Roxy Music – Avalon

Il faut attendre le huitième album des Roxy Music pour que se dégage un son n’appartenant qu’à eux, l’intro à la guitare de More than This étant aussi inoubliable que la première phrase de L’Étranger d’Albert Camus… Le producteur Bob Clearmountain est aux manettes de cet opus où tout est habile (on le retrouvera cinq ans plus tard aux côtés des Cure) : un saxo mélancolique et des percussions world (The Space Between), un second tube initié par un fameux gimmick à la guitare (Avalon) et rehaussé par les chœurs de la chanteuse haïtienne Yanick Etienne ; une instrumentale ambient comme si Eno était revenu (India), fondue avec les plages sereines de While my Heart is Still Beating : les titres s’enchaînent avec un naturel déconcertant, où Bryan Ferry est passionné (To Turn You On) jusqu’à s’inarticuler (True to Life) avant de se taire à tout jamais, effacé derrière l’irréelle Tara… Dernier album du groupe, Avalon est de loin le plus réussi : un cas d’école qui a peu d’équivalents dans ma discothèque.

Roxy Music – Flesh + Blood

Pour leur septième opus, les Roxy Music se sont resserrés autour du noyau Bryan + Andy + Phil, batterie et percussions ayant été confiées à des musiciens de studio. Surfant avec toujours plus de précision entre art rock et crooning sophistiqué, Ferry est glam avec Oh Yeah et son piano à la Elton John, puis on dirait que Secret Service a prêté son synthé pour Over You, à moins que ce ne soit celui de Depeche Mode sur Rain Rain Rain…  La passion de My Only Love rappelle Song for Europe mais c’est Eight Miles High qui a le plus de personnalité, une chanson des Byrds où orgue et guitares empruntent un couloir aérien funky. J’aime aussi No Strange Delight et ses cymbales cintrées, annonciateur d’un ultime album aussi magnifique qu’inespéré : Avalon.

Roxy Music – Manifesto

Un album des Roxy Music c’est comme une boîte de pralinés : il faut goûter tous les morceaux plusieurs fois avant de savoir lesquels sont bons. Enregistré en 1979 après quelques modifications au sein du groupe, Manifesto démarre bien avec le morceau éponyme au feeling moelleux, cadencé à la manière d’une intro de rock progressif… Trash appâte puis donne envie de filer du côté des Talking Heads, Angel Eyes est funky, les accords claquent et le saxo ploie, suivi du disco assoupissant de Dance Away. Il est ensuite question de Cry Cry Cry mais on préfère Janis Joplin, avant de retomber sous le charme du toujours efficace Spin me Round… Le rocher en chocolat noir se situe au milieu du disque : Stronger through the Years truffé de résonances new wave, où Bryan se perd en introspections aux côtés d’un piano fantomatique.

Roxy Music – Country Life

Quatrième album des Roxy Music, Country Life paraît en 1974. Les premiers morceaux nous promènent avant les remous virevoltants d’Out of the Blue, au final psychédélique riche en guitare basse.… If it Takes all Night est presque country et avec Prairie Rose on se croirait dans un mauvais Bowie, le sophistiqué Bitter-Sweet relève le menu, où avec un naturel de dandy cosmopolite, Bryan se met à l’allemand le temps d’un couplet, entre Nick Cave et Bauhaus… J’aime aussi les incantations vitaminées de Triptych, son clavecin appliqué comme un baume ; et si le groupe se soucie peu d’unité musicale d’un titre à l’autre, il conforte son statut de roi de la guimauve alternative… La pochette est coquine et a été censurée aux États-Unis, on y voit en petites tenues la cousine et la petite amie de Michael Karoli, guitariste de la belle époque de Can. On s’approprie l’aura du krautrock comme on peut…

Roxy Music – Stranded

Moins d’un an après For your Pleasure, les Roxy Music reviennent avec Stranded, leur troisième album toujours plus glam… Un remaniement a eu lieu : dérangé par la main-mise de Bryan, Brian a quitté le groupe, remplacé par Eddie Jobson qui pratique également le violon, tandis que Phil Manzanera apparaît à la guitare… Ferry fait son crooner sur Just Like You et les guitares trafiquées d’Amazona se laissent étrangler, le déroulé tranquille de Psalm est plus étoffé mais Mother of Pearl rase les murs : on pourrait se passer de cet opus mais les Roxy s’arrangent toujours pour coller au moins un incontournable par disque, ici A Song for Europe qui commence en anglais et se termine en français, après un passage par le quartier latin. Ode à Paris, ode à l’Europe et chanson par excès sur la fuite du temps. « Tous ces moments, perdus dans l’enchantement, qui ne reviendront jamais… »

Roxy Music – For your Pleasure

Bryan Ferry est un auteur compositeur interprète anglais né en 1945 de parents fermiers. Après avoir étudié les beaux arts, enseigné la poterie dans un collège et échoué en 1970 à une audition des King Crimson, il fonde Roxy Music avec son ami et bassiste Graham Simpson. Les autres membres sont recrutés par annonce : Andy Mackay au saxo et Brian Eno au synthé, Paul Thompson à la batterie et David O’List à la guitare… For your Pleasure est leur second album, paru en 1973 un an après leur album éponyme remarqué. Les quatre premiers titres sont exubérants et me laissent froid, la donne change avec In Every Dream Home a Heartache et sa récitation désabusée, soutenue par un orgue sobre et conclue avec un solo vraiment créatif. Susurré à la BowieThe Bogus Man et ses voix perchées amplifie la voltige, avec là encore un délectable crescendo final ; sans omettre le très réverbéré For your Pleasure, où Eno s’est arrangé pour triturer voix et pianos.

Camille Saint-Saëns – Symphonie n°3/Danse Macabre/Le Déluge

En 1886, le Carnaval des Animaux à peine achevé Saint-Saëns termine sa Symphonie n°3. Articulée en trois mouvements héroïques, dont les fameuses orgues du Maestoso Allegro qui prend aux tripes et poursuit la noble mission de faire découvrir la musique classique aux plus jeunes, son thème ayant été repris dans le film Babe, permettant à cette symphonie de connaître un destin télévisuel posthume, similaire aux Toccatas de Bach dans les années 80… Orchestré par Daniel Barenboïm, ce disque inclut aussi la caressante Danse Macabre qui reprend le thème des Fossiles du Carnaval, un extrait de l’opéra Samson et Dalila et un Déluge aussi sinueux que La Moldau… Paru en 2002 chez Deutsche Grammophon, ce cd au son étincelant met en relation directe avec le talent convivial de Camille Saint-Saëns.

Camille Saint-Saëns/Sergei Prokofiev – Le Carnaval des Animaux/Pierre et le Loup

À l ‘occasion d’un mardi gras de 1886, Camille Saint-Saëns compose et interprète Le Carnaval des Animaux, puis interdit toute représentation de cette fantaisie jusqu’à sa mort… 23 minutes de musique classique concentrée, tellement abordable qu’il s’agit souvent du premier disque que l’on entend à l’école. Chacun se souvient des Poules et Coqs où les unes picorent et les autres se pavanent, du temps qui s’étire sous les pattes des Tortues et des inoubliables bonds de Kangourous au piano ; de la clarinette signalant le Coucou au Fond des Bois ou encore la grâce du violoncelle incarnant Le Cygne, sans oublier l’enchanteur Aquarium : inépuisable cascade de doigts sur piano et glockenspiel, hélas souvent galvaudé à la radio par des faiseurs de jingles sans imagination… Une autre paresse éditoriale consiste à faire précéder cette œuvre sur cd du Pierre et le Loup de Sergei Prokofiev, écrit en 1936 et où d’autres animaux gambadent autour d’un gamin et d’un canidé ; conte primesautier qu’il vaut mieux écouter sans narration, pour ne pas se priver du plaisir d’y apposer ses propres variations.

Camille Saint-Saëns – Concertos pour piano n°3 et 5

Camille Saint-Saëns est un compositeur français né à Paris en 1835. Enfant surdoué au piano, il interprète en public le Concerto pour piano n°3 de Beethoven à l’âge de 11 ans. Admiré par Berlioz et Ravel, il décroche à 22 ans le poste d’organiste en l’église de la Madeleine, où il restera durant vingt ans… Composé en 1869, son Concerto pour piano n°3 combine audaces harmoniques et envolées brasillantes, avec un Andante splénétique au milieu. Sous la baguette d’André Prévin, ce disque contient également le Concerto n°5 dit « L’Égyptien », écrit par Saint-Saëns en 1896. Qui s’écoule d’abord tranquillement, cordes et bois amplifiant bientôt une flânerie se parant de couleurs orientales, jusqu’à l’apothéose du mouvement Molto allegro, où le piano flambe sous les doigts de Jean-Philippe Collard.

Thomas Bangalter – Irréversible

Né à Paris en 1975, Thomas Bangalter est un compositeur de musique électronique français surtout connu pour avoir fondé Daft Punk en 1993. Un an après leur second album Discovery, il signe en solo la bande originale d’Irréversible, le second et dérangeant long métrage de Gaspar Noé. Aussi sublime qu’insupportable, ce film a marqué les esprits de ceux qui ont eu le cran de le voir jusqu’au bout. Sa violence et sa virtuosité détrônent Orange Mécanique, la force de son scénario n’étant pas faite pour plaire à tout le monde… Indissociable du film, la bande son sculpte et renforce la dramaturgie voulue par Noé, lancinante le long d’Outrage et d’Outrun tandis que Ventura/Into the Tunnel s’insinue à la manière d’un ver solitaire… Paris by Night ne rassure pas et Désaccords ouvre un puits sans fond, The End bouclant la boucle avec ce trou blanc qui laisse le spectateur sonné pour longtemps, Irréversible étant le seul film où tout est mal qui finit bien… Mahler et Beethoven apportent leur touche atemporelle, il y a même le brave Etienne Daho qui a dû se demander ce qu’il foutait là.