Ismaël Lô – Jammu Africa

Ismaël Lô est un chanteur et musicien sénégalais né au Niger en 1956. Il étudie les arts et apprend la guitare, l’harmonica et rejoint le groupe Super Diamono en 1974, avant de démarrer une carrière solo dix ans plus tard… De trois ans l’aîné de Youssou N’Dour, il partage avec lui son goût pour la musique mbalax et enchaîne les albums, rencontre le succès lorsque Pedro Almodóvar inclut sa chanson Tajabone dans le film Tout sur ma Mère en 1999. Parue en 1996, l’anthologie Jammu Africa reprend ce titre poignant, avec son harmonica et ses cordes feutrées ; parmi 13 morceaux sobres (Jammu Africa, Khar) et colorés (Sofia, Dibi Dibi Rek), engagés (Raciste, Samba et Leuk) ou poétique sur Without Blame, en duo avec Marianne Faithfull qui chante la femme libre… Entouré d’un orchestre capable de faire danser et pleurer à la fois, avec ses chœurs généreux et une trompette chaloupée, des tam-tams discrets, Ismaël Lo ne sait pas tricher.

Travel Electro

Remarquable parce qu’elle intègre Mustt Mustt, le remix de Nusrat Fateh Ali Khan par Massive Attack, cette compilation parue en 2004 recèle d’autres pépites : Tribalistraz d’Alexandre Scheffer et ses rythmes proches de The Shamen ; Deia d’Electro Mana pour un chill sous les néons de l’heure bleue ; Possibly of Love par Vernon & Dacosta comme un Yokota amphétaminé… J’aime aussi la guitare hispanisante de Latin Flavor (Kunkanzazenjii), les flûtes indiennes signées Infernal (Adeel) ou encore le groove ibérique de Redfish (Ultimo Amore), futuriste façon Rah Band… Ke Dolor de Santos est à écouter dans un bus quand on a le dos bloqué, sans passer à côté des pulsations bluffantes de St Germain (Percussion), enchaînées avec The Truffle Tribe de Mane et qui mettent l’Afrique à l’honneur, à la manière de Daphni sur ce disque passe-partout mais revigorant.

Högni – Two Trains

Ex-membre du groupe de trip hop islandais Gus Gus, Högni Egilsson publie son premier opus solo en 2017, Two Trains dont l’introduction évoque les textures de son compatriote Jóhann Jóhannsson. Des cordes piquetées d’electro quadrillent Shed your Skin, suivi de Komdu Með où le chant dérive vers un espace instable comparable à Overgrown ; mais la clé de voûte de cet aller simple se signale au niveau de Crash, autour duquel tout l’album semble avoir été construit et qui relate une embardée, un accident vécu de l’intérieur dont le mélange de sutures classiques et avant-gardistes prend aux tripes… Le folklore rugueux d’Óveðursský rappelle la majesté de Weiland sur ce disque attrayant malgré sa tendance à l’éparpillement, comme chez Plan B avec lequel il partage certaines intonations de voix sur Break-up ou Moon Pitcher.

Stéphane Delrine – Cargo Lady

Stéphane Delrine est un chanteur et compositeur français né à Antibes. Son enfance est bercée entre la musique qu’écoutent ses parents, de Françoise Hardy à Charles Aznavour, et ses étés passés dans le Nivernais. Il apprend la guitare puis à l’instar de Balavoine découvre les joies du home studio, et produit son premier album en 2017… Un an plus tard, Delrine revient avec Cargo Lady qui démarre avec Où que j’aille dont la slide guitar fait penser à Osez Joséphine ; le réalisme poétique d’Une Femme à la Mer et la lenteur grise de J’étais l’Oiseau, son piano retenu, remémorant Isabelle Mayereau… Un harmonica ouvre et referme Le Chant des Sirènes, rencontre mélancolique comme savait les raconter Jacno ; avec la voix de Sylvia Italiana que l’on retrouve Sur nos Lèvres dans un duo amoureux qui rappelle Françoiz et Dominique… Patchwork émouvant où les textes sont chiadés et les arrangements d’une variété assumée, avec un peu de Manset dans la voix et sur la pochette ce cargo fait de collages, qui m’évoque Beineix sans lien apparent, à moins de larguer les amarres vers ce disque signé d’un papillon aussi libre que Paravel. « Va, et répands la nouvelle que l’amour ensorcelle… »

Siouxsie & The Banshees – The Rapture

Dernier album de Siouxsie & The Banshees, The Rapture paraît en 1995, quatre ans après Superstition qui ne m’a jamais inspiré… En partie produit par John Cale, on y retrouve l’énergie de Peepshow avec une volonté d’extase affichée, dominée par le savoir-faire de McCarrick qui en met plein les oreilles dès Fall from Grace et ses chœurs impeccables ou The Lonely One avec accordéon et petits mots en français ; c’est pittoresque mais Sioux semble à l’étroit dans ces espaces un peu trop célestes, même s’il est difficile de résister à la ritournelle ambiguë Forever… Heureusement, le disque est vaste et Not Forgotten redresse la situation avec des percussions dignes de Flowers of Romance, avant que le titre éponyme ne fasse oublier le reste avec sa rumeur inquiétante, qui s’insinue pendant 12 minutes riches en rebondissements et où chacun retrouve à s’exprimer… Douze ans plus tard, Siouxsie publie un album solo que j’ai longtemps écouté sans trop savoir pourquoi (Mantaray), laissant derrière elle assez de ravissements pour que l’on ne se contente pas de peu.

Siouxsie & The Banshees – Peepshow

Un après après regardé de l’autre côté du miroir, Siouxsie propose un Peepshow lorgnant vers l’electro sans renoncer à son âme new wave, avec le renfort des cordes et de l’accordéon de McCarrick, audible dès Peek-a-Boo qui ouvre le disque sur une note touffue. La veine est plus paisible avec le bocal tueur d’insectes (The Killing Jar) puis The Scarecrow donne vie à un épouvantail ; avant le crescendo mélodique de Carousel et son souffle hésitant, planant au synthé avec la subtilité d’un Peter Gabriel… Le rendu squelettique de Rawhead and Bloodybones fait le coup du monstre caché sous l’escalier, on s’inquiète de notre éternité avec The Last Beat of my Heart avant que Rhapsody ne termine ce neuvième opus par une danse onirique au final éclatant… Je l’ai écouté après le dernier passage à l’heure d’hiver, un dimanche de pluie où mon cœur est à fleur de peau ; mais même si l’emphase de certains titres le rendent trop fanfaron pour égaler Tinderbox, avec sa couverture mordorée Peepshow mérite de figurer dans le trio de tête.

Siouxsie & The Banshees – Through the Looking Glass

En 1987, Siouxsie crée la surprise en sortant un album entièrement constitué de reprises. L’exercice est périlleux et peut vite s’avérer barbant, or ici ces 10 chansons sont pour la plupart réincarnées, habitées par l’esprit cold wave auquel Tinderbox nous a habitués… Kraftwerk est méconnaissable (Hall of Mirrors) et Trust in Me ensorcelle un peu plus la version du serpent Kaa dans le Livre de la Jungle ; Billie Holiday est revisitée à travers une marche funèbre à la trompette (Strange Fruit) et Iggy Pop a salué la nouvelle interprétation de son PassengerYou’re Lost Little Girl ajoute une dose d’étrangeté à la version des Doors, sans oublier Little Johnny Jewel qui m’a fait découvrir Television ; il y a aussi Roxy Music, Bob Dylan ou John Cale sur ce disque intime et gothique, enrichi à la harpe et au violoncelle par Martin McCarrick qui rejoindra ensuite le groupe.