Yes – Close to the Edge

Formé à Londres en 1968 autour du chanteur Jon Anderson, du guitariste Peter Banks et du bassiste Chris Squire, du pianiste Tony Kaye et du batteur Bill Bruford, Yes est un groupe de rock progressif britannique. Ils publient chez Atlantic Records un premier album éponyme en 1969, suivi de Fragile qui mérite d’être découvert même si je m’en suis récemment séparé car je le trouvais un peu trop braillard ; avant Close to the Edge paru en 1972 et qui sera leur plus bel opus, les 18 minutes du titre éponyme occupant la première face du vinyle. Un morceau épique articulé en quatre chapitres dans la pure tradition du rock progressif, où se côtoient solos de guitare et envolées symphoniques, climax à l’orgue et chant à fleur de peau… La seconde face est plus sereine, en deux titres à résonance folk (And You and I) ou psychédéliques sur Siberian Khatru et ses superpositions vocales ; pour un disque à écouter entre Red et Misplaced Childhood. « I get up, I get down… » Je dédie cet article à mon ami Puzzledoyster, dont le courage et la générosité étaient hors norme.

Richard Wagner – La Walkyrie/Tristan et Iseult/Le Vaisseau Fantôme…

Richard Wagner est un compositeur allemand né à Leipzig en 1813. Il apprend la musique à l’âge de 15 ans puis écrit son premier opéra cinq ans plus tard ; s’exile un temps à Paris pour fuir ses créanciers, devient chef d’orchestre et connaît son premier grand succès avec l’opéra Le Vaisseau Fantôme… Il en composera treize autres jusqu’à Parsifal en 1882, qui fut le premier opéra auquel j’ai assisté quand j’avais 22 ans. Je n’écoutais alors quasiment pas de musique classique (à part peut-être Beethoven), et tombai sous le charme de la magnificence wagnérienne ; depuis cela m’a plutôt passé et je préfère écouter Carmen ou Don Giovanni, mais j’ai conservé ce double cd paru chez Decca en 1990 et qui figurait déjà dans ma discothèque lorsque celle-ci ne comportait qu’une étagère… De la Chevauchée des Walkyries aux Murmures de la Forêt ; du romantique Tannhäuser au magnifique Prélude de Tristan et Iseult que Lars von Trier reprendra en ouverture de son film Melancholia : autant d’émotions immémoriales sous la direction de Hans Knappertsbusch et Leopold Stokowski, à travers les séquences emblématiques du compositeur.

Nico – The Marble Index

Plus connue sous le nom de Nico, Christa Päffgen est une chanteuse et compositrice allemande née à Cologne en 1938. Elle devient mannequin à l’âge de 15 ans puis obtient un rôle dans La Dolce Vita de Fellini en 1959 ; rencontre Brian Jones, Bob Dylan puis le Velvet Underground en 1967, le temps d’un album devenu mythique. Aussitôt après, soutenue par Jim Morrison elle entame une carrière solo et publie The Marble Index en 1968, aux côtés de John Cale au piano et à l’alto, à la guitare électrique ; ce dernier en assure également la production et y appose sa patte avant-gardiste… Nico quant à elle a élu l’harmonium, l’union de cet instrument avec sa voix gothique autorisant des climats brumeux (Lawns of Dawn, Evening of Light) et diaphanes, parfois dissonants (Facing the Wind) dans l’esprit des débuts de Siouxsie… Les arrangements classiques font pousser des roses dans la neige avant un dernier titre a cappella expressionniste (Nibelungen) ; insaisissable et ténébreuse, Nico meurt à 49 ans d’une chute à vélo attribuée à une insolation.

Isaac Hayes – Shaft

Né en 1942 dans le Tennessee, Isaac Hayes est un chanteur et compositeur américain de musique soul et rhythm’n blues. Il apprend le piano puis le saxophone, joue dans les bars de Memphis puis aux côtés d’Otis Redding ; signe un contrat sur le label Stax qui publie son premier album en 1967…  La bande originale du film Shaft (Les Nuits rouges de Harlem) est son œuvre maîtresse, parue quatre ans plus tard sous la forme d’un double vinyle et qui démarre avec le fameux Theme et ses poussées de trompettes, les cordes funky introduisant tout en velours le personnage de John Shaft, détective privé vivant à Harlem… L’ambiance est au polar avec les congas de Gary Jones sur Walk from Regio’s, avant le xylophone jazzy d’Ellie’s Love Theme ; le gimmick du Cafe Regio’s me rappelle les séries télévisées des années 70 mais aussi la bande originale de Coffy, tandis que l’orgue du No Name Bar pourrait illustrer un épisode de Twin Peaks… Et même si les 19 minutes de Do Your Thing n’atteignent pas la démesure de Do What You Like écrite deux ans plus tôt, on y improvise avec la même soif de liberté.

Lou Reed – Rock ‘n’ Roll Animal

Lou Reed est un chanteur et guitariste américain né à New York en 1942. Il apprend le piano puis la guitare ; souffre de dépression à l’adolescence où ses aspirations musicales se heurtent au conservatisme de sa famille, qui va lui imposer un traitement aux électrochocs dont il se souviendra longtemps. Puis il rencontre John Cale et forment le Velvet Underground pour une poignée d’albums qui vont marquer les années 70, avant d’entamer une carrière solo deux ans plus tard… produit par David Bowie en 1972, son second album Transformer comprend les succès Walk on the Wild Side et Perfect Day ; deux ans avant le live Rock ‘n’ Roll Animal où Reed reprend surtout des chansons du Velvet dans des versions longues, ainsi l’Intro précédant Sweet Jane qui offre un moment de guitare à la Santana pour une entrée en scène digne de ce nom… Les 12 minutes de Heroin font de l’effet et la complainte de Lady Day (extraite de l’album Berlin) prend ici une tout autre ampleur ; mais c’est le titre éponyme qui ravit la vedette avec son mémorable solo de guitare, la basse de Prakash John relevant la sauce jusqu’au sommet de la casserole.

O.rang – Fields and Waves

Trois ans après le bouillonnant Herd of Instinct, O.rang propose un album plus atmosphérique, proche des paysages de Jocelyn Pook avec Barren ou s’essayant à des envolées trip hop que ne renierait pas Massive Attack sur P.53, la voix de Lee Harris parcourue de samples urbains… L’esprit post rock de Talk Talk survit aimablement, en témoigne le chant de Paul Webb sur Jalap et sa basse sereine ; ou encore les balancements de Hoo avec Graham Sutton à la Crimson Guitar… Entre usines et champs cultivé, les plages désertes prises en photo dans un livret très soigné se parcourent avec curiosité, son montage de couverture laissant une drôle d’impression entre mer et montagne ; avant de découvrir un morceau caché à la fin de l’album, en seconde partie du titre éponyme et où résonne une guimbarde insolite.

O.rang – Herd of Instinct

Créé à Londres en 1992 par Paul Webb et Lee Harris, deux anciens membres de Talk Talk, O.rang est un groupe de musique ambient où infusent des sonorités world… Webb le bassiste avait mis les bouts dès 1988, après le virage historique de Spirit of Eden ; rejoint par le batteur Harris après l’apothéose de Laughing Stock et la dissolution voulue par Mark Hollis… Ce dernier n’est plus là mais sa méthode est restée : pour son premier album paru en 1994, O.rang a convié une douzaine de musiciens à des improvisations classiques à la flûte et au violoncelle, à l’orgue et aux trompettes ; avec des chants tribaux comme sur Orang où Beth Gibbons seconde la voix de Paul Webb, le guitariste Graham Sutton figurant au nombre des invités… La torpeur de Mind on Pleasure évoque les dédales de Tago Mago et Anaon, The Oasis est truffé de concrétions à la façon de Parmegiani, avec à l’harmonica l’inimitable Mark Feltham pour un morceau prolongeant l’héritage de Talk Talk avec une verve que l’élégant Tim Friese-Greene ne fera qu’effleurer. Nahoojek Fogou boucle la transe entre les tams-tams et les chœurs envoûtés de Colette Meury sur ce disque baroque et nébuleux, superbe de tempête.

Ariel Ramirez – Misa Criolla/Navidad Nuestra

Né à Santa Fe en 1921, Ariel Ramirez est un compositeur et pianiste argentin. Il s’initie au piano au sein d’une famille de musiciens, s’intéresse au folklore traditionnel sud-américain tout en entamant une carrière de pianiste classique… Composée en 1964, la Misa Criolla (messe créole) est chantée en espagnol par la chorale Los Fronterizos, avec un Kyrie porté par les ténors sur des percussions a minima. Les guitares se rajoutent sur Gloria et enflamment les intonations du Credo, une flûte parsemant de gaieté le Sanctus avant d’accompagner les cordes recueillies de l’Agnus Dei… Un moment de recueillement presque laïque sur ce disque paru chez Naxos, où figure également Navidad Nuestra écrite la même année, une suite de chants allant du Pèlerinage aux Rois Mages, étonnants de modernité entre violons et tambourins ; sans oublier la Missa Luba arrangée par le père Guido Haazen en 1958, en latin cette fois mais où l’on retrouve le même esprit festif derrière l’alto Christal Rheams… Un disque attachant où j’entends le traineau du Père Noël et les chants de joie des enfants, vivant et fastueux comme un Requiem dépoussiéré.

Les Rita Mitsouko – La Femme Trombone

Paru en 2002, La Femme Trombone est le sixième album des Rita Mitsouko. Après avoir parcouru la gamme des sentiments avec Marc et Robert, le binôme signe un opus poivré et bien balancé, avec la complicité d’Iso Diop à l’orgue et aux aux percussions programmées… La fertilité est au cœur de la rencontre du Titron, aqueuse ainsi que de Tous Mes Voeux ; l’amour est en crise avec Tu me Manques et son clavier comme Yazoo, ses mots de glace contre la tiédeur ; Ce Sale Ton qui persiste et l’on veut croire à la venue de Sacha, où l’on ne sait pas trop si le désir émane « d’une maman ou d’une putain », la question parcourant plusieurs chansons et que Ringer pose sans ambages sur Vieux Rodéo… Un disque aux accents féministes où la liberté réside à l’intérieur de soi (Evasion) ; l’avant-dernier car Fred trépasse en 2007, mettant un terme prématuré à ce duo doué.

Les Rita Mitsouko – Marc et Robert

En 1988 et après avoir assis leur popularité avec les tubes présents sur The No Comprendo (Les Histoires d’A., Andy, C’est comme ça), Catherine et Fred reviennent avec Marc et Robert où les textes surréalistes de Hip Kit plongent dans un bain poétique à la Bashung, prolongé avec Smog où Chichin est au chant… Une mélancolie poignante traverse Mandolino City avant l’approche du Petit Train et sa mélodie badine mais tenace, ses paroles évoquant l’holocauste et Ringer de se révéler en filigrane… Tongue Dance et Singing in the Shower apportent une touche de légèreté ; avant Petite Fille Princesse où le contraste entre la musique et les paroles suscite à nouveau l’émoi. Avec Toni Visconti au saxo et un piano jazz, Harpie & Harpo mêle vocalises bilingues et devinettes festives comme Putas’ Fever paru l’année suivante, que j’écoutais en boucle sur l’autre face de la K7 où j’avais enregistré ce disque… Les cordes d’Ailleurs me remuent et même si Live in Las Vegas boucle cet album en queue de poisson, cela ne m’empêche pas de le considérer comme le meilleur des Rita Mitsouko ; au son clair, ample et qui laisse toujours au chant la place qui lui revient. « Ailleurs, jusqu’à ce que la lune tombe… »