King Crimson – In the Wake of Poseidon

Paru un an après In the Court of the Crimson King, le second album des King Crimson est marqué par le départ de McDonald et Giles qui supportent mal le succès du groupe et la vision artistique de Robert Fripp. Giles assumera cependant son rôle de batteur le temps de l’enregistrement, tandis que Fripp va prendre en charge claviers et mellotron en plus de la guitare… Petit poème fluet, Peace nous prend par la main en direction de Pictures of a City, jazzy et très enlevé, nerveux puis tout doux dans ces minutes supplémentaires qui sont la signature d’un morceau de rock progressif… Le titre éponyme démarre par une bonne louche de mellotron, vers une virée symphonisante qui va se confirmer sur The Devil’s Triangle, plat de résistance de 11 minutes articulées en trois mouvements crescendo de cuivres et maillets maniaco-démoniaques, le long d’un ballet funèbre situé entre Pornography et Tago Mago, brillamment déconstruit et inspiré par la planète Mars selon Gustav Holst… Après ça on rentre chez soi comme on peut, épaulé par la seconde partie de Peace qui conclut ce deuxième opus moins brouillon que le précédent, avec en pochette les jolis dessins de Tammo de Jongh.

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King Crimson – In the Court of the Crimson King

Avec Robert Fripp à la guitare, Greg Lake au chant et à la basse, Ian McDonald au saxophone et aux claviers, Michael Giles à la batterie et Peter Sinfield aux textes, King Crimson est le groupe de rock progressif par excellence. Formés à Londres fin 1968, un an après les enfantillages de The Cheerful Insanity, ils font sensation à Hyde Park en juillet 1969, lors d’un concert gratuit des Rolling Stones. Paru trois mois plus tard, leur album In the Court of the Crimson King pose d’emblée le décor d’un monde vacillant, avec son ouverture au saxo et la voix saturée de Greg Lake, 21st Century Schizoid Man s’achevant dans un fracas de cordes… I Talk to the Wind est champêtre et l’on s’imagine hors de danger derrière la flûte et la voix calme du même Greg, vers Epitaph où le mellotron semble avoir été emprunté aux Moody Blues, où la mélancolie domine entre les nuages noirs… La ballade Moonchild est suivie d’un (très) long solo de Fripp au cœur de percussions louches, un vide organisé avant le morceau final, The Court of the Crimson King entre chevalerie et apocalypse… Intranquille à l’image de sa pochette signée Barry Godber, ce premier album un peu cafouilleux annonce de (très) grandes choses.

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Michel Jonasz – La Nouvelle Vie

Sixième album de Michel Jonasz, La Nouvelle Vie paraît en 1981 et demande illico s’il est raisonnablement possible de réinventer l’amour. Et puis V’la l’soleil qui s’lève et son vague à l’âme, façon Charles Aznavour comme sur l’entraînant Cabaret Tzigane avec un final entre scat et psalmodie… Le sommet de l’album est atteint avec la tranche d’enfance des Fourmis rouges, son mélodica et son orgue faussement désinvoltes ; suivi de près par J’t’aimais tellement fort que j’t’aime encore, comme un rappel à l’amour fou et qui fait penser au J’me gênerais pas pour dire que j’t’aime encore de William Sheller… C’est la nuit salue la muse complice du créateur et la voix chevrotante de J’suis là déborde de tendresse ; il y a enfin le tube que l’on aurait voulu éviter, Joueur de Blues préfigurant le carton d’une Boîte de Jazz quatre ans plus tard, au milieu de ce disque moins homogène que Changez Tout mais néanmoins attachant.

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Michel Jonasz – Changez Tout

Michel Jonasz est né à Drancy en 1947. Auteur-compositeur-interprète, il est d’abord pianiste aux côtés du chanteur marocain Vigon en 1965. Son premier album éponyme paraît en 1974, il a également écrit des chansons pour Françoise Hardy (J’écoute de la musique saoule)Changez Tout voit le jour en 1975 et fait connaître la voix inclassable de Jonasz, son sens de la mélodie et cet art d’installer une chanson dès les premières mesures… Poète du quotidien sur le titre éponyme, il fantasme aux côtés de femmes délaissées qu’il séduira peut-être dans un train (Voyageuse), nous interroge sur les angles droits de L’homme Orange puis se souvient de ses humbles Vacances au bord de la mer… Baroque au Lac Balaton évoquant la fin de la guerre, Jonasz est empathique avec Du Miel et des Violettes trempés dans un bain de violons ; le disque se terminant par un aller-retour doux-amer Sur la Lune, arrangé par Gabriel Yared où l’amour et l’absurde se conjuguent au futur, avant de culminer dans un étonnant tourbillon instrumental. « C’est une petite chanson de rien… »

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Tycho – Dive

Scott Hansen est un compositeur américain de musique électronique. Né à Sacramento en 1977, il travaille en solo jusqu’en 2006, sur ordinateur tout en incorporant des samples issus de performances live. Puis il s’associe au bassiste Zac Brown, au batteur Rory O’Connor et au clavier Billy Kim, et forment le groupe Tycho dont le second album Dive paraît en 2011… Les sonorités flashy de A Walk convergent vers Hours et Daydream, joliment syncopées où une guitare surnage entre les nappes veloutées. Une voix surprise jaillit en ouverture du morceau éponyme, l’air se raréfie dans les échos d’Ascension et des souffles discrets émaillent Epigram, respiration organique vers Elegy en sortie tranquille, rappelant la guitare de Michael Brook… Dessinée par Hansen, la couverture du digipack ressemble étrangement à Mainstream, à l’intérieur un diagramme poétique relie les chansons à l’aide d’ellipses… Entre l’éclat de Gui Boratto et la chaleur vintage des Boards of Canada, flirtant parfois avec le dancefloor d’un Paul Van Dyk, Dive se situe au rayon ambient section vitaminé, avec une tranche de chill pour faire passer le tout.

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Alexandre Saada – Présent

Né en 1977 à Avignon, Alexandre Saada est un musicien de jazz français. Son apprentissage du piano débute à l’âge de 4 ans, c’est à l’adolescence qu’il s’oriente vers le jazz sous l’impulsion de Michel Petrucciani. Installé à Paris, il se produit dans les clubs et crée son propre label, Promise Land sur lequel il publie l’album Éveil en 2003. Un quatrième disque voit le jour sept ans plus tard, Présent où seul derrière son piano, Alexandre enchaîne 10 morceaux comme une seule coulée fluide. Et si l’on pense à Jarrett sur The Hebrew, ou à Faton Cahen avec My Rag, ce sont là des compliments car l’exécution de ces 45 minutes à fleur de phalange ne souffre aucun compromis. En couverture du digipack, l’illustration dépouillée montre la silhouette d’un arbre en hiver, mettant l’accent sur ce que cet album réserve de bourgeonnements à celui qui l’écoutera sans frilosité.

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Imagineoir 41

– Répète après moi que rien ne change jamais…
– Que dois-je répéter après toi que rien ne change jamais ?
– La même chose.

Ui – Answers

Dernier album d’Ui, Answers paraît en 2002 et débute en trombe avec le nerveux Back Up. Un peu plus loin, le tamtam de Sunny Nights précède une ribambelle de cordes fluides, ponctuées par une batterie tonique… D’abord bien sentie, l’intro du morceau éponyme sombre bientôt dans le vacarme, puis il faut attendre John Fitch Way pour retrouver le commencement d’un frisson, au gré d’accords imprévisibles en leur tempo fougueux… 100% instrumental, Answers est à 70% réchauffé et montre les limites d’Ui, enfermé dans ses recettes tandis qu’à la même époque Mogwai, Explosions in the Sky ou Godspeed You Black Emperor! continuaient à faire évoluer leur tambouille, avec plus ou moins de réussite mais le cœur y était.

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