Angelo Badalamenti – Music from Twin Peaks

Angelo Badalamenti est né de mère sicilienne, à New York en 1932. C’est en 1986 qu’il collabore pour la première fois avec David Lynch, en composant la chanson titre du film Blue Velvet, dans lequel il aura également le rôle d’un pianiste. J’ai tout de suite été accro à la série (Mystères à) Twin Peaks de David Lynch, diffusée en 1991 sur La Cinq, une chaîne hertzienne qui disparaîtra en 1992 pour laisser la place à Arte. Ah, la passion de l’agent du FBI Dale Cooper pour le café et la tarte aux cerises ! Je n’y peux rien si cette image me revient toujours avant celle de l’infortunée Laura Palmer, dans son sac transparent… Il faut dire que Twin Peaks avait le pouvoir de véhiculer toutes sortes de visions, et les instrumentales Twin Peaks et Laura Palmer’s Theme sont devenues aussi cultes que la série elle-même, sans parler des trois chansons interprétées par Julee Cruise, dont les textes sont signés David Lynch. Un album d’une grande cohérence, entre jazz et pop onirique, légèrement mélancolique.

Pierre Bachelet – Le Meilleur de Bachelet

Né à Paris en 1944, Pierre Bachelet a passé son enfance à Calais. Diplômé d’une école de cinéma, il a écrit de nombreuses bandes originales, notamment Emmanuelle de Just Jaeckin ou Coup de Tête de Jean-Jacques Annaud, et signe également la chanson Just because of you dans les Bronzés font du ski de Patrice Leconte… Au début des années 80, dans ma pile de 45 tours il y avait deux Français que j’écoutais en boucle : Pour le plaisir d’Herbert Léonard et Elle est d’ailleurs de Pierre Bachelet. Mais ensuite, il n’y en a qu’un qui a sorti Les Corons puis Écris-moi, deux chansons écrites par son complice Jean-Pierre Lang, tandis que Julien Lepers ne réitérera pas son exploit… Si j’écoute toujours certains titres de Bachelet avec autant d’émotion, c’est que leur interprète savait faire passer des messages simples. Pleure pas Boulou me remue à chaque fois, En l’an 2001, Vingt ans ou Marionnettiste sont d’autres moments où le temps suspend sa course, bercés que nous sommes par cette voix tendre comme un rocher. Le livret se contente de citer les chansons, la photo est de Vincent Knapp.

Jean-Sébastien Bach – Suites pour Violoncelle seul – BWV 1007, 1009, 1011

Autant j’ai voulu découvrir le Clavier bien Tempéré au clavecin, autant c’est uniquement sous les maillets du marimba de Jean Geoffroy que je connais les célèbres Suites pour Violoncelle seul. Cela ne m’empêche pas de dormir, au contraire c’est par cette approche détachée de la musique classique que j’ai fini par l’apprécier, comme ici où j’ai été bien récompensé d’être sorti des sentiers battus. Les trois Suites sont réduites à la plus simple ligne mélodique, « fidèles à la partition à la note près » précise le livret, nous voilà donc bien dans une interprétation exprimant les nuances d’origine, où un homme a décidé d’être seul derrière son instrument peu banal, les morceaux ainsi transfigurés procurant un sentiment aérien. Un disque où entre chaque frappe sur les lames de bois du marimba, le silence est total. Cela pourrait durer des heures…

Jean-Sébastien Bach – Concertos pour Violon – BWV 1041-1043

Si j’aime m’acoquiner avec de beaux disques classiques, d’en parler avec grâce n’est pas toujours facile. Je ne suis d’ailleurs spécialiste d’aucune musique, ce qui me permet peut-être d’en aimer autant, si j’ai acheté ce disque c’était pour avoir quelque chose de bien en violon baroque, quand il suffit de fermer les yeux pour entendre pleuvoir des cordes dans les salons du roi. Car cet album fait le boulot admirablement, avec une préférence pour la partie en Mi majeur BWV 1042, qui me fait penser au Barry Lyndon de Kubrick mais je ne suis pas sûr ; après il se pourrait que j’écoutasse le Trio pour Piano de Franz Schubert, et celui-là je sais qu’il est dans le film, vagabondant ainsi dans un passé foisonnant, à demi pâmé dans mon fauteuil… L’interprétation est signée David et Igor Oistrach, à Vienne en 1962 ; à noter qu’à la fin du disque figure le Concerto pour deux Violons RV522 de Vivaldi, dont Bach s’est inspiré.

Jean-Sébastien Bach – Le Clavier bien Tempéré BWV 846-869

Après la magnificence des Toccatas, j’ai eu envie de m’intéresser à la tempérance du Clavier. D’avoir vu le film Bagdad Café de Percy Adlon y était alors pour quelque chose, où un jeune homme étudie longuement le premier prélude, parfois sur un vrai piano mais le plus souvent sur un clavier muet de sa fabrication, simple planche de bois où il s’exerce inlassablement. Et quand on découvre dans le livret que c’est précisément « à l’usage de la jeunesse musicale » que ces fugues et préludes ont été composées par Bach, on comprend pourquoi elles progressent de demi-ton en demi-ton, à la manière d’une expérience minimaliste apaisée, lyrique mais avant tout baroque. Ton Koopman ne s’y est pas trompé en retenant le clavecin pour interpréter ces tranchettes de bonheur, car s’il est un disque qui peut permettre au béotien de découvrir cet instrument, c’est bien celui-ci.

Jean-Sébastien Bach – Toccatas BWV 538, 540, 564-565

Jean-Sébastien Bach est né en Allemagne en 1685. Élève érudit et curieux, à l’église on lui reproche d’improviser à l’orgue au point de rendre les airs méconnaissables… Il voyage et travaille sans relâche mais à partir de 1745 sa vue s’affaiblit ; meurt à l’âge de 65 ans en laissant une œuvre qui ne sera pas redécouverte avant un siècle… Dès 1954, dans le film 20 000 Lieues sous les Mers on peut entendre la célèbre Toccata BWV 565 sur l’orgue embarqué dans le Nautilus du capitaine Némo. Ou bien en 1978, au générique de la série télévisée Il était une fois l’Homme, nous écoutions du Bach sans le savoir. Ce morceau de huit minutes dégage un tel souffle, ses articulations virtuoses surgissant de tous les coins de la pièce, mais le meilleur est à venir car sur l’Adagio Jean-Séb va nous emporter dans un trip incroyable, d’abord sautillant lorsqu’au second tiers il s’interrompt vers une méditation composée de quelques tons ; l’élan s’est changé en mélodie suspendue, offerte du bout des phalanges. Une telle musique fait grandir à tout âge, le livret est en français et l’interprétation de Ton Koopman.

The B-52’s – The B-52’s

Les B-52’s ont été repérés au CBGB, un club new yorkais où se produisait la scène underground des années 70. Leur nom fait référence aux bombardiers américains B-52, il caractérise aussi les coiffures emblématiques des chanteuses du groupe, en forme d’ogive… Quand les punks ne veulent ni défaire le monde ni tout casser chez les voisins, cela donne Planet Claire, un endroit où l’air est rose et les arbres rouges, où personne ne meurt ni n’a de tête : la chanson surréaliste par excellence et premier gros succès du groupe, avec son thème à la Peter Gunn et des bruitages venus d’un espace que n’aurait pas renié Ed Wood. Le reste est à l’avenant, Rock Lobster mêlant voix parlées et chœurs suraigus, ricanements hystériques et invectives à la Devo, enfin sur 6060-842, tout le monde chante un numéro de téléphone aussi prometteur qu’insaisissable. Voici un album joyeux où deux filles et trois gars ont inventé plus qu’il n’y paraît, c’est pourquoi on peut le réécouter sans fin. Le livret permet de suivre les textes, et d’avoir chez soi une magnifique photo de groupe.

Roy Ayers – Coffy

Roy Ayers est né à Los Angeles en 1940. Il grandit dans le quartier de South Park, où s’épanouit l’essentiel de la scène musicale noire américaine. Coffy est la bande originale du film du même nom, mais c’est au film Jackie Brown sorti vingt-quatre ans plus tard que j’en dois la découverte, à savoir le troisième long métrage de Quentin Tarantino, qui est aussi un grand révélateur de musiques oubliées. Ce disque ne contient pas moins de quatre titres utilisés dans Jackie Brown, pourtant aucun d’entre eux n’a été repris sur la bande originale sortie en cd ! Sauf à envisager des problèmes de droits, cette irrévérence faite à Roy Ayers ressemble à une bévue, d’autant que Tarantino a choisi Pamela Grier pour son rôle principal, soit la même actrice que l’on voit sur l’affiche de Coffy… S’il ne fallait citer qu’un titre, ce serait Escape dont le tempo endiablé soutient la scène de l’échange des sacs, dans le magasin de vêtements. Priscilla’s Theme possède aussi ce groove trépidant, entre vibraphone et rythmes jazz ; enfin avec King George on entend chanter Ayers, sur ce disque tonique et funky.

Charles Aznavour – 40 Chansons d’Or

Charles Aznavour est né à Paris en 1924. Ancien baryton, son père ouvre un restaurant rue de la Huchette, où tours de chant et petit théâtre font baigner son fils dans le milieu artistique dès le plus jeune âge. Soutenu par Edith Piaf, il se produit à l’Olympia dès 1956. Son répertoire dépasse le millier de titres, il est l’artiste français le plus connu au monde et ses chansons sont tellement ancrées dans l’inconscient que le besoin de les avoir en disque ne se fait pas forcément sentir, jusqu’au jour où l’on se décide à retrouver l’émotion de Sa Jeunesse, la tendresse de La Mamma, la fougue des Comédiens, la nostalgie de La Bohème ; mais aussi redécouvrir l’énergie d’Emmenez-moi et de Pour Faire une Jam ; mais encore s’émerveiller sur Les Deux Guitares ou Les Plaisirs Démodés. Avec cette voix incomparable et ces arrangements taillés sur mesure, même s’il ressasse toujours les mêmes thèmes Charles Aznavour reste un maître incontesté de la tendresse et de la mélancolie.

David Axelrod – David Axelrod

De même qu’avec Songs of Experience, cet album éponyme m’a toujours fait penser à la période conceptuelle de Serge Gainsbourg, ce qui est aussi rare que réjouissant. Le jeu de la guitare basse est à cet égard frappant, associé aux cordes langoureuses sur Crystal Ball, ou au contraire électriques et nerveuses sur The Dr & The Diamond, tout fait penser au lyrisme sulfureux de Melody Nelson. Longuement préfacé par DJ Shadow, le livret nous permet de comprendre que si cet album n’a été publié qu’en 2001, l’essentiel de son matériau a été écrit dans les années 70. Cela explique pourquoi il possède la même couleur musicale, à l’exception de l’ouverture rap assurée par Ras Kass, et l’émouvante conclusion Loved Boy où l’ami des débuts, Lou Rawls, rend hommage au fils de David Axelrod disparu prématurément.