Daniel Balavoine – Vendeurs de Larmes

Daniel Balavoine est né à Alençon en 1952. Choriste chez Patrick Juvet en 1974, il sera repéré par Léo Missir, producteur chez Barclay. Dans le même temps, Michel Berger termine d’écrire Starmania, et l’embauche pour le rôle de Johnny Rockfort. Disques et concerts se succèdent, Daniel envisage une carrière internationale mais en 1986, tandis qu’il participe au rallye Paris-Dakar, il disparaît après avoir pris place à la dernière minute dans un hélicoptère… Vendeurs de Larmes a été produit par Andy Scott, qui collabora aussi avec Alain Bashung et Pink Floyd. Il s’ouvre sur un titre d’une minute trente que devraient méditer tous les chanteurs en herbe, car tout y est, du contenu à la voix, où un piano suffit à réussir le mélange ; et d’avoir enchaîné cette profession de foi avec Vivre ou survivre témoigne du soin qu’il portait au moindre détail. C’est avec ce titre resté magnifique que j’ai découvert Balavoine ; de L’amour gardé secret à Vendeurs de larmes, voilà un disque qui sonne juste, aux accents rock avec de-ci de-là des effets novateurs, portés par cette voix haut perchée mais jamais traficotée, témoin d’une époque où l’on ne trichait pas.

Chet Baker – Chet

Né en 1929, Chesney Henry dit « Chet » Baker est un trompettiste et chanteur de jazz américain. Il baigne dans l’atmosphère musicale de son père guitariste, devient choriste et sera choisi par Charlie Parker en 1952, pour une tournée sur la côte ouest. Souvent arrêté pour des problèmes de drogue, gravement agressé en 1966, il retrouve le disque et la scène de 1973 à 1988, lorsqu’il décède en tombant de la fenêtre d’un hôtel à Amsterdam… Sorti sur le label de jazz new yorkais dont Thelonious Monk était un autre artiste prolifique, Chet est un disque à fort pouvoir relaxant. Chaque accord y semble murmuré, surgi de derrière l’oreille comme une confidence, où les instruments jouent à qui sera le plus aérien. Conviés aux échanges subtils entre la trompette et la guitare sur It Never Entered my Mind ou September Song, ailleurs aux mélodies soutenues par le piano de Bill Evans ou la basse de Paul Chambers, deux invités de marque, nous entrons dans une dimension de ballades immatérielles et flamboyantes. Le dernier titre du cd, Early Morning Mood, inédit de neuf minutes, est aussi mon préféré. Un disque qui fait aimer le jazz.

Vincent Baguian – Pas Mal

Vincent Baguian est né en France en 1962. Le succès arrive avec l’album Mes Chants, sorti en l’an 2000 et où figure un titre en duo avec la chanteuse Zazie. Pas Mal, son second album, a vu le jour grâce au flair du producteur Richard Seff, révélateur de Cabrel et d’Axelle Red. Pour ma part, c’est encore une découverte que je dois à FIP, une radio attentive aux chanteurs à textes, car Baguian est bien un « écrivain de chansons », comme l’a un jour surnommé Nougaro. Et si l’amour du jazz n’est pas leur moindre point commun, c’est aussi dans l’art du mot qui rime à quelque chose que Baguian peut se flatter de perpétuer la tradition, de son bestiaire espiègle dans Les Biches Regardent avec Dédain aux formes arrondies des Vélos d’Amsterdam, la chanson Sous Souchon évoquant le cercle restreint de ceux qui prennent l’art de chanter au sérieux, en leur inspirant distance et dérision. Les textes sont tellement savoureux qu’on n’est pas surpris de les trouver dans le livret, garni des vignettes de Vincent Dixon et s’achevant sur une émouvante dédicace de l’auteur.

Angelo Badalamenti – Mulholland Drive

La musique de Mulholland Drive n’est pas entièrement de Badalamenti, qui a en effet coécrit deux titres avec le réalisateur David Lynch, lequel en a cosigné trois autres avec John Neff. Il faut pourtant reconnaître que les morceaux d’Angelo règnent en maître sur ce disque, et bien entendu dans le film dont je ne peux faire abstraction ici, car il compte parmi ce que j’ai vu de mieux au cinéma. Le thème Mulholland Drive, interprété par le Philharmonique de Prague, me remue les tripes à peine j’en entends cinq notes, surtout après que Jitterbug ait commencé de me remettre le film en mémoire. Betty’s Theme est tout aussi sombre, The Beast allège un peu la note parmi d’autres titres évoquant les années 50, Silencio brille à la trompette et Llorando, reprise transcendée d’une chanson de Roy Orbison, vous arrachera des larmes. Car Mulholland Drive emporte dans un torrent sensuel cauchemardesque, et la musique y contribue pour une large part. À noter que Badalamenti fait une apparition remarquée dans le film, en incarnant le producteur Luigi Castigliane dans la scène de l’expresso. « This is the girl… »

Angelo Badalamenti – Music from Twin Peaks

Angelo Badalamenti est né de mère sicilienne, à New York en 1932. C’est en 1986 qu’il collabore pour la première fois avec David Lynch, en composant la chanson titre du film Blue Velvet, dans lequel il aura également le rôle d’un pianiste. J’ai tout de suite été accro à la série (Mystères à) Twin Peaks de David Lynch, diffusée en 1991 sur La Cinq, une chaîne hertzienne qui disparaîtra en 1992 pour laisser la place à Arte. Ah, la passion de l’agent du FBI Dale Cooper pour le café et la tarte aux cerises ! Je n’y peux rien si cette image me revient toujours avant celle de l’infortunée Laura Palmer, dans son sac transparent… Il faut dire que Twin Peaks avait le pouvoir de véhiculer toutes sortes de visions, et les instrumentales Twin Peaks et Laura Palmer’s Theme sont devenues aussi cultes que la série elle-même, sans parler des trois chansons interprétées par Julee Cruise, dont les textes sont signés David Lynch. Un album d’une grande cohérence, entre jazz et pop onirique, légèrement mélancolique.

Pierre Bachelet – Le Meilleur de Bachelet

Né à Paris en 1944, Pierre Bachelet a passé son enfance à Calais. Diplômé d’une école de cinéma, il a écrit de nombreuses bandes originales, notamment Emmanuelle de Just Jaeckin ou Coup de Tête de Jean-Jacques Annaud, et signe également la chanson Just because of you dans les Bronzés font du ski de Patrice Leconte… Au début des années 80, dans ma pile de 45 tours il y avait deux Français que j’écoutais en boucle : Pour le plaisir d’Herbert Léonard et Elle est d’ailleurs de Pierre Bachelet. Mais ensuite, il n’y en a qu’un qui a sorti Les Corons puis Écris-moi, deux chansons écrites par son complice Jean-Pierre Lang, tandis que Julien Lepers ne réitérera pas son exploit… Si j’écoute toujours certains titres de Bachelet avec autant d’émotion, c’est que leur interprète savait faire passer des messages simples. Pleure pas Boulou me remue à chaque fois, En l’an 2001, Vingt ans ou Marionnettiste sont d’autres moments où le temps suspend sa course, bercés que nous sommes par cette voix tendre comme un rocher. Le livret se contente de citer les chansons, la photo est de Vincent Knapp.

Jean-Sébastien Bach – Suites pour Violoncelle seul – BWV 1007, 1009, 1011

Autant j’ai voulu découvrir le Clavier bien Tempéré au clavecin, autant c’est uniquement sous les maillets du marimba de Jean Geoffroy que je connais les célèbres Suites pour Violoncelle seul. Cela ne m’empêche pas de dormir, au contraire c’est par cette approche détachée de la musique classique que j’ai fini par l’apprécier, comme ici où j’ai été bien récompensé d’être sorti des sentiers battus. Les trois Suites sont réduites à la plus simple ligne mélodique, « fidèles à la partition à la note près » précise le livret, nous voilà donc bien dans une interprétation exprimant les nuances d’origine, où un homme a décidé d’être seul derrière son instrument peu banal, les morceaux ainsi transfigurés procurant un sentiment aérien. Un disque où entre chaque frappe sur les lames de bois du marimba, le silence est total. Cela pourrait durer des heures…

Jean-Sébastien Bach – Concertos pour Violon – BWV 1041-1043

Si j’aime m’acoquiner avec de beaux disques classiques, d’en parler avec grâce n’est pas toujours facile. Je ne suis d’ailleurs spécialiste d’aucune musique, ce qui me permet peut-être d’en aimer autant, si j’ai acheté ce disque c’était pour avoir quelque chose de bien en violon baroque, quand il suffit de fermer les yeux pour entendre pleuvoir des cordes dans les salons du roi. Car cet album fait le boulot admirablement, avec une préférence pour la partie en Mi majeur BWV 1042, qui me fait penser au Barry Lyndon de Kubrick mais je ne suis pas sûr ; après il se pourrait que j’écoutasse le Trio pour Piano de Franz Schubert, et celui-là je sais qu’il est dans le film, vagabondant ainsi dans un passé foisonnant, à demi pâmé dans mon fauteuil… L’interprétation est signée David et Igor Oistrach, à Vienne en 1962 ; à noter qu’à la fin du disque figure le Concerto pour deux Violons RV522 de Vivaldi, dont Bach s’est inspiré.

Jean-Sébastien Bach – Le Clavier bien Tempéré BWV 846-869

Après la magnificence des Toccatas, j’ai eu envie de m’intéresser à la tempérance du Clavier. D’avoir vu le film Bagdad Café de Percy Adlon y était alors pour quelque chose, où un jeune homme étudie longuement le premier prélude, parfois sur un vrai piano mais le plus souvent sur un clavier muet de sa fabrication, simple planche de bois où il s’exerce inlassablement. Et quand on découvre dans le livret que c’est précisément « à l’usage de la jeunesse musicale » que ces fugues et préludes ont été composées par Bach, on comprend pourquoi elles progressent de demi-ton en demi-ton, à la manière d’une expérience minimaliste apaisée, lyrique mais avant tout baroque. Ton Koopman ne s’y est pas trompé en retenant le clavecin pour interpréter ces tranchettes de bonheur, car s’il est un disque qui peut permettre au béotien de découvrir cet instrument, c’est bien celui-ci.

Jean-Sébastien Bach – Toccatas BWV 538, 540, 564-565

Jean-Sébastien Bach est né en Allemagne en 1685. Élève érudit et curieux, à l’église on lui reproche d’improviser à l’orgue au point de rendre les airs méconnaissables… Il voyage et travaille sans relâche mais à partir de 1745 sa vue s’affaiblit ; meurt à l’âge de 65 ans en laissant une œuvre qui ne sera pas redécouverte avant un siècle… Dès 1954, dans le film 20 000 Lieues sous les Mers on peut entendre la célèbre Toccata BWV 565 sur l’orgue embarqué dans le Nautilus du capitaine Némo. Ou bien en 1978, au générique de la série télévisée Il était une fois l’Homme, nous écoutions du Bach sans le savoir. Ce morceau de huit minutes dégage un tel souffle, ses articulations virtuoses surgissant de tous les coins de la pièce, mais le meilleur est à venir car sur l’Adagio Jean-Séb va nous emporter dans un trip incroyable, d’abord sautillant lorsqu’au second tiers il s’interrompt vers une méditation composée de quelques tons ; l’élan s’est changé en mélodie suspendue, offerte du bout des phalanges. Une telle musique fait grandir à tout âge, le livret est en français et l’interprétation de Ton Koopman.