Ennio Morricone – The Best of

Avant Il était une fois dans l’Ouest, Ennio Morricone avait déjà composé plusieurs bandes originales pour les westerns de Sergio Leone, dont on retrouve les thèmes principaux sur cette anthologie couvrant la période de 1964 à 1976… Le timbre troublant d’Edda Dell’Orso sévit à nouveau sur Il était une Fois la Révolution, et on ne se lasse pas de la guimbarde de Pour Quelques Dollars de Plus, son chant sifflé voisin de Pour une Poignée de Dollars qui sonne comme Apache des Shadows… D’autres réalisateurs ont bénéficié du talent d’Ennio, donnant lieu à des chansons inoubliables : le film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, où l’orgue traînant et la voix de John Baez (Here’s to You) émeuvent autant que Bridge Over Troubled Water ; ou encore ce piano  soutenu par un orchestre de cordes, déroulant en beauté la mélodie d’À l’Aube du Cinquième Jour du même réalisateur… Je citerais aussi la flûte et les chœurs de Mon Nom est Personne, un film de Tonino Valerii entre autres merveilles parfois fleur bleue du compositeur préféré de Tarantino, lequel fera appel à lui en 2015 pour la bande originale des Huit Salopards.

Ennio Morricone – Il était une fois dans l’Ouest

Le maestro des bandes originales est né à Rome en 1928. Il apprend la trompette et compose ses premières œuvres classiques à 29 ans, débute sa carrière comme arrangeur de génériques télévisés avant de signer la musique de Il était une fois dans l’Ouest, en 1968 pour son ami et réalisateur Sergio Leone… Le thème principal suffit à me rendre tout chose, les vocalises d’Edda Dell’Orso à l’image de ce film cruel et sublime entre vaine vengeance et conquête du rail ; une tristesse qui me vient de loin, lorsque j’écoutais Morricone sur un magnétophone au fond de mon lit… As a Judgement n’est pas moins déchirant ; de même que la nostalgie dégagée par un piano de saloon et les sifflements d’Alessandro Alessandroni sur Farewell to Cheyenne, où je revois l’acteur Jason Robards… Ce film c’est aussi Henry Fonda dans le rôle du méchant ; l’ambiance funèbre, expérimentale de The Transgression fait frémir avant l’empathie que l’on éprouve avec Man With a Harmonica et Death Rattle, où c’est l’enfance qui perle dans les yeux arides de Charles Bronson… Ce film c’est enfin Claudia Cardinale évoquée sur A Dimly Lit Room ou Jill’s America : émotions fortes garanties et dvd à portée de main recommandé.

Anja Garbarek – Smiling & Waving

Née à Oslo en 1970, Anja Garbarek est une chanteuse et compositrice norvégienne. Paru en 2001, son troisième album Smiling & Waving offre un mélange de pop et de jazz baigné de textures trip hop… Une rencontre ambiguë dans Her Room, un fantasme dans le jardin avec Mark Hollis en pianiste surprise sur The Gown ; grâce aux cordes du London Session Orchestra, Stay Tuned et That’s All sont arrangés comme  du Craig Armstrong et n’en jetez plus, Robert Wyatt pousse la chansonnette sur The Diver, ou l’histoire d’un plongeur qui ne savait pas nager… Les paroles du livret sont utiles pour comprendre la profondeur de ce timbre discret, fluet comme la Suédoise Stina Nordenstam ; on pense aussi à Liesa Van der Aa en plus intime, dépouillée façon Medúlla… Son père et saxophoniste Jan est aussi crédité pour sa participation à ce disque velouté, porté par une voix qui aurait eu sa place parmi les Chansons des Mers Froides.

Bernard Parmegiani – La Création du Monde

Bernard Parmegiani est un compositeur français de musique concrète né en 1927. Composée en 1984, La Création du Monde met en lumière son art de sculpter les sons à travers une odyssée venue d’ailleurs… Divisé en trois parties, ce disque de 73 minutes s’ouvre sur une ébullition de bruits antérieurs au Big Bang, chocs sourds et sauts de puce, une chimie crue et qui craque jusqu’à ce que la croûte soit prête, car « la Terre est telle un gâteau » disait ma fille à l’âge de 9 ans. Arrive la lueur et une fissure où l’on s’engouffre, les résonances ondoient dans un crescendo caverneux rappelant Stratosfear, des éclairs nettoyant l’espace avant une danse où les cellules apprennent la multiplication… Un océan de vers électriques fait la chasse aux sons préhistoriques, grouillant de vie et à la fin, presque inaudibles, le bruit du vent et la main de l’homme. Nous sommes passés de Moins l’infini à la Réalité en un battement d’ailes, grâce à ce poème sonore qui est à la musique ce que 2001 est au cinéma… « L’univers est noir et froid », première phrase d’un roman que j’ai écrit en 2008, quatre ans avant de découvrir La Création du Monde qui compte désormais parmi mes disques de choix pour dépasser la gravité.

The Pale Fountains – Longshot for your Love

En 1980 à Liverpool, un an avant Imagine de John Lennon, The Pale Fountains voit le jour autour du chanteur et guitariste Mick Head, du bassiste Chris McCaffery, du batteur Thomas Whelan et du trompettiste Andy Diagram… Avec leur pop élégante entre deux chaises où seraient assis Harry Nilsson et Everything but the Girl, ils trouvent une oreille attentive aux Disques du Crépuscule, un label belge qui a également permis de découvrir Josef K et Tuxedomoon… Parue en 1998, cette anthologie regroupe leurs classiques de Just a Girl à Something on my Mind ; mais aussi Longshot for your Love où la trompinette de Diagram apporte la touche caractéristique du groupe, prolongeant la voix gironde de Mick Head avec un parfum d’éternité m’évoquant Dream a Little Dream of Me… Une ambiance feutrée et des refrains que l’on oublie pas, The Pale Fountains fait du bien.

Sonic Youth – Daydream Nation

Formé à New York, Sonic Youth est un groupe de rock associé au mouvement no wave. Après avoir bourlingué chacun de son côté, Thurston Moore, Lee Ranaldo et Kim Gordon se retrouvent en 1981, tous trois chanteurs et guitaristes. Paru sept ans plus tard, leur cinquième album Daydream Nation consacre leur méthode faite de voix atones et de guitares désaccordées, saturées et enchevêtrées… Avec Steve Shelley à la batterie, Silver Rocket fait penser à Nirvana et les étendues new wave de The Sprawl et Cross the Breeze me séduisent, mais c’est aussi parce que Kim chante un peu comme Nico… Invité sur Providence, le piano de Mike Watt des Minutemen est magnifique ; j’ai plus de mal avec les trop bruyants Erik’s Trip, Rain King ou encore cette Trilogy qui a oublié de s’arrêter ; préférant rêver aux côtés de Blonde Redhead, ou pour une vraie révolution sonore My Bloody Valentine.

The Other People Place – Lifestyles of the Laptop Café

The Other People Place est le nom d’un projet musical concocté en 2001 par le producteur américain James Stinson et le musicien Gerald Donald, tous deux nés à Detroit et plus connus sous le nom de leur duo Drexciya… Avec huit titres qui prennent le temps de distiller leurs humeurs downtempo, Lifestyles of the Laptop Café maintient la tête de l’auditeur dans un bain réfrigéré, plongé dans la matrice d’un monde désenchanté. Les rythmes viennent d’une boîte et les synthés s’éreintent en se cognant aux angles, tout est enchaîné sur cet album moutonneux et presque sans paroles, comme si on mélangeait lentement dans un mixer la musique de Tycho et de Sasha… J’aime la lueur d’espoir de Let Me Be Me et son credo répété à l’envi, les gémissements d’Eye Contact ou la fausse bonne humeur de You Said You Want Me ; avec sur la pochette une mise en abîme dans l’écran d’un ordinateur où l’on voit l’image d’un téléviseur cathodique, ce disque sans lendemain dispense une bonne tranche de glace.

Sons of the Desert – Cannibal Hood, Carnival Hat

J’ai découvert les Sons of the Desert à la Petite France de Strasbourg, c’était en 1993 le jour de la fête de la Musique. Où j’ai été conquis par la voix dorée de Tracey Booth également en charge du bodhrán, ce tambourin typique de la musique irlandaise et que l’on frappe avec un petit bâton ; faisant ici office de section rythmique aux côtés de la contrebasse de Stephen Harrison. Le groupe s’est rencontré dans le métro londonien avant de se faire une réputation sur scène grâce à une palette d’instruments allant de la mandoline au banjo (Ewan Shields), du violon au saxo (Joseph Doherty) et à la guitare (Johnny Nolan)… Paru en 1992, leur premier album Cannibal Hood, Carnival Hat propose 13 titres chantés par Tracey côté cristallin (Treacle) et Ewan pour le grenu (Gramasols), ses hurlements outrés me rappelant Arkelion, un autre groupe dont j’ai eu vent au pays des cigognes… C’est country (Rover) et folklorique (Bit of a Stew), féérique (Nightmare Snack) ; ça n’a pas voulu choisir entre Dexys et les Dubliners, alors même si on n’est pas chez Sinead ou Clannad, il est doux de réécouter ces attachants touche-à-tout.