Barclay James Harvest – Victims of Circumstance

Treizième album de BJH, Victims of Circumstance est clairement orienté progressif, avec un soupçon de pop quand les guitares se la jouent Alan Parsons, par exemple sur le très inspiré Watching You, ou bien I’ve Got a Feeling, sorte de ballade synthétique. Les voilà eux aussi en plein dans la moulinette des années 80, ce qui n’est pas un mal en soi mais avouons que j’ai surtout racheté ce disque pour me remettre en mémoire des titres que je n’avais plus entendus depuis vingt ans. Oui, les guitares ont un peu mis au placard leur amplitude psychédélique, mais des titres résistent au temps comme le rock’n roll Inside my Nightmare ou les déconvenues d’un usager de drogues, un thème assez récurrent chez Barclay, mais aussi le militant Victims of Circumstance, dénonçant le populisme en politique. Le livret propose les paroles, le clown en couverture est signé Ian Kay chez Cream.

Barclay James Harvest – Live Tapes

Le double vinyle Live Tapes a été l’une de mes premières expériences de concert sur disque, que j’avais tenu à retrouver en cd dès le début des années 90. C’est chez mon cousin que j’avais fait ma première rencontre avec Barclay James Harvest, impressionné par leurs pochettes ornées de papillons, celle du vinyle Turn of the Tide étant toujours aussi forte. Le livret de Live Tapes est plus sobre, avec les photos des musiciens et en couverture ces bandes magnétiques où un papillon a été incrusté, un montage signé Jo Mirowski comme un sceau de qualité devant ces 80 minutes entre folk et rock psychédélique, qui font faire le tour des plus belles chansons du groupe. Avec des textes évoquant les années Woodstock, Child of the Universe, Mockingbird ou encore le ténébreux Suicide, voilà de quoi planer entre guitares et claviers au gré d’un son de grande qualité, ajoutant à leur musique ce supplément d’âme qu’offrent les enregistrements live, quand ils sont produits avec le soin qu’ils méritent.

Barclay James Harvest – Gone to Earth

Groupe emblématique du rock psychédélique, BJH s’est formé en 1966 autour des Britanniques John Lees, Woolly Wolstenholme, Mel Pritchard et Les Holroyd. Ils rencontrent le succès avec l’album Everyone is Everybody Else, qui contient Child of the Universe. Le concert qu’ils donnèrent en 1980, à Berlin ouest et en plein air devant le Reichstag, est resté célèbre. Même s’ils chantent souvent à plusieurs en même temps, pour moi Barclay c’est d’abord une seule voix au diapason d’un style, comme l’était celui de Supertramp jusqu’en 1983. En plus moelleux bien sûr, car Sea of Tranquility nous emmène dans l’espace, tandis que Jésus s’invite sur Hymn pour calmer ceux que tentent les drogues « dont on ne redescend pas. » Sans oublier le célèbre Poor Man’s Moody Blues, écrit en réaction à un journaliste qui s’était moqué du groupe en évoquant leurs aînés The Moody Blues, d’où la ressemblance manifeste avec le succès de 1967, Nights in White Satin. Parmi les inédits de cette version remastérisée, offrant par ailleurs un livret nourri d’infos et de photos d’époque, la version live de Medecine Man se démarque. Longues plages de solos de guitares.

Bang Gang – Ghosts from the Past

Cinq ans après le mélodique Something Wrong, Bardi Johannsson revient avec un disque sur lequel il interprète la plupart des chansons, lui donnant une unité proche de celle d’un album de ballades folk, même si l’enrobage possède encore la patte electro qui fait le son de Bang Gang, ainsi que le recours à la voix gourde d’Esther Talia Casey. J’aime particulièrement I Know you Sleep, qui m’évoque l’atmosphère de Controlling Crowds, mais aussi l’endurant You Won’t Get Out, où chœurs, cordes et batterie nous emportent vers les cimes. Enfin il y a le très enlevé Stay Home, qui me donne aussitôt envie d’écouter le Morning Sci-Fi des Gallois de Hybrid. Un album d’une grande richesse, proposé dans une édition digipack monochrome jusqu’à la surface lisible du cd ; lac noir où se reflètent les constellations.

Bang Gang – Something Wrong

Pour son deuxième album, Bang Gang a procédé à un adoucissement général, en atténuant la rythmique trip hop développée sur le précédent opus, permettant de mettre en avant un son de guitare folk et des voix feutrées, souvent associées à des mélodies que l’on attrape facilement, Inside avec Esther Talia Casey, le mélancolique It’s Alright par Bardi Johannsson, ou bien la performance éthérée de Phoebe Tolmer sur There Was a Whisper, entourée d’une myriade de cordes. N’oublions pas la voix lancinante de Daniel Agust Haraldsson, le chanteur des Gus Gus invité sur In The Morning. Coup de cœur pour l’instrumental Look at the Sun, suivi du fameux bonus track Stop in the Name of Love, interprété en 1965 par Diana Ross & The Supremes. Un titre soul à l’origine, dont l’interprétation acoustique ne dépareille pas avec l’album. Décidément rien ne sonne faux sur Something Wrong ; même le livret est sympathique, avec sa pochette érotisante photographiée par Bernard Benant.

Bang Gang – You

Bang Gang est un groupe de trip hop créé à Reykjavik en 1996 par le compositeur Bardi Johannsson, assisté de son amie d’enfance et chanteuse Esther Talia Casey. C’est avec la chanson Sleep que j’ai fait connaissance avec ce groupe, à la radio plus probablement qu’à la télé, bien qu’elle ait également servi à une publicité automobile, tout comme Hazeldub d’Alpha avait habillé la promotion d’une petite voiture suisse… Il y a d’ailleurs une réelle parenté entre le style des deux formations, rattachées au genre du trip hop qui se prête si bien aux illustrations sonores. Le titre Sleep fait l’objet d’un remix en fin de disque, précédé d’une contribution de Kid Loco aussi brève qu’étonnante, intitulée In Heaven et qui reprend la chanson de la « fille dans le radiateur », écrite par David Lynch pour son premier long métrage Eraserhead. Émotion garantie la première fois, du moins quand on connaît le film. Un album qui s’écoute avec plaisir, aux sonorités évoquant parfois les Belges de Hooverphonic. Les photos dans le livret sont signées Ari Magg, et sont à la hauteur de ce que l’on voit sur la pochette.

Daniel Balavoine – Sauver l’Amour

La petite phrase en page 2 du livret résume bien l’avance dont disposait Balavoine en 1985, lorsque paraît Sauver l’Amour : « Cet album a été fait en juin à la maison. » Il était parmi les premiers Français à utiliser l’informatique musicale, et nous offre neuf chansons ciselées comme un seul diamant, allant à l’essentiel dans des textes aussi purs que Petit Homme Mort au Combat ou Aimer est plus Fort que d’être Aimé, évoquant l’amour et l’espoir d’une vie meilleure pour les déshérités. Sa voix est à l’aise dans tous les registres, les recherches sonores sont originales mais la musique reste toujours accessible, un alliage détonant qui aurait pu l’entraîner beaucoup plus loin, si ce jour de janvier 1986 le sort ne s’était pas emmêlé les pinceaux. Je me revois apprenant la nouvelle en rentrant du lycée, cinq mois plus tard c’était Coluche qui disparaissait. Autre esprit libre et autre accident stupide ; de quoi quitter l’enfance un peu trop vite, quand on a 17 ans…

Daniel Balavoine – Vendeurs de Larmes

Daniel Balavoine est né à Alençon en 1952. Choriste chez Patrick Juvet en 1974, il sera repéré par Léo Missir, producteur chez Barclay. Dans le même temps, Michel Berger termine d’écrire Starmania, et l’embauche pour le rôle de Johnny Rockfort. Disques et concerts se succèdent, Daniel envisage une carrière internationale mais en 1986, tandis qu’il participe au rallye Paris-Dakar, il disparaît après avoir pris place à la dernière minute dans un hélicoptère… Vendeurs de Larmes a été produit par Andy Scott, qui collabora aussi avec Alain Bashung et Pink Floyd. Il s’ouvre sur un titre d’une minute trente que devraient méditer tous les chanteurs en herbe, car tout y est, du contenu à la voix, où un piano suffit à réussir le mélange ; et d’avoir enchaîné cette profession de foi avec Vivre ou survivre témoigne du soin qu’il portait au moindre détail. C’est avec ce titre resté magnifique que j’ai découvert Balavoine ; de L’amour gardé secret à Vendeurs de larmes, voilà un disque qui sonne juste, aux accents rock avec de-ci de-là des effets novateurs, portés par cette voix haut perchée mais jamais traficotée, témoin d’une époque où l’on ne trichait pas.

Chet Baker – Chet

Né en 1929, Chesney Henry dit « Chet » Baker est un trompettiste et chanteur de jazz américain. Il baigne dans l’atmosphère musicale de son père guitariste, devient choriste et sera choisi par Charlie Parker en 1952, pour une tournée sur la côte ouest. Souvent arrêté pour des problèmes de drogue, gravement agressé en 1966, il retrouve le disque et la scène de 1973 à 1988, lorsqu’il décède en tombant de la fenêtre d’un hôtel à Amsterdam… Sorti sur le label de jazz new yorkais dont Thelonious Monk était un autre artiste prolifique, Chet est un disque à fort pouvoir relaxant. Chaque accord y semble murmuré, surgi de derrière l’oreille comme une confidence, où les instruments jouent à qui sera le plus aérien. Conviés aux échanges subtils entre la trompette et la guitare sur It Never Entered my Mind ou September Song, ailleurs aux mélodies soutenues par le piano de Bill Evans ou la basse de Paul Chambers, deux invités de marque, nous entrons dans une dimension de ballades immatérielles et flamboyantes. Le dernier titre du cd, Early Morning Mood, inédit de neuf minutes, est aussi mon préféré. Un disque qui fait aimer le jazz.

Vincent Baguian – Pas Mal

Vincent Baguian est né en France en 1962. Le succès arrive avec l’album Mes Chants, sorti en l’an 2000 et où figure un titre en duo avec la chanteuse Zazie. Pas Mal, son second album, a vu le jour grâce au flair du producteur Richard Seff, révélateur de Cabrel et d’Axelle Red. Pour ma part, c’est encore une découverte que je dois à FIP, une radio attentive aux chanteurs à textes, car Baguian est bien un « écrivain de chansons », comme l’a un jour surnommé Nougaro. Et si l’amour du jazz n’est pas leur moindre point commun, c’est aussi dans l’art du mot qui rime à quelque chose que Baguian peut se flatter de perpétuer la tradition, de son bestiaire espiègle dans Les Biches Regardent avec Dédain aux formes arrondies des Vélos d’Amsterdam, la chanson Sous Souchon évoquant le cercle restreint de ceux qui prennent l’art de chanter au sérieux, en leur inspirant distance et dérision. Les textes sont tellement savoureux qu’on n’est pas surpris de les trouver dans le livret, garni des vignettes de Vincent Dixon et s’achevant sur une émouvante dédicace de l’auteur.