Dominique A – Auguri

Paru en 2001, le cinquième opus de Dominique A marque le retour à la mélodie et aux guitares acoustiques. Deux ans ont passé depuis l’infranchissable Remué, et l’homme semble apaisé, enclin à de plus simples envolées, nous brossant sans complexes des contrées méditerranéennes, de l’espagnole Antonia aux Enfants du Pirée, chantés en son temps par Dalida. Il n’a toutefois rien perdu de sa verve et les plus belles chansons restent composées par ses soins, Nous reviendrons et plus encore En secret, dans laquelle il admet, magnifique, que « c’est dur en crachant d’éteindre un feu ». Son art consommé du morceau qui fait mouche, enjoué et désabusé ensemble, me fait penser à Jacques Dutronc. Le livret montre des photos de mer et de plages signées Richard Dumas ; les paroles sont reproduites lisiblement, comme il se doit chez un chanteur qui ne redoute pas d’être compris.

Dominique A – Remué

Ce quatrième album s’ouvre d’une façon peu banale, avec Comment certains vivent dont les premières secondes sont délibérément étouffées, brutes de décoffrage pour soudain faire entrer une voix entière, débitant des phrases qui parlent à chacun. Le fond est sale et on va s’y baigner ensemble, semble indiquer Dominique A soutenu par des guitares saturées, lentes et insidieuses, traînant à leur suite ses textes les plus noirs. J’ai eu l’occasion de le voir en concert, cette année-là à Paris, dans une petite salle où il se tenait immobile devant son public, à scander ces mots assommants, comme une thérapie de groupe dénuée de perspective. L’édition digipack ne dépareille pas, exit la touche sensuelle de Françoiz Breut, Olivier Dangla a photographié une étendue rocailleuse truffée de formes géométriques, laissant sur la pochette un manque dans le motif. Une absence, un trou.

Dominique A – Si je Connais Harry

La boîte à rythmes est toujours analogique et les claviers en bon plastique, voilà pour les ingrédients communs entre La Fossette et Si je Connais Harry. Pour ce qui change un peu, il y a la présence marquée des guitares et côté voix, Dominique A semble plus assuré. Car c’est bien au niveau du chant que se situe la vraie surprise de ce second album, l’artiste ayant convié sa compagne du moment, Françoiz Breut (nommée alors « Brrr »), à le rejoindre sur trois morceaux, ainsi qu’à dessiner et à concevoir le livret. Un sentiment d’inachevé poursuit cet album, de morceaux mis bout à bout sans l’unité magique du premier, comme si Dominique s’essayait à plusieurs styles. Les textes sont inégaux, parfois bavards, mais il faut dire que La Fossette avait placé d’emblée la barre très haut.

Dominique A – La Mémoire Neuve

Françoiz et Dominique remettent le couvert sur ce troisième album joliment arrangé, un peu trop léché mais qui lui a enfin valu la reconnaissance de la profession, grâce au consensuel Twenty-Two Bar que l’on entendait excessivement à la radio, au détriment de titres plus intéressants comme Le Travail ou La Vie Rend Modeste. Le sombre morceau Retour au Calme, refermant son précédent album Si je connais Harry, laissait présager quelque chose d’énorme, mais il va falloir patienter encore quatre ans avant de voir ce vœu réalisé, avec le joyau que sera Remué. Cette Mémoire Neuve était sans doute nécessaire à l’artiste afin de s’imposer pour de bon, conquérir un auditoire plus vaste avant de le chambouler à nouveau, mais cette fois sans rigoler… Françoiz signe l’artwork du livret, nous offrant deux photos rares et une note d’hôtel.

a-ha – Scoundrel Days

« Aha ! » signifiant l’étonnement dans presque toutes les langues, les Norvégiens Pal Waaktaar-Savoy, Morten Harket et Magne Furuholmen l’adoptèrent pour cette raison… Paru en 1986, Scoundrel Days compte parmi ces albums qui ont bercé mon adolescence à cassettes Maxell chrome, racheté vingt ans plus tard par pure nostalgie… Comparé à d’autres groupes des années 80, a-ha n’a pourtant pas trop mal vieilli, je lui reconnais même un sens de la mélodie qui ne cède pas à la facilité, The Swing of Things et We’re Looking for the Whales sortant du lot. A cet égard, ce second disque me semble plus profond que le premier, trop marqué par les tubes qui ont fait la fulgurante renommée de a-ha : Take on Me et The Sun Always Shines on T.V. Le livret reproduit l’ensemble des paroles, agrémenté de photographies du groupe et d’une vue panoramique très étendue, signée Knut Bry.

Dominique A – La Fossette

Né à Provins en 1968, Dominique A monte son premier groupe à 17 ans, et le baptise John Merrick en hommage à Elephant Man, le film de David Lynch. La Fossette est son premier album officiel, si l’on excepte Un disque sourd, une maquette autoproduite et qui le fera repérer par Bernard Lenoir. J’ai 24 ans lorsque ce disque débarque dans mon appartement, et j’en tombe aussitôt amoureux car il suffit d’une écoute pour ne jamais oublier Le courage des oiseaux, Mes lapins ou Passé l’hiver… La progression des morceaux permet à l’oreille de s’adapter au style inouï de ce disque minimaliste, que l’on imagine réalisé dans une chambre d’étudiant avec un magnéto quatre pistes et un clavier Casio, où une rythmique enfantine accompagne la voix fluette, lointaine d’un Dominique A qui n’aurait pas envie de chanter plus fort. Il en résulte treize morceaux ciselés à la manière de petites bombes sur le point d’exploser si l’on écoute les mots, le verbe murmuré. Une innocence et une fraîcheur assumées, illustrées aussi à l’intérieur du livret, où deux dessins d’enfant tiennent une large place.

A Silver Mount Zion – Born into Trouble as the Sparks Fly Upward

A Silver Mount Zion est une formation canadienne créée en 1999, à l’origine par les membres de Godspeed You! Black Emperor, un autre groupe représentatif de Constellation Records. Je me souviens avoir acheté ce disque à la suite de ma découverte de Mogwai, désireux d’approfondir les méandres du post rock. Un genre qui porte bien son nom : après le rock mais encore dans le rock, ici ce sont d’abord des guitares que l’on torture. Intitulé Born into Trouble as the Sparks Fly Upward, ce second album s’inspire du Livre de Job et nous entraîne dans une lamentation parfois pesante, où les violons sont lourds et les chants d’Apocalypse, en particulier sur C’mon Come On (Loose an Endless Longing). Pour autant on n’a pas l’impression d’assister à une pleurnicherie, car derrière l’énergie du désespoir se cache une force inapprivoisée, très nourrissante. L’édition digipack est magnifique, qui contient un dépliant intitulé The Failure of one Small Community, avec des illustrations mêlant la photo et le dessin.

A Reminiscent Drive – Ambrosia

Un de ses premiers morceaux a été jugé digne de figurer sur la compilation Musiques pour les Plantes Vertes, mais l’on ne saurait en rester là si l’on veut saisir toutes les nuances de ce compositeur. Ambrosia foisonne. S’y mêlent voix murmurées, énoncées dans de multiples langues comme sur le titre éponyme, bruitages variés et répétés avec Unconditional Love, comme un Steve Reich qui donnerait dans le format court, ou bien nappes lentes et mélancoliques suivies d’enchaînements touffus, en écho aux mélodies lancinantes telles Traveling Soul ou Smokey Mountains. Ici un piano incertain, surgi de nulle part le temps d’une poignée d’accords, là un synthé lancé à grande vitesse, de quoi évoquer les groupes Air ou Mellow, mais peut-être encore davantage Alpha. Le livret de seize pages est remarquable, tout en papier glacé, où les paroles alternent avec des photos saturées de couleur. Un album à écouter en train, la tête appuyée contre la fenêtre…

A Certain Ratio – To Each…

Fondé en 1978 par Simon Topping et Donald Johnson, A certain ratio est le premier groupe à avoir signé auprès du label Factory. Heureux hasard de l’alphabet, qui fait commencer cette discothèque sur un album aussi mythique, dont l’édition digitale cote parfois davantage que la version vinyle. Qui a dit que le cd n’était pas un objet de collection… La couverture de celui-ci reproduit une peinture signée Ann, qui suggère joliment l’univers musical que l’on s’apprête à défricher. Tribal est le mot qui me vient à l’esprit devant ces longues plages instrumentales, où vient parfois s’immiscer une voix rappelant un Ian Curtis en grande forme. Les Talking Heads ne sont pas loin non plus. Entre les trompettes en cascade, les guitares syncopées de The Fox et les douze minutes de percussion de Winter Hill, prémonitoires du meilleur de la new wave, To Each entraîne l’auditeur dans une spirale pouvant nécessiter un temps d’adaptation. Mais au final, quelle claque !