Bill Haley – Rock

Bill Haley est un compositeur et chanteur américain né à Detroit en 1925. Guitariste et contrebassiste, il débute sa carrière comme DJ à la radio puis fait ses débuts sur scène dans un groupe de country bientôt rebaptisé « Bill Haley and His Comets », qui enregistre son premier succès Crazy Man, Crazy en 1953, suivi par Rock Around the Clock l’année suivante. Premier artiste blanc à s’aventurer en territoire rock’n roll, Haley ouvre la voie à Elvis et à Buddy ; cette anthologie parue chez Charly permettant de mesurer l’apport de ce pionnier gominé… Outre les incontournables déjà cités, on y retrouve le virevoltant Shake Rattle & Roll suivi du boute-en-train See You Later Alligator, où Bill est épaulé par les chœurs de ses Comets, eux-mêmes suivis de près par un saxo sporadique… Autant de chansons fondatrices et qui font claquer des doigts devant le juke-box, à écouter sans avoir besoin d’avaler 40 Cups of Coffee entre Chuck Berry et Bo Diddley.

Mr. Scruff – Trouser Jazz

Trois ans après l’immanquable Keep it Unreal, l’orfèvre du downtempo revient avec un opus sûr de son swing sur Beyond et la voix lascive de la chanteuse Seaming To, qui collaborera plus tard avec Robert Wyatt ; ou encore Come Alive et ses couplets bien balancés le long de rythmes amortis… Les percussions tribales de Shelf Wobbler sont rattrapées par un saxo nerveux, suivies de Giffin où basse et clavinet se superposent à un tempo épatant… Certains morceaux suivent la recette du premier opus d’un peu trop près (Sweet Smoke, Shrimp) mais l’ensemble reste espiègle et frétillant, qui se termine à nouveau par un épisode désopilant en haute mer avec Ahoy There! sur cet album dont la pochette représente des musiciens en forme de patates, dessinés par Mr. Scruff et qui me font penser au dessin animé The Tune, avec lequel sa musique partage un certain état d’esprit.

Mr. Scruff – Keep it Unreal

Plus connu sous le nom de Mr. Scruff, Andrew Carthy est un DJ anglais né en 1972 à Macclesfield. Son premier album éponyme paraît en 1997, suivi de Keep it Unreal deux ans plus tard chez Ninja Tune, en bonne compagnie aux côtés de Permutation et Motion… On trippe avec les basses bouclées de Spandex Man, suivi du jazzy Get a Move On qui sample Bird’s Lament de Moondog avec des craquements dans le vinyle façon Moby, durant sept minutes de réappropriation trip hop qui vont le révéler grâce à son utilisation dans des spots publicitaires… Le breakbeat de Chipmunk déplace les enceintes et son vibraphone me donne envie d’écouter Tortoise avant Do You Hear et ses airs lounge, un orgue et un saxo roulant des mécaniques sur l’entêtant Blackfoot Roll tandis que Travelogue m’évoque l’ombre d’un autre DJ… Je n’oublie pas les comptines Shanty Town et Fish, où Scruff a rassemblé d’improbables bribes de dialogues maritimes, pour un résultat absurde et réjouissant sur ce disque cadencé comme une machine à vibrer.

Vangelis – Direct

Vangelis est un compositeur de musique électronique grec né à Vólos en 1943. Pionnier en ce domaine, il est autodidacte et bidouille sur le piano familial dès le plus jeune âge, forme un groupe de rock avec des amis à l’âge de 20 ans (The Forminx), écrit des musiques de films puis collabore un temps avec Jon Anderson… Paru en 1988, son quinzième album Direct explore des sonorités caressantes qui propulsent vers les étoiles (The Motion of Stars) ou à travers le vent (The Will of the Wind) ; les morceaux sont courts et agrémentés de guitare rappelant Mike Oldfield, les synthés bien calibrés  produisant des mélodies relaxantes entre flûte de pan et queues de comète (Elsewhere)… Les vocalises de la soprano Markella Hatziano provoquent un frisson (Glorianna) et l’on s’évade gentiment avec Message ou The Oracle of Apollo, mais Direct est trop pompier pour espérer tutoyer la voûte de Phaedra ; plus vaporeux que Motion Picture et moins pérenne que Rendez-vous paru deux ans plus tôt.

Kurt Weill – Die sieben Todsünden/Chansons

Né à Dessau en 1900, Kurt Weill est un compositeur allemand. Il étudie le piano dès 5 ans et écrit ses premiers textes huit ans plus tard, devient chef d’orchestre à 20 ans et compose avec Bertolt Brecht L’Opéra de quat’sous en 1928… Menacé par l’ascension du fascisme, il s’exile à Paris et signe Die sieben Todsünden en 1933, publié chez Harmonia Mundi et incarné par la  soprano Brigitte Fassbaender aux côtés de quatre voix masculines. Il s’agit d’un ballet où la narratrice Anna tente sa chance aux Etats-Unis, à travers différentes situations illustrant les sept péchés capitaux : de la paresse à l’envie dans une désinvolture lyrique qui m’évoque la Petite Messe Solennelle de Rossini… Après ces trente-cinq minutes de lyrisme que Marianne Faithfull interprétera en 1998, le disque propose la Complainte de la Seine et Youkali, aux paroles éloquentes chantées en français le long d’un piano nonchalant… Entre Socrate et Das Lied von der Erde, la musique de Kurt a inspiré Chet, Sarah et même Django, tous trois interprètes de September Song composée en 1938. « Mais c’est un rêve, une folie ; il n’y a pas de Youkali… »

Roy Montgomery – Temple IV

Roy Montgomery est un compositeur de musique post rock néo-zélandais né en 1959. Il crée The Pin Group en 1980 avec le batteur Peter Stapleton, publie un single sur le label Flying Nun qui fera également connaître son compatriote Chris Knox. Il travaille en solo à partir de 1995, enregistre ses albums sur un magnéto 4 pistes et nous livre un an plus tard l’album Temple IV paru chez Kranky, du nom d’une pyramide situé sur le site archéologique de Tikal au Guatemala, que Roy a visité après la disparition de sa compagne à laquelle ce disque est dédié… Les guitares réverbérées de She Waits on Temple IV font penser à Cobalt Blue au ralenti, coulée paisible avant Departing the Body, une élégie déchirante saturée d’électricité… Le franchissement de The Passage of Forms se fait plus tranquillement, puis les accords claquent sur Jaguar Meets Snake et ses distorsions précédant Jaguar Unseen, ondulant et où la mélodie revient, hésitante… Évoquant le minimalisme de Luciano Cilio, Temple IV est une œuvre laconique et désincarnée dont la poésie cathartique serpente en nous irrésistiblement, tel un virus auquel on survit.

Geoffrey Oryema – Spirit

Geoffrey Oryema est un chanteur et musicien français né à Soroti en 1953. Il apprend la guitare et les instruments traditionnels, s’essaie au théâtre en créant une troupe d’avant-garde où il affirme sa liberté d’expression ; fuit la dictature de son pays en 1977 et publie son premier album Exile en 1990, produit par Brian Eno chez Real World… Dix ans plus tard, Spirit paraît sur même label que Raï Kum l’année d’avant, où le chant puissant de Geoffrey alterne le français, l’anglais et les langues bantoues au gré de morceaux où la choriste Miriam Stockley se mêle aux percussions hautes en couleur… Qu’il évoque le souvenir de son père (Spirits of my Father) ou de son frère avec le bouleversant Omera John, sa voix satinée franchit les octaves sur des arrangements pop étoffés, la guitare acoustique apportant une note élégante. La reprise de Listening Wind est étonnante et magnétique, le disque se refermant avec un Lapin au Sésame raffiné, petite leçon de vie sur des rythmes reggae.