Chilly Gonzales – Solo Piano

Chilly Gonzales est un compositeur canadien né à Montréal en 1972. Après des débuts au sein d’une formation pop (Son), il change de voie en 2004 et publie Solo Piano sur le label No Format! L’ombre d’Erik Satie surgit aussitôt, inévitable sous les doigts de ce pianiste classique de formation, mais Chilly la balaie au bout de quelques secondes, ses notes semblant reprendre là où le Honfleurais s’était arrêté… Des mélodies de rien, un touché grave et aéré (Manifesto) ou noir et blanc comme l’on déambule par une nuit de neige (Overnight) ; puis une cadence enfantine (DOT), quelques croches et l’on s’évade vers les étoiles chères à Faton Cahen… Armellodie est fragile et attachante comme cet ami en souffrance qui envisage aujourd’hui l’impensable, mélomane s’il en est et auquel je dédie ce billet. Carnivalse étourdit avec son côté Gould et Meischeid me rappelle un truc à la flûte de pan ; d’abord pesant, Gentle Threat se fraie un chemin vers la légèreté… Une piécette en cristal plus loin (Oregano), One Note at a Time m’évoque Lepo Sumera et termine ce disque sur une touche optimiste, donnant tout simplement envie de remettre ça.

Peter & Clive Sarstedt – Asia Minor

En 1986, aux côtés de son frère Clive, Peter Sarstedt publie Asia Minor sur le label Kenwest Music. Un album de trente-six minutes tout en atmosphères, instrumental et où un duo de guitares electro-acoustiques échange des accords confidentiels, dont on s’imprègne en poussant discrètement la porte d’un salon de musique… La Teradactyl Walk est boisée et Glider reprend fugacement le thème de Where Do you Go to my Lovely ; soutenu par un synthé léger, Dream Pilot pourrait faire la première partie d’un concert de Michael Brook… India fait son effet et donne envie d’aller chez Ravi Shankar, The River s’écoule gentiment et Corigador m’a donné envie de me remettre à la guitare basse… Sans prétention et feutré, voilà un disque parfait pour rêver.

Peter Sarstedt – Peter Sarstedt/As Though it Were a Movie

Peter Sarstedt est un auteur-compositeur-interprète anglais né en 1941. Paru vingt-huit ans plus tard, son premier album éponyme contient déjà sa chanson la plus célèbre, Where Do you Go to my Lovely que j’ai découverte en 1995, dans un pub irlandais où elle passait sur le juke-box entre Clannad et Christy Moore. Avec son intro à l’accordéon et ses cinq minutes de guitare acoustique, l’histoire de cette parisienne superficielle marque l’auditeur qui ne s’y attendait pas en buvant sa Smithwick’s, rappelant Mademoiselle de Murray Head… On la retrouve sur ce double cd aux côtés d’un déraillement pop inspiré des Beatles (No More Lollipops), d’une babiole au banjo et d’un chœur à la manière de Simon & Garfunkel (Time was leading us Home) ; sans oublier les accords saccadés le long des acrostiches de Time, Love, Hope, Life… L’autre cd contient As Though it Were a Movie, son second album paru lui aussi en 1969 avec une Overture aussi progressive que The Turn of a Friendly Card ; Letter to a Friend décrochant le rôle du titre le plus émouvant, suivi de The Artist pour son ironie et de la brève ballade Juan… Badin et excentrique entre pop et folk, Peter Sarstedt adoucit les mœurs.

Monolake – Ghosts

Publié trois ans après Silence, le septième album de Monolake creuse un sillon plus organique, composé d’échantillons minéraux où les morceaux s’enchaînent comme les pirouettes d’un gymnaste dont on découvre le programme. Un théâtre analogique truffé de bricolages ingénieux (le morceau éponyme m’évoque les textures d’Orbital, mais aussi le rythme persistant de The Existence of Time), ici de la techno downtempo rappelle The Other People Place (Afterglow) ; plus loin Hitting the Surface ou le retour des voix factices perdues dans des vibrations captivantes, avec des synthés pas si loin de Peter Gabriel… Unstable Matter se dérobe sous nos pieds et Aligning the Daemon joue de l’orgue dans un égout ; avec ses roulements à billes et ses cordes huilées, entre paupières qui se plissent et appétit expérimental à la Pierre Bastien, Ghosts est tranquillement équivoque.

Monolake – Silence

Créé à Berlin en 1995 par Gerhard Behles et Robert Henke, Monolake est un duo de musique expérimentale situé entre l’ambient et la techno minimaliste. À l’origine du logiciel de création live Ableton, Henke conçoit également des installations sonores et visuelles déjà présentées au Tate Modern et au Centre Pompidou… Paru en 2009 avec le concours du producteur Torsten Pröfrock, Silence se fraie un chemin entre le visible et l’infime. Il neige au ralenti sur des tôles lisses (Watching Clouds) avant l’idée d’une harpe (Infinite Snow) proche des Versailles Sessions de Murcof ; Null Pointer tambourine entre des lamelles et une voix enregistrée égrène des instructions obscures, Avalanche résonnant comme autant de chutes à répétition… Observatory enfin grince en errant, éteignant lentement ces textures, ces échos qui ne se terminent pas pour autant dans notre tête. On pense au velours de The Orb mais aussi aux tempos freinés de Scorn ; moins monotone que Plastikman il fait froid juste ce qu’il faut chez Monolake.

Rammstein – Reise, Reise

Album à voyager, Reise Reise paraît en 2004 et conforte Rammstein dans son statut de bête de scène. Ses tournées deviennent sa marque de fabrique, où l’obsession du feu est chorégraphiée à renforts de lance-flammes géants ; tandis qu’en couverture de ce quatrième album, la boîte noire endommagée d’un avion rappelle l’origine du nom du groupe… Les chansons Amerika et Moskau se succèdent et libre à chacun de décider où il fait bon vivre, une allusion à Johnny Rotten figurant sur la première (« This is not a love song… ») ; la seconde étant d’abord qualifiée de plus belle ville du monde avant d’être comparée à une prostituée… Cette paire mise à part et qui doit casser la baraque pendant les concerts, côté son ça devient barbant tellement c’est prévisible. Le cannibale de Rotenburg est évoqué sur Mein Teil et Ohne Dich chante l’amour comme With or Without You de U2 ; sur ce je crois que j’ai eu ma dose et m’en vais aller écouter The Number of the Beast.

Rammstein – Mutter

Troisième album de Rammstein, Mutter montre en couverture la photo d’un fœtus dans du formol ; complété par d’autres clichés inspirant l’inertie dans le livret réalisé par Daniel et Geo Fuchs, artistes conceptuels francfortois. Le ton semble donné, mais part-on vraiment pour une nouvelle tranche de metal inoxydable ? Ça commence par un cauchemar d’enfance avec Mein Herz Brennt ; puis Links 2 3 4 prend la peine d’indiquer que le groupe est ancré à gauche… sur un air militaire. Avec chœurs et synthés échelonnés, Sonne penche vers le metal symphonique, on respire entre les riffs et ça se prolonge avec Ich Will doublée d’un refrain enregistré avec le public, pour un mélange divertissant… Le titre éponyme est doux comme un orphelin et Zwitter (hermaphrodite) évoque les joies de l’autosuffisance, enchaîné avec l’amour à cru de Rein Raus et la comptine Nebel, où la brume s’abat sur un couple perdu en mer… Moins âpre que Sehnsucht, malgré la beauté de certains textes ce disque ressemble à un pétard mouillé.