Paul Simon & Art Garfunkel – The Graduate

Paul Simon est un compositeur, chanteur et guitariste américain né dans le New Jersey en 1941. Il se lie d’amitié avec le chanteur Art Garfunkel, né la même année à New York, dès l’école primaire où ils participent à un atelier de théâtre tout en écrivant leurs premières chansons, signant avec Hey Schoolgirl un premier tube en 1957. Puis leurs parcours divergent, Simon entame une carrière solo avant de retrouver Art en 1965, où ils publient le single The Sound of Silence. Deux ans plus tard, en travaillant à son prochain film The Graduate (Le Lauréat), le réalisateur Mike Nichols souhaite y faire figurer ce titre avant de leur proposer l’essentiel de la bande originale… Avec Mrs Robinson qu’on ne présente plus, petit miracle de chanson folk d’à peine 1 minute 13, avec la reprise du chant traditionnel Scarborough Fair ou encore le crescendo calendaire d’April Come she Will, autre bijou de précision mélancolique… Le film remporte un Oscar et voit la consécration du duo Simon & Garfunkel, révélant au passage le jeune Dustin Hoffman.

The Human League – Dare

Pour le troisième opus des Human League, Philip Oakey a les mains libres et pousse le curseur de l’invention au minimum, obsédé par l’idée de faire un tube les synthés sont tenus en laisse et le chant soumis à la tyrannie du refrain… Open your Heart et Do or Die sont tellement fades que même Hall & Oates n’en voudraient pas au petit déjeuner, Darkness fait sourire et les arrangements ont glissé vers Kim Wilde plutôt qu’Orchestral Manœuvres… The Human League s’est rangé des voitures et ce troisième album paru en 1981 porte mal son nom, sauvé in extremis par le hit que nul n’a oublié  : Don’t You Want Me et sa suite d’accords fébriles, où alternent le chant d’Oakey et de Susan Ann Sulley fraîchement recrutée. Je l’avais en 45 tours et sa face B m’avait elle aussi marqué : Seconds relatant l’assassinat du président Kennedy, où la tension monte à chaque minute.

The Human League – Travelogue

Publié en 1980, Travelogue est le second album des Human League. C’est aussi le dernier en compagnie de ses membres fondateurs Ware et Marsh, qui s’en iront créer Heaven 17 la même année… Les synthés bouillonnent sur The Black Hit of Space ou Life Kills, hésitant entre new wave et modulations industrielles, il faut attendre Dreams of Leaving pour entrer dans une pièce moins surchauffée, mauvais rêve urbain prolongé par l’instrumentale Toyota City, donnant à l’album des articulations progressives que l’on retrouve aussi sur le tonique Gordon’s Gin, et WXJL Tonight en hommage aux premiers DJ… Ces initiatives mises à part, Travelogue est un peu trop soluble dans la synthpop naissante, rehaussé tardivement par trois titres de l’édition remastérisée : Dancevision, Tom Baker et le medley Rock’n Roll/ Nightclubbing, enchaînant les chansons de Gary Glitter et d’Iggy Pop.

The Human League – Reproduction

The Human League est un groupe de synthpop britannique formé à Sheffield en 1977 par Martyn Ware et Ian Crain Marsh aux claviers, et Philip Oakey au chant… Repérés par Bowie et soutenus par Siouxsie Sioux et Iggy Pop, leur premier album Reproduction voit le jour deux ans plus tard chez Virgin… Si le début du disque est marqué par des synthés surannés accompagnant le chant monocorde de Philip Oakey, avec The Word Before Last quelque chose se grippe, la boîte à rythmes se fissure et cesse de ressembler à du Kraftwerk… Arrive You’ve Lost that Loving Feeling, une reprise des Righteous Brothers durant 9 minutes de mise en abîme où c’est Radiohead avant l’heure, suivi des claviers maussades d’Austerity/Girl One et de l’apocalytpique Zero as a Limit, digne d’Archive… L’album original s’arrête là et il est saisissant, mais les morceaux rajoutés sur la réédition en cd vont le rendre exceptionnel. Introducing est une tuerie electro à ne pas écouter tout seul, précédant leur premier ep The Dignity of Labour, suite instrumentale de 16 minutes évoquant Yuri Gagarin… Avant-gardiste et captivant, Reproduction reste à part dans l’histoire de la synthpop, bien à l’abri des rides.

Felix Mendelssohn – Romances sans Paroles

Dans la série disque du dimanche j’appelle les Romances sans Paroles de Felix Mendelssohn, compositeur allemand né à Hambourg en 1809. Pianiste virtuose, il publie ses premiers concertos à 13 ans et connaît la consécration avec Le Songe d’une nuit d’été, en référence à Shakespeare et qui contient la célèbre Marche Nuptiale… Mendelssohn meurt prématurément d’apoplexie à l’âge de 38 ans, cinq mois après le décès de sa sœur Fanny dans les mêmes circonstances… Composées dès 1829, les Romances sans Paroles regroupent 48 pièces délicates et romantiques, teintées de mélancolie sans pour autant démolir toute perspective… On reconnaîtra en La Fileuse le générique inamovible de l’émission Le Masque et la Plume (qui avait évoqué mon roman Touché ! lors de sa parution), on appréciera la légèreté des Pièces enfantines complétant le second cd, avant de conclure sur cette Feuille d’album rappelant l’agilité de Debussy, par petite touches colorées sous les doigts du pianiste Daniel Barenboim.

Half Asleep – Palms & Plums

Accompagnée de sa sœur Oriane, la chanteuse et musicienne Valérie Leclercq crée le groupe Half Asleep en 2002 non loin de Bruxelles. Repéré par le label indépendant Another Record, son premier album Palms & Plums est distribué dès 2003 et révèle le mélange subtil auquel parviennent les deux sœurs avec un piano, une guitare, une discrète batterie et la voix poreuse de Valérie, sur le fil comme Linda Perhacs… Sea ShellsKay ou Fill the Turkey : autant de titres effleurés à la guitare acoustique, avant qu’un piano limite désaccordé ne vienne accentuer la mélopée de The Widow. Je n’oublie pas What Suffering et Romarin, deux interludes instrumentales dans la veine émotionnelle des Puppets de Zbigniew Preisner… Entre le slowcore de Low et les débuts de Dominique A., la folk minimaliste de Half Asleep marque les esprits de son empreinte contemplative. On pense aussi aux ambiances oniriques de la française Colleen, en se laissant flotter le long de ces eaux troubles.

Henri Texier – Strings’ Spirit

Douze ans après les inspirés Carnets de Routes, Henri Texier s’acoquine avec l’Orchestre de Bretagne de Stefan Sanderling, le temps du double album Strings’ Spirit dont il signe l’essentiel des compositions. Accompagné de son fils Sébastien à la clarinette et de Bojan Z au piano, pour n’en citer que deux au sein de l’Azur Quintet constitué pour l’occasion par Texier, ce dernier réussit l’alliage entre la musique de chambre et l’imprévisibilité du jazz… Serious Seb donne envie de rentrer chez soi et le tic tac de Dezarwa fait pousser des ailes aux autos sur le périphérique, tandis que le quart d’heure contemporain de Sacrifice ranime entre cisailles et trémolos… Il y aussi Big Phil où Henri et sa contrebasse œuvrent en toute intimité sur un gratin de cordes arrangées, alors même si l’allégresse d’Amir est loin derrière, où Texier cultivait ce « jazz folk » bien à lui, c’est joliment produit et les basses se détachent comme chez Paul Chambers.

Henri Texier, Aldo Romano & Louis Sclavis – Carnet de Routes

En 1990, le photographe Guy Le Querrec invite Henri Texier, Aldo Romano et Louis Sclavis à une tournée en Afrique Centrale. Un trio de jazz est né, qui se met en route vers le berceau de la musique sans idée préconçue, autour d’un chasseur d’images mué en passeur de sons du Cameroun au Gabon. L’inspiration fait le reste et permet à Guy de prendre une centaine de photographies, à retrouver dans l’épais livret joint à ce cd enregistré en 1995… Déliée sur Annobon et Bororo Dance, la clarinette de Louis ne quitte plus notre mémoire, Aldo assure à la batterie (Daoulagag) et la contrebasse d’Henri fait tenir l’édifice, discrètement indispensable. Le dernier tiers de l’album laisse place à une plus grande improvisation, où chacun prend part au cortège… J’ai eu le bonheur d’entendre ce trio lors d’un festival en 2011, à Andernos-les-Bains où je me suis rapidement accoutumé à l’agilité ambiante.

Henri Texier – Le Coffret JMS

Henri Texier est un musicien de jazz français né à Paris en 1945. Il apprend le piano avant de se découvrir une passion pour la contrebasse, joue aux côtés de Jean-Luc Ponty et gagne sa vie comme musicien de studio avant de publier un album chez Eurodisc en 1976… Paru vingt-deux ans plus tard, Le Coffret JMS regroupe ses trois premiers disques Amir, Varech et À Cordes et à Cris, enregistrés entre 1976 et 1979. Une voix qui fredonne sur un air dépouillé à la contrebasse, c’est Amir ou la liberté d’un homme qui a décidé de suivre sa propre route : Henri Texier jouant de tous les instruments sur ce disque radieux et serein. J’ai sauté de joie le jour où entendant Amir à la radio j’ai enfin pu identifier son auteur, levant le mystère sur une mélodie gravée en moi depuis l’enfance… Aussi à l’aise à la contrebasse (Hommage) qu’à la basse (Homme Rouge) ou au violoncelle (Les Korrigans), à la flûte (L’Ultime Danse) et aux percussions (Là-Bas), Texier incarne chaque morceau avec le naturel d’une étreinte. Et toujours ce fredonnement singulier, instrument à part entière apportant une touche atemporelle entre des lignes de cordes nerveuses ou en pluie… Un double cd magistral, et qui va bien au-delà du jazz.

Spacemen 3 – The Perfect Prescription

Groupe de garage rock anglais aux accents prémonitoires de shoegaze, Spacemen 3 a été fondé en 1982 par les guitaristes et amis d’enfance Peter Kember et Jason Pierce. Rejoints par Pete Bain à la basse et Sterling Roswell aux percussions, leur second album paraît en 1987 chez Glass Records… Tout devient paisible après la guitare étouffée de Take me to the Other Side, Jésus est dans les parages on se croirait en première partie de Barclay James Harvest, la musique est feutrée et l’on parle plutôt qu’on ne chante sur Ode to Street Hassle, à la manière du Velvet Underground… Ecstasy Symphony et Transparent Radiation entraînent au-delà des nuages, avant la descente et le retour d’un son tendu vers l’explicite Call the Doctor…  Concept album illustrant les différentes étapes d’un « trip », The Perfect Prescription propose une virée flegmatique et dépouillée, trois ans avant la création de Spiritualized par Jason Pierce… Et avec ses quatre titres bonus formant une séquence instrumentale de 26 minutes, la réédition en cd de 1996 ajoute une dose de psychédélisme non négligeable.