Alpha – Pepper

Sorti un an après l’éminent Come from Heaven, Pepper en reprend cinq titres et les remixe à la sauce drum’n bass avec l’aide des artistes Underdog, More Rockers, Receiver et Tim Simenon, auquel on doit le splendide Sometime Later, dont les paroles ont été supprimées pour mieux insinuer un tempo langoureux, parsemé de chœurs lointains qui donnent envie d’enchaîner avec le second album de Portishead. Hazeldub et Slim adoptent une rythmique breakbeat, quant aux inédits on retiendra surtout Pepper car il nous fait retrouver l’atmosphère moite et chaleureuse des débuts d’Alpha. On remarque, sur le disque lui-même, la reprise étrange d’une tête de cheval sérigraphiée, où seul le fond a changé. Considéré comme un extended play, cet album occupe le terrain avec 44 minutes dub ; un genre que je fréquente assez peu, sauf à me retrouver en aussi bonne compagnie. Vous reprendrez bien un peu de poivre ?

Allinson/Brown – AV 1

AV 1 est un projet audiovisuel conçu par l’ingénieur du son Phil Brown, connu pour avoir produit les derniers albums de Talk Talk, et illustrant une installation vidéo de l’artiste Dave Allinson, dont on découvre le travail à travers les images présentes dans le livret et sur la couverture, photographiée par Gary Moody. AV 1 est une œuvre difficile à décrire, à écouter aussi diront certains, mettons qu’il faut un minimum de réceptivité lorsque l’on rencontre une musique non identifiée, silencieuse à l’extrême, où l’eau s’écoule et les flûtes traînent, ralenties au-delà de l’inquiétude… On pense à un Brian Eno sans le côté ludique, et bien sûr à l’album éponyme de Mark Hollis, mais aussi à l’univers abyssal de Murcof. Et si les quatre titres d’AV 1 sont indissociables, c’est le Piano de Mark Hollis qui nous embarque le plus loin, à en suffoquer entre les notes freinées, distillées comme si elles étaient comptées, disposées devant lui dans une petite coupelle à extraire du son, note à note du bout des doigts. Un morceau infini, entre tristesse et élévation.

Alpha – Come from Heaven

Composé à l’origine des Britanniques Corin Dingley, Wendy Stubbs et Hannah Collins, Alpha est un groupe de musique downtempo généralement associé au mouvement trip hop. Come from Heaven sera le premier album publié sur le label Melankolic, créé par Massive Attack afin de promouvoir des artistes novateurs. J’ai tellement écouté ce disque qu’il fait partie des meubles de mon oreille interne, au point de compter à un cheveu près parmi les quelques albums de trip hop nés pour traverser les ans. Les voix sont bien là, d’Helen White sur le spleenétique Slim, de Wendy Stubbs entre les boucles jazz de Rain, ou de l’émouvant Martin Barnard et son Firefly ; pour ne rien dire des instrumentales Hazeldub et My Things, que l’on peut écouter en boucle… Le livret cartonné montre des photos d’intérieur où figurent probablement les membres du groupe, créditées Jack Webb et Donald Christie.

The Alan Parsons Project – Stereotomy

Avant-dernier effort de l’Alan Parsons Project, Stereotomy est un assemblage de morceaux disparates, où l’on peine à retrouver la magie de leurs meilleurs albums. Je l’ai toutefois racheté sur un coup de tête, et aussi pour boucler la boucle, ému tout de même de retrouver deux morceaux qui m’avaient marqué : Beaujolais et Where’s the Walrus ? Le premier évoque les déboires d’un quidam ayant trop bu, cocasse et trépidant, le second est une instrumentale de plus de sept minutes, très enlevée entre guitares, saxophone et nappes sonores. Hormis ces deux perles et le trop court Chinese Whispers, cette stéréotomie laisse un peu de marbre l’auditeur qui pensait trouver un album riche en expérimentations, bluffé comme je l’avais été par la couverture chatoyante de fractales.

The Alan Parsons Project – Ammonia Avenue

D’apparence sympathique, avec sa pochette symétrique et ses arrangements tout en douceur, Ammonia Avenue renferme des humeurs assez sombres. Certes, Prime Time est optimiste, mais ça se gâte bientôt et si One Good Reason fait admirablement danser la stéréo, avec ce son clair et précis, laissant de la place à la basse, les textes sont marqués par la mélancolie, qui évoquent l’incommunicabilité entre les hommes et la solitude découlant d’un progrès technique effréné. Je trouve l’instrumentale Pipeline carrément déprimante, avec son saxophone plaintif. Et si le dernier titre s’achève sur une note d’espoir, un rayon de lumière le long de l’Avenue Ammoniaque, nous voilà bien seuls au milieu de ces tuyaux sans queue ni tête. Les photos sont signées Fell et Hurworth, celle refermant le livret montrant des laborantins ayant la tête ailleurs. Quant à la couverture, avez-vous déjà songé à la tourner de 90 degrés ?

The Alan Parsons Project – The Turn of a Friendly Card

Voici l’album qui m’a fait découvrir Alan Parsons dans les années 80, en vinyle bien sûr, j’y suis donc resté attaché et puis tout de même, avec Time il contient une des plus belles ballades du groupe. Il y a aussi The Gold Bug, instrumentale envoûtante dans laquelle on entend la voix de Chris Rainbow, pour se clore avec la longue chanson titre The Turn of a Friendly Card, divisée en cinq parties teintées de musique baroque ; où les chants évoquent une geste de troubadours, où se mêle la rumeur d’une foule, où des guitares très rock reprennent finalement la main, en soutenant jusqu’au bout un florilège de cuivres… Un disque si vaste que chaque écoute est nouvelle, dont les textes évoquent le thème du jeu et du hasard, comme le suggère en couverture ce roi de carreau sur vitrail exécuté par Kevin Godley et Lol Crème, tous deux membres du groupe 10cc dans les années 70.

The Alan Parsons Project – Eye in the Sky

Sixième album et plus grand succès du groupe, Eye in the Sky a longtemps fait passer aux oubliettes tout ce qui a précédé, non sans compliquer la réception des albums qui le suivront. Pour autant ne boudons pas notre plaisir en face d’un joli monument, car ce groupe méritait d’en ériger un, même si là comme ailleurs ce n’est pas celui que les fans auraient élu… Ça démarre par un prélude nommé Sirius, progressif bien entendu et aussitôt enchaîné par Eye in the Sky, bijou vocal et instrumental chanté de concert par Parsons et Woolfson. On est scotché et ça va continuer avec la douceur de Gemini, puis le jeu d’échos de Psychobabble annonçant Mammagamma, autre morceau phare faisant penser à Ummagumma, une allusion plutôt qu’une référence à Pink Floyd, précurseur de l’electro puisqu’il a été composé à l’aide d’un des premiers échantillonneurs Fairlight CMI, adopté la même année par un certain Peter Gabriel… Le livret délivre sobrement les paroles, ornées d’une poignée d’hiéroglyphes.

The Alan Parsons Project – Pyramid

Pyramid est le troisième album d’Alan Parsons. L’ayant acquis tardivement, j’ai choisi l’édition comprenant les titres bonus, mais plutôt par curiosité que pour profiter d’une version remastérisée, la qualité de la production étant présente dès l’origine sur tous les disques d’APP. Là encore, des instrumentales qui restent dans les mémoires émaillent l’album, en effet comment oublier le torrent d’Hyper-Gamma-Spaces, électrisant dès la première écoute ? Il faut admettre que certains titres perdent de leur mystère avec le temps, toutefois In the Lap of the Gods évoque un grand moment de cinéma (imaginaire cette fois), suivi de l’oriental Pyramania. Au bout du compte, l’ensemble divertit et les bonus prolongent la découverte, en particulier la démo de What Goes Up, ou l’on entend la « little voice » de Parsons improviser sur la chanson en cours d’élaboration. Entre photos d’époque, collages et chroniques, le livret de cette réédition est soigné.

The Alan Parsons Project – I Robot

Après Edgar Allan Poe, pour son second album Alan Parsons s’est intéressé à l’univers de l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov, I Robot étant le titre de son premier recueil de nouvelles, à l’origine des trois célèbres lois de la robotique. Si nous sommes toujours dans un son largement instrumental, à l’image du morceau titre mélangeant chœurs dramatiques et nappes de synthé futuristes, la tendance à la mélodie s’affirme bientôt, Day After Day évoquant les Pink Floyd lorsque le sombre Total Eclipse prend soudain le pas, étonnamment proche du Lux Aeterna que composa György Ligeti en 1966, utilisé deux ans plus tard par Stanley Kubrick dans A Space Odyssey ; avant de conclure sur une instrumentale qui manque un peu de panache… Toutefois, si cet album n’incarne plus vraiment l’aspect conceptuel du précédent, il demeure riche en surprises. Le livret propose l’ensemble des paroles ainsi qu’un amusant photomontage signé Eric Woolfson, à partir de photos d’escalators prises à l’aéroport de Paris Roissy.