The Slits – Cut

Formé à Londres en 1976 par la chanteuse Ari Up, la batteuse Paloma McLardy, la bassiste Tessa Pollitt et la guitariste Viv Albertine ; The Slits est un groupe de post punk britannique. Viv et Paloma sont issues des Flowers of Romance, une formation punk où a également participé Sid Vicious et Keith Levene, ce dernier allant créer PiL en 1981 et dont le meilleur album s’intitulera Flowers of Romance… Les punkettes cultivent une image provocante et apparaissent en première partie des Clash en 1977, deux ans avant de publier CutBudgie a remplacé Paloma à la batterie. Instant Hit démarre avec une guitare reggae et des percussions pétulantes, les filles se répondant entre chants et bruitages, gueulant de près ou de loin dans des échos élaborés ; cette recette euphorisante traversant tout le disque jusqu’à la basse traînante de Love und Romance, une chanson parodique dont je préfère la version de 1977 présente sur le Best of Peel Sessions… The Slits ont aussi dépoussiéré I Heard it Through the Grapevine, neuf ans après les Creedence dans une version dub pleine de fraîcheur, avant de terminer par le très krautrock Liebe and Romanze. Pouce levé !

Babatunde Olatunji – Drums of Passion

Babatunde Olatunji est un percussionniste africain né au Niger en 1927. Il grandit dans les traditions musicales de son village, déménage à Atlanta dans les années 50 après avoir obtenu une bourse, et sort diplômé du Morehouse College. Passionné de jazz, il rencontre Coltrane et enregistre aux côtés de Stevie Wonder avant de publier son premier album en 1960, Drums of Passion qui va le révéler en Europe et aux États-Unis, inspirant Gainsbourg en 1965 puis Santana avec Jin-go-lo-ba en 1969… Dans la peau d’un conducteur de train où les tambours se sont substitués à la locomotive (Akiwowo) ou bien imitant la trépidation du monde moderne (Kiyakiya), Olatunji et ses chœurs se répondent sur des rythmes hypnotiques précurseurs de Guem… J’aime aussi Shango où un hommage est rendu au « Dieu du Tonnerre » et qui s’enflamme durant sept minutes de crescendo ensorcelant, à l’image de cet album réédité chez Sony en 2002 et accompagné d’un livret garni de commentaires sur les chansons.

Mano Negra – Puta’s Fever

Né à Paris en 1961, Manu Chao est un chanteur et compositeur français. Ses parents sont espagnols et l’initient au piano puis à la guitare, aux côtés de son frère Antoine qui s’intéresse à la trompette et de son cousin Santi qui préfère la batterie. Après s’être échauffés au sein de différentes formations, ils créent Mano Negra en 1987, un groupe de rock indépendant dont le premier album Patchanka est remarqué en 1988. Paru l’année suivante, Puta’s Fever conforte leur style le long de 18 morceaux endiablés au bongo (King Kong Five) ou à la trompette (Peligro) ; tonique avec le magnifique Sidi H’ Bibi avant la pause amère de Pas Assez de Toi… Magic Dice et Mad House font la paire en mélangeant cirque et tapis vert, soleil et danse à grimper au rideau avant un chill à Guyaquil City ou une errance à l’orgue (Soledad) ; en tout ils sont huit et chantent tous en chœur derrière Manu aussi magnétique en anglais qu’en espagnol… À la fois ragtime et reggae, jazz et punk, Puta’s Fever est un monolithe à la fièvre contagieuse ; un cocktail où il y aurait un soupçon de Little Richard et un doigt de Raï Kum, une rasade de Sex Pistols et un zeste de Thiéfaine.

Shawn Phillips – Second Contribution

Composée et publiée dans la foulée de Contribution, cette Second Contribution s’ouvre sur une suite de cinq morceaux dominés par les arrangements de Paul Buckmaster, enchaînés et qui occupaient toute la première face du vinyle original. On y entend des flûtes et une voix alerte qui rappellent Nick Drake, jusque dans le dépouillement sur la Ballad of Casey Deiss qui relate la disparition d’un ami frappé par la foudre… La seconde face est baignée de folk progressif entre l’espiègle Whaz’ Zat et la montée instrumentale de Schmaltz Waltz ; il y a aussi le tranquille Remedial Interruption, réminiscent de Luciano Cilio avant les sifflements amoureux de Steel Eyes qui bouclent cet opus à l’épreuve du tonnerre, entre la viscéralité d’Astral Weeks et le lyrisme de Bless the Weather. « Wish him peace and eternal wisdom, for he has died and he died by light… »

Shawn Phillips – Contribution

Shawn Phillips est un auteur-compositeur-interprète américain de musique folk né au Texas en 1943. Il apprend la guitare avant d’être initié au sitar à l’âge de 15 ans par Ravi Shankar, publie un premier album en 1964 (I’m a Loner) et collabore avec Donovan ou les Beatles… Paru en 1970, Contribution met en avant le chant singulier de Phillips qui parcourt les octaves avec autant d’aisance qu’il tisse ses mélodies à la guitare acoustique, les accents champêtres de Withered Roses m’évoquant l’album de David Crosby paru l’année suivante… Romantique (L Ballade) ou recueilli (No Question), avec un piano qui rappelle Simon & Garfunkel (For Rfk Jfk & Mlk) et un sacré sens de la cadence (Lovely Lady) ; Shawn multiplie les parfums sur ce disque flamboyant, terminé par le psychédélique Screamer for Phlyses.

Yazoo – Upstairs at Eric’s

Formé fin 1981 par le claviériste Vince Clarke qui vient de quitter Depeche Mode et la chanteuse Alison Moyet, Yazoo est un groupe de new wave britannique dont le hit Don’t Go est resté dans les mémoires au même titre que Just Can’t Get Enough… Paru en 1982, leur premier album Upstairs at Eric’s est attachant au-delà de ce tube que l’on est ravi de retrouver, où se mêlent des bribes de conversations téléphoniques (Bad Connection) et une prière electro sur un rythme évoquant Kraftwerk ; avant Only You dont le clavier évoque OMD mais aussi l’enlevé Goodbye ’70’s qui flirte avec Touch ou encore Tuesday et ses samples en français, pour finir avec Winter Kills et son piano mélo… Entre blues et punk, la voix androgyne de Moyet me fait parfois penser à Mick Hucknall, Yazoo oscillant entre synthpop assumée et déviations dignes de The Human League.

Tricky – Blowback

Né à Bristol en 1968, Tricky est un chanteur et compositeur britannique de musique trip hop. Abandonné par ses parents, il est élevé par sa grand-mère et jouit d’une liberté précoce, rencontre les DJ et fréquente la scène locale où il croise la route de Massive Attack et participe à leur album Blue Lines en 1991… Quatre ans plus tard, il publie Maxinquaye avec la participation de Martina Topley-Bird et d’Alison Goldfrapp ; un album que j’ai longtemps conservé avant de m’en lasser, la discographie de Tricky n’étant pas aussi impérissable que celle de Massive Attack… Paru en 2001, c’est à mes oreilles Blowback qui incarne le mieux son style aérien, groovy au piano sur Excess précédant l’indémodable Evolution Revolution Love et son chant rauque, ses samples electro… La voix d’Ambersunshower séduit sur You Don’t Wanna où l’on reconnaît la boucle ralentie de Sweet Dreams ; avant le tonitruant Bury the Evidence suivi d’un échange feutré entre Tricky et la chanteuse Yukiko Takahashi qui évoque l’univers de Susumu Yokota, bouclant ce disque un peu passe-partout mais bien charpenté et qui donne envie de foncer vers Protection.