The Alan Parsons Project – Tales of Mystery and Imagination

The Alan Parsons Project a été créé en 1975 par les Britanniques Eric Woolfson et Alan Parsons. Ce dernier débute une carrière d’ingénieur du son chez EMI, contribuant à plusieurs titres des Beatles et plus tard aux albums des Pink Floyd… Disons-le d’emblée, Tales of Mystery and Imagination est de loin leur meilleur ouvrage. En hommage à l’univers d’Edgar Allan Poe, il se situe dès les premières notes aux confins du fantastique, le titre A Dream within a Dream contenant déjà ce qui deviendra la patte sonore du groupe, un démarrage lent progressant vers des guitares déliées, basse et batterie structurant le tout vers l’apothéose. C’est au label Mercury que l’on doit la première édition sur cd, où l’on entend à plusieurs reprises la voix d’Orson Welles réciter des extraits de Poe, ajoutant à la force d’évocation de ces chansons semblant n’appartenir à aucune époque… Richement illustré, le livret distille de nombreuses informations sur la genèse du projet. On y apprend que The Raven est le premier titre rock à utiliser l’effet vocoder.

L’Age d’Or du Disco

Scorpio Music est un label indépendant français, créé en 1976 par Henri Belolo et qui contribua à la vague disco du début des années 1980. On lui doit également d’avoir révélé Break Machine, en 1984 avec le titre Street Dance. Le jour où j’ai déniché cette compilation, je n’ai pas hésité car elle contient deux des plus grandes chansons disco jamais écrites : Upside Down et Funkytown. Bien sûr, que les Village People entonnent leur éloge des auberges de jeunesse n’était pas pour me déplaire, ni que Donna Summer me gave de son « truc chaud » et encore moins qu’Evelyn Thomas délivre son légendaire High Energy. Si en plus je pouvais acquérir, pour la postérité du disco français, un single de Patrick Juvet et un autre de Cerrone, tout en rassasiant mon appétit pour les rugissements d’Eartha Kitt, il n’allait plus rien manquer à ma panoplie de nostalgique en pattes d’éléphant ! Côté livret, on se contentera d’un indien en couverture peint par Djaeff Mahler, et de la liste des chansons… Alors quoi, ne vas-tu pas m’emmener à la ville funky ?

Air – Moon Safari

Air est un groupe français fondé par Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, passionnés de synthétiseurs analogiques avec lesquels ils ont construit un son très identifié, les assimilant à la french touch. J’ai acheté Moon Safari douze ans après sa sortie ; à l’époque, où même sur FIP on nous rebattait les oreilles avec le suavissime Sexy Boy, je n’étais pas vraiment acquis à cette Air-mania ambiante, préférant le travail moins convenu du groupe Mellow, issu de la même mouvance et dont le membre cofondateur, Patrick Woodcock, a contribué à deux titres sur Moon Safari. Il fallait pourtant s’y faire, Air allait peser et l’on n’entendrait bientôt plus parler de l’autre, relégué au rang de satellite… Avec le recul, j’appréhende désormais ce disque comme un gentil paquet d’envolées cosmiques, rehaussé par All I Need et You Make it Easy, deux chansons interprétées par l’étonnante Beth Hirsch. Illustré par le designer Mike Mills, le livret est agréable et contient toutes les paroles.

John Adams – Hoodoo Zephyr

Si cet album flirte avec le courant minimaliste voire répétitif, répétition ne veut pas dire ennui mais plutôt mise en abîme, approfondissement, dérive inexorable et comme par paliers, vers le haut ou vers le bas selon l’humeur recherchée. On est toutefois loin du systématisme d’un Steve Reich, Hoodoo Zephyr reste un travail optimiste et fragmentaire, où Bump fait plutôt penser à un gentil Vangelis qu’à l’ampleur du Stratosfear des Tangerine Dream, où Tourist Song a des accents de musique world. En somme, John Adams propose une promenade peinarde mais qui tient la route, pour les soirs où l’on ne veut pas s’embarquer trop loin. L’intrigante couverture se déplie en un livret de seize pages où l’on contemple des paysages désertiques et une maison en bois abandonnée, graffitée et photographiée par Deborah O’Grady. Un texte surréaliste de plusieurs strophes complète le livret, oscillant entre intentions d’écriture et impressions plus vastes.

Add N to (X) – Avant Hard

Formé en 1994 par les Britanniques Andrew Aveling, Barry Smith et Ann Shenton, Add N to (X) procède d’un mélange élaboré, s’inspirant des voies ouvertes par Kraftwerk ou les Throbbing Gristle tout en possédant leur propre tonalité, au-delà du recyclage de sonorités analogiques. Ils publieront leurs principaux albums sur le label indépendant Mute, qui contribua à installer la new wave des années 80 en découvrant Depeche Mode ou Yazoo… À écouter Avant Hard je songe autant aux Silver Apples qu’à Reproduction, premier et trop méconnu album des Human League, dont ils partagent le goût pour l’expérimentation et les synthés pompeux, avec ce son organique un rien poussiéreux dans lequel on se sent bien. Avant Hard est leur troisième disque, proposé dans une édition digipack illustrée à la manière d’un cut up, où se mêlent d’improbables robots.

John Adams – Violin Concerto

John Coolidge Adams est un compositeur américain né en 1947. L’opéra Nixon in China deviendra son travail le plus connu, écrit en 1987 et relatant tout en rimes la visite du Président américain en Chine en 1972, et sa rencontre avec Mao Zedong. Signé chez Naxos sur un album où trois autres œuvres le précèdent, le Concerto tranche par sa sobriété. La douceur ininterrompue d’un flot de violon, rivière irriguant nos tympans au cœur d’une forêt de cuivres, aériens s’évanouissant comme le violon regagne du terrain, tout en nuances jusqu’au troisième mouvement plus tonique, primesautier… Il est interprété par la soliste Chloë Hanslip, qui débuta sous le patronage de Yehudi Menuhin, et a été enregistré aux Studios Abbey Road en 2005. Le livret resitue les morceaux dans leur contexte et donne des informations biographiques ; les autres interprétations sont Chaconne de John Corigliano, Rhomanian Rhapsody de George Enescu et Tristan and Isolde Fantasia de Franz Waxman.

Les Musiques Américaines de Nonesuch

Nonesuch est un label fondé par Jac Holzman et proposant dès 1964 des disques vinyles moitié moins chers, en vue de promouvoir la musique classique contemporaine. Grâce aux goûts avant-gardistes de son fondateur, Nonesuch s’intéressa aussi aux balbutiements de la musique électronique, avec entre autres Walter (Wendy) Carlos. Il n’a l’air de rien, ce disque quasiment promotionnel avec son livret de 52 pages accolé au digipack, dont la couverture donne envie de revoir Lost Highway… Et pourtant le voyage est au rendez-vous, à commencer par Foxtrot for Orchestra, large plage signée John Adams, que j’ai d’ailleurs découvert grâce à ce disque où il est majoritairement présent. Il y a aussi trois extraits du Quatuor de Philip Glass, qui donnent envie de s’intéresser à ses symphonies ; sans oublier les deux icônes Steve Reich et Terry Riley : rien de tel qu’un petit extrait avant de plonger dans Drumming ou In C… En résumé, loin d’être minimaliste cette compilation est une mine d’or pour s’initier à la musique contemporaine.

AC/DC – Back in Black

Emporté prématurément sept mois après la sortie de Highway to Hell, Bon Scott le chanteur fondateur ne saura jamais l’ampleur qu’allait prendre son groupe. Après avoir envisagé la dissolution, ils vont recruter Brian Johnson pour lui succéder et dédier à sa mémoire un album dont tout le monde reconnaît les premières mesures, ce lourd tocsin de près d’une minute, précédant les accords de Hells Bells. Nous sommes au début des années 80, où les collégiens portent le sac « U.S. » dont la toile de jute permet tous les ornements au stylo bille, en particulier les initiales AC/DC que chacun se doit d’arborer… L’édition digipack de Back in Black est à la fois sobre et en relief, avec un livret chargé de photos et de coupures de presse. Il s’agit d’un des disques les plus vendus au monde, derrière Thriller de Michael Jackson. Autant dire que nous touchons à un son atemporel, qui n’a rien perdu de sa force et je ne regrette jamais d’avoir inséré cette galette dans ma platine.