Orchestral Manœuvres in the Dark – Organisation

Paru fin 1980, le sillon tracé par Organisation prend le temps de donner corps à des paysages invisibles à l’œil nu. Pour s’en rendre compte il faut passer outre le trop entendu Enola Gay, ouvrant l’album alors qu’il aurait dû figurer sur leur précédent opus, où ses façons de Popcorn se seraient mieux fondues… Les impulsions de 2nd Thought sont plus immersives et annoncent Souvenir, ainsi que Motion and Heart qui figurait en face B de ce 45 tours qui a marqué mon adolescence… Avec son crescendo cold wave et ses paroles nimbées, Statues est un trou noir musical en bordure duquel planerait l’ombre d’Ian Curtis ; enchaîné à The Misunderstanding où la douleur des claviers est sensible, des voix rompues meublant la scène comme un entracte au sein de Reproduction… VCL XI et The More I See You donnent un peu d’air, sur le premier on dirait que Yazoo est venu faire coucou et le second renouvelle un tube de 1945 ; l’album se terminant par l’évocation de la raffinerie pétrolière de Stanlow… Témoin précieux des origines de la synthpop, Organisation surprend comme quand on a mis trop de wasabi sur un sashimi.