Ludwig van Beethoven – Symphonie n°9/Ouverture Coriolan

Quinze ans ont passé depuis la Symphonie n°5, mettant en scène Ludwig van aux prises avec son propre destin. Aussi, lorsqu’il s’attelle à son dernier chef-d’œuvre, on a le sentiment qu’il souhaite partager la joie d’avoir triomphé, réussi à faire mentir le sort en offrant une ultime symphonie éblouissante, de portée universelle et qui remue la moelle à bien des égards. Le thème central de l’Ode à la Joie n’y est pas étranger, chanté durant un final de presque vingt minutes, un thème qui deviendra également l’hymne européen en 1970, un an avant d’être trituré par les bons soins de Wendy Carlos dans le film Orange Mécanique, prolongeant avec éclat l’écho de cette musique faite pour imbiber les tympans de chaque génération. L’édition de Karajan est majestueuse, dans le livret de la Deutsche on trouve même le texte de l’Ode de Schiller.

Ludwig van Beethoven – Concerto pour piano n°5

Ce Concerto pour Piano n°5 est le dernier que composa Beethoven, peu après sa cinquième symphonie avec laquelle il partage le goût de l’exaltation, même si c’est de façon moins impérieuse. L’écriture pour piano et orchestre permet de tisser des échanges plutôt lyriques, donnant une impression de spontanéité comme s’il ne fallait pas faire double emploi avec les forces en présence dans les symphonies… Le Premier Mouvement a ma préférence, aux thèmes mélodieux et variés, allant crescendo comme l’ascension d’une montagne pas trop difficile. C’est cependant le Troisième Mouvement que tout le monde reconnaît dès les premières mesures, avec ses envolées de piano reprises en échos de cordes joyeux. Dirigée à Vienne par Zubin Mehta, cette interprétation d’Alfred Brendel est disponible dans de nombreuses rééditions.

Ludwig van Beethoven – Symphonies n°5 et 7

Composée en 1807, la cinquième symphonie de Beethoven dite du Destin est l’une des œuvres classiques les plus connues. Il suffit d’entendre ses quatre premières notes pour ne plus jamais les oublier, et aussitôt avoir envie d’écouter celles qui suivent. C’est avec ce disque que j’ai découvert la musique quand j’avais 5 ans, et comme je n’ai pas l’intention de démystifier ce souvenir, il conservera toujours une aura particulière. Mais comme c’est de toute manière un des plus beaux enregistrements au monde, surtout dans son interprétation par Carlos Kleiber rééditée ici chez Deutsche Grammophon, je suggère à chaque être humain d’en faire l’acquisition séance tenante. En plus la septième symphonie y figure aussi, avec l’inépuisable mouvement Allegretto que Gaspar Noé a repris en 2002 dans son film Irréversible ; autre chef-d’œuvre auquel le temps donnera raison…

Ludwig van Beethoven – Symphonie n°3

De par sa longue durée, la Symphonie n°3 constitue un exploit qu’à l’époque, personne n’avait tenté avant. Dominée par un sentiment d’énergie, elle est entrecoupée d’une Marche Funèbre de 16 minutes encore utilisée de nos jours, lors de commémorations. Dite Héroïque, cette symphonie était d’abord dédiée à Napoléon Bonaparte, mais lorsque celui-ci devint empereur, Beethoven estima qu’il avait trahi les idéaux révolutionnaires, et se ravisa en choisissant d’honorer son mécène le Prince de Lobkowicz. Flûtes, hautbois et clarinettes rivalisent de virtuosité au milieu de jets de cordes nerveux, brillants et provoquant chez l’auditeur un sentiment d’élévation, cette symphonie étant souvent considérée comme étant à l’origine du romantisme en musique. Accompagné d’un livret en français, ce disque a été enregistré par Herbert von Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin.

Ludwig van Beethoven – Concerto pour piano n°3/Leonore Overture n°3

Compositeur allemand né à Bonn en 1770, le talent de Beethoven au piano se développe dès 5 ans. Sa rencontre avec Joseph Haydn sera déterminante, mais il souffre d’être comparé à Mozart. Conscient de sa surdité naissante, il se consacre exclusivement à l’écriture dès 1802 ; compose sa neuvième symphonie en 1824, totalement sourd depuis six ans et trois ans avant sa mort… Beethoven a 31 ans lorsqu’il écrit son troisième Concerto pour Piano, qu’il dédie au prince et musicien Louis-Ferdinand de Prusse, mort au combat à 34 ans. Ayant ressenti ma première émotion musicale en écoutant la Symphonie n°5, j’ai toujours eu à cœur d’approfondir l’œuvre de Ludwig, dont ce concerto évoque déjà l’amplitude des symphonies à venir. J’aime en particulier la nervosité mélodique du Rondo Allegro, étonnant de modernité, où les cordes lancent un thème repris par tout l’orchestre dans un dialogue permanent avec le piano. Un disque élégant terminé par la Leonore Overture n°3, avec Anton Nanut à la baguette et Dubravka Tomsic au clavier.

Bed – Spacebox

Fondateur du groupe Bed, Benoît Burello assure lui-même la guitare acoustique, le piano et la voix. Il est entouré de Jean-Michel Pires à la batterie et d’Olivier Mellano à la guitare. Leur premier album, The Newton Plum paraît en 2001 sur le label nancéien Ici d’Ailleurs, auquel on doit aussi la collection OuMuPo comme Ouvroir de Musique Potentielle… Spacebox fait bien penser à une boîte où l’espace n’est pas un luxe, au fil de huit chansons qui prennent le temps de s’installer et dans lesquelles on se sent à l’aise, avec des envies de paresser. Sa musique évoque aisément Mark Hollis, dès The Gap entre les accords de guitare électrique et la nonchalance d’une caisse claire, la voix légèrement affectée prolongeant cette parenté sur Plainfield, avec une tendance plus marquée vers la mélodie. De Nightsweeping à The Wood Bunch, la voix se superpose à elle-même dans d’infimes décalages, soutenus pas un piano et une guitare attendris, attentifs jusqu’au bouquet final. Ça passe tellement vite qu’on a envie d’y retourner, le temps de jeter un œil aux musiciens photographiés dans le livret.

The Beavis and Butt-Head Experience

Beavis and Butt-Head est une série de 200 dessins animés créée par Mike Judge, d’une durée moyenne de dix minutes et diffusés sur MTV entre 1993 et 1997. Ces sketchs mettent en scène deux adolescents attardés passant leur temps devant la télé, entrecoupés de clips vidéo à leur tour commentés par les protagonistes, dont la stupidité est si absolue qu’elle en devient géniale. Beavis est blond et porte souvent un tee-shirt Metallica, Butt-Head est brun et revêt en principe le logo d’AC/DC. Leurs goûts musicaux sont plutôt orientés vers le metal, sans que ce ne soit une règle trop rigide. Grâce à cette compilation j’ai enfin un titre d’Anthrax, de Megadeth ou encore le bien balancé Bounce de Run DMC, même si mon préféré se nomme Primus avec son Poetry and Prose. Mais le plus drôle, c’est d’avoir une à deux minutes des frasques de Beavis et Butt-Head au début ou à la fin des chansons. Une curiosité que j’aime avoir dans ma discothèque, avec de croustillants dessins au menu du livret.

Beau – Beau/Creation

Né à Leeds en 1946, John Trevor Midgley dit « Beau » est un musicien autodidacte à la guitare 12 cordes, pour laquelle il a développé une technique de jeu spécifique. Repéré chez Elektra, il est orienté vers le label Dandelion, créé par John Peel afin de promouvoir des artistes innovants, parmi lesquels Kevin Coyne ou Lol Coxhill, mais qui fermera boutique en 1973. Souvent engagés, les textes de l’album Beau évoquent la condition ouvrière sur Pillar of Economy, ou encore la révolution anti-tsariste sur 1917 Revolution, qui sortira en single. D’autres chansons font penser à l’univers poétique de Donovan, Imagination ou Nine Minutes, ce dernier ouvrant le second album Creation, sorti deux ans plus tard et présent à la suite du même cd. Un titre dont la rythmique illustre sa façon d’utiliser la guitare 12 cordes. Le morceau Creation sort du lot, parcouru par un vent synthétique évoquant les Pink Floyd, mais aussi Silence Returns qui termine le disque d’une façon électrique et inattendue. Ces quelques innovations exceptées, Beau s’accompagne de sa guitare folk, laissant faire le reste à sa voix mélodieuse tout au long de la gamme.

The Beatles – Abbey Road

Abbey Road est le onzième et dernier véritable album des Beatles, c’est en effet autour de la chanson I Want You que le groupe se réunit pour la dernière fois en studio. C’est aussi le meilleur titre du disque, et je ne dis pas cela parce qu’on y entend l’un des premiers synthétiseurs Moog, et qu’Alan Parsons doit être assis à côté, ni pour ses paroles minimalistes étirées pendant sept minutes, ni même pour la façon dont elle a été coupée net, terminant avec brio la première face du vinyle original. C’est juste une des plus belles chansons d’amour jamais écrite… Because est le second temps fort de ce disque, hymne à la vie tout simplement ; il y a aussi le medley d’un quart d’heure des titres 9 à 17, où la magie des Fab Four fonctionne à plein, prolongeant ce sentiment de diamant pop aux multiples facettes déjà éprouvé sur le White Album. Tout a été dit sur la couverture à l’origine de la rumeur voulant que McCartney soit mort depuis 1966 ; choisie parmi d’autres clichés pris en série par Iain MacMillan, on notera que cette photo montre les Beatles quittant les studios d’enregistrement.

The Beatles – Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

Fin 1966 les Beatles mettent un terme à leurs concerts, les moyens de l’époque ne leur permettant pas de restituer ce son qu’ils développent avec tant de fécondité en studio. Cette rupture avec la Beatlemania leur permet de se consacrer sereinement à leur huitième album, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, paru en 1967 après quatre mois d’enregistrement. Comme sur Revolver, le sitar est présent et rejoint par des percussions hindoues sur Within You Without You, très raffiné au contraire de She’s Leaving Home, d’inspiration baroque, la clarinette s’enfonçant dans le classicisme sur When I’m Sixty-Four. Ceci parmi d’autres titres gavés d’échos et de trouvailles souvent dues à George Martin, producteur très investi, résultant en un album éparpillé, vaste collage d’expériences à l’image de sa couverture, se voulant un hommage à des personnalités du monde entier. Aussi, en dépit du fabuleux A Day in the Life, cet album au titre à rallonge n’est pas le plus abouti des scarabées en rythme.