Lower Dens – Twin-Hand Movement

Après une carrière solo de cinq ans, la chanteuse et guitariste texane Jana Hunter fonde Lower Dens en 2010, aux côtés de Will Adams à la guitare, Geoff Graham à la basse, Nate Nelson à la batterie et Carter Tanton aux claviers. Twin-Hand Movement est leur premier album, paru la même année et résistant aux étiquettes… J’aime le solo de guitare et la basse proéminente de A Dog’s Dick, les percussions typées de l’instrumentale Holy Water rappellent l’efficacité de Can et la voix de Jana évoque celle de Victoria Legrand, la chanteuse de Beach House dont Lower Dens a par ailleurs fait la première partie d’un concert en 2013, avec un petit côté revêche en plus… Plastic and Powder et ses relents de lo-fi, l’irréalité de Hospice Gates ou encore Truss me en toute intimité : ce premier disque donne envie de découvrir le suivant.

Kim Wilde – The Very Best of

La pop star la plus sexy des années 80 est née en 1960 dans la banlieue de Londres. Le temps d’étudier les beaux arts, elle fait ses premiers pas vers la gloire en 1981 avec Kids in America, un de mes premiers 45 tours… Managée par son père et musicien Marty, puis par son frère Ricky, elle enchaîne les tubes de Chequered Love à Cambodia, surfant sur la vague new wave sans s’interdire d’aborder des sujets sensibles, par exemple avec View From a Bridge (can’t take anymore…) J’avais cassé ma tirelire pour acheter son troisième album Catch as Catch Can, sans doute influencé par la couverture (en vinyle c’était quelque chose), aussi ai-je fini par succomber à cette première anthologie cd parue en 1987, où parmi ses incontournables des titres moins connus n’ont pas été oubliés : Take me Tonight, Stay Awhile, Dancing in the Dark… Après l’an 2000, tout en continuant à enregistrer un disque ça et là, Kim s’est reconvertie dans l’horticulture.

Led Zeppelin – How the West was Won

Les concerts enregistrés par Led Zeppelin en 1972 ont été édités en 2003 sur How the West was Won, un triple cd immersif de par sa qualité sonore et sa playlist. Les standards sont là et deviennent passionnants lorsque Page les revisite à travers de larges solos improvisés (Heartbreaker, Stairway to Heaven, Bring it on Home…), au-delà de ces virtuosités attendues il y a trois morceaux que l’on n’est pas près d’oublier : Dazed and ConfusedWhole Lotta Love et Moby Dick, défiant chacun le temps et l’espace durant 25, 23 et 19 minutes ! Les deux premiers sont des medleys entremêlant standards de blues et bourrasques de guitares, vertiges vocaux où l’invention remporte la mise ; le troisième est une extension de la célèbre instrumentale à la batterie, d’une durée hystérique et qui fait pousser le volume de minute en minute, jusqu’à ce que le voisin vienne frapper à la porte… Peu de groupes augmentent leur concert d’autant de musique inédite, et l’on en ressort épuisés, les sens régalés comme si l’on avait écouté à la suite le Live Music de Can et B’Boom des King Crimson.

Led Zeppelin – Led Zeppelin IV

La presse s’étant parfois montrée féroce à l’égard du progressiste Led Zeppelin III, pour son prochain opus le groupe ne lui donne aucun titre et remplace son nom par quatre symboles cabalistiques ou « zoso… » Passé le brutal Black Dog on aborde tout doux The Battle of Evermore et sa guitare acoustique, sa mandoline atteignant au sublime ; secondé aux chœurs par Sandy Denny, Robert Plant est aux anges pour évoquer l’univers du romancier Tolkien. « Bring it back, bring it back… » Stairway to Heaven enchaîne et se décompose en slow mélo suivi d’emballements rock et d’un solo de Jimmy Page, la chanson dure 8 minutes et flirte avec la frontière du rock progressif… Sur Four Sticks c’est John Bonham qui joue sa partition à quatre baguettes au lieu de deux, où caché derrière un sitar le chant traverse bientôt la couche d’ozone, avant de conclure par les accords défoncés de Paul Jones sur un synthé VCS3… Il y a aussi Going to California, une complainte folk aussi sereine qu’un apéritif en compagnie de Nick Drake ; en fait c’est simple : on garde tout sur ce disque puissant et atemporel, paru en 1971 et qui allait devenir leur chef d’œuvre incontesté.

Led Zeppelin – Led Zeppelin III

Enregistré en 1970 dans un hameau retiré du Pays de Galles, Led Zeppelin III démarre en trombe avec le mythique Immigrant Song, puis les cordes arrangées de Friends annoncent les premières couleurs folk, soutenues par d’étonnants effets de drone au synthé Moog… Plus long morceau du disque, le solo de guitare de Since I’ve Been Loving You semble dire adieu au style hardeux qui a fait la gloire des Zep, l’orgue Hammond de John Paul Jones suggérant un tournant… Guitare acoustique et banjo sur Gallows Pole, mandoline avec That’s the Way ou castagnettes sur Bron-Y-Aur Stomp : Page et Plant en ont encore sous le pied sur ce troisième album terminé par un hommage au blues mixé à la hache, Hats Off to Harper comme s’ils voulaient restituer le timbre d’origine d’un Robert Johnson.

Led Zeppelin – Led Zeppelin II

« You need cooling, baby I’m not fooling », c’est par ces mots de bon sens que commence le second album de Led Zeppelin, paru fin 1969 et à nouveau enregistré dans des conditions brutes tandis que le groupe est en tournée, au bénéfice d’un son franc voire cassant (le surgissement des riffs de The Lemon Song me fait à chaque fois tressaillir). Avec Heartbreaker et les overdubs électrisés de Ramble On, c’est leur album le plus hard et je n’y distingue que deux titres essentiels : Whole Lotta Love qui s’enroule après le premier refrain dans un maelström de percussions et échos délirants, quelque part entre Can et Pink Floyd ; et l’instrumentale Moby Dick qui donne la mesure du talent de John Bonham, suspendu à sa batterie pendant trois minutes… L’harmonica de Bring it on Home calme le jeu, permettant de s’intéresser à la pochette où l’on remarque le contour du dirigeable Hindenburg (à l’origine du nom du groupe), complété par un collage rappelant celui de Sgt. Pepper’s.