Chuck Berry – Golden Hits

Chuck Berry est un chanteur et guitariste américain né dans le Missouri en 1926. Il travaille à l’usine jusqu’en 1955, où sa rencontre avec Muddy Waters lui permet de signer chez Chess Records, et sortir son premier tube Maybellene. Ses chansons ont été reprises par les plus grands, des Beatles aux Rolling Stones… Cette anthologie démarre fort avec Sweet Little Sixteen, repris quasiment à l’identique cinq ans plus tard par les Beach Boys et leur hit Surfin’ USA, les Californiens ayant eu le culot d’aller au procès avant de reconnaître le plagiat… De Maybellene à Johnny B. Goode, de Roll Over Beethoven a Thirty Days, c’est plus rock qu’un Elvis gominé, et me donne à chaque fois envie de revoir le film Christine de John Carpenter… La batterie d’un côté, la guitare ou le clavier de l’autre et la voix au milieu, une recette immuable qui fait swing à chaque fois. Et quand on voit qu’aucune chanson n’atteint trois minutes, et qu’elles commencent souvent de la même façon, on songe que Chuck Berry avait ce don de retenir l’attention au quart de tour, un peu comme Brassens avec une poignée d’accords à la guitare.

Hector Berlioz – La Damnation de Faust

Hector Berlioz adapte le Faust de Gœthe en 1846, d’après la traduction de Gérard de Nerval. Ce disque fait partie de mes premières acquisitions classiques, où ne figurent que les deux premières parties du livret, mais je l’aime bien pour ses voix françaises et intelligibles, ses chœurs grandiloquents et la force de suggestion d’une musique soulignant la narration, festive sur Certains Rats dans une Cuisine, recueillie sur Dors Heureux Faust. Il y a aussi la Marche Hongroise, intermède sans paroles aussi célèbre qu’exaltant. L’Orchestre de Paris est dirigé par Georges Prêtre, sur un label paresseux qui se contente de montrer un portrait de Berlioz en couverture, rappelant celui que l’on trouvait sur les billets de dix francs dans les années 70.

Hector Berlioz – Symphonie Fantastique

Hector Berlioz est né dans l’Isère en 1803. Sa famille le destinait à la médecine, il compose un Requiem en 1837 puis s’intéresse à l’opéra et dirigera autant ses œuvres que celles des autres, en chef d’orchestre très apprécié… Écrite en deux mois, la Symphonie Fantastique illustre la passion qu’il éprouve depuis trois ans pour sa future épouse, l’actrice Harriet Smithson, dont il est tombé amoureux en 1827 lors d’une représentation de Hamlet. Il devra patienter deux années de plus avant qu’elle n’assiste à sa représentation, et finisse par céder à ses avances. Œuvre romantique par excellence, articulée en cinq mouvements égrenant le même thème, comme une fixation amoureuse… Le Bal est aéré, flûtes et cordes évoquant la fête dont le soupirant est exclu, guidé au Supplice de l’empoisonnement jusqu’au Songe d’une Nuit de Sabbat, plein de visions funestes lorsque résonne le thème du Dies Irae, un poème liturgique souvent interprété lors de messes funèbres. Grandiose entre toutes, cette séquence m’évoque à la fois l’ouverture du film Shining de Kubrick, plan aérien où la voiture arrive à l’Overlook Hotel, mais aussi La Mort de Jacques Brel.

Michel Berger – Starmania

Né en 1947, Michel Berger écrit pour Bourvil puis Françoise Hardy, avant de rencontrer France Gall en 1976, qui deviendra sa femme et dont il produira les albums. Créé avec le concours du producteur québecois Luc Plamondon, Starmania est l’opéra rock par excellence. Fresque futuriste qui n’a rien à voir avec ces académies télévisées où il s’agit chaque année d’intégrer le même ennui, Starmania raconte les destins croisés de Ziggy (disquaire homosexuel), de Zéro Janvier (milliardaire candidat à la présidence de l’Occident) et de Johnny Rockfort (alias Daniel Balavoine en agitateur sous influence). Musicalement, ça fait monter les larmes sur la Complainte de la Serveuse Automate, Un Garçon pas comme les autres ou Le Monde est Stone, interprétés par Fabienne Thibeault, tandis que la candeur désenchantée du Monopolis de France Gall n’est pas faite pour nous remonter. Alors en effet, c’est bien une école critique de la chanson, mais à un niveau qui n’est pas fait pour être imité ; car même si Starmania continue d’être monté, aucune version ne saurait égaler l’original, pensé et interprété par Michel Berger, ses musiciens et ses amis.

Michel Berger – Ça ne Tient pas Debout

Onzième et dernier album solo de Michel Berger, mort d’une crise cardiaque à 44 ans après une partie de tennis, Ça ne Tient pas Debout a été coécrit avec le bassiste et arrangeur Jannick Top, connu pour ses collaborations avec Jacques Higelin ou Magma. Dès le premier titre, Michel Berger impose sa voix unique, rehaussée par un écho léger, apaisant comme ses phrases où l’on sent cet élan toujours simple vers la vie, exprimant en peu de mots la force des sentiments, d’espoir sur Les Enfants chantent Toujours, de refuge avec Le Paradis Blanc, de passion avec L’Un sans l’Autre. Et le brillant hommage à Man Ray, et la tendresse de L’Orange Bleue, autre appel discret à l’amour et à la tolérance, dépeignant un univers où le cœur ne ment pas, comme chez son ami Balavoine. D’un turquoise profond, le livret renferme des textes d’une écriture ciselée et classique. La photographie est de Youri Lenquette.

Bentley Rhythm Ace – Bentley Rhythm Ace

Bentley Rhythm Ace est un combo de musique electro formé à Birmingham en 1997, autour de Mike Stokes et de Richard March. Orientés big beat, les BRA signent la même année sur le label Skint qui accueille déjà en son sein Fatboy Slim, autre représentant de ce courant musical caractérisé par un tempo à la fois lourd et lent, nourri d’effets spéciaux et laissant une place de choix à la batterie. C’est sur le plateau de Nulle Part Ailleurs (époque Gildas) que j’ai découvert les Bentley Rhythm Ace et leur attirail de bric et de broc, où ils avaient fait tourner une sirène à manivelle au début et à la fin du morceau Bentleys Gonna Sort You Out. Un album de big beat a souvent ce côté foutraque, faisant feu de tout bruit du moment que vibrent les graves ; tout est dans le dosage et chez les BRA c’est le fourre-tout qui l’emporte, Ragtopskodacarchase et Mind that gap étant particulièrement fiévreux, tandis que Spacehopper permet de s’extraire du module lunaire sans trop de gravité. Le tout est un peu sot mais les pieds et le citron s’en trouvent bien remués, comme dans le livret où des vignettes donnent l’impression de s’animer.

Pat Benatar – Tropico

Née à New York en 1953, Pat Benatar a été découverte à 24 ans lors d’un concours dans un cabaret. Elle signera chez Chrysalis, le label de Jethro Tull ou de Blondie, propulsée sur le devant de la scène dès son premier album, In the Heat of the Night. Elle est accompagnée par son mari Neil Giraldo, à la guitare et à la production… Il y a des jours où l’on se sent aventureux, et au lieu de foncer sur une énième compilation pleine de doublons, c’est à l’album entier que l’on décide de s’attaquer. Et une fois abreuvé de We Belong et de Painted Desert, les deux tubes indémodables que l’on voulait retrouver, le premier évoquant l’air de rien The Ballad of Lucy Jordan de Marianne Faithful, et le second dont on avait oublié la délicate introduction à la guitare ; il est agréable de suivre Pat Benatar sur des terrains moins familiers, du raffiné Suburban King aux rocailleux Love in the Ice Age et Takin’ it Back. Une voix qui pénètre, un lyrisme fou sur des arrangements qui ont réussi à traverser le temps. Le livret contient les paroles et la photo de couverture est chouette, on la doit à Rebecca Blake.

David Behrman – On the Other Ocean

David Behrman est né à Salzbourg en 1937. Dès la fin des années 70, il associe les ordinateurs à ses travaux, en imaginant systèmes et logiciels capables d’interagir avec des musiciens se produisant en direct. Ses installations sonores ont été exposées dans des musées, de Chicago à la Villette parisienne… En 1977, lorsque David Behrman tient entre les mains son premier micro-ordinateur, un KIM-1 c’est-à-dire une carte à puces reliée à un clavier grossier, il invite les musiciens Maggi Payne à la flûte et Arthur Stidfole au basson, et les enregistre après avoir programmé la machine de façon à modifier les sons selon la hauteur des notes jouées. Ainsi s’obtient On the Other Ocean, ou l’enchaînement apaisant de sons qui montent et qui descendent en suivant une certaine harmonie. Le second morceau reprend la même idée, interprété par le violoncelliste David Gibson, son instrument contribuant à installer une atmosphère plus feutrée, avec davantage de ruptures. L’ensemble donne lieu à un moment surprenant, une expérience musicale ni sérielle ni chaotique, à écouter sans a priori.

Daniel Bélanger – Quatre Saisons dans le Désordre

À chaque écoute de ce disque, je me demande pourquoi Daniel Bélanger est si peu connu en France. Car ces Quatre Saisons dans le Désordre sont aussi rares qu’un hiver estival, du complexe Sortez-moi de Moi à l’amoureux des Deux Printemps, de l’aliénant Je Fais de Moi un Homme à l’inaltérable Respirer dans l’Eau, pour ne rien dire du Primate Électrique refermant le conte, où cet exacerbé du verbe nous confie sa tentation du vide… Un disque inclassable, dont le son mais aussi la voix font penser au Grace de Jeff Buckley ; là comme ailleurs je pèse mes mots, tout comme ceux de Bélanger sont importants et figurent dans un livret comprenant d’autres photos aériennes, émouvantes signées Tchi et Yves Fournier. Ce disque a beaucoup compté dans ma vie, pourtant je ne suis pas sûr qu’il existe encore quelqu’un qui se souvient pourquoi. La musique a aussi le pouvoir de raviver des émotions périmées. « Libre à mourir de rire… »

Daniel Bélanger – Les insomniaques s’amusent

Daniel Bélanger est un auteur-compositeur-interprète né en 1962 à Montréal. Il monte son premier groupe à 21 ans, les Humphrey Salade, qui donnent des concerts sans enregistrer d’album. Les Insomniaques s’Amusent sort fin 1992 et remporte plusieurs prix, en concert Daniel Bélanger est connu pour sa forte présence scénique, et fait partie des chanteurs québecois les plus populaires… Le premier album de Daniel Bélanger alterne chansons pop et ballades sentimentales, saillies jazzy voire rock, l’ensemble s’unifiant autour de cette voix si particulière, haut perchée mais très présente, un timbre chaud et son accent si attachant, aux tournures inattendues, poétiques sur Ensorcelée, idéalistes sur Opium ou nostalgiques sur Le Bonheur. Une somme joliment produite entre New York et Montréal, annonciatrice du prochain album Quatre Saisons dans le Désordre, avec lequel j’ai découvert ce chanteur. Une fois déplié, le livret accordéon révèle les paroles. La couverture est signée Lyne Charlebois et Jean-François Gratton.