Swayzak – Himawari

Formé à Londres en 1997 par David Brown et James Taylor, Swayzak est un groupe de musique électronique à tendance techno minimaliste. Signé chez Medicine Label l’année suivante, leur premier opus Snowboarding in Argentina impose une alchimie épurée sans être froide, confirmée en 2000 sur Himawari qui s’ouvre avec Illegal, un morceau downtempo interprété par le poète dub Benjamin Zephaniah, entre rap et reggae… Kirsty Hawkshaw prête sa voix séraphique à State of Grace, en anglais puis en allemand pour plus de mystère autour de rythmes pétillants ; mais Swayzak excelle aussi dans les instrumentales comme Leisure Centre alignant des micro-jingles en répétition hypnotique, Japan Air et sa basse mousseuse, sans oublier les escalades touffues de Pineapple Spongecake et Betek… Humble et solide, aérien et urbain, Himawari cisèle à merveille.

Djelimady Tounkara – Sigui

Djelimady Tounkara est un musicien malien né à Kita en 1947. Initié aux instruments traditionnels comme la kora ou le n’goni, il perpétue le rite des griots dont le rôle était de transmettre les mythes du passé. En 1971, il rejoint l’orchestre du Buffet de la gare de Bamako et sort son premier album solo trente ans plus tard, Sigui où devenu virtuose à la guitare acoustique, Djelimady enchaîne dix chansons admirablement produites par le label Bleu Indigo… Accompagné du chant serein de Mamany Keita (Gnima Diala) ou de Lafia Diabaté (Sigui), évoquant la guerre avec Ayebo où la calebasse et le djembé de Sidiki Camara rappellent Guem ; radieux aussi le temps d’instrumentales (Diaoura, Samakoun) ou bien solennel lorsque Senelalou rend hommage aux agriculteurs du Mali ; Djelimadi nous offre ce disque de folk africaine limpide et ressourçant, avec un son authentique entre le Cap-Vert de Titina et le Sénégal d’El Hadj N’Diaye.

Jean-Luc Ponty – Cosmic Messenger

Aluni en 1978, Cosmic Messenger démarre par le titre du même nom, ou l’harmonie parfaite entre le violon électrique et les claviers, pour un envol immédiat vers la planète en fusion de Ponty… La virtuosité de The Art of Happiness fait songer à Stanley Clarke et Don’t Let the World Pass you By rend optimiste avant de s’introvertir à la manière de John Surman avec I only Feel Good with You suivi d’Ethereal Mood et sa rythmique boisée, formant un triptyque harmonieux avec le morceau éponyme… Egocentric Molecules est glouton, qui démarre comme un essaim d’abeilles six ans avant l’interprétation du cosmos selon Parmegiani ; mais Ponty butine aussi du côté de Santana et Puppet’s Dance ou Fake Paradise éloignent cet opus de l’enchantement d’un Offramp, nous laissant suspendus dans l’espace comme sur le dessin de couverture signé Daved Levitan.

Jean-Luc Ponty – Enigmatic Ocean

Un an après Aurora, Ponty revient avec Enigmatic Ocean où l’on embarque dans le Trans-Love Express et son roulis électrique… Avec l’entrée des instruments comme de petites cascades, la batterie de Steve Smith qui claque et les rasades d’un violon qui vient d’être affûté, Mirage pourrait être la bande son d’un polar des années 80… Le titre éponyme se déploie en quatre parties où les solos se superposent, Allan Zavod creuse la gamme au synthé et la guitare rythmique de Daryl Stuermer semble parcourue de plus de dix doigts ; Ponty reprend la main et l’on reste en apnée le long des récifs coralliens vers The Struggle of the Turtle to the Sea, pièce maîtresse de 14 minutes où la basse gutturale de Ralphe Armstrong fait impression… Avec sa bonne bouille en couverture, Jean-Luc Ponty signe un disque ruisselant où l’on s’immerge sans grelotter, aux airs marins qui donnent envie de fureter du côté d’Eddy Louiss.

Jean-Luc Ponty – Aurora

Né en 1942 de père violoniste et de mère pianiste, Jean-Luc Ponty est un compositeur de jazz français. Admis au Conservatoire de Paris à 16 ans, il se passionne pour la musique de John Coltrane puis collabore avec Frank Zappa ou Serge Gainsbourg sur Histoire de Melody Nelson, signe chez Atlantic en 1975 et s’impose progressivement sur la scène jazz fusion. Paru l’année suivante, Aurora démarre avec son violon électrique reconnaissable entre tous, parsemant Is Once Enough? de notes accortes… Aurora raconte une histoire en deux parties où le clavier de Patrice Rushen est d’abord à l’unisson du violon ; ce dernier opérant ensuite un solo où guitare et piano prennent le large dans un groove rappelant Fat Albert Rotunda… On pense aussi au Mahavishnu Orchestra avec lequel Jean-Luc travaille alors depuis deux ans ; Waking Dream offrant une déambulation digestive au clair de lune, tamisée par la basse de Tom Fowler.

Liars – They Threw us All in a Trench and Stuck a Monument on Top

Formé en 2000 à Brooklyn, Liars est un groupe de musique post punk américain. Aux cotés du guitariste Aaron Hemphill et du batteur Julian Gross, Angus Andrew chante comme Devo (Tumbling Walls Buried…) et vocifère avec la ferveur de Yeah Yeah Yeahs (Mr. Your On Fire Mr.) sur ce premier album paru en 2001, dont la première partie est entraînante jusqu’à This Dust Makes that Mud, monstre de 30 minutes aux accents new wave évoquant dEUS dans un crescendo endiablé, contagieux jusqu’à la huitième minute où se produit un événement inouï. Jamais entendu. Littéralement le temps se fige, la même boucle de 3 secondes se répétant à l’infini ! D’abord amusé notre cerveau s’interroge, s’indigne et l’envie nous prend de quitter la salle comme devant un film de Noe ; alors fermer les yeux, oublier l’horloge et s’abandonner à l’inédit. Découvrir de grandes cachettes, prisonnier de spirales nées d’une idée plus radicale que Lucier et moins variée que Riley… S’étonner d’être resté jusqu’au bout, convaincu que ces 22 minutes n’étaient pas identiques ; entre songe et mensonge vouloir à la fois en finir et que ça ne s’arrête jamais.

Robert Wyatt – Dondestan (revisited)

Six ans après Old Rottenhat, Robert Wyatt revient avec son cinquième album Dondestan « revisité » en 1998 avec l’aide de Phil Manzanera, expliquant dans le livret qu’il était insatisfait de la production originale. Le mixage a certes gagné en clarté mais pour qui connaissait par cœur la première version, ces changements sont clinquants sur Costa et surfaits sur Shrinkrap dont la force initiale a beaucoup perdu… Avec son dessin naïf en couverture, signé de la fidèle Alfie qui a aussi écrit la moitié des titres, l’album reste bourré d’intentions politiques (N.I.O., Dondestan, Left on Man) et poétiques (Sign of the Wind, Catholic Architecture) ; avec en queue de cortège un Lisp Service mis en musique par le camarade Hopper… Un an avant cette revisitation, Wyatt a publié Shleep où lissages et ornements se sont encore amplifiés, et que j’ai petit à petit oublié d’écouter.

Robert Wyatt – Old Rottenhat/Work in Progress

En 1985, Robert Wyatt signe Old Rottenhat, un album engagé qui démarre avec Alliance, chanson bouleversante et désenchantée sur l’exploitation de l’homme par l’homme. The United States of Amnesia n’est pas plus tendre et East Timor prend au ventre, le melodica de l’instrumentale Speechless arrivant comme un poumon avant The Age of Self et The British Road, autres monstres à écouter dans le noir avec Gharbzadegi et le tendre clin d’œil P.L.A… Nourri de références politiques, cet album d’une grande unité s’apprécie aussi en toute indépendance, où Wyatt excelle aux percussions comme aux claviers, facteur lyrique distribuant son timbre reconnaissable entre tous, tel un Roger Hodgson avec la gravité en plus… Un album indispensable et qui tutoie Rock Bottom, étrangement compilé en 1993 sous le titre Mid-Eighties sur lequel figurent 2 inédits et les 6 titres de l’ep Work in Progress, dont on retiendra la mélancolique Te Recuerdo Amanda, en espagnol dans le texte ainsi que la reprise de Biko, sans oublier le tourment rural qui perdure un certain temps après avoir écouté l’indescriptible Pigs… « How can I rise if you don’t fall ? »

Robert Wyatt – Ruth is Stranger than Richard

Après l’illustre Rock Bottom produit par Nick Mason, en 1975 Robert Wyatt publie son troisième opus Ruth is Stranger than Richard. Le cd commence par la face consacrée à « Richard », où Wyatt échauffe sa voix de tuyau sur Muddy Mouse et perfectionne ses aboiements jazzy avec Muddy Mouth ; nous entraîne dans des Solar Flares où chant et piano sont à l’unisson, une cloche de vache faisant office de métronome mélancolique… La pompe est funèbre avec 5 Black Notes and 1 White Note, comme chez Bregovic avec des cuivres ralentis et la contribution de Brian Eno ; Soup Song appartient à « Ruth » et s’avère badine, suivie de l’instrumentale Sonia et son saxo alto, sa clarinette et un bouquet de trompettes pétulant qui avec Solar Flares en font le morceau phare. La reprise de Song for Che de Charlie Haden termine sur une touche sombre tandis que nos pas écrasent les feuilles mortes, à la sortie de cet album excentrique et disparate.

Robert Wyatt – Rock Bottom

Né à Bristol en 1945, Robert Wyatt est un musicien et chanteur britannique de rock psychédélique. Il débute sa carrière au sein de Soft Machine puis forme Matching Mole (prononcer « Machine Molle »), le temps de deux albums avant qu’un accident ne le rende paraplégique en 1973… Si sa carrière solo a démarré dès The End of an Ear (composé en 1970 et plus ardu que THRaKaTTaK), c’est avec Rock Bottom que Wyatt renaîtra quatre ans plus tard… Percussions et piano sont sages, les mots se changent en vocalises (Sea Song) vers une cymbale effleurée, une ligne de basse jazzy puis la voix protéiforme d’un Wyatt étranger aux soucis du monde (A Last Straw)… Le saxo s’égosille sur la paire Alifib-Alife, comptine surréaliste aux synthés anxiogènes lorsque sa femme Alfreda Benge prend part au récit, présente tout au long du disque dont elle a signé les illustrations… Il y a aussi les deux parties de Little Red Riding Hood où trompettes et rythmes, chant partent à l’envers, une fanfare où l’on piaille avant la guitare de Mike Oldfield invité à une vraie transe rock… Meilleur album de son auteur, entre extase et douleur Rock Bottom fait grimper au rideau. « Not nit not nit no not, nit nit folly bololey. »