Section 25 – From the Hip

Section 25 est un groupe de new wave britannique formé par le chanteur et bassiste Larry Cassidy et son frère et batteur Vincent en 1977, rejoints à la guitare l’année suivante par Paul Wiggin. Ils se font connaître sur la scène alternative, en concert aux côtés de Joy Division et A Certain Ratio ; paru en 1980 chez Factory, leur premier single est produit par Ian Curtis… Quatre ans plus tard, le trio s’est étoffé avec les chanteuses Angela Flowers et Jenny Ross, adoptant un son plus electro sur leur troisième album From the Hip, où l’on reconnaît la patte de Bernard Sumner aux manettes (Looking from a Hilltop). L’éther de Desert évoque Durutti Column, complété par les voix candides de Flowers et de Ross que l’on retrouve aussi sur Reflection ; cet album chamarré se parant de tonalités plus synthpop avec Program for Light finement ciselé, précédant les riffs cold wave de Beneath the Blade… Dépouillés et discrètement dansants, les cieux étoilés de From the Hip permettent à peu près de passer de dimanche à lundi.

Carl Orff – Carmina Burana

Né à Munich en 1895, Carl Orff est un compositeur de musique classique allemand. Il apprend le piano et le violoncelle à l’âge de 5 ans, publie à 16 ans des chansons inspirées de poèmes rappelant le style de Richard Strauss ; développe dans les années 20 le concept de « musique élémentaire », une méthode pédagogique visant à révéler le talent qui sommeille en chaque enfant… Composés en 1936, les Carmina Burana ont pour origine des textes médiévaux datant du XIIIè siècle, essentiellement en latin et qui évoquent le hasard et la chair, le jeu ou la brièveté de l’existence ; 24 chants profanes entonnés par des chœurs somptueux et lisibles, alliant efficacité rythmique et sens du drame à la manière de Stravinsky… Des titres qui pourraient très bien passer à la radio, en singles atemporels à commencer par O Fortuna, auquel j’ajouterais la complainte de Swas Hie Gat Umbe puis Veni, Veni, Venias et ses échanges chœur à chœur ; In Trutina pour le solo d’une soprano ou encore l’envol aux castagnettes de Tempus est Iocundum… Dirigé par Eugene Ormandy en 1960, un disque paru chez Sony et que je vois en nuances orange et jaune lorsque je ferme les yeux, tel un miroir moins noir de La Mort d’Orion.

Yes – Relayer

Deux ans après Close to the Edge, Yes publie Relayer qui réitère le principe du concept album construit autour de trois morceaux : The Gates of Delirium sur la face A et Sound Chaser suivi de To Be Over sur la face B du vinyle. Bruford est parti, remplacé par Alan White tandis que le Suisse Patrick Moraz est à l’orgue et au Mini Moog, qui rejoindra plus tard les Moody Blues… Les trois quarts de la chanson phare sont débridés, tempétueux et inspirés par le roman Guerre et Paix de Tolstoï ; la magie opérant durant le dernier quart avec un hymne magnifique, inspirant l’accalmie et qui paraîtra en single (Soon)… Le second titre s’apparente à une jam session peuplée de cris funky, je lui préfère le dernier avec son simili sitar et ses guitares alambiquées, qui me donnent envie d’aller visiter The Lamb Lies down on Broadway… Neuf ans plus tard, leur tube Owner of a Lonely Heart fera connaître Yes au plus grand nombre, dont je faisais alors partie car je ne me suis intéressé que bien plus tard à ces albums autrement précieux.

Yes – Close to the Edge

Formé à Londres en 1968 autour du chanteur Jon Anderson, du guitariste Peter Banks et du bassiste Chris Squire, du pianiste Tony Kaye et du batteur Bill Bruford, Yes est un groupe de rock progressif britannique. Ils publient chez Atlantic Records un premier album éponyme en 1969, suivi de Fragile qui mérite d’être découvert même si je m’en suis récemment séparé car je le trouvais un peu trop braillard ; avant Close to the Edge paru en 1972 et qui sera leur plus bel opus, les 18 minutes du titre éponyme occupant la première face du vinyle. Un morceau épique articulé en quatre chapitres dans la pure tradition du rock progressif, où se côtoient solos de guitare et envolées symphoniques, climax à l’orgue et chant à fleur de peau… La seconde face est plus sereine, en deux titres à résonance folk (And You and I) ou psychédéliques sur Siberian Khatru et ses superpositions vocales ; pour un disque à écouter entre Red et Misplaced Childhood. « I get up, I get down… » Je dédie cet article à mon ami Puzzledoyster, dont le courage et la générosité étaient hors norme.

Richard Wagner – La Walkyrie/Tristan et Iseult/Le Vaisseau Fantôme…

Richard Wagner est un compositeur allemand né à Leipzig en 1813. Il apprend la musique à l’âge de 15 ans puis écrit son premier opéra cinq ans plus tard ; s’exile un temps à Paris pour fuir ses créanciers, devient chef d’orchestre et connaît son premier grand succès avec l’opéra Le Vaisseau Fantôme… Il en composera treize autres jusqu’à Parsifal en 1882, qui fut le premier opéra auquel j’ai assisté quand j’avais 22 ans. Je n’écoutais alors quasiment pas de musique classique (à part peut-être Beethoven), et tombai sous le charme de la magnificence wagnérienne ; depuis cela m’a plutôt passé et je préfère écouter Carmen ou Don Giovanni, mais j’ai conservé ce double cd paru chez Decca en 1990 et qui figurait déjà dans ma discothèque lorsque celle-ci ne comportait qu’une étagère… De la Chevauchée des Walkyries aux Murmures de la Forêt ; du romantique Tannhäuser au magnifique Prélude de Tristan et Iseult que Lars von Trier reprendra en ouverture de son film Melancholia : autant d’émotions immémoriales sous la direction de Hans Knappertsbusch et Leopold Stokowski, à travers les séquences emblématiques du compositeur.

Nico – The Marble Index

Plus connue sous le nom de Nico, Christa Päffgen est une chanteuse et compositrice allemande née à Cologne en 1938. Elle devient mannequin à l’âge de 15 ans puis obtient un rôle dans La Dolce Vita de Fellini en 1959 ; rencontre Brian Jones, Bob Dylan puis le Velvet Underground en 1967, le temps d’un album devenu mythique. Aussitôt après, soutenue par Jim Morrison elle entame une carrière solo et publie The Marble Index en 1968, aux côtés de John Cale au piano et à l’alto, à la guitare électrique ; ce dernier en assure également la production et y appose sa patte avant-gardiste… Nico quant à elle a élu l’harmonium, l’union de cet instrument avec sa voix gothique autorisant des climats brumeux (Lawns of Dawn, Evening of Light) et diaphanes, parfois dissonants (Facing the Wind) dans l’esprit des débuts de Siouxsie… Les arrangements classiques font pousser des roses dans la neige avant un dernier titre a cappella expressionniste (Nibelungen) ; insaisissable et ténébreuse, Nico meurt à 49 ans d’une chute à vélo attribuée à une insolation.