Compilation – The Prisoner (bande originale)

Le prisonnier est une série britannique cocréée et interprétée en 1967 par le scénariste et acteur Patrick McGoohan, qui se retrouve dépersonnalisé dans un village inconnu, régi par des lois imprévisibles et réduit à porter un numéro sur un badge. Avec la Twilight Zone c’est une de mes séries préférées du siècle dernier, dont la musique signée Albert Elms et Wilfred Josephs n’est pas sans rappeler les ambiances de Bernard Hermann… Paru en 1986 chez Silva Screen, ce cd incarne l’inquiétante étrangeté de la série en 26 morceaux mémorables (Engadine’s Dreamy Party, No. 6 Steals a Lifebelt, Village Green Cricket Match), entre adaptations de Bizet (Farandelle played by Village Band) et duo de guitare jazz et xylophone (No. 6’s Regression to Childhood)Le prisonnier c’est aussi un générique culte, associé au thème de Ron Grainer auquel on devait déjà celui de Doctor Who quatre ans plus tôt, et que l’on retrouve à trois reprises sur le disque.

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David Lynch – The Big Dream

David ralentit sur ce troisième disque aux airs alanguis, paru en 2013 et enregistré dans son Asymmetrical Studio, situé à Los Angeles dans la maison où il a tourné Lost Highway. Il rêve à deux (The Big Dream) et cultive son blues moderne avec le rythme à la Tom Waits de Star Dream Girl, puis rend hommage à Bob Dylan avec The Ballad of Hollis Brown… I Want You est downtempo parmi ces 12 chansons étrangement accessibles, où la dream pop et l’electro s’entremêlent à des racines country blues rappelant Osez Joséphine d’Alain Bashung. Mention mélo pour The Line it Curves et sa tapisserie de sons finement cousus, ombrageux à danser le temps d’un slow ; quant au digipack il est à nouveau remarquable, avec son livret orné de paroles obliques et ses photographies sibyllines.

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David Lynch – Crazy Clown Time

Dix ans après l’impétueux Blue Bob, David Lynch se jette à l’eau avec Crazy Clown Time où il assure le chant en plus des instruments. Habituée des collaborations excentriques, Karen O ouvre le bal sur le sensuel Pinky’s Dream, suivi de Good Day Today ou l’optimisme selon Lynch… Noah’s Ark nous imprègne de murmures organiques et The Night Bell with Lightning aurait pu illustrer une scène de Twin Peaks ; on est émus par Stone’s Gone Up et divertis avec le titre éponyme, les guitares font des bruits nouveaux et le batteur Dean Hurley est aussi barré que David… Le digipack est accueillant et se feuillette comme un petit livre garni de conseils transcendants au milieu d’images oniriques ; au final le paysage est coloré, moite et savoureux, du vrai CinemaScope pour les oreilles à condition d’y revenir plusieurs fois, un peu comme pour les films de son auteur.

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David Lynch & John Neff – Blue Bob

Né en 1946 dans le Montana, David Lynch est un réalisateur, peintre et musicien américain. Reconnu en 1990 pour sa série Twin Peaks, puis ses films Lost Highway en 1997 ou encore Mulholland Drive en 2001, son univers surréaliste s’épanouit dès 1967 dans ses premiers courts métrages à l’école des Beaux Arts de Pennsylvanie, puis dix ans plus tard dans son premier film Eraserhead, pour lequel il a composé la bande sonore… Paru en 2001, Blue Bob est un album studio coécrit avec l’ingénieur du son John Neff, lequel assure également les parties vocales tandis que Lynch se concentre sur sa slide guitare et ses amplis modifiés. Proche de ses films, le résultat se situe entre blues psychédélique (Rollin’ Down) et humour opaque (Thank you, Judge!), rock industriel (I cannot do That) ou ambient (Blue Horse, Mountains Falling), avec un penchant expérimental rappelant les audaces de Captain Beefheart.

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Marillion – Clutching at Straws

Quatrième album de Marillion, Clutching at Straws distille l’histoire d’un trentenaire porté sur la bouteille, à travers 11 chansons où de bar en cauchemar, sa déchéance nous est contée. Tout pour réussir un autre concept album, le dernier auquel Fish participera, parvenant à poétiser ces instants instables, du fragile Going Under au convulsif White Russian… Quand elles s’embrasent les guitares rappellent à nouveau Supertramp, Incommunicado a un air de déjà-vu mais ça ne fait rien, on s’en débouche une dernière sur Torch Song. Non Jef, t’es pas tout seul…  Les titres ont certes perdu en développements, mais avec sa guitare à la Alan Parsons et une batterie qui dépote, avec sa flûte progressive Slainte Mhath est le joyau de cet ultime album paru en 1987. « This is the story so far… » J’ai bien tenté de m’intéresser à Marillion ensuite, mais après le départ de Fish son groupe a fait plouf.

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Marillion – Misplaced Childhood

Misplaced Childhood est un concept album de Marillion paru en 1985, où tout s’enchaîne à merveille autour du thème de l’enfance. Car si les morceaux sont plus courts et plus nombreux, permettant d’extraire des tubes comme le poignant Kayleigh où les cœurs se brisent, la production est brillante et chaque titre fait progresser le conte musical vers de nouveaux sommets, les chansons étant elles-mêmes scindées en sous-parties apportant ruptures et crescendos. Ainsi Bitter Suite fonctionne par ricochets où le présent se lézarde, Heart of Lothian serpentant vers les bongos furieux de Waterhole… La guitare de Blind Curve rappelle Scorpions, le titre dépasse 9 minutes et l’on y brûle au milieu (Perimeter Walk), avant le retour à la vie impulsé par la révélation de Childhoods End? Un disque trempé entre innocence et désillusion, homogène et qui passe par toutes les nuances du spectre, comme le suggère l’arc-en-ciel sur la couverture. « J’entends ton cœur… »

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Marillion – Fugazi

Paru un an après l’enthousiasmant Script for a Jester’s Tear, le second album de Marillion continue à installer le renouveau du rock progressif. Ian Mosley a remplacé Mick Pointer à la batterie, ce départ inspirant les paroles du premier morceau Assassing, sept minutes baroques où Fish s’échauffe la voix… Emphatique avec Jigsaw et plutôt en balade sur Emerald Lies, ça décoiffe surtout avec l’enchaînement d’Incubus et de Fugazi, où l’alchimie entre les mots et la musique reprend ses aises, le titre éponyme synthétisant l’émotion ressentie tout au long du disque, même s’il est un peu en deçà du premier opus… Lyrique et incarné comme Supertramp, moins poussiéreux que Genesis, Marillion met en boîte un univers entêtant et coloré à l’image de ses pochettes, des tableaux signés Mark Wilkinson que l’on peut regarder longtemps.

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