MC Solaar – Prose Combat

Claude MC Solaar est un rappeur français né à Dakar en 1969. Après des études studieuses, il publie son premier album en 1991, Qui Sème le Vent Récolte le Tempo et son single Bouge de là, faisant de lui le premier rappeur populaire en France. Trois ans plus tard paraît Prose Combat, où la langue règne en maîtresse sur des titres hip hop qui sonnent d’enfer ; Solaar reconnaissant l’influence du jazz sur la chanson À Dix de mes Disciples… Avec une référence à Brassens et un sample de GainsbourgNouveau Western est incontournable ; Superstarr où Laarso tacle les surfeurs à la plage des plagieurs ; j’aime aussi la structure en deux temps de La Fin Justifie les Moyens, partant d’une trompette pour nous mener à la guitare de Robert Johnson… Mais surtout il faut aller À la Claire Fontaine avec son scratch glissant autour de « la dubitative plume du poète du bitume », se plonger dans Séquelles pour ses paroles parfaites ou encore décortiquer L’Nmiaccd’htck72kpdp, une joute verbale avec Ménélik dans l’esprit des Fabulous Trobadors… Avec ses textes incisifs, déclamés avec tact et juste ce qu’il faut d’ego, Prose Combat est toujours aussi beau. « Elle était presque ma presqu’île… »

Richie Hawtin – DE9: Transitions

Quatre ans après Closer to the Edit, l’homme à la mèche peroxydée mène ses démonstrations à leur paroxysme avec ce nouveau mix de 76 minutes intitulé Transitions. Il a quitté New York pour Berlin où après avoir saucissonné ses samples et digéré ses bandes, trimé sans relâche derrière ses écrans, tout est devenu encore plus fondu et plus inextricable, lissé à l’extrême sur cet ultime bond en avant… C’est céleste et au casque on ne voit pas le temps passer, il y a quelques ratages comme ces bruits ridicules entre les séquences Minimal Master et Tonarzt ou la voix d’un robot poivrot ; car c’est bien dans l’art du rythme que Richie excelle, le dernier tiers de l’album revenant à une unité qui scotche (de Noch Nah(r) à (D)ecaying Beauty). Ce climax mis à part, il est temps d’arrêter la machine apathique de Hawtin, car si j’aime écouter ses constructions lorsque je peins, elles n’ont pas la même espérance de vie que la folie métronomique de Terry Riley ou le charme aléatoire de LFO.

Richie Hawtin – DE9: Closer to the Edit

En 2001, Plastikman ressort les pots de peinture sonore et mitonne le second volet de ses collages techno, Closer to the Edit ou comment à partir de 100 morceaux ramenés à leur plus simple expression (c’est-à-dire 300 loops comme l’auteur l’explique dans un élégant livret en papier glacé), aboutir à un nouveau mélange dont le liant serait la mesure élémentaire… Un nouvel album binaire et dépouillé, moins squelettique que Decks, EFX & 909 grâce à un son enveloppant et toujours cette science de la transition ; même si certaines éructations agacent, geignements artificiels rompant la paix du trip (Panpot Spliff, Gelb, Grown) comme si Richie ne savait pas comment boucler la boucle… Le badigeon reste néanmoins brillant et chatouille les poils des oreilles, trempé dans des séquences colorées entre Swayazk et The Other People Place (Distortion Men, Snatch, Sulzgurtel).

Richie Hawtin – Decks, EFX & 909

Richie Hawtin est un DJ et producteur né au Royaume-Uni en 1970. Il déménage au Canada à l’âge de 9 ans, non loin de la ville de Detroit où il découvre la scène techno. Influencé par la musique de Kraftwerk et plus tard Steve Reich, il réalise ses premiers mix sous le nom de Plastikman, crée le label Plus 8 en 1990, puis Minus sur lequel paraît Decks, EFX & 909 en 1999… Un disque qui enchaîne rythmes et samples avec une éminente fluidité, composé de 38 pistes aux noms sibyllins (User (02)-B2, Orange/Minus 1, Killabite (002)-A1, …) et de facture minimaliste, à écouter d’une traite en remuant la tête ou bien immobile pour un moment d’introspection, en s’infiltrant à travers strates et cadences maîtrisées ; c’est calé et on pense à Autechre, mais je crois que je préfère le groove de DJ Shadow ou les scratchs adipeux de Birdy Nam Nam. « What the hell was that ? »

Shels – Sea of the Dying Dhow

Fondé à Londres en 2003 par le chanteur et guitariste Medhi Safa et le batteur Tim Harriman, Shels est un groupe de post-rock britannique à tendance gros son saturé, post-metal disent certains amateurs d’étiquettes. Paru en 2007 avec le renfort de quatre guitaristes (Simon & Phil Maine, Green & Red Dave), leur premier album Sea of the Dying Dhow dérive le long d’une mer épaisse à dominante instrumentale… The Conference of the Bird assure une mise à l’eau progressive, suivie d’Indian 1 où claquent les percussions avant la longue escalade de The White Umbrella. Le morceau éponyme impressionne avec sa mélodie dérivant vers l’ivresse, suivie d’une frénésie d’accords martelés dans un dialogue avec la batterie et les guitares… Plus tranquilles, The Killing Tent et Return to Gulu équilibrent ce disque hybride entre les drones de Earth et la clarté de Symphony X ; où sans atteindre la brillance de Maserati, Shels nous éclaire de sa vision du post-rock.

Jimmy Somerville – The Singles Collection

Le chanteur à voix aiguë le plus célèbre des années 80 est Écossais, né en 1961 à Glasgow. Il fonde le groupe Bronski Beat en 1983, aux côtés de Steve Bronski et Larry Steinbachek, qui cartonne d’emblée avec le single Smalltown Boy, une exquise balade synthpop dénonçant la discrimination dont est victime un jeune gay provincial. L’année suivante, Why? décline le même thème et marque un nouveau succès, suivi d’un medley créatif emprunté à Donna Summer et John Leyton, I Feel Love/Johnny Remember me… Puis Jimmy s’en va fonder The Communards aux côtés du pianiste Richard Coles, alignant de nouveaux hits avec Never Can Say Goodbye, Disenchanted et You are my World en 1986 ; j’avais alors 17 ans et ceux qui ont lu La vie triée devinent mon rapport ambigu avec ces chansons haut perchées… Fin 1989, Somerville sort un album solo avec You Make me Feel et une reprise de Comment te dire Adieu ; autant de titres qui figurent sur l’anthologie de cette voix d’exception dans l’histoire de la pop, capable aussi d’aller dans les graves en délivrant au passage quelques frissons. « You and me together, fighting for our love… »

Ennio Morricone – Il était une fois en Amérique

En 1984 avec Il était une fois en Amérique, Morricone et Leone créent leur dernier chef-d’œuvre. Comme à son habitude, Ennio a écrit les grandes lignes de sa partition en amont pour être jouée en direct sur les lieux de tournage, permettant une symbiose particulière entre les acteurs et sa musique… Brillamment montée, l’histoire s’étend de 1922 à 1968 entre Prohibition et crime organisé, amours impossibles, amitié et trahisons… Poverty démarre au piano et se poursuit à la flûte de pan, puis au banjo dans une variation sur le même thème (Childhood poverty). Deborah rappelle l’œil du jeune Noodles en voyeur et humidifie aussi celui de l’auditeur ; avec Childhood Memories c’est l’enfance qui revient, puis les années insouciantes à travers les cuivres de Friends ou Speakeasy… Composé par Joseph Lacalle, le thème d’Amapola est scindé en trois parties évoquant Deborah (alias Jennifer Connelly/Elizabeth McGovern), chère entre toutes à Noodles (Robert de Niro)… Seize ans après Il était une fois dans l’Ouest qui conserve ma préférence d’une courte tête, Morricone réitère l’exploit de signer une bande originale atemporelle et puissante.

Ennio Morricone – Made in France

Entre 1969 et 1983, Ennio Morricone a signé la musique de seize films français regroupés sur ce disque paru chez Play Time en 2007. Henri Verneuil y est très présent avec Le Clan des Siciliens (mélancolique), I comme Icare (clavecinesque), Le Casse (intriguant), Peur sur la Ville (hitchcockien) ou Le Serpent (ténébreux) ; Le Professionnel de Georges Lautner n’a pas été oublié (associé autant à Jean-Paul Belmondo qu’à un berger allemand), ni Le Trio Infernal de Francis Girod qui a sans doute inspiré Michael Nyman, où le rythme jubilant de René la Canne du même réalisateur… Que la mélodie soit sifflée ou jouée en soloà la guitare, agrémentée de guimbarde ou avec grand orchestre comme Le Secret de Robert Enrico, en dépit de quelques boulettes (La Cage aux Folles, Le Ruffian, Le Marginal) cet album nous embarque pour 77 minutes de dépaysement comparables à The Twilight Zone.

Ennio Morricone – The Best of

Avant Il était une fois dans l’Ouest, Ennio Morricone avait déjà composé plusieurs bandes originales pour les westerns de Sergio Leone, dont on retrouve les thèmes principaux sur cette anthologie couvrant la période de 1964 à 1976… Le timbre troublant d’Edda Dell’Orso sévit à nouveau sur Il était une Fois la Révolution, et on ne se lasse pas de la guimbarde de Pour Quelques Dollars de Plus, son chant sifflé voisin de Pour une Poignée de Dollars qui sonne comme Apache des Shadows… D’autres réalisateurs ont bénéficié du talent d’Ennio, donnant lieu à des chansons inoubliables : le film Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, où l’orgue traînant et la voix de John Baez (Here’s to You) émeuvent autant que Bridge Over Troubled Water ; ou encore ce piano  soutenu par un orchestre de cordes, déroulant en beauté la mélodie d’À l’Aube du Cinquième Jour du même réalisateur… Je citerais aussi la flûte et les chœurs de Mon Nom est Personne, un film de Tonino Valerii entre autres merveilles parfois fleur bleue du compositeur préféré de Tarantino, lequel fera appel à lui en 2015 pour la bande originale des Huit Salopards.

Ennio Morricone – Il était une fois dans l’Ouest

Le maestro des bandes originales est né à Rome en 1928. Il apprend la trompette et compose ses premières œuvres classiques à 29 ans, débute sa carrière comme arrangeur de génériques télévisés avant de signer la musique de Il était une fois dans l’Ouest, en 1968 pour son ami et réalisateur Sergio Leone… Le thème principal suffit à me rendre tout chose, les vocalises d’Edda Dell’Orso à l’image de ce film cruel et sublime entre vaine vengeance et conquête du rail ; une tristesse qui me vient de loin, lorsque j’écoutais Morricone sur un magnétophone au fond de mon lit… As a Judgement n’est pas moins déchirant ; de même que la nostalgie dégagée par un piano de saloon et les sifflements d’Alessandro Alessandroni sur Farewell to Cheyenne, où je revois l’acteur Jason Robards… Ce film c’est aussi Henry Fonda dans le rôle du méchant ; l’ambiance funèbre, expérimentale de The Transgression fait frémir avant l’empathie que l’on éprouve avec Man With a Harmonica et Death Rattle, où c’est l’enfance qui perle dans les yeux arides de Charles Bronson… Ce film c’est enfin Claudia Cardinale évoquée sur A Dimly Lit Room ou Jill’s America : émotions fortes garanties et dvd à portée de main recommandé.