Gary Numan – The Pleasure Principle

Moins d’un an après Replicas, Gary Numan dissout Tubeway Army et signe son premier album solo ; conserve Paul Gardiner à la basse et s’adjoint l’alto de Chris Payne ainsi que la batterie de Cedric Sharpley… L’instrumentale Airplane ouvre The Pleasure Principle avec moins de guitare et plus de claviers, une boîte à rythmes ; un violon électrique (Complex) puis un piano ambient (Tracks)… Le dialogue futuriste de Conversation n’est pas sans rappeler Big Science sorti trois ans plus tard, les pochettes des deux albums ayant l’air de se répondre ; le tube Cars est convaincant même s’il n’a pas l’ampleur d’Autobahn dont il s’est inspiré, en définitive les morceaux se suivent et se ressemblent, bien calibrés synthpop et je leur préfère les surprises de Replicas, ce dernier me renvoyant à l’ineffable Reproduction paru la même année.

Gary Numan – Replicas

Gary Numan est un chanteur et compositeur de musique électronique britannique. Né à Londres en 1958, il est passionné de science-fiction et apprend la guitare avant de développer un univers narratif où sa voix sobrement synthétisée se mêle à des arrangements soignés, dans la lignée d’Ultravox et Depeche Mode… En 1978, il rencontre le bassiste Paul Gardiner et forment Tubeway Army, publient un premier album confidentiel avant d’être révélés avec Replicas, paru l’année suivante chez Beggars Banquet. Trois morceaux rendent cet album précieux : Me! I Disconnect From You, I Nearly Married a Human et Down in the Park où Gary manie le Minimoog comme si c’était Neu! Avec la batterie syncopée de Jess Lidyard, You are in my Vision rafraîchit par son côté punk ; du côté des inédits sur la réédition cd parue en 1997, j’aime la longue résonance de We Have a Technical… Maquillé comme un cyborg et aussi aisément identifiable que Bowie (on pense à Low en écoutant ce disque) ; le visage de Numan en couverture de Replicas annonce le charme original de ce disque… « You know I hate to ask, but are friends electric? »

The Velvet Underground – VU

Parue en 1985, l’anthologie VU regroupe dix morceaux inédits du Velvet Underground enregistrés entre 1968 et 1969. Doug Yule est à la basse et même au chant sur le paisible She’s my Best Friend, pour le reste ce sont John Cale et Lou Reed qui font le show, le premier avec une Stephanie Says mélancolique et Temptation Inside Your Heart où l’on entend rire et des bribes de dialogues, une porte qui claque ; le second avec une Lisa Says délurée et Ocean dont les cymbales imitent le bruit des vagues avant de s’écraser sur les rochers… Avec son célèbre vumètre en couverture (dans le rouge bien entendu), VU résume l’esprit d’un groupe aussi à l’aise dans les balades folk que les écarts psychédéliques, qui se referme avec le chant rare de la batteuse Maureen Tucker sur l’attachant I’m Sticking With You.

The Velvet Underground – The Velvet Underground & Nico

Lou Reed et John Cale se rencontrent à New York en 1964 et forment The Velvet Underground l’année suivante, un groupe de rock psychédélique américain précurseur de la musique punk et indie… Avec Sterling Morrison à la basse et Maureen Tucker aux percussions, Andy Warhol apprécie leur fureur scénique et les produit aux côtés de la chanteuse allemande Christa Päffgen, dite Nico et dont le nom a été accolé en 1967 au titre éponyme de leur premier album « à la banane. » Elle y interprète entre autres Femme Fatale ou All Tomorrow’s Parties, un morceau envoûtant entre son léger accent allemand et la guitare Ostrich de Lou Reed, dont toutes les cordes ont été accordées en ré… Heroin est du voyage mais aussi Venus in Furs et The Black Angel’s Death Song avec John Cale au violon électrique ; pour finir sur les accords d’European Son d’abord empruntés à Chuck Berry avant de se transformer en une impro garnie de larsens… Des Talking Heads à Iggy Pop en passant par Wayne Coyne ou Brian Ferry, le son art rock du Velvet en a influencés plus d’un.

Scott Walker – The Drift

Après nous avoir laissé onze ans pour ouvrir l’huître Tilt (si l’on excepte sa participation au sous-estimé Pola X de Leos Carax, aux côtés de Sonic Youth), Scott revient avec The Drift où se condensent ses humeurs bilieuses depuis la charge guerrière de Cossacks Are à une tempête de percussions où du vent et un ouragan recouvrent les mots (Clara) ; des violons tempérant le noir puis le réamplifient avec le chant de Vanessa Quinones ; l’ambiance claustrophobique se répétant avec Jolson and Jones… Le bugle de Cue n’est pas fait pour rassurer et des enfants couinent sur Hand Me Ups, des mains clappent avant le goutte à goutte électrique de Buzzers ; d’autres installations sévissant sur Psioratic, chocs de barres métalliques avec une voix qui chevrote et une flûte sourde à toute rumeur, tandis que The Escape et son harmonica chétif préparent à l’agonie d’un canard égosillé, ténébreux avant les susurrements d’A Lover Loves… Paru chez 4AD en 2006, le cd est accompagné d’un livret fastueux où l’on découvre les obsessions de Walker dont le chant semble porter tous les malheurs du monde ; musicalement sans équivalent, cette dérive est une tabula rasa striant nos pauvres certitudes.

Scott Walker – Tilt

En 1995, Tilt propulse Scott Walker dans le cercle fermé des génies vivants, aux côtés de Mark Hollis et Tortoise… Farmer in the City rend hommage à Pasolini, la ballade est sombre mais conserve une certaine harmonie avant les stridences de The Cockfighter… La décomposition progresse d’un cran avec Bouncer See Bouncer ; le chant là aussi contaminé par un cauchemar sonore entre bruissements et cliquetis, renforcés par la batterie torpide d’Ian Thomas… Un orgue abyssal (Manhattan) et une flûte bawu (Bolivia ’95) ; entrecoupée de mots cascades, la ballade émolliente de Patriot (A Single) précède Tilt en chute libre… Avec de nombreux musiciens à sa disposition, comme un Owen Pallett sans allégresse Walker signe un album avant-gardiste mais sans surcharge, d’une violence posée et où chaque effet a été pesé ; à mastiquer longtemps, cru et sans citron.

Scott Walker – Climate of Hunter

Quatorze ans après Scott 4 et un retour en arrière avec les Walker Brothers, Scott s’extrait du désert et ramène un album tanné comme le cuir de Rawhide, où sa voix caverneuse lutte avec un paysage énigmatique… Synthés ambient et saxo animent Dealer avant la  lenteur occulte de Sleepwalkers Woman ; Track Five serpente comme Script for a Jester’s Tear et Track Six progresse en me rappelant l’ambiance de Subway ; le disque s’achevant sur un Blanket Roll Blues épuré, définitif et que pourrait chanter Tom Waits dans le rôle de Walden… Entouré de jazzmen auxquels il a demandé d’enregistrer sans avoir connaissance des morceaux dans leur ensemble, Walker signe un album équilibré et fantomatique, dont la structure vacille deci delà, imperceptiblement… Nous avons la chance de ne pas avoir à patienter onze ans avant d’écouter son prochain opus, où pour notre plus grande joie il va aller encore plus loin.

Scott Walker – Scott 4

Scott Walker est un auteur-compositeur-interprète américain né à Hamilton en 1943. Enfant curieux, il s’intéresse au jazz et au cinéma de Fellini, apprend la guitare basse et rejoint en 1964 le groupe pop Walker Brothers ; démarre une carrière solo trois ans plus tard où il interprète entre autres les chansons de Jacques Brel… Paru en 1969, Scott 4 propose des morceaux originaux et enchante par son style orchestral, baroque dès The Seventh Seal qui fait référence à la célèbre partie d’échecs du film du même nom d’Ingmar Bergman… On Your Own Again m’évoque Watertown et lorsque sa voix de baryton fredonne Angels of Ashes, Scott s’impose en interprète détaché, serein mais aussi engagé avec Hero of the War ; depuis cette planète sonore déjà singulière et où il va bientôt faire sa propre révolution… Apprécié de David Bowie, ce disque s’écoute très bien entre Van Dyke Parks et Richard Hawley. « I was so happy, I didn’t feel like me… »

The Oscillation – Veils

Veils paraît en 2011, second album de The Oscillation qui débute par une tempête de sable sans paroles, où les percussions de Tim Weller entraînent dans un swing tribal qu’aurait apprécié Klaus Dinger ; habilement suivies des élans obnubilés de Future Echo, qui gagne en profondeur à chaque minute… La basse de The Trial dépote et son intro me fait étrangement penser à Van Occupanther, suivie d’une guitare qui ressemble à un banjo electro avant les vrilles de Telepathic Birdman, ses zoom arrière au synthé et son harmonica évoquant O.rang… Construit sur 12 minutes, le titre éponyme se fait désirer comme Archive avant de se dissoudre tel un comprimé de Spiritualized ; le tout servi bien tassé pour un trip post-psychédélique addictif.

The Oscillation – Out of Phase

The Oscillation est un do de musique électronique formé à Londres par le compositeur et chanteur Demian Castellanos et le bassiste Tom Relleen. Accompagnés de Jon Abbey à la batterie et Mark Thomas aux claviers, ils publient leur premier album en 2007, Out of Phase dont les textures psychédéliques, complexes mais lisibles réincarnent l’esprit krautrock… Comme pour se vider la tête avant d’entrer dans le vif du sujet, Visitation accorde ses instruments dans un crescendo empathique et qui rappelle Tago Mago, avant la basse incisive de Liquid Memoryman et ses échos de voix, la guitare luttant avec des percussions affûtées… Le clavier gourd et le chant de Head Hang Low évoquent Beach House tandis que la basse de Comatone suggère un hommage à Seventeen Seconds, l’un des disques préférés de Demian… Au milieu de l’album, comme un phare dans la nuit This is Nowhere nettoie nos neurones avant l’enivrante instrumentale Gamelan Mindscape ; Saturn 5 est aussi convaincante et l’on sort en force avec la version transmuée de Visitation, ébloui par ce premier opus qui tient tout seul. « I hear your sadness, it’s echoing… »