Pink Floyd – London ’66-’67

Formé à Londres en 1965 autour de Syd Barrett à la guitare et au chant, Richard Wright aux claviers, Roger Waters à la basse et Nick Mason aux percussions, Pink Floyd est un groupe de rock progressif aux effets secondaires souvent psychédéliques… Si leur discographie débute officiellement avec The Piper at the Gates of Dawn, le présent extended play paru en 1995 regroupe deux anciens morceaux levant le voile sur leur univers planant et synthétique, délayé au gré d’improvisations jazz durant les 15 minutes d’Interstellar Overdrive et plus recueilli avec les tam-tams indolents d’un Nick’s Boogie dont les distorsions s’amplifient, évoquant les flâneries de fin d’album des Doors… Il serait aussi risqué de commencer par ce disque pour découvrir Pink Floyd que de considérer The End of an Ear quand on ne ne connaît pas Robert Wyatt, mais avec le recul nécessaire ses oscillations et ses laps, ses vrilles s’imposent.

Pierre Perret – Les Plus Grands Succès

Dans la famille disque qui file un coup de vieux, je demande le chanteur et parolier français né en 1934 à Castelsarrasin. Saxophoniste à 19 ans, Pierre Perret rencontre Georges Brassens qui l’encourage à se produire aux Trois Baudets, où Boris Vian n’est jamais loin… Il part en tournée aux côtés de Charles Aznavour en 1966, multiplie les tours de chants et signe une trentaine d’albums en soixante ans de carrière… Mes parents l’écoutaient quand j’étais môme, à un âge où moi aussi je voulais tout savoir sur Le zizi, son plus gros succès paru en 1975, hélas absent de ce disque au titre trompeur paru chez Vogue… Mais on y trouve son premier tube daté de 1963, Le Tord Boyaux en souvenir du café que tenaient ses parents ; un amour avec Blanche ou le piquant des Jolies Colonies de VacancesLa Corrida où aucun taureau n’a été maltraité, la gouaille des Postières et même une prière dans l’esprit de Noël… Chanteur engagé et amoureux des mots, expert en argot de comptoir et fabulettes, Pierre Perret a aussi écrit des titres poétiques invitant à la passion (Belle Rose) ou au crime (Mimi la Douce), sur fond de fanfare et d’accordéon entre Joe Dassin et Bobby Lapointe.

LFO – Sheath

Troisième et dernier album de LFO, Sheath signifie « gaine » et installe d’emblée une atmosphère protectrice, ouatée dans les limbes avec Blown…Rappelant les débordements d’AutechreMum-Man pousse l’excitation un peu loin, on reprend de l’altitude avec Mokeylips proche de la ligne de flottaison de The Orb, réveillé à temps par la frénésie de Snot tandis que les mécanismes d’horlogerie de Sleepy Chicken donnent envie d’écouter Pierre Bastien… Freak est le titre vedette de ce disque, Gaspar Noé ne s’y est pas trompé en le mettant au générique de son film Enter the Void en 2009, bête de précision progressive gavée de vocoder et d’interjections en tous genres, une claque techno dont on se souvient longtemps… Entièrement instrumental, Sheath s’en va sur la pointe des pieds avec un ‘Premacy laineux que Brian Eno aurait accepté de tricoter, signant la fin du groupe de Mark Bell qui décède en 2014 des suites d’une intervention chirurgicale. « This is going to make you freak… »

LFO – Advance

Paru en 1996, Advance est le second album du duo electro britannique. La montée en puissance du morceau éponyme est de bon augure, qui s’enchaîne à Shut Down et sa rythmique dégourdie. Le son s’est étoffé depuis Frequencies, les textures sont tissées avec finesse et dévoilent un Goodnight Vienna somptueux, ambient à rapprocher du Dawn Man de A Reminiscent Drive ; mais aussi Ultra Schall et Jason Vorhees qui semblent avoir tracé leur plan de vol aux côtés d’Orbital… Mark Bell a pris de l’assurance et produira Depeche Mode et Sabres of Paradise la même année, après avoir servi ce cocktail parfois inégal mais vibrant, où les titres bruyants ne sont pas les meilleurs… Avec son esthétisme minimaliste soigné jusqu’au design du livret, Advance marque un nouveau pas dans l’odyssée de LFO.

LFO – Frequencies

LFO est un groupe de musique techno britannique considéré parmi les pionniers dans le genre IDM (Intelligence Dance Music). Formé à Leeds en 1988 par Gez Varley et Mark Bell, leur nom rend hommage à la fonction « Low Frequency Oscillator », présente sur les synthés analogiques et qui met l’accent sur les basses fréquences, dont ils font un usage intensif et novateur… Paru chez Warp cinq ans avant Richard D. James, leur premier album Frequencies est devenu une curiosité qui mérite d’être entendue. We are Back est hyperactif et annonce déjà le monstrueux Freak, la ligne de basse de Tan Ta Ra n’a pas pris une ride et ses carillons n’ont rien à envier aux Cocteau TwinsLove is the Message rend sexy la répétition d’une phrase bien avant Around the World et Think a Moment ose une superposition de boucles ambient… Sans atteindre l’émulation de Future Sound of London ou la subtilité des Boards of Canada, Frequencies fait remonter à la musique électronique dans sa forme artisanale, comme on apprécie un bon Kraftwerk avant d’aller dîner à la maison Kammerzell. Yo.

Amy Winehouse – Back to Black

Trois ans après la révélation de Frank, le second album studio d’Amy Winehouse paraît fin 2006. Encensé par la critique pour son alliage réussi de rhythm’n blues et de jazz, de soul et de hip hop, Back to Black ratisse large et séduit tant l’amateur de pop indie que le nostalgique des années MotownRehab et Back to Black sont devenus des standards que l’on fredonne sans y penser ; le premier où par bravade Amy envoie tout le monde balader, le second pour son piano et ses paroles désabusées… Les saxos balancent sur You Know I’m no Good et l’amertume de Wake up Alone rappelle Lana del Rey, Just Friends est même reggae sur ce disque équilibré entre l’intime et le swing ; Amy pourtant ne va pas bien et devient tristement célèbre pour arriver ivre et droguée à ses propres concerts. Elle finira par accepter de se faire aider, avant de mourir d’une overdose au même âge que Janis Joplin. « I told you I was trouble, you know that I’m no good… »

Amy Winehouse – Frank

Amy Winehouse est une chanteuse et guitariste née à Londres en 1983, au sein d’une famille passionnée de jazz. Encouragée par sa grand-mère, elle prend des cours de chant dès 9 ans et monte un groupe de rap quatre ans plus tard… Son premier album paraît chez Island en 2003, Frank dont elle a co-écrit la plupart des chansons, suscitant un vif intérêt malgré leur tonalité rétro entre soul et blues. Sa voix proche d’Ella Fitzgerald y est pour beaucoup, des mélodies bien calibrées et son charme naturel feront le reste… Féroce envers les hommes (Stronger than Me, What is it About Men), Amy est aussi à l’aise avec les chansons d’amour, la guitare de (There is) no Greater Love rappelant Nick Drake… Les rythmes trip hop de In my Bed évoquent Tricky avant October Song, morceau hip hop où Amy cite Sarah Vaughan… Amy Amy Amy et Moody’s Mood for Love exaltent ses tendances excessives ; à la fin du livret garni de photos intimistes, Amy remercie entre autres Roy Ayers et Duke Ellington, Charlie Mingus et Frank Sinatra que son père chantait à la maison ; autant d’étoiles qu’elle tutoie à seulement 20 ans, en femme libre qui ne s’en laisse pas conter. « I can’t help you, if you won’t help yourself… »