Keith Jarrett – La Scala

Enregistré en public à Milan en 1995, La Scala poursuit la tradition de celui qui a pris l’habitude d’époustoufler son auditoire, le temps de longues improvisations dont il a le secret. Qu’a-t-il en tête au moment de poser les doigts sur son clavier ? Les premières minutes de Part I sont plutôt classiques et font entrer dans un monde tamisé, rivière susurrée jusqu’au silence avant de reprendre son cours vers notre cœur où le piano de Keith est relié, faisant vibrer nos entrailles en poussant de petits cris d’extase lorsqu’il est lui-même submergé par ce qui se joue… Ouvertement jazz, Part II martèle et débride d’emblée, très touffu par endroits avant de  conclure sur une reprise apaisée d’Over the Rainbow, 78 minutes et autant d’émotions plus tard. Tel un écrivain qui n’aurait droit qu’à un seul jet, entre risque et virtuosité Jarrett séduit sans broncher, et quand on ferme les yeux c’est encore meilleur.