Michel Berger – Ça ne Tient pas Debout

Onzième et dernier album solo de Michel Berger, mort d’une crise cardiaque à 44 ans après une partie de tennis, Ça ne Tient pas Debout a été coécrit avec le bassiste et arrangeur Jannick Top, connu pour ses collaborations avec Jacques Higelin ou Magma. Dès le premier titre, Michel Berger impose sa voix unique, rehaussée par un écho léger, apaisant comme ses phrases où l’on sent cet élan toujours simple vers la vie, exprimant en peu de mots la force des sentiments, d’espoir sur Les Enfants chantent Toujours, de refuge avec Le Paradis Blanc, de passion avec L’Un sans l’Autre. Et le brillant hommage à Man Ray, et la tendresse de L’Orange Bleue, autre appel discret à l’amour et à la tolérance, dépeignant un univers où le cœur ne ment pas, comme chez son ami Balavoine. D’un turquoise profond, le livret renferme des textes d’une écriture ciselée et classique. La photographie est de Youri Lenquette.

Bentley Rhythm Ace – Bentley Rhythm Ace

Bentley Rhythm Ace est un combo de musique electro formé à Birmingham en 1997, autour de Mike Stokes et de Richard March. Orientés big beat, les BRA signent la même année sur le label Skint qui accueille déjà en son sein Fatboy Slim, autre représentant de ce courant musical caractérisé par un tempo à la fois lourd et lent, nourri d’effets spéciaux et laissant une place de choix à la batterie. C’est sur le plateau de Nulle Part Ailleurs (époque Gildas) que j’ai découvert les Bentley Rhythm Ace et leur attirail de bric et de broc, où ils avaient fait tourner une sirène à manivelle au début et à la fin du morceau Bentleys Gonna Sort You Out. Un album de big beat a souvent ce côté foutraque, faisant feu de tout bruit du moment que vibrent les graves ; tout est dans le dosage et chez les BRA c’est le fourre-tout qui l’emporte, Ragtopskodacarchase et Mind that gap étant particulièrement fiévreux, tandis que Spacehopper permet de s’extraire du module lunaire sans trop de gravité. Le tout est un peu sot mais les pieds et le citron s’en trouvent bien remués, comme dans le livret où des vignettes donnent l’impression de s’animer.

Pat Benatar – Tropico

Née à New York en 1953, Pat Benatar a été découverte à 24 ans lors d’un concours dans un cabaret. Elle signera chez Chrysalis, le label de Jethro Tull ou de Blondie, propulsée sur le devant de la scène dès son premier album, In the Heat of the Night. Elle est accompagnée par son mari Neil Giraldo, à la guitare et à la production… Il y a des jours où l’on se sent aventureux, et au lieu de foncer sur une énième compilation pleine de doublons, c’est à l’album entier que l’on décide de s’attaquer. Et une fois abreuvé de We Belong et de Painted Desert, les deux tubes indémodables que l’on voulait retrouver, le premier évoquant l’air de rien The Ballad of Lucy Jordan de Marianne Faithful, et le second dont on avait oublié la délicate introduction à la guitare ; il est agréable de suivre Pat Benatar sur des terrains moins familiers, du raffiné Suburban King aux rocailleux Love in the Ice Age et Takin’ it Back. Une voix qui pénètre, un lyrisme fou sur des arrangements qui ont réussi à traverser le temps. Le livret contient les paroles et la photo de couverture est chouette, on la doit à Rebecca Blake.

David Behrman – On the Other Ocean

David Behrman est né à Salzbourg en 1937. Dès la fin des années 70, il associe les ordinateurs à ses travaux, en imaginant systèmes et logiciels capables d’interagir avec des musiciens se produisant en direct. Ses installations sonores ont été exposées dans des musées, de Chicago à la Villette parisienne… En 1977, lorsque David Behrman tient entre les mains son premier micro-ordinateur, un KIM-1 c’est-à-dire une carte à puces reliée à un clavier grossier, il invite les musiciens Maggi Payne à la flûte et Arthur Stidfole au basson, et les enregistre après avoir programmé la machine de façon à modifier les sons selon la hauteur des notes jouées. Ainsi s’obtient On the Other Ocean, ou l’enchaînement apaisant de sons qui montent et qui descendent en suivant une certaine harmonie. Le second morceau reprend la même idée, interprété par le violoncelliste David Gibson, son instrument contribuant à installer une atmosphère plus feutrée, avec davantage de ruptures. L’ensemble donne lieu à un moment surprenant, une expérience musicale ni sérielle ni chaotique, à écouter sans a priori.

Daniel Bélanger – Quatre Saisons dans le Désordre

À chaque écoute de ce disque, je me demande pourquoi Daniel Bélanger est si peu connu en France. Car ces Quatre Saisons dans le Désordre sont aussi rares qu’un hiver estival, du complexe Sortez-moi de Moi à l’amoureux des Deux Printemps, de l’aliénant Je Fais de Moi un Homme à l’inaltérable Respirer dans l’Eau, pour ne rien dire du Primate Électrique refermant le conte, où cet exacerbé du verbe nous confie sa tentation du vide… Un disque inclassable, dont le son mais aussi la voix font penser au Grace de Jeff Buckley ; là comme ailleurs je pèse mes mots, tout comme ceux de Bélanger sont importants et figurent dans un livret comprenant d’autres photos aériennes, émouvantes signées Tchi et Yves Fournier. Ce disque a beaucoup compté dans ma vie, pourtant je ne suis pas sûr qu’il existe encore quelqu’un qui se souvient pourquoi. La musique a aussi le pouvoir de raviver des émotions périmées. « Libre à mourir de rire… »

Daniel Bélanger – Les insomniaques s’amusent

Daniel Bélanger est un auteur-compositeur-interprète né en 1962 à Montréal. Il monte son premier groupe à 21 ans, les Humphrey Salade, qui donnent des concerts sans enregistrer d’album. Les Insomniaques s’Amusent sort fin 1992 et remporte plusieurs prix, en concert Daniel Bélanger est connu pour sa forte présence scénique, et fait partie des chanteurs québecois les plus populaires… Le premier album de Daniel Bélanger alterne chansons pop et ballades sentimentales, saillies jazzy voire rock, l’ensemble s’unifiant autour de cette voix si particulière, haut perchée mais très présente, un timbre chaud et son accent si attachant, aux tournures inattendues, poétiques sur Ensorcelée, idéalistes sur Opium ou nostalgiques sur Le Bonheur. Une somme joliment produite entre New York et Montréal, annonciatrice du prochain album Quatre Saisons dans le Désordre, avec lequel j’ai découvert ce chanteur. Une fois déplié, le livret accordéon révèle les paroles. La couverture est signée Lyne Charlebois et Jean-François Gratton.

Ludwig van Beethoven – Symphonie n°9/Ouverture Coriolan

Quinze ans ont passé depuis la Symphonie n°5, mettant en scène Ludwig van aux prises avec son propre destin. Aussi, lorsqu’il s’attelle à son dernier chef-d’œuvre, on a le sentiment qu’il souhaite partager la joie d’avoir triomphé, réussi à faire mentir le sort en offrant une ultime symphonie éblouissante, de portée universelle et qui remue la moelle à bien des égards. Le thème central de l’Ode à la Joie n’y est pas étranger, chanté durant un final de presque vingt minutes, un thème qui deviendra également l’hymne européen en 1970, un an avant d’être trituré par les bons soins de Wendy Carlos dans le film Orange Mécanique, prolongeant avec éclat l’écho de cette musique faite pour imbiber les tympans de chaque génération. L’édition de Karajan est majestueuse, dans le livret de la Deutsche on trouve même le texte de l’Ode de Schiller.

Ludwig van Beethoven – Concerto pour piano n°5

Ce Concerto pour Piano n°5 est le dernier que composa Beethoven, peu après sa cinquième symphonie avec laquelle il partage le goût de l’exaltation, même si c’est de façon moins impérieuse. L’écriture pour piano et orchestre permet de tisser des échanges plutôt lyriques, donnant une impression de spontanéité comme s’il ne fallait pas faire double emploi avec les forces en présence dans les symphonies… Le Premier Mouvement a ma préférence, aux thèmes mélodieux et variés, allant crescendo comme l’ascension d’une montagne pas trop difficile. C’est cependant le Troisième Mouvement que tout le monde reconnaît dès les premières mesures, avec ses envolées de piano reprises en échos de cordes joyeux. Dirigée à Vienne par Zubin Mehta, cette interprétation d’Alfred Brendel est disponible dans de nombreuses rééditions.

Ludwig van Beethoven – Symphonies n°5 et 7

Composée en 1807, la cinquième symphonie de Beethoven dite du Destin est l’une des œuvres classiques les plus connues. Il suffit d’entendre ses quatre premières notes pour ne plus jamais les oublier, et aussitôt avoir envie d’écouter celles qui suivent. C’est avec ce disque que j’ai découvert la musique quand j’avais 5 ans, et comme je n’ai pas l’intention de démystifier ce souvenir, il conservera toujours une aura particulière. Mais comme c’est de toute manière un des plus beaux enregistrements au monde, surtout dans son interprétation par Carlos Kleiber rééditée ici chez Deutsche Grammophon, je suggère à chaque être humain d’en faire l’acquisition séance tenante. En plus la septième symphonie y figure aussi, avec l’inépuisable mouvement Allegretto que Gaspar Noé a repris en 2002 dans son film Irréversible ; autre chef-d’œuvre auquel le temps donnera raison…

Ludwig van Beethoven – Symphonie n°3

De par sa longue durée, la Symphonie n°3 constitue un exploit qu’à l’époque, personne n’avait tenté avant. Dominée par un sentiment d’énergie, elle est entrecoupée d’une Marche Funèbre de 16 minutes encore utilisée de nos jours, lors de commémorations. Dite Héroïque, cette symphonie était d’abord dédiée à Napoléon Bonaparte, mais lorsque celui-ci devint empereur, Beethoven estima qu’il avait trahi les idéaux révolutionnaires, et se ravisa en choisissant d’honorer son mécène le Prince de Lobkowicz. Flûtes, hautbois et clarinettes rivalisent de virtuosité au milieu de jets de cordes nerveux, brillants et provoquant chez l’auditeur un sentiment d’élévation, cette symphonie étant souvent considérée comme étant à l’origine du romantisme en musique. Accompagné d’un livret en français, ce disque a été enregistré par Herbert von Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin.