Linda Perhacs – Parallelograms

Née en Californie en 1943, Linda Perhacs est une chanteuse et guitariste américaine. Dentiste de profession, sa musique retient l’attention du compositeur Leonard Rosenman, en l’occurrence un de ses patients et qui va produire son premier album Parallelograms en 1970 chez Kapp, le label des Silver Apples… Mais il ne trouve pas son public et Linda retombe dans l’oubli jusqu’en 1998, lorsque le label Wild Places le réédite en vinyle puis cinq ans plus tard en cd sous l’impulsion de la « New Weird America », une expression saluant le renouveau de la folk psychédélique… La voix de Linda se dédouble sur Chimacum Rain et de ses lèvres coule une pluie sensuelle suivie des murmures de Dolphin ; même recette avec Call of the River dans une fresque éthérée où elle est à la fois aux chœurs et au chant, et encore avec le titre éponyme où les octaves se répondent dans une ambiance irréelle qui me rappelle Beaver & Krause… Parmi les bonus, If you Were my Man est un gros câlin avant Spoken Intro to Leonard Rosenman où émouvante, Linda nous livre ses secrets pour rendre le son de la pluie, au carillon puis au xylophone… Entre Comus et Jandek, la tendre liberté de Linda s’impose naturellement.

The Smashing Pumpkins – Adore

The Smashing Pumpkins est un groupe de rock indépendant américain, créé à Chicago en 1987 par le chanteur et guitariste Billy Corgan, le bassiste D’arcy Wretzky, le guitariste James Iha et le batteur Jimmy Chamberlin. Ils se produisent dans les bars de Chicago et sont remarqués avec leur second album Siamese Dream, un peu trop grunge à mes oreilles qui lui ont toujours préféré le suivant, Adore paru en 1998 ; un an après leur contribution à la bande originale de Lost Highway avec la chanson Eye… Passée la douceur de To Sheila, les rythmes d’Ava Adore m’évoquent la synthpop burinée d’Ultra paru l’année précédente, tandis que les guitares de Perfect saluent The Cure avec élégance… Un album où l’euphorie (Appels + Oranjes, Pug) côtoie la mélancolie (Once Upon a Time, Crestfallen), traversé par un son new wave plus chaleureux que les Pixies et sur lequel vient se percher la voix protéiforme de Billy Corgan ; pleine de tendresse sur For Martha et son piano… Le livret contient les paroles et des photos de Yelena Yemchuk, permettant d’approfondir cet adorable voyage.

Django Reinhardt – 100 Ans de Jazz

Né en Belgique en 1910, Django Reinhardt est un guitariste français à l’origine du jazz manouche, un style de musique combinant jazz et folklore gitan popularisé avec Stéphane Grappelli en 1934, qualifié par ce dernier de « jazz sans tambour ni trompette. » Django voyage en roulotte avant de s’installer à Paris à l’adolescence, où il apprend le banjo grâce à son oncle, puis le violon et enfin la guitare qui deviendra son instrument de prédilection en dépit d’un incendie qui mutile sa main gauche à l’âge de 18 ans ; à la suite duquel il va développer une technique de jeu particulière qui sera admirée par Jimi Hendrix… Parue en 1992, cette anthologie présente des enregistrements réalisés à Rome en 1949 et 1950 aux côtés d’Alf Masselier à la contrebasse ou de Grappelli au violon, le célèbre Minor Swing ouvrant le bal avec un swing à tomber de sa chaise ; suivi de Nuages où les cordes de Django sont accompagnées d’une impalpable clarinette, tandis que September Song me fait penser aux Shadows… Que l’on tape du pied avec le traditionnel Russian Songs Medley ou que l’on flâne avec Improvisation sur Tchaïkovsky, la griserie est garantie avec ces 36 morceaux hors du temps.

The Gist – Embrace the Herd

Formé en 1980 par le bassiste Phil Moxham, le guitariste Dave Dearnaley et la chanteuse Wendy Smith, The Gist est un groupe de new wave gallois. Moxham vient de quitter les Young Marble Giants créés deux ans plus tôt et concocte en 1982 cet unique album, espiègle et cadencé avec l’instrumentale Far Concern ou bien Love at First Sight et son petit air de tube qui sera repris par Etienne Daho en 1986… On croirait entendre Brian Eno sur Iambic Pentameter et les tempos syncopés de Fretting Away ou Public Girls rappellent les YMG, tandis que la boîte à rythmes de Carnival Headache fait danser les neurones sans les endommager ; et même si c’est un peu le foutoir avec Dark Shots, les guitares en bonus de Four Minute Warning m’évoquent McLaughlin avant la greffe d’un dialogue intriguant à la manière de Mr. Scruff… Des ritournelles synthpop qui s’imposent comme un moment léger et décentré, ravissantes et farfelues.

Pierre Henry – Remixe sa Dixième Symphonie

Pierre Henry est un compositeur de musique concrète né à Paris en 1927. Il apprend les percussions et le piano au Conservatoire où il entre à l’âge de 10 ans, rencontre Pierre Schaeffer en 1946 et fondent ensemble le GRMC, un laboratoire de création musicale où il collabore entre autres avec Maurice Béjart (Messe pour le Temps Présent). Il rend hommage à Luigi Russolo en 1975 (Futuristie), et quatre ans plus tard à Beethoven en composant sa Dixième Symphonie qu’il remixe en 1988… Comme une machine à démonter la musique, la Marche dans le Temps a des airs funky avant les Pas Perdus où l’on se retrouve dans un hall de gare bruissant, Beethoven Seul rappelant Wendy Carlos tandis que Fantaisie Flipper grouille de toupies et de jingles comme chez Parmegiani né la même année qu’Henry. Guerre tire à vue avant les plaintes électriques de l’Aube ; quant au Finale où l’on reconnaît L’Ode à la Joie, il s’emballe comme à la fin du film Stalker de Tarkovski, entre une pendule rappelant celle de Le Bars et des accords synthpop, les percussions évoquant le mouvement d’un train avant la fuite d’un robinet et une porte en tôle qui se referme sur ce collage singulier.

Rodriguez – Searching for Sugar Man

Né de parents mexicains dans le Michigan en 1942, Sixto Rodriguez est un chanteur et guitariste américain. Son père chante le blues et il découvre la musique de Leonard Cohen et Donovan, se produit dans les bars après avoir arrêté le lycée puis publie un single en 1967, suivi des albums Cold Fact en 1969 et Coming from Reality en 1971 ; mais le succès n’est pas au rendez-vous et Rodriguez devient ouvrier en bâtiment pour nourrir sa famille… Dans le même temps, Cold Fact est distribué en Afrique du Sud où ses textes engagés lui valent d’être censuré, mais le disque est piraté et passe en douce sur certaines radios, Rodriguez devient un artiste culte sans qu’il n’en sache rien, certains le croient même mort ainsi que le raconte le documentaire Searching for Sugar Man en 2012, dont est issue cette bande originale et qui reprend ses plus beaux titres… Tour à tour psychédélique (Sugar Man) et prolétaire (Cause), pérecquien (I Wonder) mais aussi sentimental (I Think of You) ou désinvolte avec I’ll Slip Away ; un disque qui donne envie d’agir et d’aimer, où les guitares sont folk parmi bongos et claviers tandis que le chant fait penser à Dylan.

Gioacchino Rossini – Petite Messe Solennelle

Prenez un Requiem au choix (Mozart, Fauré, Cherubini, …), gardez-en l’inspiration divine mais retirez-en le côté poussiéreux, ajoutez-y deux pianos allègres, un harmonium discret et obtenez la Petite Messe Solennelle de Rossini ; composée soixante ans après ses Sonates et qualifiée par son auteur de « dernier péché de vieillesse… » Le clavier de Domine Deus ponctue finement le chant du ténor Steve Davislim et c’est le chœur au complet qui entonne Cum Sancto Spiritu, puis Et Vitam Venturi avec ses accords à l’harmonium ventilés comme un melodica ; sans oublier la candeur instrumentale du Prélude religieux sur ce cd paru chez Harmonia Mundi et sous la direction de Marcus Creed… Rossini décédera quatre ans plus tard, il aimait la bonne chère et a donné son nom à une pièce de bœuf surmontée d’une tranche de foie gras, dont la mémoire est entretenue par Balavoine dans Vendeur de Larmes, où il déclare à propos des chanteurs de pacotille :  « Qui tournent le dos à Rossini, débutant comme des stars finies… »