Hubert-Félix Thiéfaine – Suppléments de Mensonge

Si j’ai laissé passer neuf albums depuis Alambic/Sortie-Sud, ce n’est pas faute de les avoir écoutés. Autant dire que le retour est à la hauteur sur cet opus paru en 2011, où l’orchestration soignée, ample mais discrète, sait tenir sa place derrière des mots détachés comme jamais, limpides le long d’une rivière où le sage gosse (La Ruelle des Morts) a l’air surpris d’être arrivé si loin, et se demande si l’on peut remonter le courant (Infinitives Voiles) ou s’il vaut mieux reprendre le large vers des élans encore plus amoureux (Fièvre Résurrectionnelle) et oniriques (Annabel Lee)… Éros solitaire dans Garbo XW Machine ou témoin silencieux des Ombres du Soir, lors d’une rencontre en forêt où « les heures se courbent dans l’espace », Hubert-Félix termine son odyssée avec une ode aux Filles du Sud comprenant un instant caché, après trois minutes de silence pendant lesquelles on devine que l’insatiable aède a remis les voiles… « Ode à la vie, ode à la poésie » disait Alain Bashung quatre ans avant d’écrire L’imprudence, dont nous tenons ici un digne héritier.