Scott Walker – Climate of Hunter

Quatorze ans après Scott 4 et un retour en arrière avec les Walker Brothers, Scott s’extrait du désert et ramène un album tanné comme le cuir de Rawhide, où sa voix caverneuse lutte avec un paysage énigmatique… Synthés ambient et saxo animent Dealer avant la  lenteur occulte de Sleepwalkers Woman ; Track Five serpente comme Script for a Jester’s Tear et Track Six progresse en me rappelant l’ambiance de Subway ; le disque s’achevant sur un Blanket Roll Blues épuré, définitif et que pourrait chanter Tom Waits dans le rôle de Walden… Entouré de jazzmen auxquels il a demandé d’enregistrer sans avoir connaissance des morceaux dans leur ensemble, Walker signe un album équilibré et fantomatique, dont la structure vacille deci delà, imperceptiblement… Nous avons la chance de ne pas avoir à patienter onze ans avant d’écouter son prochain opus, où pour notre plus grande joie il va aller encore plus loin.

Scott Walker – Scott 4

Scott Walker est un auteur-compositeur-interprète américain né à Hamilton en 1943. Enfant curieux, il s’intéresse au jazz et au cinéma de Fellini, apprend la guitare basse et rejoint en 1964 le groupe pop Walker Brothers ; démarre une carrière solo trois ans plus tard où il interprète entre autres les chansons de Jacques Brel… Paru en 1969, Scott 4 propose des morceaux originaux et enchante par son style orchestral, baroque dès The Seventh Seal qui fait référence à la célèbre partie d’échecs du film du même nom d’Ingmar Bergman… On Your Own Again m’évoque Watertown et lorsque sa voix de baryton fredonne Angels of Ashes, Scott s’impose en interprète détaché, serein mais aussi engagé avec Hero of the War ; depuis cette planète sonore déjà singulière et où il va bientôt faire sa propre révolution… Apprécié de David Bowie, ce disque s’écoute très bien entre Van Dyke Parks et Richard Hawley. « I was so happy, I didn’t feel like me… »

The Oscillation – Veils

Veils paraît en 2011, second album de The Oscillation qui débute par une tempête de sable sans paroles, où les percussions de Tim Weller entraînent dans un swing tribal qu’aurait apprécié Klaus Dinger ; habilement suivies des élans obnubilés de Future Echo, qui gagne en profondeur à chaque minute… La basse de The Trial dépote et son intro me fait étrangement penser à Van Occupanther, suivie d’une guitare qui ressemble à un banjo electro avant les vrilles de Telepathic Birdman, ses zoom arrière au synthé et son harmonica évoquant O.rang… Construit sur 12 minutes, le titre éponyme se fait désirer comme Archive avant de se dissoudre tel un comprimé de Spiritualized ; le tout servi bien tassé pour un trip post-psychédélique addictif.

The Oscillation – Out of Phase

The Oscillation est un do de musique électronique formé à Londres par le compositeur et chanteur Demian Castellanos et le bassiste Tom Relleen. Accompagnés de Jon Abbey à la batterie et Mark Thomas aux claviers, ils publient leur premier album en 2007, Out of Phase dont les textures psychédéliques, complexes mais lisibles réincarnent l’esprit krautrock… Comme pour se vider la tête avant d’entrer dans le vif du sujet, Visitation accorde ses instruments dans un crescendo empathique et qui rappelle Tago Mago, avant la basse incisive de Liquid Memoryman et ses échos de voix, la guitare luttant avec des percussions affûtées… Le clavier gourd et le chant de Head Hang Low évoquent Beach House tandis que la basse de Comatone suggère un hommage à Seventeen Seconds, l’un des disques préférés de Demian… Au milieu de l’album, comme un phare dans la nuit This is Nowhere nettoie nos neurones avant l’enivrante instrumentale Gamelan Mindscape ; Saturn 5 est aussi convaincante et l’on sort en force avec la version transmuée de Visitation, ébloui par ce premier opus qui tient tout seul. « I hear your sadness, it’s echoing… »

Albert Marcœur – (m, a, r, et cœur comme cœur)

Paru en 1998, le septième album de Marcœur consacre sa singularité à travers 12 chansons malicieuses et inspirées. Quatorze ans apres Celui où y’a Joseph, Albert a dit à ses amis de la fanfare de rester à la maison pour concocter ce disque plus personnel, qui démarre sur un son funk et un chronomètre (Cérémonie d’Ouverture) annonçant le top départ… Entre inventaire oulipien et jeux de mots à la Philippe Delevingne, Que D’eau ! s’écoule sur un synthé rafraîchissant ; dans le même esprit, le Dijonnais part du quotidien pour aboutir à la plus belle Déclaration Officielle suivie d’une instrumentale romantique (Une, Deux, Trois Flûtes) ; puis se montre taquin avec C’est pas l’Moment, en duo avec Elise Caron et dans la veine de Joseph RacailleAu Stade, un père parle avec son fils sur un air cafardeux à la guitare électrique ; c’est un morceau fascinant, épuisant alors pour récupérer on écoutera Le Sport de Jacno… La Cérémonie de Clôture boucle ce décathlon sur l’éternelle question des poils pubiens, avec sur le podium un Albert Marcœur champion incontesté de ces petits-riens qu’il semble avoir tapé lui-même à la machine à écrire, dans un livret stylé sur papier gaufré.

Albert Marcœur – Albert Marcœur/Album à Colorier/Armes et Cycles/Celui où y’a Joseph

Né à Dijon en 1947, Albert Marcœur est un chanteur et compositeur français. Il étudie la clarinette au conservatoire, rejoint les Lake’s Men, un groupe local avant de devenir musicien de studio, écrit dans son coin et publie un premier album éponyme en 1974. Trois autres suivront jusqu’en 1984, regroupés en 1989 sur ce double cd paru chez Baillemont ; où l’on retrouve la poésie de ce conteur sans pareil pour mettre en musique l’insignifiant : de l’art de prendre son temps (C’est Raté, c’est Raté) à celui de planter un clou (Tu Tapes Trop Fort) ; mais aussi comment ne pas éviter Monsieur Lépousse ou réussir une sortie aux toilettes (Le Fugitif), boire correctement un Jus d’Abricot (fait maison) ou encore faciliter la tâche à La Dame qui s’est Assise à Côté de Moi… Puis Albert perd son ticket de métro (Con que J’étais) et se sent seul (Que le Temps est Long, Qu’est ce que tu as?), prend le train où les instruments d’une fanfare miment le bruit de la Micheline ; avant les chœurs et les éclats de voix, la dictée à la craie de Mon Père avait un P’tit Champ d’Pommes et qui me fait penser à Battiato… Il faut être attentif aux textes de ce fou gentil, présents dans le livret et à cajoler autant qu’Annegarn et Paravel.