Stéphane Grappelli – Jazz Collection

Stéphane Grappelli est un violoniste et pianiste de jazz français né à Paris en 1908. Il fait son apprentissage comme musicien de rue puis accompagne les films muets au cinéma ; avant de créer le Quintette du Hot Club de France en 1934 aux côtés de Django Reinhardt. Collaborant avec Oscar Peterson ou Jean-Luc Ponty, son abondante discographie est élégamment résumée sur cette anthologie parue chez Jazz Collection, où accompagné pour l’essentiel des guitaristes Barney Kessel et Nini Rosso, de Mitchell Gaudry à la basse et Jean-Louis Viale à la batterie, l’archet de Grappelli sillonne l’histoire du jazz de More than you Know à It’s only Paper Moon, avec une reprise dégourdie de Tea for Two mais aussi des moments plus intimes, où le piano dialogue (Moonlight in Vermont, Tournesol) et se confie (Greensleeves) derrière un violon réservé. De la musique pour une nuit sans prise de tête, à alterner avec Sidney Bechet ou Eddy Louiss.

Natalia M. King – Furyandsound

Paru en 2003, ce second opus confirme la singularité de Natalia M. King, dont la liberté et l’aisance vocale me font penser à Amy Winehouse en moins lisse. D’une douceur affirmée, Grab a Hold prépare nos tripes pour un trip musical hors norme, les premiers frissons se faisant sentir avec Before et le violoncelle de Solange Minali-Bella, rehaussant la narration de fièvre et de coton particulière à Natalia. Déferlant par vagues, Fury and Sound hésite et repart de plus belle dans un mouvement fleuve comparable à Fontella Bass chantant Evolution ; guitares et sonneries incrustées ajoutant au tumulte enchaîné avec Love is où des arpèges soutiennent une ballade jazz folk… Dans la série berceuse enivrante, Dive surpasse No Surprises de Radiohead et Carry On donne envie d’en découdre, le luxuriant Come Rest invitant au repos de la guerrière après ces envolées d’or et de rage… Avec sa pochette à la fois photographiée par Maï Lucas, déchirée puis dessinée par Nicolas Nemiri, Furyandsound écrit tout attaché est un disque indomptable et torrentiel, à écouter avant de soulever une montagne.

Natalia M. King – Milagro

Née à Brooklyn en 1969, Natalia M. King est une chanteuse et musicienne de jazz blues américain. Choriste au collège, elle étudie un temps le Moyen Âge et enchaîne les petits boulots, donne ses premiers concerts à 24 ans aux côtés des Mojo Monks. En 1997, elle annonce la couleur avec As I am, un single autoproduit qui ne trouve pas son public, puis s’exile à Paris où elle enregistre Milagro en 2002… La guitare de Bliss fait penser à Michael Brook avant que la voix de Natalia ne s’installe, sinueuse et affinée par une batterie feutrée. Ça swingue en diable avec You are my Song ou The Edge, puis In the Inside se dévoile en 9 minutes surprenantes entre tonalités new wave et ruptures vocales, remontées rock vers l’intimiste Beautiful qui se transforme en impro blues tout en syncopes, dans un final où Natalia et ses guitares nous laissent étourdis après ces 69 minutes comme l’année de sa naissance, pour un premier album charnel et solaire.

Guem – Percussions Africaines pour la Transe

Abdelmadjid Guemguem est un musicien algérien né à Batna en 1947. Plus connu sous le nom de Guem, footballeur dans son enfance il se passionne très tôt pour les percussions, s’installe à Paris dans les années 70 où il fait ses armes dans les cafés de Barbès, notamment en compagnie de groupes de jazz. Son premier album Percussions Africaines paraît en 1973, bien d’autres suivront et c’est avec Le Serpent que démarre cette anthologie parue en 2002 au Chant du Monde, qui a fait connaître Guem après que Jean-Luc Delarue l’ait mis au générique de son émission Ça se discute dans les années 90, ses rythmes envoûtants pénétrant l’inconscient collectif à la manière de Steppe… Les 15 titres qui suivent possèdent le même pouvoir d’addiction, de Cauchemar à Nouba en passant par Lazzi ou Délivrance, les tam-tams règnent et avec ou sans danse on se laisse porter jusqu’à la « transe », nos oreilles captivées par ce son minimal et organique, un horizon hallucinant se profilant derrière la répétition de tambours et fûts métalliques, claquements et sifflets cadencés comme autant de phases que Guem induit sans avoir besoin d’électricité, à écluser avant de déboucher un bon Steve Reich.

Mike Oldfield – Ommadawn

Troisième album studio de Mike Oldfield, Ommadawn paraît en 1975. Avec ses flûtes irlandaises et ses chœurs éthérés, la première partie semble revenir sur les terres d’Hergest Ridge lorsqu’au milieu des guitares surgit un rythme tribal suivi d’une improvisation de la fidèle Clodagh Simonds ; parmi d’autres enchaînements raffinés jusqu’au climax… La forêt s’épaissit en seconde partie, où les cordes sont prises dans un essaim de claviers avant un grand coup de vent dans la prairie ; Paddy Moloney s’invite à la cornemuse et le pique-nique se prolonge, Leslie Penning sort sa flûte et Mike demande si quelqu’un sait où sont les verres à whisky… Celtique et ambient comme une version champêtre de Rubycon sorti la même année, Ommadawn est mon album préféré ; d’une courte tête devant le revanchard Amarok, collage culotté de 60 minutes écrit par Oldfield en 1990 pour protester contre le désinvestissement de Virgin à l’égard de sa musique.

Mike Oldfield – The Orchestral Tubular Bells

Enregistrée en 1974, la version symphonique des Tubular Bells a été dirigée par David Bedford et interprétée par le Royal Philharmonic Orchestra, Mike interprétant certains passages à la guitare. De la montée en puissance des cordes en première partie au lent déploiement des flûtes dans la seconde, avec un final étincelant et qui nous épargne la cocasse énonciation du « maître de cérémonie » de 1972, la richesse des instruments classiques se prête très bien aux variations de la musique de Mike Oldfield… C’est avec cet album que j’ai découvert son œuvre et je continue de le situer à proximité des Planètes, un univers à part entière est déployé et le petit jeu de la comparaison avec l’original disparaît bientôt ; aussi et malgré l’opportunisme éhonté d’un tel exercice discographique, j’admets que c’est vers cette seconde version que j’ai tendance à revenir…

Mike Oldfield – Hergest Ridge

Après avoir tranquillement marqué le début des années 70 et assis la réputation de Virgin avec Tubular Bells, Mike Oldfield revient deux ans plus tard avec Hergest Ridge, du nom de la colline près de laquelle il s’est réfugié dans une maison de campagne après le succès de son premier opus… On y retrouve ses instruments favoris et sa manière de les étager, déroulant une symphonie pastorale où les guitares respirent (Part One), rejointes par une chorale et quelques glockenspiels… La chanteuse irlandaise Clodagh Simonds entonne un dialecte obscur en seconde partie, bientôt éclipsé par un déluge d’accords flamboyants où les guitares surnagent comme des loups baladeurs ; dont la durée et l’atmosphère qui s’en dégage apportent à cet album une touche hardie. Aspirant au calme, Oldfield s’est finalement lâché et même si son rock progressif n’atteint pas au grandiose d’un Christian Vander, ses escapades réservent de jolies surprises.

Mike Oldfield – Tubular Bells

Mike Oldfield est un musicien britannique de rock progressif né à Reading en 1953. Sa sœur ainée est chanteuse et son frère flûtiste, il reçoit une guitare à l’âge de 7 ans et enregistre la première version des Tubular Bells dix ans plus tard, sur un magnéto bidouillé où il superpose les sons des instruments… Sa rencontre avec Richard Branson est déterminante, qui crée le label Virgin en 1972 et y fait figurer Oldfield parmi ses premiers artistes… Innovant pour l’époque, le disque est constitué de deux parties de 24 minutes chacune, essentiellement instrumentales comme un Boléro rock montant en puissance à chaque minute, imbriquant mélodies et chœurs allègres, clochettes… La Part 2 est plus fébrile avec ses voix gutturales, son chien hurlant et la reprise d’une danse traditionnelle ; aboutissant à un périple dépaysant et bien dosé où germe aussi la musique ambient à la façon de Harold Budd.

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Pour le Printemps de Bourges 2009, la cheffe d’orchestre Laurence Equilbey dite « Iko » convie des artistes de la scène electro le temps d’un spectacle restitué sur ce cd paru chez Naïve, qui ont carte blanche pour réviser leurs classiques. Ça démarre mollement avec Marc Collin et Emilie Simon, puis le DJ Para One revisite Mozart avec son Requiem Fragment, où le chant est électrisé façon Hot Butter ; mais le noyau dur est à venir avec les deux contributions de Murcof : Amor où le chant de Piana s’insinue entre des cordes grinçantes, flûté comme une Stina Nordenstam sous ventoline ; suivi de Death and Maiden où c’est Schubert qui a droit au grand jeu du mexicain, déployant des tourbillons de cordes où le temps se défait entre les tentures vermoulues… Avec une énième reprise de la Septième, Para One arrache un frisson avant d’exceller avec Passion et ses mouvements nerveux inspirés de Bach, de la gravité dans les chœurs et une voix off sibylline clôturant cette compilation inventive mais inégale, qui fait penser à Pierre Henry remixant sa Dixième onze ans plus tôt.

Eric Serra – Subway

Né à Saint-Mandé en 1959, Eric Serra est un compositeur français généralement associé aux films de Luc Besson, depuis Le Dernier Combat à Lucy en passant par Nikita ou Subway dont il signe la bande originale en 1985. Multi-instrumentiste autodidacte, ses vignettes jazz-pop illustrent ce polar où Christophe Lambert tombe amoureux d’Isabelle Adjani (Dolphin Dance) tandis que Michel Galabru poursuit un Jean-Hugues Anglade en pickpocket à roulettes (Burglary)… La basse de Serra résonne dans ces couloirs filmés comme un clip vidéo, Man. Y et Congabass évoquant Stanley Clarke ou Bill Bruford. Le saxo de Song to Xavier rappelle Taxi Blues et Arthur Simms se fait un nom avec le tube de métro It’s Only MysteryDrumskate rappelant Jean Reno dans le rôle du batteur incoercible… Avec son scénario alambiqué et ses dialogues niaiseux, Subway n’a pas aussi bien vieilli que Diva tourné quatre ans plus tôt ; mais sa musique est cool et n’en reste pas moins emblématique des années 80.