick Watson et les prévisibles To Build a Home et That Home (sic) ; mais bien que j’apprécie son travail solo, sa place ici manque de contours et je lui préfère la subtilité du morceau Time & Space, interprété par la britannique Lou Rhodes, troisième invitée du disque… Le livret renferme onze photographies signées Maya Hayuk, agréables à feuilleter et qui complètent une expérience intéressante, même si nous avons là un album au bouquet trop flatteur pour enivrer autant que les précédents.

The Cinematic Orchestra – Every Day

Pour son album Every Day, The Cinematic Orchestra reprend la recette du premier en l’améliorant, Motion paru deux ans plus tôt, sur lequel on avait eu un aperçu de leur sens musical au gré d’improvisations jazzy et de samples savamment remixés en coulisse par Jason Swinscoe. En 2001, le groupe était invité au Festival du film de Porto, lors d’une performance où ils avaient sonorisé L’Homme à la Caméra, un film muet russe de 1929 signé Dziga Vertov. Une partie de ce matériel a été reprise sur Every Day, où l’on entend aussi pour la première fois, au lieu de samples non identifiés, une vraie voix en la personne de Fontella Bass, chanteuse de rhythm’n blues américaine sur les titres All that you Give et Evolution, qui comptent parmi les plus réussis. Avec en outre le rappeur Roots Manuva sur All Things to all Men, dont la noirceur épicée de soul fait passer un moment rare, cet album marqué par un tempo soutenu et des textures élaborées (Burn Out et Flite sont époustouflants) est à ranger parmi les joyaux du trip hop.

Christophe – Olympia 2002

Christophe, de son vrai nom Daniel Bevilacqua, est un chanteur français né en 1945. Il connaît un succès (fou) dès l’âge de 20 ans avec son second 45 tours Aline, avant de poursuivre une carrière en dents de scie, émaillée de brillantes incursions comme Les Paradis Perdus ou Les Mots Bleus, coécrites en 1973-74 avec un Jean-Michel Jarre alors parolier, jusqu’aux albums Bevilacqua en 1996 ou Comm’si la terre penchait en 2001… L’année suivante et après vingt ans d’absence sur scène, Christophe donne une série de concerts à l’Olympia, marqués par une scénographie remarquable lui permettant de magnifier son image lyrique et rebelle. Le ton est donné dès la première minute avec Elle Dit, Elle Dit, Elle Dit où l’on tend l’oreille derrière un accordéon, entraînés dans l’amour indicible de La Petite Fille du Troisième ou des Mots Bleus, des Paradis Perdus où le piano soutient la gravité du « Dandy un peu maudit. » Des Marionnettes à Señorita, ce concert a bénéficié d’une prise de son exceptionnelle, où l’intime se décompose sans feinte. Un album qui en a sous le capot, à écouter sans regarder dans le rétro.

Frédéric Chopin – Impromptus/Barcarolle/Scherzo n°2/Nocturne/Valses

Moins d’un an après quitté Varsovie pour Vienne, quelque peu désargenté Chopin émigre pour Paris où se trouve déjà son ami Liszt. Il y donne ses premiers concerts en 1832, mais la critique ne s’emballe pas et voit surtout en lui un compositeur prometteur ; aussi afin d’assurer son existence matérielle, le jeune homme de 22 ans donne des cours de piano à l’élite parisienne. Il fait l’admiration de Balzac, se rapproche de Berlioz et devient l’ami de Pleyel, le fabriquant de pianos dont le son est souvent associé au toucher chopinien. La reconnaissance arrive autour de 1835, un an avant sa rencontre avec l’écrivaine George Sand, tandis qu’il a déjà commencé de composer ses premiers Impromptus, le second Scherzo et deux Nocturnes ; autant d’opus présents sur le troisième cd proposé ici dans la sympathique collection Bonsaï du label Erato, et enregistrés par Michèle Boegner. On y trouve aussi 5 Valses et la Barcarolle qu’il écrivit en 1846, mais ce sont bien les Impromptus qui prédominent, se terminant par la mélancolique Fantaisie-Impromptu n°4 et enchaînés avec le Scherzo n°2, aussi étrange que flamboyant.