Photek – Modus Operandi

Né non loin de Londres en 1972, Rupert Parkes dit Photek est un DJ et compositeur britannique de musique électronique. Passionné de hip hop et de jazz, il s’oriente vers le genre drum’n bass dont il est un précurseur et publie son premier album Modus Operandi chez Virgin en 1997. Il a depuis collaboré avec Daft Punk, Björk ou Moby… Disque atmosphérique et dépouillé, Modus Operandi s’écoute d’une traite où les rythmes sont abrupts et les sons étouffants. Minotaur est une suite de pics en rupture les uns avec les autres, préparant aux brèches d’Aleph 1 et 124, deux morceaux lancinants évoquant une bande originale chimérique ; le titre éponyme laissant fuser quelques accords jazz dans la veine de Red Snapper avant de terminer sur The Fifth Column et son tempo sourd… Un voyage parfois aride mais stimulant, dont l’intégrité rappelle celui des aînés de Global Communication.

Bridget St John – Ask me no Questions

Bridget St John est une compositrice et chanteuse britannique de musique folk née à Londres en 1946. Sa mère est pianiste et l’encourage en ce sens, mais Bridget préfère le violon avant de se payer une guitare à la fin de ses études. Elle se produit dans des bars et rencontre John Martyn qui l’aide à perfectionner son jeu avant d’être révélée par John Peel ; le célèbre DJ de la BBC qui publie son premier album en 1969, Ask me no Questions sur son propre label, aux côtés de Beau né la même année que Bridget… Enregistrées en quelques jours, ces quatorze chansons charment par leur simplicité, la tessiture de St John suivant ingénument les accords de sa guitare acoustique. Barefeet and Hot Pavements respire la liberté et I Like to be with you in the Sun incarne l’amitié, la plus belle déclaration d’amour étant assumée par le titre éponyme de cet écrin folk qui compte parmi mes incontournables, dont l’édition vinyl replica propose en bonus une reprise de Suzanne aussi réussie que chez Bashung… Bridget posera sa voix sur Ommadawn en 1975, parfois comparée à celle de Nico tandis que son style nonchalant la rapproche de Nick Drake. « My life is mine, it’s easy… »

Pram – The Museum of Imaginary Animals

Créé en 1990 par les amis d’enfance Rosie Cuckston (chant) et Matt Eaton (guitare), Pram est un groupe de rock indépendant britannique. Après des débuts sous le nom de Hole, leur formation s’étoffe avec Max Simpson aux claviers et Sam Owen à la basse ; puis ils signent un premier disque chez Too Pure, le label qui a révélé Stereolab… Paru en 2000, The Museum of Imaginary Animals est leur cinquième opus, où les ont rejoints Nick Sales au thérémine et Steven Perkins ex-batteur de Broadcast. La petite fanfare de The Owl Service donne le ton avec le chant égosillé de Rosie, attachant et parfois urticant ; à diluer dans Narwhal où sévit un thérémine éthéré comme chez Portishead, rehaussé de paroles sous-marines avec The Mermaids’ HotelPlay of the Waves me rappelle la Crabwalk d’EBTG puis la boîte à musique de Picture Box nous prend à rebours ; cet album mélangeant lounge et jazz au sein d’une ménagerie où le temps se remonte au gré d’instruments espiègles, entre Klimperei et The Twilight Zone. « Animals darkness and trees, between me and where I live… »

Tindersticks – Tindersticks 2

En 1991, après quatre années au sein des Asphalt Ribbons, le chanteur et guitariste Stuart Staples, le claviériste David Boulter et le violoniste Dickon Hinchcliffe forment les Tindersticks, un groupe britannique de rock indépendant. Ils sont rejoints par le guitariste Neil Fraser, le batteur Al Macauley et le bassiste John Thompson ; puis publient leurs deux premiers albums sous le même nom éponyme Tindersticks… Paru en 1995, le second d’entre eux consacre leur style plutôt post rock que pop de chambre, El Diablo en el Ojo finissant en apothéose à la GYBE! après avoir débuté par un murmure de cordes… Le vibraphone de My Sister est rejoint par la voix grave de Staples qui se lance dans une narration portée par un piano comme chez Hollis ; puis Snowy in F# Minor ajoute une couche de jazz vibrante, le groupe étant aussi à l’aise sur des titres qui dépotent (Vertrauen II) que lors de chansons plus intimes, comme sur No More Affairs et son piano Rhodes, ou encore Vertrauen III et sa scie instrumentale… Aérien et touffu, drapé dans des bruits indiscrets, ce disque sensuel me donne envie d’aller faire un tour de Rollercoaster.

Leos Janacek – Quatuors à Cordes n°1 et 2

Composés en 1923 et 1928, les deux Quatuors à Cordes de Janacek sont empreints de tensions et d’échanges vifs entre les instruments ; en l’espèce deux violons, un alto et un violoncelle… Sous-titré Sonate à Kreutzer, le premier s’inspire d’une nouvelle de Tolstoï et relate un crime passionnel en quatre mouvements tortueux rappelant Schumann ; quant au second il s’intitule Lettres Intimes et se veut un hommage à Kamila Stösslova, une jeune femme dont Janacek tomba amoureux au soir de sa vie et à laquelle il a beaucoup écrit ; avant de transposer ses sentiments dans cette musique contemplative, débordante d’amour et qui pourrait figurer au générique d’un film de Greenaway… Parus chez Harmonia Mundi sous la direction du Melos Quartett, ceux deux quatuors entremêlent les élans du cœur en gommant le temps qui passe, pour un bain de jouvence étincelant.

Leos Janacek – Œuvres pour Piano

Leos Janacek est un compositeur de musique classique tchèque né en 1854. Il étudie l’orgue à Prague avant d’entrer au Conservatoire de Leipzig, puis se lie d’amitié avec son compatriote Antonin Dvorak qui le conseillera dans ses premières compositions… Remise au goût du jour dans les années 50 par le chef d’orchestre Charles Mackerras, la musique de Janacek est à la fois discrète et lumineuse, accidentée sur la brève Sonate écrite en 1905 et qui ouvre cet album paru chez Harmonia Mundi, avec Alain Planès au piano. Elle est suivie des quinze piécettes de Sur un Sentier Recouvert, parmi lesquelles The Madonna of Fry’dek et The Little Owl has Flown Away ont été utilisées par Milos Forman dans son film L’Insoutenable Légèreté de l’Être en 1988… Sans être aussi bouleversants, les quatre mouvements de Dans les Brumes mêlent à leur tour pudeur et nostalgie, concluant ce disque subtil et autrement piquant que les romances d’un Mendelssohn, dont les émotions inénarrables se renouvellent à chaque écoute.

Irma Thomas – Ruler of Hearts

Irma Thomas est une interprète de musique soul américaine née en Louisiane en 1941. Elle apprend à chanter à l’église et passe une audition à l’âge de 13 ans chez Specialty Records, se produit dans des groupes de rhythm’n blues et sort son premier single en 1959, Don’t Mess with my ManIt’s Raining et Ruler of my Heart suivent, présents parmi vingt autres titres sur cette anthologie parue chez Charly R&B en 1989 ; dont j’ai fait l’acquisition après avoir vu Down by Law de Jim Jarmusch, sous le charme de la scène où Roberto Benigni et Nicoletta Braschi dansent ensemble en écoutant It’s Raining, qui compte depuis parmi mes chansons romantiques préférées… Porté par la voix feutrée d’Irma, le chant est tantôt accompagnée de chœurs (It’s too Soon to Know, Gone) ou plus solitaire (Cry On, Your Love is True) ; entre Aretha Franklin et Amy Winehouse (Ruler of my Heart). Il y aussi des morceaux live rappelant Janis Joplin, en particulier Wish Someone Would Care qui termine ce disque aux couleurs jazz de la Nouvelle-Orléans. « Drip, drop… Drip, drop… »

Simply Red – Picture Book

Formé à Manchester en 1985 autour du chanteur Mick Hucknall, du trompettiste Tim Kellett, du claviériste Fritz McIntyre, du percussionniste Chris Joyce et du guitariste Sylvan ; Simply Red est un groupe de musique pop britannique. Après des débuts punk au sein des Frantic Elevators, ils signent chez Elektra et publient Picture Book l’année de leur formation… Mes oreilles se souviennent du temps où elles n’avaient pas de poil dès les premières mesures de Come to my Aid et Money’s too Tight, deux chansons engagées soutenues par des mélodies synthpop ; Holding Back the Years rappelant le temps pré-textos où les slows étaient prisés des ados… J’aime aussi la reprise de Heaven des Talking Heads, l’incursion jazzy de Sad Old Red et la majesté du morceau qui a donné son titre à l’album ; que j’ai conservé pour le plaisir de retrouver ces tubes dont l’énergie me rappelle Too-Rye-Ay paru trois ans plus tôt, la mélancolie qui se dégage de leurs pochettes respectives n’y étant pas étrangère.

Alexander Spence – Oar

Alexandre « Skip » Spence est un chanteur et compositeur canadien né en 1946 à Windsor. Il se consacre très jeune à la guitare, intègre différents groupes de rock psychédéliques à partir de 1964, dont un passage remarqué en tant que batteur au sein de Jefferson Airplane ; mais son tempérament fantasque associé à un penchant pour le LSD le rendent incontrôlable et conduisent à son internement dans un hôpital psychiatrique en 1968, durant six mois pendant lesquels il écrit son unique album solo, Oar paru l’année d’après… Enregistré en sept jours, Skip est seul maître à bord et joue de tous les instruments, les cordes de sa guitare dépouillée suivant un chant délicat, confondant de naturel (Little Hands, Diana) et l’on pense assez vite à Syd Barrett ; mais avec ses envolées dignes des Beatles (War in Peace) ou sa basse à couper au couteau sur Grey/Afro, Spence est pour moi plus proche de Beau et John Martyn… Arrangé en sourdine mais avec le souci du détail comme sur Books of Moses et son ambiance orageuse, ce disque est traversé par un clair-obscur grisant ; encore renforcé par les inédits ajoutés en 1999, lors de sa réédition en cd chez Sundazed.

Charles Mingus – Mingus Ah Um

Né en 1922 dans l’Arizona, Charlie Mingus est un compositeur de jazz américain. Inspiré par Duke Ellington, il apprend le piano puis la contrebasse, se produit aux côtés de Louis Armstrong et enregistre un premier album en 1954 chez Savoy Records, un label où figurent déjà Miles Davis et John Coltrane… Paru en 1959, Mingus Ah Um propose neuf titres où la contrebasse de Mingus et les saxophones de Booker Ervin et John Handy rivalisent de créativité, enjoués (Better Git It In Your Soul) ou langoureux comme dans un polar (Goodbye Pork Pie Hat) avec le piano de Horace Parlan ; sur le fil de l’impro (Bird Calls) et plein de lyrisme avec les Fables of Faubus, où les instruments dialoguent au gré des percussions de Dannie Richmond… Mingus Ah Um est un disque qui m’évoque Ornette Coleman et Stan Getz, entre bebop et jazz fusion pour un moment feutré.