King Crimson – USA (concert)

En mai 1975, six mois après la (première) dissolution des King Crimson, la maison de disque propose un bel os à ronger avec ce concert ayant eu lieu juste avant l’enregistrement de Red. Où Larks’ Tongues 2 ploie sous les violons et John Wetton électrise Exiles, l’inédite Asbury Park (du nom de la ville ou ils se sont produits) ajoutant à la veine énergique de Fracture et Starless, qui closent le disque en prenant tout le temps d’atteindre leur sommet respectif… On est aussi ravi de retrouver 21st Century Schizoid Man, gueulard et saturé comme il se doit, au sein d’un concert d’une grande clarté sonore pour son époque, même s’il est parfois compliqué de couvrir les sifflets d’un public surexcité lorsque le début d’un solo n’est pas assez fort en décibels à son goût… Synthétique et enragé, USA séduira tant les inconditionnels que ceux qui sont à la recherche d’un passeport pour la première odyssée des King Crimson.

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King Crimson – Red

Red paraît sept mois après Starless and Bible Black. David Cross s’est retiré, laissant les King à trois même s’ils seront épaulés par d’anciens membres le temps d’enregistrer ce dernier album de leur première époque, Robert Fripp ayant décidé d’arrêter le groupe sitôt le disque achevé… Monstre ténébreux, le morceau Red est à King Crimson ce que The Kiss est aux Cure, s’insinuant tel un serpent venimeux vers le chant de l’ange déchu, à plusieurs vitesses où la guitare de Fripp dicte la cadence… Aux côtés d’une basse en premier plan, One More Red Nightmare se laisse dévorer par un saxo périlleux avant la brassée de cordes classiques de Providence, strident et calfeutré dans le bleu sombre… Le noir arrive avec Starless, sans doute le plus beau morceau du groupe et qui ne serait qu’un chant mélancolique s’il ne durait pas 12 minutes, mettant en musique une descente inexorable vers l’abîme à moins que ce ne soit une remontée en terrain vierge, derrière une porte que l’on ouvrirait pour la première fois… Frissons garantis, ex aequo avec Lizard.

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King Crimson – Starless and Bible Black

Starless and Bible Black voit le jour en mars 1974 chez Island. Sauf le départ de Jamie Muir pour raisons personnelles, personne ne bouge et devenus quatuor, les King Crimson concoctent leur sixième album à partir de séquences live remaniées, issues de leur prestation à Amsterdam l’année précédente. The Great Deceiver est bruyant, Lament saisit par sa rythmique et l’on est galvanisé par les à-coups à la basse de We’ll Let You Know, puis cordes et percussions cheminent de concert vers le chant serein de The Night Watch tandis que The Mincer s’envole plaisamment vers les deux morceaux phares que sont Starless and Bible Black et Fracture, déliés à souhait et qui maintiennent sur le qui-vive, les 11 dernières minutes se déroulant tel un boléro où Fripp nous entraîne au bout du bout, par vagues successives et en dents de scie, au cœur d’un coït musical jouant avec nos nerfs… Expérimental et respectable, assumant ses collages entre jazz et psychédélisme, cet album manque pourtant de cohésion et irrite par son traitement sonore, alternant séquences hurlées et plages murmurées.

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King Crimson – Cloudy Air (concert)

Paru en 1991 chez Lobster Records, Cloudy Air contient 8 chansons enregistrées lors d’un concert à Amsterdam en novembre 1973. C’est lors d’une bourse aux disques que j’ai acquis ce cd auprès d’un honorable marchand, on y découvre le poignant Lament et le rugueux The Mincer qui figureront sur leur prochain album studio Starless and Bible Black, avec pour final un enchaînement très longue durée entre The Talking Drum, Larks’ Tongues part 2 et 21st Century Schizoid Man, trois classiques débordant d’énergie sur ce live emblématique de l’âge d’or des King Crimson… La version officielle de ce concert sortira en 1997 sur le double album The Night Watch, qui bénéficie d’une qualité sonore bien supérieure et reprend à l’identique les trois derniers morceaux.

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King Crimson – Larks’ Tongues in Aspic

Cinquième album studio des King Crimson, Larks’ Tongues in Aspic paraît en 1973. À l’instar de Robert Smith, le roi Fripp n’aime pas que l’on suive une autre route que la sienne et remplace d’un coup tous les membres du groupe, par John Wetton au chant et à la basse, David Cross au violon, Jamie Muir aux percussions et Bill Bruford à la batterie. Après le fiasco d’Islands on ne va pas trop s’en plaindre, et c’est revêtu de ses plus beaux soundscapes que Bob assure le long du titre éponyme de 13 minutes, démarrant comme un chat jouerait du xylo avant que le couple guitare-batterie ne prenne la suite dans un continuum euphorisant… Exiles se décline entre gravité sourde et violoncelle saupoudré de voix en eaux troubles ; le tempo éléphantesque d’Easy Money scotche et surprend, son chant dilué dans de lestes solos avant The Talking Drum qui s’installe au gré de rythmes ralentis, inaudibles puis s’accroissant avec une basse en renfort, la batterie s’emparant du territoire jusqu’au cri final avant la dernière partie du titre éponyme, un morceau d’anthologie martelant ses accords vers un climax frôlant le heavy metal, excessif mais rassurant sur l’état de santé de la bande à Fripp.

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King Crimson – Islands

Nous sommes fin 1971 et comme à leur habitude entre deux albums, les King ont procédé à quelques remaniements. Ian Wallace arrive en renfort à la batterie et Boz Burrell en bassiste et chanteur, Sinfield est en sursis et Fripp demeure indétrônable… Comme un orchestre qui s’accorde, Formentera Lady démarre sous pluie de flûtes tièdes. Le saxo puis la guitare de Sailor’s Tale installent une atmosphère qui va grandir vers le sublime avec batterie hitchcockienne et mellotron au service du spleen, restituant à merveille le son symphonique des Crimson. Malheureusement l’album s’arrête là, surjouées The Letters partent en fumée tandis que Ladies of the Road fait bâiller à la manière d’un mauvais disque d’Alan Parsons ; et si la beauté sans paroles de Song of the Gulls vient redonner un peu de grâce, le morceau final retombe dans ce ton déclamatoire qui a prévalu tout du long… La nébuleuse du Sagittaire en couverture était prometteuse mais Islands est paresseux, bavard et à court d’idées au bout de deux titres.

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King Crimson – Lizard

Fin 1970, dans la foulée du Poseidon les King Crimson lâchent Lizard. Mel Collins a été recruté au saxo et Andy McCulloch à la batterie, Gordon Haskell au chant tandis que Robert Fripp joue toujours plus d’instruments… Dès les premières mesures de Cirkus, la guitare et le mellotron s’équilibrent autour de la voix de Haskell, une douce étrangeté où flamboie un saxo. Indoor Games part en vrille « Hey Ho » , la tension monte d’un cran vers le théâtral Happy Family, la voix s’enrouant derrière un piano désarticulé. Les cordes de Lady of the Dancing Water sont médiévales, on boit un dernier verre au mastroquet car la nuit sera longue dans la forêt de Lizard, morceau de 23 minutes dont les 4 parties forment une même épopée, des chœurs à la Supertramp de Prince Rupert Awakes à un Bolero pas longtemps classique, suivis de The Battle of Glass Tears où la vue se trouble progressivement, une frénésie de cuivres attirant à elle la lumière et l’oxygène… La pochette ressemble à un jeu de tarot, on y reconnaît entre autres les Beatles autour de la lettre I du mot Crimson ; malgré ses imbrications multiples le son de cet album est subtil et limpide, offrant une palette inépuisable à l’imagination du mélomane.

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King Crimson – In the Wake of Poseidon

Paru un an après In the Court of the Crimson King, le second album des King Crimson est marqué par le départ de McDonald et Giles qui supportent mal le succès du groupe et la vision artistique de Robert Fripp. Giles assumera cependant son rôle de batteur le temps de l’enregistrement, tandis que Fripp va prendre en charge claviers et mellotron en plus de la guitare… Petit poème fluet, Peace nous prend par la main en direction de Pictures of a City, jazzy et très enlevé, nerveux puis tout doux dans ces minutes supplémentaires qui sont la signature d’un morceau de rock progressif… Le titre éponyme démarre par une bonne louche de mellotron, vers une virée symphonisante qui va se confirmer sur The Devil’s Triangle, plat de résistance de 11 minutes articulées en trois mouvements crescendo de cuivres et maillets maniaco-démoniaques, le long d’un ballet funèbre situé entre Pornography et Tago Mago, brillamment déconstruit et inspiré par la planète Mars selon Gustav Holst… Après ça on rentre chez soi comme on peut, épaulé par la seconde partie de Peace qui conclut ce deuxième opus moins brouillon que le précédent, avec en pochette les jolis dessins de Tammo de Jongh.

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King Crimson – In the Court of the Crimson King

Avec Robert Fripp à la guitare, Greg Lake au chant et à la basse, Ian McDonald au saxophone et aux claviers, Michael Giles à la batterie et Peter Sinfield aux textes, King Crimson est le groupe de rock progressif par excellence. Formés à Londres fin 1968, un an après les enfantillages de The Cheerful Insanity, ils font sensation à Hyde Park en juillet 1969, lors d’un concert gratuit des Rolling Stones. Paru trois mois plus tard, leur album In the Court of the Crimson King pose d’emblée le décor d’un monde vacillant, avec son ouverture au saxo et la voix saturée de Greg Lake, 21st Century Schizoid Man s’achevant dans un fracas de cordes… I Talk to the Wind est champêtre et l’on s’imagine hors de danger derrière la flûte et la voix calme du même Greg, vers Epitaph où le mellotron semble avoir été emprunté aux Moody Blues, où la mélancolie domine entre les nuages noirs… La ballade Moonchild est suivie d’un (très) long solo de Fripp au cœur de percussions louches, un vide organisé avant le morceau final, The Court of the Crimson King entre chevalerie et apocalypse… Intranquille à l’image de sa pochette signée Barry Godber, ce premier album un peu cafouilleux annonce de (très) grandes choses.

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Michel Jonasz – La Nouvelle Vie

Sixième album de Michel Jonasz, La Nouvelle Vie paraît en 1981 et demande illico s’il est raisonnablement possible de réinventer l’amour. Et puis V’la l’soleil qui s’lève et son vague à l’âme, façon Charles Aznavour comme sur l’entraînant Cabaret Tzigane avec un final entre scat et psalmodie… Le sommet de l’album est atteint avec la tranche d’enfance des Fourmis rouges, son mélodica et son orgue faussement désinvoltes ; suivi de près par J’t’aimais tellement fort que j’t’aime encore, comme un rappel à l’amour fou et qui fait penser au J’me gênerais pas pour dire que j’t’aime encore de William Sheller… C’est la nuit salue la muse complice du créateur et la voix chevrotante de J’suis là déborde de tendresse ; il y a enfin le tube que l’on aurait voulu éviter, Joueur de Blues préfigurant le carton d’une Boîte de Jazz quatre ans plus tard, au milieu de ce disque moins homogène que Changez Tout mais néanmoins attachant.

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