When the Wind Blows

Adapté d’une bande dessinée de Raymond Briggs, When The Wind Blows est un film d’animation réalisé par Jimmy Murakami en 1986. D’un graphisme épuré, il raconte l’imminence d’une explosion atomique dans une banlieue anglaise, et ses conséquences à travers la vie d’un couple de retraités… La bande originale est confiée à Roger Waters, un an après son départ de Pink Floyd et dans la lignée de l’album The Final Cut, qui propose dix chansons et interludes émaillées d’extraits de dialogues désarmants, le chant et la guitare de Waters en phase avec le désenchantement ambiant (Towers of Faith, Folded Flags)… D’autres invités de marque donnent à ce disque un caractère atypique : David Bowie qui a composé et interprète le morceau éponyme, Genesis et leur toujours expressif Brazilian, ou encore The Shuffle de Paul Hardcastle.

Paul Simon – Graceland

En 1986, seize ans après sa séparation d’avec Art, Paul Simon publie son septième et plus célèbre album, Graceland qui popularisa le genre de la world music. Parmi les morceaux d’anthologie : Diamonds on the Soles of her Shoes avec Youssou N’Dour aux percussions, Gumboots du nom de cette danse africaine où l’on porte des bottes de caoutchouc, ou encore That Was Your Mother reprenant à son compte le style zoulou mbaqanga… Une cinquantaine de musiciens a pris part à ce projet, parmi lesquels Adrian Belew ou Myriam Makeba, autour de Paul Simon au chant et aux guitares, énergisant avec The Boy in the Bubble et conquérant derrière les trompettes de You Can Call Me Al… Quand il est sorti ce disque m’a certes ouvert de nouveaux horizons, mais Graceland  reste un ouvrage de pop yankee rêvant de tutoyer les sources de la musique, et pour cela rien ne vaut ses humbles artisans (Djelimady Tounkara, Babatunde Olatunji, Fela Kuti, Ismaël Lô…) Trois ans plus tard, Peter Gabriel allait créer son label Real World, révélant Nusrat Fateh Ali Khan puis Geoffrey Oryema.

Paul Simon & Art Garfunkel – Bridge Over Troubled Water

Dernier album de Simon & Garfunkel, Bridge Over Troubled Water paraît trois ans après la révélation de The Graduate. L’album démarre fort avec le morceau éponyme chanté par Art accompagné au piano, d’une beauté triste comme l’amitié qui s’étiole entre les deux partenaires. C’est la chanson la plus sublime que le duo ait écrite avec The Boxer, également présente sur ce disque où sur fond de guitare folk, Art raconte l’histoire d’un boxeur déterminé à surmonter tous les obstacles… El Cóndor Pasa (If I Could) ajoute au feu d’artifice, adaptée du groupe péruvien Los Incas, mais ça marche moins bien quand Paul & Art se prennent pour les Beatles (Keep the Customer Satisfied, Baby Driver) The Only Living Boy in New York fait penser à Nillson et le reggae expérimental de Why Don’t You Write Me n’enfume personne, quant à Cecilia j’avoue préférer la version de Joe Dassin… Le disque se termine avec une reprise du jovialement ambigu Bye Bye Love, et puis chacun s’en va de son côté : Art se consacre au cinéma tandis que Paul approfondit sa carrière solo. « Lie la lie… »

Paul Simon & Art Garfunkel – The Graduate

Paul Simon est un compositeur, chanteur et guitariste américain né dans le New Jersey en 1941. Il se lie d’amitié avec le chanteur Art Garfunkel, né la même année à New York, dès l’école primaire où ils participent à un atelier de théâtre tout en écrivant leurs premières chansons, signant avec Hey Schoolgirl un premier tube en 1957. Puis leurs parcours divergent, Simon entame une carrière solo avant de retrouver Art en 1965, où ils publient le single The Sound of Silence. Deux ans plus tard, en travaillant à son prochain film The Graduate (Le Lauréat), le réalisateur Mike Nichols souhaite y faire figurer ce titre avant de leur proposer l’essentiel de la bande originale… Avec Mrs Robinson qu’on ne présente plus, petit miracle de chanson folk d’à peine 1 minute 13, avec la reprise du chant traditionnel Scarborough Fair ou encore le crescendo calendaire d’April Come she Will, autre bijou de précision mélancolique… Le film remporte un Oscar et voit la consécration du duo Simon & Garfunkel, révélant au passage le jeune Dustin Hoffman.

The Human League – Dare

Pour le troisième opus des Human League, Philip Oakey a les mains libres et pousse le curseur de l’invention au minimum, obsédé par l’idée de faire un tube les synthés sont tenus en laisse et le chant soumis à la tyrannie du refrain… Open your Heart et Do or Die sont tellement fades que même Hall & Oates n’en voudraient pas au petit déjeuner, Darkness fait sourire et les arrangements ont glissé vers Kim Wilde plutôt qu’Orchestral Manœuvres… The Human League s’est rangé des voitures et ce troisième album paru en 1981 porte mal son nom, sauvé in extremis par le hit que nul n’a oublié  : Don’t You Want Me et sa suite d’accords fébriles, où alternent le chant d’Oakey et de Susan Ann Sulley fraîchement recrutée. Je l’avais en 45 tours et sa face B m’avait elle aussi marqué : Seconds relatant l’assassinat du président Kennedy, où la tension monte à chaque minute.

The Human League – Travelogue

Publié en 1980, Travelogue est le second album des Human League. C’est aussi le dernier en compagnie de ses membres fondateurs Ware et Marsh, qui s’en iront créer Heaven 17 la même année… Les synthés bouillonnent sur The Black Hit of Space ou Life Kills, hésitant entre new wave et modulations industrielles, il faut attendre Dreams of Leaving pour entrer dans une pièce moins surchauffée, mauvais rêve urbain prolongé par l’instrumentale Toyota City, donnant à l’album des articulations progressives que l’on retrouve aussi sur le tonique Gordon’s Gin, et WXJL Tonight en hommage aux premiers DJ… Ces initiatives mises à part, Travelogue est un peu trop soluble dans la synthpop naissante, rehaussé tardivement par trois titres de l’édition remastérisée : Dancevision, Tom Baker et le medley Rock’n Roll/ Nightclubbing, enchaînant les chansons de Gary Glitter et d’Iggy Pop.

The Human League – Reproduction

The Human League est un groupe de synthpop britannique formé à Sheffield en 1977 par Martyn Ware et Ian Crain Marsh aux claviers, et Philip Oakey au chant… Repérés par Bowie et soutenus par Siouxsie Sioux et Iggy Pop, leur premier album Reproduction voit le jour deux ans plus tard chez Virgin… Si le début du disque est marqué par des synthés surannés accompagnant le chant monocorde de Philip Oakey, avec The Word Before Last quelque chose se grippe, la boîte à rythmes se fissure et cesse de ressembler à du Kraftwerk… Arrive You’ve Lost that Loving Feeling, une reprise des Righteous Brothers durant 9 minutes de mise en abîme où c’est Radiohead avant l’heure, suivi des claviers maussades d’Austerity/Girl One et de l’apocalytpique Zero as a Limit, digne d’Archive… L’album original s’arrête là et il est saisissant, mais les morceaux rajoutés sur la réédition en cd vont le rendre exceptionnel. Introducing est une tuerie electro à ne pas écouter tout seul, précédant leur premier ep The Dignity of Labour, suite instrumentale de 16 minutes évoquant Yuri Gagarin… Avant-gardiste et captivant, Reproduction reste à part dans l’histoire de la synthpop, bien à l’abri des rides.

Felix Mendelssohn – Romances sans Paroles

Dans la série disque du dimanche j’appelle les Romances sans Paroles de Felix Mendelssohn, compositeur allemand né à Hambourg en 1809. Pianiste virtuose, il publie ses premiers concertos à 13 ans et connaît la consécration avec Le Songe d’une nuit d’été, en référence à Shakespeare et qui contient la célèbre Marche Nuptiale… Mendelssohn meurt prématurément d’apoplexie à l’âge de 38 ans, cinq mois après le décès de sa sœur Fanny dans les mêmes circonstances… Composées dès 1829, les Romances sans Paroles regroupent 48 pièces délicates et romantiques, teintées de mélancolie sans pour autant démolir toute perspective… On reconnaîtra en La Fileuse le générique inamovible de l’émission Le Masque et la Plume (qui avait évoqué mon roman Touché ! lors de sa parution), on appréciera la légèreté des Pièces enfantines complétant le second cd, avant de conclure sur cette Feuille d’album rappelant l’agilité de Debussy, par petite touches colorées sous les doigts du pianiste Daniel Barenboim.

Half Asleep – Palms & Plums

Accompagnée de sa sœur Oriane, la chanteuse et musicienne Valérie Leclercq crée le groupe Half Asleep en 2002 non loin de Bruxelles. Repéré par le label indépendant Another Record, son premier album Palms & Plums est distribué dès 2003 et révèle le mélange subtil auquel parviennent les deux sœurs avec un piano, une guitare, une discrète batterie et la voix poreuse de Valérie, sur le fil comme Linda Perhacs… Sea ShellsKay ou Fill the Turkey : autant de titres effleurés à la guitare acoustique, avant qu’un piano limite désaccordé ne vienne accentuer la mélopée de The Widow. Je n’oublie pas What Suffering et Romarin, deux interludes instrumentales dans la veine émotionnelle des Puppets de Zbigniew Preisner… Entre le slowcore de Low et les débuts de Dominique A., la folk minimaliste de Half Asleep marque les esprits de son empreinte contemplative. On pense aussi aux ambiances oniriques de la française Colleen, en se laissant flotter le long de ces eaux troubles.