Pink Floyd – The Dark Side of the Moon

Après Back in Black et Thriller, le troisième disque le plus vendu au monde paraît en 1973, The Dark Side of the Moon grâce auquel Pink Floyd va éclipser les autres groupes de rock progressif… Concept album où les thèmes s’enchaînent de la vie à la mort, s’ouvrant avec un cœur qui bat (Speak to Me/Breathe), un cri d’extase et une guitare qui remplit l’espace d’espoirs, de mots doux avant On the Run spatialisé par Alan Parsons à la production, course effrénée dans un couloir où des rires moqueurs laissent place à un concert de réveils et de carillons (Time) ; le son est clair comme jamais et la batterie régale, les chœurs compatissent comme le temps s’écoule vers The Great Gig in the Sky, superbe impro de la choriste Clare Torry… Des pièces de monnaie et une caisse enregistreuse, une intro à la basse et un texte sur la société de consommation : Money entre en scène et rafle la mise, très surfaite avec son gentil solo de saxo ; je lui préfère de loin Brain Damage et son clin d’œil à l’ami Syd… Avec son célèbre prisme en pochette que l’on retrouve désormais sur des paires de baskets, on ne peut pas se tromper en écoutant ce disque, mais le meilleur reste à venir. « Money, it’s a hit… »

Pink Floyd – Obscured by Clouds

Septième album de Pink Floyd, Obscured by Clouds a été enregistré en deux semaines tandis que le groupe travaillait déjà à The Dark Side of the Moon ; afin d’illustrer le film La Vallée de Barbet Schroeder, où sont explorées des contrées primitives en vue de rejoindre une vallée idéale… On ajoute volontiers le titre éponyme aux instrumentales écoutables en boucle, ainsi que Mudmen pour ses solos langoureux ; et non des moindres Absolutely Curtains qui termine magistralement le disque, en s’ouvrant sur un crescendo de claviers et batterie pour soudain devenir un chant tribal extrait du film, les synthés s’effaçant progressivement… Ces bijoux mis à part, on a droit à des chansons qu’Alan Parsons aurait pu chanter aussi bien (Burning Bridges, Stay) voire mieux (The Gold it’s in the…, Free Four) ; pour un ensemble mollasson et qui ne réitère pas la belle ambiance de la bande originale de More, réalisée trois ans plus tôt pour le même Barbet Schroeder.

Pink Floyd – Meddle

En 1971, après six mois d’enregistrement l’album Meddle démarre avec les guitares basses de Gilmour et Waters, le temps d’un ouragan instrumental où le bruit du vent se déploie dans l’espace (One of these Days). Puis il y a des ballades acoustiques, ainsi Fearless incluant des extraits de l’hymne footballistique You’ll Never Walk Alone en plus de son célèbre riff à la guitare ; San Tropez au tempo jazz avec slide guitar et solo comme dans un piano bar ; et un blues savoureux interprété par le chien Seamus, reléguant au second plan harmonica et voix humaine… Mais Meddle est surtout mémorable pour sa seconde face, remplie avec Echoes et où il est question d’albatros avant un long solo de Gilmour suivi de larmes prolongées, tirées d’une guitare trafiquée dans un cosmos où règne la mélancolie. Le sonar enchaîne et la batterie, l’orgue et les cordes signent un crescendo à couper le souffle, avant les derniers couplets chantés par Richard Wright… En continuité avec Atom Heart MotherMeddle mêle invention et virtuosité.

Pink Floyd – Atom Heart Mother

Le cinquième opus studio de Pink Floyd paraît en 1970, Atom Heart Mother dont le titre éponyme remplissait la première face du vinyle ; chorégraphie avant-gardiste co-écrite avec Ron Geesin, en six épisodes où les claviers sont discrets au profit d’une mêlée de chœurs et de cuivres, de bribes de voix ; et s’il y a de l’orgue on retient surtout les solos de Gilmour à la guitare, annonçant les prochains albums… Chanté par Roger Waters, If nous promène mais Richard Wright emballe avec les trompettes progressives de Summer ’68 ; avant de finir avec le petit-déjeuner d’Alan Stykes, roadies des Floyd qui beurre ses tartines et reprend du café, divague à voix haute en faisant cuire son bacon sur fond de guitare et de piano (Alan’s Psychedelic Breakfast) ; dont l’audace formelle referme ce disque comme il avait commencé. La pochette représente une vache dans un pré, sans mention du groupe ni du titre de l’album, on la doit au collectif Hipgnosis qui avait déjà signé la mise en abîme d’Ummagumma, ou encore sept ans plus tard la couverture du premier Peter Gabriel.

Pink Floyd – Ummagumma

Double album paru en 1969 dans la foulée de More, Ummagumma débute par les versions concert d’Astronomy Domine, Set the Controls… et A Saucerful of Secrets ; rallongées et qui sonnent mieux que celles en studio ; ainsi que Careful with that axe Eugene, un inédit remarquable et déchaîné… Le second disque est expérimental, où chacun des membres a signé une composition de son cru. Écrites par Richard Wright, les quatre parties de Sysyphus forment un poème théâtral mêlant un fourbi de piano à des cordes désaccordées, une voix gonflée à l’hélium et un mellotron dans le style de King Crimson. L’apport de Roger Waters est moins mémorable, avec son bestiaire avant-gardiste à la Raymond Scott (Several Species…) et une ballade acoustique où une mouche termine écrasée (Grantchester Meadows) ; en revanche David Gilmour assure avec The Narrow Way en trois parties électro-acoustiques élégantes, et un clavier digne de Supertramp. Pour terminer, The Grand Vizier’s Garden Party de Nick Mason éblouit avec sa salade de percussions et ce vent épuré au milieu, qui me rappelle l’ambiance du Rêve de Singe de Marco Ferreri.

Pink Floyd – More

Un an après le diversement stimulant A Saucerful of Secrets, Pink Floyd signe la bande originale du film More de Barbet Schroeder. Il en résulte un album folk et cosmique, atmosphérique illustrant la quête de Stefan en pleine période hippie, sur fond d’héroïne et d’amour fou… Après quelques chants d’oiseaux, une guitare sèche soutient la voix mélancolique de David Gilmour, prolongée par un orgue intense (Cirrus Minor). Aussi belle à pleurer que My Sister des Tindersticks, Crying Song affleure à petits coups de vibraphone… Up the Khyber me rend dingue avec ses embardées de batterie et son piano jazzy, suive de Cymbaline ou la ballade aux tam-tams… Le Main Theme est psychédélique et progressif, avec cette prépondérance percussive propre à la première époque des Floyd, dont on trouve un rappel en fin de disque avec Dramatic Theme, vers une sortie de guitares chargées d’écho… Avec ses interludes de flûtes et son étrange intermède flamenco, malgré deux morceaux de hard rock qui font tache, More dégage une continuité narrative encourageante.

Pink Floyd – A Saucerful of Secrets

En 1968, les synapses de Barrett font un détour définitif dans la dépression. Il est remplacé par son ami David Gilmour à la guitare, tandis que les compositions de Waters et Wright font décoller ce second album vers le space rock… Le chant est incantatoire et l’orgue pulse dans le désert, les cymbales de Let There be More Light font le pont vers l’onirisme paresseux de Remember a Day ; objectif soleil avec Set the Controls for the Heart of the Sun, au tempo méditatif et où la mélodie se creuse avant de fondre dans un trou… Il faut ensuite survivre à l’inaudible Corporal Clegg, son kazoo et ses chœurs idiots, pour découvrir le morceau éponyme structuré en quatre temps progressifs, aléatoires et funèbres au sein d’une liturgie rappelant Tangerine Dream… Comme un Alan Parsons cherchant sa voix, Wright pousse la chansonnette sur See-Saw pour piano et mellotron ; avant l’adieu à Syd qui baisse le rideau avec son émouvant Jugband Blues. « And what exactly is a dream? And what exactly is a joke? »

Pink Floyd – The Piper at the Gates of Dawn

Le premier album de Pink Floyd paraît en 1967, dominé par deux envolées astronomiques et des délires médiévaux à la manière de Giles, Giles & Frip (Matilda Mother, The Gnome, Scarecrow…) Après quelques notes aussi radioactives que Kraftwerk, des voix s’élèvent au milieu d’Astronomy Domine, en pilotage automatique et avec aux commandes un Syd Barrett qui a encore toute sa tête, auquel on doit l’essentiel des titres… On pense à Soft Machine avec Lucifer Sam, son refrain pop et ses faux airs de blues, Flaming évoque les Beatles qui ont enregistré leur Sgt. Pepper’s au même moment à Abbey Road ; les onomatopées de Pow R. Toc H., ses bruitages et sa guitare lente, ses percussions surtout préfigurant More… Second morceau de bravoure galactique, Interstellar Overdrive revient dans une version ramassée et plus aboutie, les mouvements d’horloge de Chapter 24 semblant ressusciter le mellotron de Days of Future Passed, avec un Syd au meilleur de sa forme… Album protéiforme auquel il manque une certaine unité, The Piper at the Gates of Dawn annonce ce dont les Floyd vont être capables dans la prochaine décennie.

Pink Floyd – London ’66-’67

Formé à Londres en 1965 autour de Syd Barrett à la guitare et au chant, Richard Wright aux claviers, Roger Waters à la basse et Nick Mason aux percussions, Pink Floyd est un groupe de rock progressif aux effets secondaires souvent psychédéliques… Si leur discographie débute officiellement avec The Piper at the Gates of Dawn, le présent extended play paru en 1995 regroupe deux anciens morceaux levant le voile sur leur univers planant et synthétique, délayé au gré d’improvisations jazz durant les 15 minutes d’Interstellar Overdrive et plus recueilli avec les tam-tams indolents d’un Nick’s Boogie dont les distorsions s’amplifient, évoquant les flâneries de fin d’album des Doors… Il serait aussi risqué de commencer par ce disque pour découvrir Pink Floyd que de considérer The End of an Ear quand on ne ne connaît pas Robert Wyatt, mais avec le recul nécessaire ses oscillations et ses laps, ses vrilles s’imposent.

Pierre Perret – Les Plus Grands Succès

Dans la famille disque qui file un coup de vieux, je demande le chanteur et parolier français né en 1934 à Castelsarrasin. Saxophoniste à 19 ans, Pierre Perret rencontre Georges Brassens qui l’encourage à se produire aux Trois Baudets, où Boris Vian n’est jamais loin… Il part en tournée aux côtés de Charles Aznavour en 1966, multiplie les tours de chants et signe une trentaine d’albums en soixante ans de carrière… Mes parents l’écoutaient quand j’étais môme, à un âge où moi aussi je voulais tout savoir sur Le zizi, son plus gros succès paru en 1975, hélas absent de ce disque au titre trompeur paru chez Vogue… Mais on y trouve son premier tube daté de 1963, Le Tord Boyaux en souvenir du café que tenaient ses parents ; un amour avec Blanche ou le piquant des Jolies Colonies de VacancesLa Corrida où aucun taureau n’a été maltraité, la gouaille des Postières et même une prière dans l’esprit de Noël… Chanteur engagé et amoureux des mots, expert en argot de comptoir et fabulettes, Pierre Perret a aussi écrit des titres poétiques invitant à la passion (Belle Rose) ou au crime (Mimi la Douce), sur fond de fanfare et d’accordéon entre Joe Dassin et Bobby Lapointe.