Les Années 80

The Cars, Chaka Khan et Ph. D. C’est pour avoir les titres de ces trois artistes que j’ai eu envie de me procurer cette compilation. Drive parce que c’est un slow magnifique, I Feel for You et I Won’t Let You Down parce qu’ils ont fait partie de mes premiers 45 tours. Évidemment, j’avais déjà un bon tiers des autres titres sur les albums originaux, de Talk Talk à Eurythmics, FGTH, Roxy Music ou Yes, sans oublier l’indispensable Propaganda, rarement présent sur ce genre de disques. Mais ça ne fait rien d’avoir quelques doublons, une telle somme de standards a valeur de témoignage, et si l’on s’amuse à écouter la compilation en aveugle, leur enchaînement peut déchaîner les mémoires. Mention spéciale au livret, qui retrace sur un mode très graphique les moments forts de ces années-là, de l’élection de Ronald Reagan à la chute du mur de Berlin.

Dick Annegarn – Adieu Verdure

Si j’ai bien compté, Adieu verdure est le quatorzième album du grand Hollandais, plutôt pas mal pour quelqu’un qui se serait battu contre des moulins à vent. Sorti chez Tôt ou tard, qui lui fait confiance depuis Approche-toi, cet album semble sorti de la même marmite, avec à nouveau Mondino à la photo, l’absence de verdure étant illustrée par des tons ocres et de carton. Un livret épais et sensuel, dans une édition digipack ficelée comme un petit paquet que l’on s’offre à soi-même, pour retrouver les mots graves et délirants de ce sorcier du verbe, aux ressources intarissables. Rhapsode est un duo ciselé avec Matthieu Boogaerts, Que toi désarticule l’autre, Boileau expose en fanfare la vanité humaine, Gisèle nous met en boîte et sur La Limonade, Dick entreprend une comptine un rien funèbre, tout en jouant de l’harmonium. Entre dérision et espièglerie, il n’y a jamais d’artifice. Juste du feu.

Dick Annegarn – Bruxelles…

Dick Annegarn est né aux Pays-Bas en 1952, qu’il quitte pour la Belgique à l’âge de 6 ans. Guitariste autodidacte, il se fait connaître à 20 ans, après son passage au Petit Conservatoire de Mireille. Les succès s’enchaînent, de Bruxelles à Ubu, mais le chanteur ne supporte pas la pression de l’industrie musicale, et préfère vivre sur une péniche en banlieue parisienne. Cette anthologie regroupe quasiment l’intégralité de ses quatre premiers albums, à savoir Sacré Géranium, Polymorphose, Mireille et Anticyclone. Autant dire que l’on a là une mine d’or, les premiers disques d’Annegarn n’ayant que brièvement été disponibles en cd. Car au-delà des succès que l’on est ravi d’avoir en passant, de Bébé Éléphant à Nicotine Queen, cette première période regorge de titres bouleversants, de la tristesse de L’institutrice à la solitude du promeneur de Coutances, du vertige de la Frizoschenie au merle Albert qui chantait faux, jusqu’à la rencontre surréaliste avec un Friedrich Nietzsche en marcheur fourbu, dans L’Homme de l’Aube. Tout Dick Annegarn est là, en seulement trois ans d’écriture. Chapeau l’artiste.

Dick Annegarn – Approche-Toi

C’est avec ce disque que j’ai découvert Dick Annegarn, l’année de sa sortie et grâce à FIP dont c’était l’un des chouchous, ceci quasiment en même temps que Joseph Racaille, un autre artiste résolument hors norme, et que la radio la plus célèbre pour son sens de l’enchaînement avait coutume de passer aussi. On y retrouve, comme dans les Chansons Fleuves, une prédilection pour la nature et l’eau, la contemplation du monde dans Il pleut ou Crépuscule, mais aussi une attention marquée vers le genre humain, avec cet hymne au poète hongrois Attila Jószef, avant de redevenir plus désinvolte dans Tu mènes ta Vie, que Dick entonne comme s’il était lui-même une trompette de jazz. Par ailleurs on boit, on médite, on désespère et enfin, on existe à cent à l’heure avec ce chanteur qui poète sans souci de faire dérailler la rime. Côté livret, les photos de Jean-Baptiste Mondino proposent un lyrisme de jardin public, entre une mise en abîme optimiste, et ça il fallait le faire, un camouflage aux herbes et des cygnes intempestifs.

Dick Annegarn – Chansons Fleuves

Douze ans après avoir claqué la porte lors d’une conférence de presse à l’Olympia, où il lit un pamphlet intitulé La rock-industrie et moi, Dick Annegarn revient sur le devant de la scène grâce au label Nocturne et ces Chansons Fleuves que l’on écoute d’une oreille attentionnée. Où la guitare suit les pleurs du Saule accompagnée par l’accordéon de Richard Galliano, où un duo sax et piano nous conte le parcours d’un Oiseau, où des chœurs s’invitent et nous proposent, avec Pangée, de revivre la formation de la Terre. Et pour terminer, une reprise saisissante de L’Éclusier de Jacques Brel. En clair : eau et poésie à tous les étages, comme le suggère le dessin en couverture de Loris Kalafat, incrusté dans une photo de Renzo Tentoni. Et si les textes sont servis par une voix paisible, on apprécie de pouvoir les relire à discrétion, grâce au livret.

Animal Collective – Feels

Formé en l’an 2000 à Baltimore, Animal Collective est un groupe américain très prolifique puisqu’ils ont sorti onze albums en dix ans, dont deux live. Ses membres se font appeler par leurs pseudonymes Avey, Deakin, Doctess, Panda et Geologist. Ils sont produits par le label Fat Cat, réputé pour ses choix audacieux. Feels est le sixième album d’Animal Collective, et si ce disque fait partie de mon paysage sonore, c’est qu’il ne ressemble à rien de connu. Composé à la fois de morceaux courts et percutants, voire foutraques où l’on hurle autant que l’on chante, que de compositions plus délayées où règne la dissonance ; ainsi la piqûre de Bees nous assomme doucement vers les rythmes saccadés de Banshee Beat, où les voix s’entremêlent en franchissant plusieurs octaves. Les guitares dominent et le piano, désaccordé, impose sa tonalité particulière à plusieurs morceaux. La couverture est un collage d’illustrations enfantines réalisé par Avey Tare, le chanteur du groupe, en hommage à l’artiste brut et écrivain Henry Darger.

The Angels of Light – How I Loved You

The Angels of Light est un groupe américain composé de six musiciens eux-mêmes issus d’autres groupes, créé en 1998 par Michael Gira sur son propre label Young God. À chaque nouvelle écoute, le folk à la traîne de cet album m’enrobe un peu plus, alangui comme de la guimauve en roue libre, sur les étals des confiseurs de fête foraine… Il est question d’amour sur toutes les chansons, trois d’entre elles s’étirant démesurément ; le chanteur de laisser libre court à ce qui traverse son esprit, plutôt chagrin dans Two Women, et plus encore dans New City In the Future. Mention spéciale à My True Body, où l’on se donne un peu de répit avant de retourner méditer à grands cris, entre des guitares et un piano, une scie musicale et de nombreuses percussions. Enfin, je ne peux m’empêcher de rapprocher la photo de couverture de How I Loved You de celle de You all Look the Same to Me. Même si musicalement, la parenté avec Archive n’est pas évidente, l’optimisme radieux des visages me paraît frappant.

Laurie Anderson – Life on a String

Six ans après les paysages désabusés de Bright Red, où Anderson tissait déjà la métaphore du funambule, ce cinquième enregistrement studio déroule le fil d’une vie posée sur une corde. Une référence au violon, son instrument de prédilection avec lequel elle se met en scène au long de l’élégant livret accompagnant cette édition digipack, marquant son arrivée sur le label Nonesuch. Il faut l’entendre en solo sur Here with You, et plus loin se laisser submerger par la pluie de Washington Street. La production est sans faille, Laurie étant à nouveau très entourée, et si l’unité se ressent d’un tel patchwork, il constitue une bonne introduction à son univers, résumé en quelques vignettes pouvant varier d’une rythmique à la manière de Björk sur My Compensation, à la suite orchestrale déployée pour Dark Angel, par un Van Dyke Parks toujours aussi baroque.

Laurie Anderson – Strange Angels

Sur son troisième album, Laurie Anderson chante de plus en plus, et c’est dommage. D’accord, j’exagère mais au moment d’évoquer ce disque, je peine à lui trouver des atomes crochus. Pourtant, si c’était un simple bouche-trou avant Bright Red, il aurait depuis longtemps giclé de mes rayonnages… Certes, dans Coolsville on comprend qu’elle a pris des cours de chant au point de repousser la sortie de l’album de plusieurs mois, mais était-ce bien raisonnable ? Ce qu’elle a fait avec Big Science est tellement prodigieux ! La barre est haute, on a compris que c’était mon favori, allez on se sent tout de même bien sur cet album, Beautiful Red Dress sortant du lot avec ses propos militants, aux accents féministes et dont on peut saisir la subtilité grâce au livret, où comme à l’accoutumée les textes sont fidèlement restitués.

Laurie Anderson – Bright Red

Avec ce quatrième disque, Laurie Anderson renoue dès Speechless avec la veine expérimentale de Big Science. Dans Bright Red c’est un dialogue avec Arto Lindsay, où les mots se succèdent d’une bouche à l’autre jusqu’à former du sens, et dans cette saynète comme dans World Without End ou Tightrope, se détache une tendance assez sombre autour de la fatalité, du temps qui passe, un léger cafard que l’on perçoit aussi à travers la musique de Brian Eno, qui a produit cet album en y ajoutant sa touche ambiante. A noter la présence du partenaire de toujours, Lou Reed, sur le titre In our Sleep où l’on s’échange la même histoire monocorde, strophe après strophe sur fond de tambourin. Enfin, dans Same Time Tomorrow, Laurie évoque la répétition des jours en prenant à témoin l’afficheur digital de son lecteur vidéo, affichant un improbable midi permanent, clignotant en rouge vif comme cela se produisait sur ce type d’appareil lorsque l’heure n’était pas réglée.