John Lennon – Plastic Ono Band

Né en 1940 à Liverpool, John Lennon est un musicien et chanteur britannique à l’origine des Beatles, formés en 1960. Dix ans plus tard, il provoque la dissolution du groupe et entame une carrière solo aux côtés de sa compagne Yoko Ono, plasticienne rencontrée quatre ans plus tôt lors d’une exposition à Londres. Paru en 1970, Plastic Ono Band est son premier album solo, qui démarre comme Hells Bells car la maman de John est morte et il va le crier tout au long de Mother, une chanson qui déchire autant qu’Isolation et son dosage théâtral de piano et d’orgue Hammond… L’album contient aussi Working Class Hero mais je préfère la reprise de Marianne, et God où Lennon énumère tous ceux en lesquels il ne croit pas, de Kennedy à Elvis, de Dylan (sans le nommer frontalement) aux Beatles eux-mêmes… Assez loin de la guimauve des Fab Four même si quelques titres allègent la note (Remember, Love, Well Well Well)Plastic Ono Band est un plat épicé et prenant.

Gabriel Yared – La Lune dans le caniveau

Les années passent et La Lune dans le caniveau reste à mes yeux l’un des plus beaux films jamais réalisés ; à mes oreilles aussi grâce au talent de Gabriel Yared, compositeur français né au Liban en 1949, qui s’est formé à la musique aux côtés d’Henri Dutilleux avant de signer sa première bande originale pour Jean-Luc Godard, par l’entremise de Jacques Dutronc… Adapté en 1983 d’un roman de David Goodis, le second film de Jean-Jacques Beineix met en scène un docker (Gérard Depardieu) et deux princesses (Nastassja Kinski, Victoria Abril), le temps d’une fable baroque où les passions se heurtent à la cruauté de l’existence. L’image est sublime et la narration confondante de sincérité, amplifiée par la poésie de Yared au violon et au piano (Loretta, Valse de Loretta), les percussions sensuelles de la Danse de Bella ou le sombre Tango de l’impasse ; la Folie ouvrière et la Folie des docks se répondant à la manière des deux Revolution des Beatles… Homérique et crasseuse, innocente et mal léchée, La lune dans le caniveau se situe hors du temps. « Try another world. »

Les Tubes 80 Introuvables vol. 4

Il faut acquérir pas mal de compilations pour retrouver tous les titres qui ont marqué la libéralisation de la bande fm. Complément nécessaire de New Wave vol. 2, ce double cd a réenchanté mes oreilles avec une poignée de chansons sous-représentées dans les recueils habituels. I Pray des Blossom Child et leur voix proche de Jimmy Somerville, la mémorable litanie synthpop Again de Do Piano, les 99 Luftballons de Nena ; Dream de P. Lion, dont la version instrumentale a été le générique du Top 50 pendant neuf ans… N’oublions pas les duos absurdes avec Thaï Na Na de Kazero, ou encore Toss s’essayant à traduire Da Da Da des Allemands de Trio, le funky Mouvement perpétuel de Zaak et Fox The Fox avec Precious Little DiamondVisitors de Koto et le toujours singulier I Know There’s Something Going On, interprété par Frida du groupe Abba avec Phil Collins à la batterie… Comme pour le premier volume, les couvertures des singles ont été reproduites dans le livret, ma préférée étant celle de Lesley Jane (Rocking with my Radio), un de mes premiers 45 tours aux côtés de Kim Carnes.

Les Tubes 80 Introuvables vol. 1

Aussi indispensable qu’Ultimate 80 International, ce double cd sorti en 2004 compile 40 morceaux réputés introuvables, une exagération marketing qui révèle néanmoins une douzaine de perles. Bad News de Moon Martin et Sally de Carmel, l’indémodable Donnez-moi du Feu de Kim Larsen et la Never Ending Story de Limahl, When the Rain Begins to Fall de Jermaine Jackson & Pia Zadora ou Just a Friend of Mine de Vaya Con Dios, It’s my life avant la mue des Talk Talk… On est aussi ravis de retrouver Im Nin’alu d’Ofra Haza, Fake et sa Brick aux accents de Xymox, Pick up the Phone de F.R David et l’enflammant Body Physical de Buzy ; Blue Night Shadow de Two of Us et son mystérieux hiatus, avant de conclure avec les onomatopées fêlées de George Kranz sur Din daa daa, héritier en herbe de Kurt Schwitters… Le livret reprend les pochettes de tous les 45 tours, induisant ça et là un petit frisson rétrospectif. « Another brick is falling from the isle of you… »

Edvard Grieg – Peer Gynt/Au Temps de Holberg/Sigurd Jorsalfar

Edvard Grieg est un compositeur norvégien né à Bergen en 1843. Il apprend le piano à 5 ans, étudie Chopin, Mendelssohn et se met à composer dès 9 ans. Il crée l’Académie de musique en 1867, revisite le folklore de son pays dont ses compositions sont imprégnées, en particulier les soixante-six Pièces lyriques pour piano qu’il écrira jusqu’en 1901… Appointé par l’état norvégien dès 1872, il se consacre librement à la composition et devient célèbre deux ans plus tard en écrivant la musique de Peer Gynt, une pièce de théâtre de son compatriote Henrik Ibsen. Dans la première suite, flûte et hautbois dialoguent à la façon de deux marcheurs, comme le feront plus tard Pierre et le Loup. La seconde suite est plus enflammée, entre l’allégresse d’une Danse arabe et le romantisme de La chanson de Solveig, qui ondoie telle La Moldau et nous laisse sens dessus dessous… Ami de Brahms et de Liszt, Grieg annonce Stravinsky sur ce disque dirigé par Karajan en 1972, où Peer Gynt est suivi du Temps de Holberg et de Sigurd Jorsalfar, moins prenants malgré un final surprenant, déchaîné comme un peplum.

Jethro Tull – Aqualung

Le chanteur et flûtiste Ian Anderson et le pianiste John Evans se rencontrent en 1963 et forment le groupe britannique Jethro Tull quatre ans plus tard,  empruntant leur nom à un pionnier agronome du dix-septième siècle. Imprégnée de blues mais aussi de folk et de rock, leur musique est reconnaissable au jeu intensif d’Anderson à la flûte, sa voix emphatique ajoutant à l’originalité… Aqualung est leur quatrième album studio, qui paraît en 1971 et alterne riffs hard rock et pièces plus tranquilles, le long d’un fil narratif évoquant les rapports entre l’homme et Dieu… Cross-Eyed Mary a des airs de Led Zeppelin et Mother Goose penche vers Tom Rapp, le véloce Locomotive Breath démarre comme Supertramp et se termine du côté des Who ; la guitare nostalgique de Wind Up préfigurant The Wall… Qualifié abusivement de concept album progressif, Aqualung est certes virtuose mais s’éparpille dans toutes les directions, sans pouvoir prétendre à l’ampleur de Days of Future Passed ou Lizard.

Patrick Watson – Close to Paradise

Né en Californie en 1979, Patrick Watson est un chanteur et musicien canadien. Il apprend le piano et intègre dès 7 ans la chorale de la ville d’Hudson, au Canada où il réside depuis tout petit. En 2000, il donne son propre nom au groupe qu’il forme aux côtés de Simon Angell à la guitare, Mishka Stein à la basse et Robbie Kuster à la batterie… Paru en 2006, leur second album Close to Paradise promet dès les premières minutes une excursion en terrain feutré. On pense à la voix de Jeff Buckley sur le titre éponyme, suivi du bijou Daydreamer et son introduction féérique, ses battements electro envoûtants. Il y a aussi les murmures de Mr. Tom et la tranquille éclipse de Drifters, les brèches en cascade de Sleeping Beauty… Moins dépouillé que Nick Drake mais plus charnu qu’Antony & The Johnsons, sans gagner le paradis Patrick Watson est plutôt à l’aise dans les limbes.

Tom Tom Club – Dark Sneak Love Action

Le quatrième album de Tom Tom Club paraît en 1991. Toujours animé d’une certaine agilité créative, Dark Sneak Love Action est un patchwork funk et dub mais aussi vaguement techno, Sunshine and Ecstasy se la jouant rap… La reprise du You Sexy Thing de Hot Chocolate n’apporte rien, bien au contraire, et Who Wants an Ugly Girl? est embarrassant avec son piano et ses samples imitant The Art of Noise… On retrouve l’originalité de leur premier album sur le titre éponyme, ou encore Dogs in the Trash dont les gimmicks semblent tirés de la Twilight Zone ; un autre titre empêche ce disque de partir à la benne : As The Disco Ball Turns brûlant d’insouciance tandis que je l’écoute dans mon salon où il fait 14 degrés… Suivi par Daddy Come Home et sa cornemuse réverbérée à la manière de Laurie Anderson, on retrouve in extremis l’esprit arty des époux Weymouth & Frantz.

Tom Tom Club – Tom Tom Club

Tom Tom Club est un groupe de new wave américain formé en 1981 par la chanteuse Tina Weymouth et le batteur Chris Frantz, un couple déjà célèbre pour avoir créé les Talking Heads six ans plus tôt. Démarrant avec Wordy Rappinghood, leur premier album éponyme en met plein les oreilles avec ses percussions débridées, ses mots qui valsent en tous sens… Chantée en français, la légèreté de L’éléphant fait penser aux délires des Flaming Lips ; puis on se laisse fondre sous les jeux de langue d’As above, so Below avant les glissandos d’On, on, on, on… Une galette gourmande qui fédère avec bonheur dub et hip hop, new wave et synthpop : ça bouillonne et il y a du monde en coulisses, d’Adrian Belew aux sœurs de Tina pour les chœurs, avec des flûtes classiques, des guitares post punk et des claviers à la Silver Apples : on garde tout sur ce disque désinvolte.

Roxy Music – Avalon

Il faut attendre le huitième album des Roxy Music pour que se dégage un son n’appartenant qu’à eux, l’intro à la guitare de More than This étant aussi inoubliable que la première phrase de L’Étranger d’Albert Camus… Le producteur Bob Clearmountain est aux manettes de cet opus où tout est habile (on le retrouvera cinq ans plus tard aux côtés des Cure) : un saxo mélancolique et des percussions world (The Space Between), un second tube initié par un fameux gimmick à la guitare (Avalon) et rehaussé par les chœurs de la chanteuse haïtienne Yanick Etienne ; une instrumentale ambient comme si Eno était revenu (India), fondue avec les plages sereines de While my Heart is Still Beating : les titres s’enchaînent avec un naturel déconcertant, où Bryan Ferry est passionné (To Turn You On) jusqu’à s’inarticuler (True to Life) avant de se taire à tout jamais, effacé derrière l’irréelle Tara… Dernier album du groupe, Avalon est de loin le plus réussi : un cas d’école qui a peu d’équivalents dans ma discothèque.