Gabriel Yared – La Lune dans le caniveau

Les années passent et La Lune dans le caniveau reste à mes yeux l’un des plus beaux films jamais réalisés ; à mes oreilles aussi grâce au talent de Gabriel Yared, compositeur français né au Liban en 1949, qui s’est formé à la musique aux côtés d’Henri Dutilleux avant de signer sa première bande originale pour Jean-Luc Godard, par l’entremise de Jacques Dutronc… Adapté en 1983 d’un roman de David Goodis, le second film de Jean-Jacques Beineix met en scène un docker (Gérard Depardieu) et deux princesses (Nastassja Kinski, Victoria Abril), le temps d’une fable baroque où les passions se heurtent à la cruauté de l’existence. L’image est sublime et la narration confondante de sincérité, amplifiée par la poésie de Yared au violon et au piano (Loretta, Valse de Loretta), les percussions sensuelles de la Danse de Bella ou le sombre Tango de l’impasse ; la Folie ouvrière et la Folie des docks se répondant à la manière des deux Revolution des Beatles… Homérique et crasseuse, innocente et mal léchée, La lune dans le caniveau se situe hors du temps. « Try another world. »