Gustav Mahler – Symphonie n°6

Toujours plus sombre, la Symphonie n°6 dite « Tragique » a été créée en 1906 à Essen, sous la direction du compositeur dont la santé demeure précaire… L’Allegro energico abonde en instruments bienveillants, coups de xylophone et cordes remplissent le pré dégagé où l’on débute une promenade le cœur léger ; avec néanmoins déjà ce thème à suspens à la grosse caisse, récurrent et qui me fait penser à la tension du Dies Irae de Berlioz… Le violon sculpte un pas plus posé au début du Scherzo, cuivres et percussions signalant l’apparition de nuages ; un basson interrompt la rêverie, l’orage menace mais la douceur du haut-bois de l’Andante inspire un dernier répit, une harpe discrète comme le souvenir d’une robe rouge disparaissant derrière les arbres… Dès les premières mesures du Finale retentissant de 27 minutes, grosse caisse et tuba avancent d’un même pas lourd ; au loin résonne le tocsin puis le décor lentement se défait, les papiers se déchirent et le ciel délavé s’abat sur un homme livré à lui-même, avant les derniers coups de marteau… Noire et désarticulée, chargée de tourments et dirigée par Georg Solti en 1970, cette tempête pour les oreilles confirme que Gustav excelle dans le malheur.