Public Image Limited – Paris in the Spring

Paru en 1980, Paris in the Spring est le premier album live de PiL. Également intitulé Paris au Printemps, il propose 7 titres enregistrés en concert au Palace la même année. On y retrouve Theme, un fameux morceau de leur premier album, où Rotten en fait des kilos (« I wish I could die, I will survive… ») et ne rivalise avec Tago Mago qu’une seconde et demie ; Lowlife et Attack s’imposant avec davantage de fougue… Issus de Metal Box, Careering décoiffe mais Bad Baby se perd dans une intro poussive ; tandis qu’au début de Poptones, Rotten insulte son public en accordant sa guitare, bouclant honorablement cet album au son pourri, sorti d’autorité par la maison de disque et dont Johnny disait qu’il ne fallait pas l’acheter… La couverture est une peinture signée de sa main, où il ressemble à un sanglier parmi ses acolytes également caricaturés.

Public Image Limited – Metal Box

Érigé sur les cendres des Sex Pistols, Public Image Limited est le nom donné au groupe créé fin 1978 par John Lydon et son ami bassiste Jah Wobble, le guitariste Keith Levene et le batteur Jim Walker… Paru l’année suivante, Metal Box est leur second album et se présentait à l’origine sous la forme de trois maxi 45 tours rangés dans une boîte en métal. Où l’introduction engourdie d’Albatross préfigure Angel de Massive Attack, où la ligne rythmique de Memories évoque les débuts de la musique techno, où les incantations de Lydon sont criées sur Swan Lake avec la guitare en alu de Levene (qui rend hommage à Tchaïkovski), avant d’ajouter un synthé krautrock sur Careering et Bad Baby, rappelant Soundtracks… Avec sa basse dub et pâteuse, avec ses rythmes electro avant l’heure (Socialist, Radio 4), la créativité acérée de Metal Box n’a pas pris une ride. Le punk n’avait aucun avenir, vive le post-punk !

Alvin Lucier – I am Sitting in a Room

Alvin Lucier est un compositeur américain né en 1931. Après avoir étudié à Yale, il se concentre sur l’étude et la restitution de phénomènes acoustiques, fonde l’ensemble Sonic Art Union en 1966, aux côtés de David Behrman, collabore avec Pauline Oliveros et enregistre quatre ans plus tard son œuvre la plus célèbre : I am Sitting in a Room… Assis dans une pièce, Alvin lit un texte d’un peu plus d’une minute expliquant qu’il est en train d’enregistrer sa propre voix, puis il quitte la pièce et se réenregistre à l’aide d’un second magnétophone, obtenant une version légèrement différente de la précédente, où les résonances s’amplifient en dégradant progressivement son discours… Rééditée dans les années 90 chez Lovely Music, I am Sitting in a Room est un album cathartique dans lequel Lucier parvient non sans malice à rendre caduque son propre bégaiement ; répété 32 fois l’exercice occasionne la destruction du langage verbal vers un terrain sonore inusité, à écouter les yeux fermés et d’une seule traite, la moindre distraction pouvant ruiner l’immersion. Mais si l’on joue le jeu, l’effort consenti promet un effet vibrant, hallucinant se prolongeant longtemps après l’écoute.

Niccolò Paganini – Concerto pour Violon n°1

Surnommé « le plus grand violoniste de tous les temps », Niccolò Paganini est un compositeur italien né à Gênes en 1782. Son apprentissage commence à l’âge de 5 ans, sous les yeux d’un père sévère, aboutissant à un premier concert trois ans plus tard… Compositeur acharné, ses pièces pour violon se comptent par centaines, à travers lesquelles il va révolutionner la pratique de l’instrument. Il a écrit son premier Concerto pour Violon à 35 ans, articulé en trois parties d’une grande musicalité, où son violon semble doté de cordes vocales ; des sons que je n’avais jamais entendus avant, émancipant mes oreilles plutôt habituées à Sibelius… Pour exécuter un tel programme il fallait un autre virtuose, en l’espèce le sibérien Maxime Vengerov sous la baguette du non moins qualifié Zubin Mehta, lesquels font durer le plaisir sur ce disque où figure aussi la printannière Havanaise de Saint-Saëns, ainsi que Carmen Fantasie de Franz Waxman, connu pour ses revisitations cinématographiques et que l’on retrouvera plus tard dans un épisode de la Twilight Zone.

Boby Lapointe – Master Serie vol. 2

Paru un an après l’indispensable premier volume, ce second opus complète la palette des chansons de Boby Lapointe. Si le succès sur scène est au rendez-vous dans les années 60, il demeure fragile car certains sont rebutés par la difficulté supposée de ses textes, à moins que ce ne soit leur excentricité… Il ouvre un temps son propre cabaret puis reçoit le soutien de Joe Dassin qui devient son producteur pour un album, Boby était sur la bonne voie mais l’habile n’a pas eu de bol lorsqu’à l’âge de 50 ans, un cancer du pancréas l’a emporté. Il chantera jusqu’au bout, se produisant une dernière fois aux côtés de Pierre Perret… Le Saucisson de Cheval (n°1 et n°2), L’Ami Zantrop, Sentimental Bourreau, Le Poisson Fa et La Maman des Poissons sont parmi mes favoris, si toutefois je manquais de temps pour écouter le disque en entier… Entre fanfare et bal musette, la musique est aussi désuète que les textes sont ciselés, hors du temps chez ce gourmet de la langue française qu’il connaissait sur le bout des doigts. Flambeur un peu pirate, humaniste à contre-courant des usages : quand on le cafard rien ne vaut une chanson de celui qui voulait jouer de l’hélicon.

Boby Lapointe – Master Serie vol. 1

Boby Lapointe est né à Pézenas en 1922. D’abord passionné d’aviation et de mathématiques, il écrit dès 20 ans chansons et poèmes, puis se voit contraint à l’errance par les tourments de la guerre… Pour subsister il sera scaphandrier, commerçant et installateur de télévisions, avant de se lier d’amitié avec Georges Brassens (d’un an son aîné) avec lequel il débute dans les cabarets, où le public parisien découvre le talent unique de ce maître du calembour et de la contrepèterie, dans des chansons atteignant rarement 3 minutes mais où chaque mot a été pesé, chaque phrase savamment articulée le temps de fables où tout arrive, mettant en nage le cœur de l’auditoire et son cerveau en compote… Publiée en 1998, la présente anthologie regroupe quinze titres dont voici mes préférés : Peinture à l’Huile, Méli Mélodie, Je Suis Né au Chili, T’as Pas t’as pas Tout Dit, Ta Katie t’a Quitté, Aubade à Lydie en Do, Andréa c’est Toi et Comprend Qui Peut… Impossibles à résumer, ces chansons permettront à tout un chacun de découvrir quelle pointure était Boby.

Sex Pistols – Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols

Formés en 1975 par John Lydon au chant (surnommé Johnny « Rotten » car ses dents étaient alors « pourries »), Steve Jones à la guitare, Paul Cook à la batterie et Glen Matlock à la basse (puis l’excessif Sid Vicious qui meurt d’une overdose en 1979), les Sex Pistols sont à l’origine du mouvement punk londonien… Paru en 1977, Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols est leur seul album studio. De sa pochette provocante à la voix tonitruante de Johnny qui a admis avoir été inspiré deux ans plus tôt par Klaus Dinger, cet opus radical prend en grippe la monarchie britannique (God Save the Queen) avant de prôner l’anarchie (Anarchy in the U.K.), entre autres crâneries… Musicalement tout le monde assure et c’est finalement plutôt convenu, en 1978 Rotten met les bouts et s’en va former Public Image Limited, un groupe autrement intéressant. « No Future for You… »

Lower Dens – Nootropics

Le second album de Lower Dens paraît en 2012, Nootropics du nom de ces substances qui modifient les processus cognitifs (la caféine, le chocolat, la nicotine…) Alphabet Song naît et meurt comme une vague à contre-courant ; le son de Brains est mat et ses rythmes minimaux, la guitare new wave et la voix remplit la baie, Stem rehaussant le bain d’une mélodie à la Cocteau Twins… Servi en deux temps, Lion in Winter s’ouvre sur une tranche ambient devenant post rock à la manière d’une narration de Godspeed You! Black Emperor, enchaînée par une boîte à rythmes digne de Jacno, et l’on croirait entendre Elli derrière la voix de Victoria Legrand… Lamento à l’orgue où le chant dissone, Nova Anthem précède In the End is the Beginning pour un final fragmenté, énumérant une liste de mots… Les claviers sont réfrigérés et les transitions à l’image de l’intrigante couverture de l’édition digipack ; imprévu et ténébreux comme un Loveless désaturé, Nootropics se donne peu à peu au gré des écoutes.

Lower Dens – Twin-Hand Movement

Après une carrière solo de cinq ans, la chanteuse et guitariste texane Jana Hunter fonde Lower Dens en 2010, aux côtés de Will Adams à la guitare, Geoff Graham à la basse, Nate Nelson à la batterie et Carter Tanton aux claviers. Twin-Hand Movement est leur premier album, paru la même année et résistant aux étiquettes… J’aime le solo de guitare et la basse proéminente de A Dog’s Dick, les percussions typées de l’instrumentale Holy Water rappellent l’efficacité de Can et la voix de Jana évoque celle de Victoria Legrand, la chanteuse de Beach House dont Lower Dens a par ailleurs fait la première partie d’un concert en 2013, avec un petit côté revêche en plus… Plastic and Powder et ses relents de lo-fi, l’irréalité de Hospice Gates ou encore Truss me en toute intimité : ce premier disque donne envie de découvrir le suivant.

Kim Wilde – The Very Best of

La pop star la plus sexy des années 80 est née en 1960 dans la banlieue de Londres. Le temps d’étudier les beaux arts, elle fait ses premiers pas vers la gloire en 1981 avec Kids in America, un de mes premiers 45 tours… Managée par son père et musicien Marty, puis par son frère Ricky, elle enchaîne les tubes de Chequered Love à Cambodia, surfant sur la vague new wave sans s’interdire d’aborder des sujets sensibles, par exemple avec View From a Bridge (can’t take anymore…) J’avais cassé ma tirelire pour acheter son troisième album Catch as Catch Can, sans doute influencé par la couverture (en vinyle c’était quelque chose), aussi ai-je fini par succomber à cette première anthologie cd parue en 1987, où parmi ses incontournables des titres moins connus n’ont pas été oubliés : Take me Tonight, Stay Awhile, Dancing in the Dark… Après l’an 2000, tout en continuant à enregistrer un disque ça et là, Kim s’est reconvertie dans l’horticulture.