Sunshine Club – Home

Formé à San Francisco, Sunshine Club est un groupe de musique folk américain constitué de Denise Bon Giovanni au chant, Sean Coleman à la guitare et aux claviers, et Simon Colley à la basse… Ils publient Visit to a Small Planet en 1995, ce titre résumant bien leur approche minimaliste ; suivi de Home quatre ans plus tard chez Glitterhouse, un label indépendant allemand. Où les percussions sont réduites à la portion congrue pour laisser toute la place au chant mélancolique de Denise, mélange de fragilité contenue que je situerais entre Bridget et Suzanne, hypnotique (Supernatural) et introspectif (Wallflower) ; il y a aussi Travis sans paroles et un étonnant solo post rock à la fin de Take Your Place, tandis que le clavier jovial de Happy Song dissimule des paroles moins allègres, ce contrepied rappelant Cancer of Everything de Lisa Germano… Un opus downtempo à savourer d’une traite et sans glaçons, entre The Curtain Hits the Cast et Rollercoaster.

Ozric Tentacles – Erpland

Ozric Tentacles est un groupe de musique rock britannique formé à Stonehenge en 1983 par les frères Ed et Roly Wynne à la guitare et à la basse, Nick Van Gelder à la batterie et Joie Hinton au clavier. Ils enregistrent leurs premiers morceaux sur un magnéto 4 pistes, se forgent une réputation sur scène et font sensation lors d’un concert aux côtés de Donovan avant de publier leur premier album en 1989… Erpland voit le jour l’année suivante sur le label Dovetail, où leur style protéiforme est tantôt progressif avec Tidal Convergence ou ambient sur Toltec Spring dont les gimmicks m’évoquent One Second paru trois ans plus tôt, tandis que les guitares d’Eternal Wheel sont aussi calées que Symphony XSunscape rappelle Alan Parsons et Crackerblocks est cool comme Ponty, le morceau phare se nomme The Throbbe et ses percussions dub, sa rythmique psychédélique annoncent les constructions de Shpongle ; sans oublier Iscence et sa tranche de reggae vitaminée… Un disque largement instrumental où fusionne une énergie bien ficelée, 75 minutes pétillantes à faire valser les étiquettes.

Arthur H – Pour Madame X

Entre Charlelie et Yves Simon je demande Arthur Higelin, chanteur et compositeur français né à Paris en 1966, plus connu sous le nom de H et fils de Jacques qui lui a transmis son sens de la poésie. Etudiant au Berklee College de Boston d’où sont également issus Phil Collins et Keith Jarrett, il forme plusieurs groupes avant d’entamer une carrière solo en 1990… Paru dix ans plus tard et enregistré avec les six musiciens de l’Orchestre de la Lune, Pour Madame X consacre son style chaloupé (Mystic Rhumba), suave et rock avec www.com comme un clin d’œil à Marylou ; avant le superbe Inséparables Mais… Aux côtés du bassiste Brad Scott que l’on a pu croiser dans les tournées de Bashung, Arthur est un caïman au début du périple surréaliste de Haka Daka ; puis maître en berceuse avec Lhasa de Sela qui lui donne la réplique sur Indiana Lullaby… Ô Casino donne envie de se refaire avant d’affronter les Mystérieuses Colères, d’aller au bout de la nuit en compagnie de ce funambule sensuel à la voix de roc, dont on peut apprécier les textes dans un joli livret noir et orange.

Henry Threadgill – Where’s your Cup?

Henry Threadgill est un compositeur et interprète de jazz né à Chicago en 1944. Joueur de tambour à la fanfare de son lycée, il étudie au conservatoire de sa ville où il apprend le saxophone, la flûte et le piano ; est enrôlé au Vietnam en 1967 où il participe à un groupe de rock… Dans les années 80, il crée un sextet et publie ses premiers albums avant de se fixer avec cinq musiciens au sein de Make a Move, donnant naissance à Where’s your Cup? en 1997… Tony Cedras ouvre le bal avec un accordéon velouté (100 Year Old Game), rejoint au saxo et bientôt pris dans la tourmente des percussions avant le solo de batterie aux petits oignons de Laughing Club, où la guitare de Brandon Ross me fait songer à Pat Metheny… Le titre éponyme démarre avec la basse élégante de Stomu Takeishi, Henry enchaînant à la flûte en flattant nos oreilles à la manière de Turkoise… Les échanges subtils de And this font place à un débordement free jazz tous azimuts et The Flew et n’a rien à envier à Thrakattak ; on jamme et l’on se cherche sur cet opus de cache-cache musical, comme un Taxi Blues lâché dans la ville.

Elliott Smith – XO

Avec XO paru chez Dreamworks en 1998, Elliott Smith accède aux moyens d’un grand label et s’entoure d’un véritable orchestre, sans pour autant renoncer à jouer lui-même d’une dizaine d’instruments. Si son style a un peu perdu de sa fraîcheur, le chant sort gagnant de ces arrangements et Waltz #2 séduit instantanément avec son piano fringant… Je pense à We’re Going to be Friends au son de la guitare de Oh Well, Okay et les chœurs de I Didn’t Understand semblent échappés de Because ; l’ensemble est feutré et les textes profonds, ainsi dans A Question Mark Elliott s’interroge sur ce besoin qu’ont certains de tout vouloir clarifier… Il meurt à 34 ans de coups de couteaux dans le ventre qu’il se serait donnés lui-même, écorché jusqu’au bout sans être parvenu à se libérer de ses démons. De ces artistes qui ont fait encore moins long feu que Gainsbourg, en bonne place aux côtés de Jeff et de Nick, de Puzzledoyster qui me les a fait découvrir et auquel je pense tous les jours en écoutant ma discothèque. Xoxo. « I’m not half what I wish I was… »

Elliott Smith – Either/Or

Elliott Smith est un chanteur et compositeur multi-instrumentiste américain né en 1969 à Omaha. Marqué par une enfance tourmentée, il découvre les drogues en même temps que la musique, joue de la clarinette au lycée et apprend le piano et la guitare. En 1991, il forme le groupe post punk Heatmiser avec un ami, vit de petits boulots et démarre sa carrière solo qui se concrétise avec la parution de l’album Roman Candle en 1994… Either/Or voit le jour trois ans plus tard et parachève un style lo-fi acoustique, où l’utilisation du multipiste met en exergue le chant fragile d’Elliott. Entre liberté et vacuité, l’ambiguë Ballad of Big Nothing m’évoque Happy Sad ; Punch and Judy est beatlesque et Angeles a été utilisé par Gus Van Sant dans ses films Will Hunting en 1997 et Paranoid Park en 2007… La touche électrique de Cupid’s Trick rappelle en même temps The Bends et It’s my Life, avant le ton mélancolique de Say Yes comme un Kurt Cobain apaisé au sortir de cet écrin onirique, avec sa pochette sépia et son livret tapé à la machine.

Movietone – The Blossom Filled Streets

Movietone est un groupe de musique post rock formé à Bristol en 1994 par Kate Wright à la guitare, au chant et au piano ; et Rachel Brook à la clarinette et à la basse. Elles font leurs armes dans des groupes alternatifs comme Flying Saucer Attack ou Crescent, avant d’unir leur singularité sur un premier album paru en 1995… Cinq ans plus tard, leur troisième opus The Blossom Filled Streets raffine échos et bruits jusqu’à l’éclosion, ainsi le piano diaphane de 1930’s Beach House donne des ailes vers Spirit of Eden avant les dissonances choisies de Year Ending, comme si l’on avait pris place à bord d’une barque sans rames en compagnie de Rachel’s… Le titre éponyme s’accélère au fil des mesures, telle une série de fleurs photographiées avant Seagulls/Bass restituant le cri des mouettes, suivi du dépouillé Night in these Rooms où l’on sèche sur la couche, guitare et alto filant le parfait accord avec la voix éthérée de Kate Wright… Ça se répète en s’insinuant, ça creuse sous la surface à l’entrée de la baie, embrumé c’est enveloppant comme les Tindersticks ; ça me fait surtout penser à Palms & Plums que je m’en vais écouter sur le champ. « It’s the first flower to open, it’s your times… »