Jacques Brel – Les Flamandes

Au début des années 90, quand paraissait une intégrale il était d’usage de bourrer chaque cd au maximum au mépris de toute chronologie, d’où le joyeux bazar qui règne au sein de celle-ci. Elle compte pourtant parmi les disques que j’ai le plus écoutés dans ma vie, les soirs de solitude au sixième étage avec vue sur les immeubles illuminés, et ce troisième cd est sans doute le plus mélancolique de la collection. Démarrant avec le tonitruant Les Flamandes (tiré de son disque précédent), il reprend l’intégralité de l’album Marieke (1961) auquel s’ajoutent des inédits majeurs : La Foire où Brel et un accordéon nous entraînent dès 1953 dans une fête foraine désenchantée, L’Enfance extraite vingt ans plus tard de son propre film Le Far West, lorsqu’il a depuis longtemps quitté la scène et s’essaie au cinéma. Mais l’unité de l’œuvre traverse les décennies, Marieke nous laisse inconsolables et L’Ivrogne annonce Jef ; pour se remettre il y a bien Les Singes ou Les Moutons, assez drôles, mais On n’oublie Rien vient de passer et pourrait nous maintenir la tête sous l’eau…