Labradford – Labradford

Labradford est un groupe américain formé à Richmond en 1991 autour de Robert Donne à la basse, Mark Nelson au chant et à la guitare, et Carter Brown aux claviers. Située entre les genres du post rock et de l’ambient, leur musique  subtile et minimaliste invite à la contemplation d’espaces inhabituels… Paru en  1996, leur troisième album éponyme démarre par une roue métallique grinçant sur fond de drone et de chaînes, en immersion progressive vers Midrange où une mélodie de cordes généreuses prend le pas, orgue et chant s’ajoutant à un périple au ralenti… The Cipher est sourd comme le vent, on se croirait dans Eraserhead de David Lynch tandis que la guitare de Battered fait songer à Low… Un album d’une grande cohérence, dépouillé à l’image de son livret en noir et blanc ; le mien a jauni avec le temps, rendant les deux photographies qui le composent encore plus mystérieuses.

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Compilation – Music from British Independent Record Companies

En 1990, le label japonais Shinseido propose un vaste panorama de la musique indépendante des années 80, à travers un coffret de 3 cd. On y retrouve des groupes devenus célèbres (Young Marble Giants, Wire, My Bloody Valentine, Nick Cave, Primal Scream, Everything But The Girl, Mazzy Star, The Durutti Column, The Shamen, Robert Wyatt) à côté de formations plus confidentielles (Marine Girls Lazy Ways, Pastels Something’s Going On, Josef K The Farewell Single, The Hit Parade Forever, Shelleyan Orphan Cavalry of Cloud.) 60 morceaux couvrant les balbutiements du post punk et de l’indie pop, de la new wave et du folk alternatif, à travers une sélection rigoureuse grâce à laquelle j’ai découvert de nombreux artistes, rappelant le Best of Peel Sessions par Bernard Lenoir.

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Oscar Peterson – Night Train

Pianiste et compositeur de jazz, Oscar Peterson est né en 1925 à Montréal. Trompettiste à 5 ans, il se tourne vers le piano deux ans plus tard et grâce à une pratique assidue, devient virtuose en quelques années. À l’âge de 15 ans, il remporte un concours organisé par Radio Canada, quitte l’école pour y animer une émission hebdomadaire et commence à se produire dans les music-halls. Adolescent, je me souviens avoir pianoté du Peterson durant mon bref apprentissage de l’instrument, mais j’étais nettement moins motivé… Paru en 1963, Night Train est son album le plus populaire. Outre le morceau éponyme signé Duke Ellington, on est saisi par son aisance sur Georgia on my Mind trois ans après Ray Charles, mais aussi Band CallHymn to Freedom ou encore Volare, autant de piécettes aux styles multiples où Oscar déploie son style brillant et affectueux… Réédité sur le label Verve, en Master Edition au sein d’un digipack documenté, le tempo relaxant de Night Train offre un canevas parfait pour se laisser rêver dans son canapé.

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Throbbing Gristle – 20 Jazz Funk Greats

Les Throbbing Gristle sont un groupe de musique expérimentale britannique, formés à Hull en 1976 autour de Neil Megson, Christine Newby, Sleazy et Chris Carter. Précédemment membres du collectif COUM Transmissions, inspiré du mouvement Dada et réputé pour ses performances transgressives… Précuseurs en manipulations sonores, ils associent collages et bruitages à leurs guitare, vibraphone et piano, alternant des morceaux tantôt légers et tantôt pesants, véhiculant des émotions brutes avec ou sans souci de musicalité… Paru en 1979, leur troisième album 20 Jazz Funk Greats illustre cette radicalité avec Convincing People et son beat à la Depeche Mode avant l’heure, une voix monocorde se répondant en échos obsédants, Still Walking où d’autres bribes de voix font la course dans un tunnel de stridences évoquant Unlimited Edition de Can, ou encore Persuasion et sa ligne de basse combinée à des cris humains, créant un malaise similaire au Cauldron de leurs aînés Fifty Foot Hose. Enfin, si l’on a passé une mauvaise journée on écoutera What a Day, punk et circulaire comme une scie…

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Renaud Papillon Paravel – Au Sommet de son Arbre

En 2007, Paravel est Au Sommet de son Arbre. Le son est plus acoustique avec à l’occasion des guitares électriques, mais le propos ne varie pas et l’on est émoustillé de faire un tour avec lui sur sa Mobylette, ou invité à partager une séance de natation au sein d’Une Forêt Vierge… L’enfant est roi sur ce disque et dessine Le Soleil avec la même émotion que Nougaro Sa maison, avant de mettre à jour Rosa de Brel sur To lost, lost, lost. Et lorsque Papillon pousse un coup de gueule, la chanson s’appelle Ta Gueule et nous défoule autant que lui ! Entre humour pépère et poésie des bords de mer, Papillon Paravel est à ranger parmi ces inclassables qui n’ont rien à gagner, de Louis Arti aux Fabulous Trobadors en passant par le Général Alcazar.

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Renaud Papillon Paravel – Subliminable

Deux ans après son premier et incontournable album, Paravel est de retour avec ce Subliminable où il poursuit son bonhomme de petit chemin, entre spleen et confidences. En duo avec Mavinga le temps d’un tango africain (C’est la Branche de L’homme), désenchanté comme un Homme de Boue ou invincible dans son Petit Élément, Renaud est nu Entre deux Eaux puis démuni devant la solitude de celui qui a tout perdu (Moi Je), avant de se confronter à ses démons intérieurs (Juste Quelques Mots)… Mon Palais S’alanguit voit des fesses à quatre saisons et rappelle Les Vélos d’Amsterdam de Vincent Baguian, avec lequel il partage la même autodérision sur Le Chanteur bien Cuit. Acoustique et jazzy, downtempo avec un livret et une pochette signés Papillon, entre la poésie de Thiéfaine et le flegme de Charlélie, Subliminable est un ouvrage d’orfèvrerie.

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Renaud Papillon Paravel – La Surface de Réparation

Comme les Nits au rayon pop ou Robin Rimbaud à l’ambient, depuis 2002 la chanson française a son oiseau rare… Né à Toulouse en 1969, Renaud « Papillon » Paravel dessine et photographie avant d’autoproduire son premier album en 2001, La Surface de Réparation qui sera publié l’année suivante chez BMG. Organique et mixée avec soin, sa musique samplée entre groove et hip hop s’efface derrière des textes savoureux. Je Suis un Plongeur évoque le Poinçonneur des Lilas de Gainsbourg, Marcher pieds nus sur un Légo chante la fin de l’enfance sept ans avant Bashung, auquel on pense aussi avec Fais-moi une Fleur et Les Chats Couchés, tandis que J’aime Tonku met une claque à Souchon… Autant de voix qui convergent vers ce papillon n’ayant pas besoin d’elles pour exister, révélant ses lézardes sur L’Homme à la Peau de Serpent avant d’entrouvrir les portes de sa Bubble Head… Dérisoire et mélancolique, jamais totalement désespéré, on pleure et on rit tout au long de ce disque d’une folle sincérité. « Et j’ai touché l’oursin, et ça c’est bien. »

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King Crimson – THRaKaTTaK

Paru en 1996, THRaKaTTaK se compose de huit improvisations autour du morceau Thrak tel qu’il a été interprété durant les concerts de l’année précédente. Mais on n’y entend ni sifflets ni applaudissements, et pour ma part je le considère comme un pur produit de studio, où Fripp et ses musicos détricotent leur propre langage musical. Mother Hold The Candle… : préhistorique et dissonant, avec Bruford au marimba et Fripp au piano. THRaKaTTaK Part I & II : commence par un foutoir de cordes pour aboutir à des soundscapes dignes de Mulholland Drive, avec une guitare imitant le coucou et un piano en « Cage. » This Night Wounds Time : ambiance surnaturelle, expérimentale et couillue… Le digipack est raffiné, triptyque rouge vif avec poster et livret, à la hauteur de ce puzzle musical qui ne s’écoute pas n’importe quand. Mais si l’on a oublié le sens du verbe improviser, c’est-à-dire défier toute structure en faisant avoisiner rock, jazz et même classique contemporain, alors THRaKaTTaK s’impose pour passer une heure ailleurs.

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