William Sheller – Master Serie

Né à Paris en 1946, William Sheller est un auteur compositeur interprète français. Élevé par ses grands-parents, il baigne très jeune dans l’univers du théâtre et de la musique, apprend le piano classique avant d’obliquer vers le rock et connaît ses premiers succès en écrivant des chansons pour Françoise Hardy ou Joe Dassin ; avant d’être révélé dans les années 80 avec les albums Symphoman ou J’Suis pas Bien… Parue chez Polygram, cette anthologie regroupe 16 chansons publiées entre 1976 et 1984 ; des Photos Souvenirs qui remuent la carte du tendre comme une Amnésie sur le Lac de Constance au gentil Carnet à Spirale, de l’autobiographique Symphoman à la méditation du joggeur (Oh J’Cours Tout Seul) ; des Filles de l’Aurore aux confidences en public de Simplement, à l’image de cette petite heure qui passe toute seule en compagnie du poète sentimental… Fort de ces tubes, William écrira ensuite des albums plus personnels ; audacieux aussi en 1991 avec Sheller en Solitaire où il égrène ses chansons derrière un piano, quelques mois avant Nougaro. « Ce serait peut-être là un endroit pour vivre… »

Mogwai – Come on Die Young

Mogwai est un groupe de post rock écossais formé à Glasgow en 1995 par le guitariste Stuart Braithwaite, le claviériste Barry Burns, le bassiste Dominic Aitchison et le batteur Martin Bulloch. Révélés en 1997 avec leur premier album Young Team, où l’on distingue les influences de My Bloody Valentine et Bark Psychosis avec un soupçon de Cure ; Come on Die Young frappe encore plus fort deux ans plus tard, où en guise d’intro la guitare flegmatique de Punk Rock survole l’extrait d’un entretien donné par Iggy Pop à la télévision en 1977… Les percussions de Helps Both Ways se dissolvent dans le sample d’un commentateur sportif indistinct avant le rythme lancinant de Kappa, un morceau à épaisseurs multiples entre piano et basse martiale, suivi d’une douce Waltz for AidanTortoise n’est pas loin de May Nothing but Happiness qui décolle et puis s’écrase dans un mouvement perpétuel, entêtant où se débattent les guitares ; l’exercice se renouvelant avec brio durant Ex-Cowboy qui rime avec Washer, le piano de Choky rappelant Portishead… Essentiellement instrumental, CODY pour les intimes ne manque pas de prouesses, avec sa couverture qui fait peur et ses distorsions graduées.

Antonio Vivaldi – Concertos pour Violon n°1 à 4/Concertos RV212a et RV581

Né à Venise en 1678, Antonio Vivaldi est un compositeur de musique classique italien. Son père est violoniste et l’initie à l’instrument, Antonio montre des dispositions et s’adonne à la composition tout en poursuivant des études le destinant à devenir prêtre… Auteur prolifique de plus de 500 concertos et presque 100 sonates ; ce sont ses Concertos pour Violon n°1 à 4 qui allaient passer à la postérité, écrits autour de 1720 et sous-titrés « Les Quatre Saisons », exprimant les variations météorologiques de la floraison à la récolte paysanne, des plaisirs de la chasse au repos bien mérité… Il est très possible de se passer de Vivaldi dans sa discothèque, quand on s’intéresse au violon Sibelius ou Paganini sont tout de même plus prenants, pour ne rien dire de Laurie Anderson même si je crains d’être honni par un érudit tombant sur cet article à la faveur d’un algorithme défaillant de google ; cela étant et tout comme Jean-Sébastien, Antonio fut un sacré défricheur et ce disque paru chez Sony le démontre avec vituosité, sous l’archet de Piero Toso… Plus classiques que Michael Nyman et moins psychédéliques que The Moody Blues, les « Quatre Saisons » de Vivaldi ont de beaux jours devant elles.

The Who – Tommy

The Who est un groupe de rock britannique créé à Londres en 1964 par le chanteur Roger Daltrey, le guitariste Pete Townshend, le bassiste John Entwistle et le batteur Keith Moon. La reconnaissance arrive avec le single My Generation, en retard sur les Beach Boys et en avance sur les Sex Pistols ; mais à mes oreilles leur quatrième opus est le plus passionnant : Tommy ou le pionnier des opéras rock, dont l’Overture est magistrale et annonce la couleur… Traumatisé pendant l’enfance, Tommy devient sourd, muet et aveugle avant de se révéler champion au flipper puis gourou ; une histoire politiquement incorrecte et qui sera portée à l’écran par Ken Russell en 1975, avec Elton John qui en profite pour s’approprier Pinball Wizard… Ce tube mis à part, les riffs de Sparks sont ébouriffants et l’on trépigne avec The Acid Queen avant les 10 minutes d’Underture, une instrumentale portée par un thème à la basse et à la batterie, où les guitares sont touffues sans tomber dans le psychédélisme ; un morceau rare et rock pour décrire le trip de Tommy sous LSD… Dix ans avant The Wall, The Who signe une œuvre atemporelle et foisonnante, à écouter les yeux fermés. « See me, feel me, touch me, heal me… »

Rachel’s – The Sea and the Bells

Paru en 1996 et inspiré d’un poème de Pablo Neruda, le troisième album de Rachel’s renoue avec la veine post rock de Handwriting. Après quelques arpèges au violon portés par des percussions qui font penser à Low, Rhine & Courtesan se brise sur un récif impromptu où l’on entend craquer la coque d’un bateau. Les martèlements de Tea Merchants évoquent Steve Reich et d’autres accidents sonores se glissent dans les Cypress Branches, comme un salon de musique qui prendrait l’eau… Les Sirens retournent au fond à l’appel de cordes stridentes, avant l’intimité de Letters Home comme une chanson sans paroles de Mazzy Star ; suivi de To Rest Near to You qui rappelle Full on Night, où un tocsin et des voix distordues ont remplacé les trains… La sortie solennelle de His Eyes rappelle que tout un orchestre est derrière cet ouvrage qui manque parfois de légèreté, néanmoins digne représentant de cette niche musicale où le post rock est lyrique.

Rachel’s – Music for Egon Schiele

Un an après Handwriting, Rachel’s compose la musique d’une pièce de théâtre écrite par Stephan Mazurek en hommage au peintre autrichien Egon Schiele. Les morceaux sont courts et sages, on les dirait calqués sur Janacek (Egon & Gertie) ou Shostakovich (Third Self-Portrait Series) ; à part Second Self-Portrait Series où filtre un piano poignant… Je n’ai pas vu ce spectacle mais la brève existence de Schiele a sans doute été plus tourmentée que les impressions rendues par ces vignettes à la Schumann ; en acceptant cette commande Rachel’s a oublié d’être incisif là où Sakamoto l’avait si bien réussi à propos de Francis Bacon. Un manque d’audace qui me rappelle la querelle autour de la bande originale de 1984, visionnaire à la sauce Eurythmics mais où c’est la tranquille version de Muldowney qui a fini par l’emporter.

Rachel’s – Handwriting

Créé dans le Kentucky en 1991 par le guitariste Jason Noble, l’altiste Christian Frederickson et la pianiste Rachel Grimes, Rachel’s est un groupe de musique instrumentale américain. Paru chez Quarterstick Records en 1995, leur premier album Handwriting distille des vignettes intimistes, le vibraphone jazz de M. Daguerre porté par des percussions post rock et un piano velouté… Il pleut des cordes lentes sur Saccharin dont la monomanie rappelle Mihály Víg, tandis que Seratonin aurait pu illustrer un film de Greenaway si Nyman n’avait pas été disponible… Mais le joyau de cet opus s’intitule Full on Night qui nous entraîne dans des méandres improvisés à la guitare et au piano, débordants de textures où sifflent des trains ; un canevas entre mouvements de wagons et voix off, fumées et freinages laissant des traces sensibles… Fantomatique et à sa manière aussi radical que le premier Tortoise paru un an plus tôt, ce disque exceptionnel est servi dans un digipack en carton gaufré, avec un livret illustrant le travail de l’écriture sous toutes ses formes.

Mercury Rev – Deserter’s Songs

Mercury Rev est un groupe de rock indépendant américain créé en 1989 par le chanteur David Baker, les guitaristes Jonathan Donahue et Sean Mackowiak, la flûtiste Suzanne Thorpe, le bassiste Dave Fridmann et le batteur Jimy Chambers. Leur premier album Yerself is Steam paraît en 1991, expérimental et noisy, assimilé au style des Flaming Lips avec lesquels Donahue a un temps collaboré. Ils se font connaître plus largement en 1998 avec leur quatrième opus Deserter’s Songs, soutenu en particulier par The Chemical Brothers ; où Donahue pose sa voix angélique sur des arrangements émollients (Holes, The Funny Bird), la scie musicale de Joel Eckhouse et les chœurs d’Endlessly rappelant la mélopée de Two of Us… La part d’étrangeté de The Drunk Room ou I Collect Coins est bienvenue parmi ces chansons bien calibrées ; présente sur le cd bonus, la reprise de Philadelphia (Neil Young) s’écoute sans ennui mais sans passion non plus ; et c’est aujourd’hui le sentiment que j’éprouve à propos de tout l’album. Deserter’s Songs a certes marqué les années 90, mais au contraire des Tindersticks ou de R.E.M., son lyrisme mielleux a plutôt mal cristallisé.