Dominique A – La Fossette

Né à Provins en 1968, Dominique A monte son premier groupe à 17 ans, et le baptise John Merrick en hommage à Elephant Man, le film de David Lynch. La Fossette est son premier album officiel, si l’on excepte Un disque sourd, une maquette autoproduite et qui le fera repérer par Bernard Lenoir. J’ai 24 ans lorsque ce disque débarque dans mon appartement, et j’en tombe aussitôt amoureux car il suffit d’une écoute pour ne jamais oublier Le courage des oiseaux, Mes lapins ou Passé l’hiver… La progression des morceaux permet à l’oreille de s’adapter au style inouï de ce disque minimaliste, que l’on imagine réalisé dans une chambre d’étudiant avec un magnéto quatre pistes et un clavier Casio, où une rythmique enfantine accompagne la voix fluette, lointaine d’un Dominique A qui n’aurait pas envie de chanter plus fort. Il en résulte treize morceaux ciselés à la manière de petites bombes sur le point d’exploser si l’on écoute les mots, le verbe murmuré. Une innocence et une fraîcheur assumées, illustrées aussi à l’intérieur du livret, où deux dessins d’enfant tiennent une large place.

A Silver Mount Zion – Born into Trouble as the Sparks Fly Upward

A Silver Mount Zion est une formation canadienne créée en 1999, à l’origine par les membres de Godspeed You! Black Emperor, un autre groupe représentatif de Constellation Records. Je me souviens avoir acheté ce disque à la suite de ma découverte de Mogwai, désireux d’approfondir les méandres du post rock. Un genre qui porte bien son nom : après le rock mais encore dans le rock, ici ce sont d’abord des guitares que l’on torture. Intitulé Born into Trouble as the Sparks Fly Upward, ce second album s’inspire du Livre de Job et nous entraîne dans une lamentation parfois pesante, où les violons sont lourds et les chants d’Apocalypse, en particulier sur C’mon Come On (Loose an Endless Longing). Pour autant on n’a pas l’impression d’assister à une pleurnicherie, car derrière l’énergie du désespoir se cache une force inapprivoisée, très nourrissante. L’édition digipack est magnifique, qui contient un dépliant intitulé The Failure of one Small Community, avec des illustrations mêlant la photo et le dessin.

A Reminiscent Drive – Ambrosia

Un de ses premiers morceaux a été jugé digne de figurer sur la compilation Musiques pour les Plantes Vertes, mais l’on ne saurait en rester là si l’on veut saisir toutes les nuances de ce compositeur. Ambrosia foisonne. S’y mêlent voix murmurées, énoncées dans de multiples langues comme sur le titre éponyme, bruitages variés et répétés avec Unconditional Love, comme un Steve Reich qui donnerait dans le format court, ou bien nappes lentes et mélancoliques suivies d’enchaînements touffus, en écho aux mélodies lancinantes telles Traveling Soul ou Smokey Mountains. Ici un piano incertain, surgi de nulle part le temps d’une poignée d’accords, là un synthé lancé à grande vitesse, de quoi évoquer les groupes Air ou Mellow, mais peut-être encore davantage Alpha. Le livret de seize pages est remarquable, tout en papier glacé, où les paroles alternent avec des photos saturées de couleur. Un album à écouter en train, la tête appuyée contre la fenêtre…

A Certain Ratio – To Each…

Fondé en 1978 par Simon Topping et Donald Johnson, A certain ratio est le premier groupe à avoir signé auprès du label Factory. Heureux hasard de l’alphabet, qui fait commencer cette discothèque sur un album aussi mythique, dont l’édition digitale cote parfois davantage que la version vinyle. Qui a dit que le cd n’était pas un objet de collection… La couverture de celui-ci reproduit une peinture signée Ann, qui suggère joliment l’univers musical que l’on s’apprête à défricher. Tribal est le mot qui me vient à l’esprit devant ces longues plages instrumentales, où vient parfois s’immiscer une voix rappelant un Ian Curtis en grande forme. Les Talking Heads ne sont pas loin non plus. Entre les trompettes en cascade, les guitares syncopées de The Fox et les douze minutes de percussion de Winter Hill, prémonitoires du meilleur de la new wave, To Each entraîne l’auditeur dans une spirale pouvant nécessiter un temps d’adaptation. Mais au final, quelle claque !