John Adams – Hoodoo Zephyr

Si cet album flirte avec le courant minimaliste voire répétitif, répétition ne veut pas dire ennui mais plutôt mise en abîme, approfondissement, dérive inexorable et comme par paliers, vers le haut ou vers le bas selon l’humeur recherchée. On est toutefois loin du systématisme d’un Steve Reich, Hoodoo Zephyr reste un travail optimiste et fragmentaire, où Bump fait plutôt penser à un gentil Vangelis qu’à l’ampleur du Stratosfear des Tangerine Dream, où Tourist Song a des accents de musique world. En somme, John Adams propose une promenade peinarde mais qui tient la route, pour les soirs où l’on ne veut pas s’embarquer trop loin. L’intrigante couverture se déplie en un livret de seize pages où l’on contemple des paysages désertiques et une maison en bois abandonnée, graffitée et photographiée par Deborah O’Grady. Un texte surréaliste de plusieurs strophes complète le livret, oscillant entre intentions d’écriture et impressions plus vastes.

Add N to (X) – Avant Hard

Formé en 1994 par les Britanniques Andrew Aveling, Barry Smith et Ann Shenton, Add N to (X) procède d’un mélange élaboré, s’inspirant des voies ouvertes par Kraftwerk ou les Throbbing Gristle tout en possédant leur propre tonalité, au-delà du recyclage de sonorités analogiques. Ils publieront leurs principaux albums sur le label indépendant Mute, qui contribua à installer la new wave des années 80 en découvrant Depeche Mode ou Yazoo… À écouter Avant Hard je songe autant aux Silver Apples qu’à Reproduction, premier et trop méconnu album des Human League, dont ils partagent le goût pour l’expérimentation et les synthés pompeux, avec ce son organique un rien poussiéreux dans lequel on se sent bien. Avant Hard est leur troisième disque, proposé dans une édition digipack illustrée à la manière d’un cut up, où se mêlent d’improbables robots.

John Adams – Violin Concerto

John Coolidge Adams est un compositeur américain né en 1947. L’opéra Nixon in China deviendra son travail le plus connu, écrit en 1987 et relatant tout en rimes la visite du Président américain en Chine en 1972, et sa rencontre avec Mao Zedong. Signé chez Naxos sur un album où trois autres œuvres le précèdent, le Concerto tranche par sa sobriété. La douceur ininterrompue d’un flot de violon, rivière irriguant nos tympans au cœur d’une forêt de cuivres, aériens s’évanouissant comme le violon regagne du terrain, tout en nuances jusqu’au troisième mouvement plus tonique, primesautier… Il est interprété par la soliste Chloë Hanslip, qui débuta sous le patronage de Yehudi Menuhin, et a été enregistré aux Studios Abbey Road en 2005. Le livret resitue les morceaux dans leur contexte et donne des informations biographiques ; les autres interprétations sont Chaconne de John Corigliano, Rhomanian Rhapsody de George Enescu et Tristan and Isolde Fantasia de Franz Waxman.

Les Musiques Américaines de Nonesuch

Nonesuch est un label fondé par Jac Holzman et proposant dès 1964 des disques vinyles moitié moins chers, en vue de promouvoir la musique classique contemporaine. Grâce aux goûts avant-gardistes de son fondateur, Nonesuch s’intéressa aussi aux balbutiements de la musique électronique, avec entre autres Walter (Wendy) Carlos. Il n’a l’air de rien, ce disque quasiment promotionnel avec son livret de 52 pages accolé au digipack, dont la couverture donne envie de revoir Lost Highway… Et pourtant le voyage est au rendez-vous, à commencer par Foxtrot for Orchestra, large plage signée John Adams, que j’ai d’ailleurs découvert grâce à ce disque où il est majoritairement présent. Il y a aussi trois extraits du Quatuor de Philip Glass, qui donnent envie de s’intéresser à ses symphonies ; sans oublier les deux icônes Steve Reich et Terry Riley : rien de tel qu’un petit extrait avant de plonger dans Drumming ou In C… En résumé, loin d’être minimaliste cette compilation est une mine d’or pour s’initier à la musique contemporaine.

AC/DC – Back in Black

Emporté prématurément sept mois après la sortie de Highway to Hell, Bon Scott le chanteur fondateur ne saura jamais l’ampleur qu’allait prendre son groupe. Après avoir envisagé la dissolution, ils vont recruter Brian Johnson pour lui succéder et dédier à sa mémoire un album dont tout le monde reconnaît les premières mesures, ce lourd tocsin de près d’une minute, précédant les accords de Hells Bells. Nous sommes au début des années 80, où les collégiens portent le sac « U.S. » dont la toile de jute permet tous les ornements au stylo bille, en particulier les initiales AC/DC que chacun se doit d’arborer… L’édition digipack de Back in Black est à la fois sobre et en relief, avec un livret chargé de photos et de coupures de presse. Il s’agit d’un des disques les plus vendus au monde, derrière Thriller de Michael Jackson. Autant dire que nous touchons à un son atemporel, qui n’a rien perdu de sa force et je ne regrette jamais d’avoir inséré cette galette dans ma platine.

AC/DC – Highway to Hell

Créé par les Australiens Angus et Malcom Young en 1973, AC/DC compte parmi les pionniers du hard rock ; mais les frontières étant floues, certains considèrent leur musique comme du rock’n roll. Highway to Hell est le sixième album du groupe, c’est aussi leur premier gros succès, endeuillé par la mort de leur chanteur Bon Scott à l’âge de 34 ans, suite à une intoxication alcoolique… Bien que ce ne soit pas mon genre favori, je suis attaché à mes albums de metal car leur écoute ne déçoit pas, ce sont des valeurs sûres et derrière la distorsion des guitares, Highway to Hell infuse subtilement le blues et le rock, évoquant parfois jusqu’à l’improbable Exile on Main Street. Côté pochette Angus Young joue au gros dur, affublé des cornes et de la queue du diable, avant de se révéler un puissant mélodiste sur Touch too Much ou Night Prowler. Hormis quelques photos signées Jim Houghton, le livret se contente de lister les titres de l’album.

Dominique A – Auguri

Paru en 2001, le cinquième opus de Dominique A marque le retour à la mélodie et aux guitares acoustiques. Deux ans ont passé depuis l’infranchissable Remué, et l’homme semble apaisé, enclin à de plus simples envolées, nous brossant sans complexes des contrées méditerranéennes, de l’espagnole Antonia aux Enfants du Pirée, chantés en son temps par Dalida. Il n’a toutefois rien perdu de sa verve et les plus belles chansons restent composées par ses soins, Nous reviendrons et plus encore En secret, dans laquelle il admet, magnifique, que « c’est dur en crachant d’éteindre un feu ». Son art consommé du morceau qui fait mouche, enjoué et désabusé ensemble, me fait penser à Jacques Dutronc. Le livret montre des photos de mer et de plages signées Richard Dumas ; les paroles sont reproduites lisiblement, comme il se doit chez un chanteur qui ne redoute pas d’être compris.

Dominique A – Remué

Ce quatrième album s’ouvre d’une façon peu banale, avec Comment certains vivent dont les premières secondes sont délibérément étouffées, brutes de décoffrage pour soudain faire entrer une voix entière, débitant des phrases qui parlent à chacun. Le fond est sale et on va s’y baigner ensemble, semble indiquer Dominique A soutenu par des guitares saturées, lentes et insidieuses, traînant à leur suite ses textes les plus noirs. J’ai eu l’occasion de le voir en concert, cette année-là à Paris, dans une petite salle où il se tenait immobile devant son public, à scander ces mots assommants, comme une thérapie de groupe dénuée de perspective. L’édition digipack ne dépareille pas, exit la touche sensuelle de Françoiz Breut, Olivier Dangla a photographié une étendue rocailleuse truffée de formes géométriques, laissant sur la pochette un manque dans le motif. Une absence, un trou.