Jean Sibelius – Concerto pour Violon

Jean Sibelius est un compositeur finlandais né en 1865 à Tavastehus. Son oncle lui offre un violon à l’âge de 10 ans, dont il apprend les rudiments auprès d’un militaire puis en compagnie de son frère et de sa sœur. Il découvre la musique de Bruckner puis celle de Wagner, écrit ses premières œuvres dont Finlandia qui devient l’hymne « officieux » de son pays, puis deux symphonies bien accueillies avant le Concerto pour Violon qui sera représenté en 1904, puis un an plus tard dans une version révisée par l’artiste, épurée et que l’on retrouve à côté de l’original sur ce disque paru chez BIS en 1991, interprétée par l’Orchestre Symphonique de Lahti sous la baguette d’Osmo Vänskä… J’adore ce concerto et serais bien incapable de choisir entre les deux versions car je les écoute toujours à la suite, heureux bis repetita pour apprécier ce violon lointain (Allegro moderato), d’abord réservé comme on ouvre le bal vers d’autres rondeurs, romantiques et océaniques (Adagio di molto) avant un troisième mouvement plus vif (Allegro ma non tanto) et qui m’évoque Une Symphonie Alpestre. Un concerto foisonnant et atemporel, à écouter plutôt deux fois qu’une.

Mellow – Another Mellow Winter

Au rayon French Touch, entre le légèrement monotone Kid Loco et les robots de masse Daft Punk, je demande Mellow. Formé en 1997 par Patrick Woodcock et Pierre Bégon-Lours, tous deux maîtres en sampling, filter-box et autres stylophones ; le groupe se fait connaître sur scène aux côtés d’Air avant de publier leur premier album chez Atmosphériques en 1999, deux ans après que ce dernier ait révélé Louise AttaqueLovely Light démarre en mode lo-fi crasseux avant de se parer d’étoiles electro raffinées, une guitare en nylon soutenant les voix de Patrick Woodcock et Stéphane Luginbühl, venu renforcer le duo… Instant Love et ses tuba et tambourin rappellent les Beatles puis la mélancolie gagne avec Shinda Shima et son chant cabossé, suivie des ambiances orbitales de Mellow Organic Version… Souvent instrumental, parfois vocodé mais toujours élégant ; croquant et moelleux comme du pain d’épices, Mellow est un secret bien gardé.

Suzanne Vega – 99.9 F°

Suzanne Vega est une compositrice et chanteuse américaine née en 1959 à Santa Monica. Elle grandit à New York où elle écrit ses premières chansons à 14 ans, étudie la danse et la littérature puis se produit sur la scène du Cornelia Street Cafe, dans les années 80 où le magazine Fast Folk la repère et publie quelques chansons ; avant de signer son premier album éponyme chez A&M en 1985… Paru sept ans plus tard, son quatrième opus 99.9 F° pétille de 13 chansons folk rock où Suzanne rend visite au docteur (Blood Makes Noise) et constate qu’il fait plus de 37 degrés (99.9 F°) ; sa voix bien balancée accompagnée de guitares électriques et d’un petit orchestre classique, pour un résultat tantôt rythmé et tantôt feutré, intimiste seule avec sa guitare acoustique (Song of Sand) ou lorsqu’elle évoque les blessures de l’enfance (Bad Wisdom)… Caressante comme Linda Perhacs et mieux que Nena, 99.9 F° est fourni avec un livret dont on apprécie le travail typographique, les paroles et les photographies.

Yves Simon – Une Vie Comme ça

Aujourd’hui j’ai 50 ans et l’envie pêle-mêle d’écouter Disintegration, L’Imprudence et La Cinquième… J’aurais aimé publier encore quelques romans après Pépère, mon destin en a décidé autrement alors Une Vie Comme ça c’est bien aussi, parfait disait Éluard à l’image de cet album d’Yves Simon que je chéris particulièrement, paru en 1981 et dont le morceau inaugural comptait parmi mes premiers 45 tours : Qu’est-ce que Sera Demain et sa guitare réverbérée, où comme tirés d’une taffe infinie le chanteur expire des mots cendrés ; espère un bonheur à deux dans le titre éponyme et son piano diaphane, ou bien l’impossible rêve de trouver sa muse (J’t’Imagine) à moins que ce ne soit l’inconnue du plan d’eau (Amnésie sur le Lac de Constance)… L’autre rive de l’album est plus rock, Ego Ego fait penser à Je t’en Remets au Vent et Heros In Heros Out me rappelle Rebel de Bashung, paru la même année que ce disque un peu synthpop et beaucoup sentimental, follement lyrique et aussi bienveillant qu’Yves Simon dont je n’ai pas oublié le message de sympathie après la parution de Touché ! « Qu’est-ce que sera demain, le début ou la fin ? »

Yves Simon – Au Pays des Merveilles de Juliet

Né à Choiseul en 1944, Yves Simon est un auteur-compositeur-interprète et écrivain français. Son premier instrument est l’accordéon, il fait un temps partie du groupe « Korrigans Nancéens » et poursuit des études littéraires puis de cinéma avant de parcourir le monde… Paru en 1973, son troisième album Au Pays des Merveilles de Juliet rend hommage à l’actrice de la nouvelle vague Juliet Berto, dont le titre éponyme est récité comme un poème sur fond de guitare acoustique, Yves Simon laissant aux chœurs le privilège d’un refrain que l’on fredonne encore 46 ans plus tard… L’errance tranquille dans la Rue de la Huchette rappelle Georges Brassens qui l’avait invité en première partie de ses concerts ; Les Gauloises Bleues font allusion à Boris Vian ou Jefferson Airplane après un détour enchanté dans Les Bateaux du Métro… D’autres chansons prennent position : Mass Média Song remue comme Je suis une Ville de Dominique A, avec Les Promoteurs les arbres ont des fusils pour défendre Le Petit Jardin de Dutronc paru l’année d’avant ; sans oublier la narration prémonitoire de Regarde-Moi où chacun est épié, fiché jusqu’à la transparence… Incisif et littéraire, un album folk sur la fin de l’innocence.

The Shadows – At their Very Best

Créé en 1958 par les guitaristes Hank Marvin et Bruce Welch, le batteur Tony Meehan et le bassiste Jet Harris, The Shadows est considéré comme le premier groupe de pop rock européen. Après avoir été les musiciens de Cliff Richard, ils démarrent leur propre carrière avec des morceaux instrumentaux de moins de 3 minutes, reconnaissables au son chiadé à la Stratocaster et dont beaucoup de mélodies sont passées à la postérité… Parue chez Roll Over en 1999, cette anthologie débute comme il se doit avec Apache inspirée par le western du même nom, suivie de The Rise and Fall of Flingel Bunt et Foot Tapper ; Don’t Cry for Me Argentina parmi 20 titres à écouter entre Led Zeppelin IV et The Dark Side of the Moon ; car de Jimmy Page à David Gilmour en passant par Carlos Santana, tous les guitaristes doivent quelque chose aux Shadows.

The Mamas & The Papas – Ultimate

En 1965 à Los Angeles, les époux John et Michelle Phillips forment The Mamas & The Papas, un quatuor de folk rock américain. Ils viennent d’un autre groupe, les Mugwumps duquel ils débauchent également Denny Doherty puis recrutent Cass Elliot ; tout le monde sait chanter et il sera fait appel à des musiciens de studio pour les autres instruments, à part John qui joue de la guitare… Un an plus tard leur premier opus paraît chez Dunhill : Monday Monday fait sensation aux côtés de California Dreamin’, où à défaut de Good Vibrations, flûte et tambourin font patienter le surfeur en mal de vagues… Ces deux titres se retrouvent sur la présente anthologie, que j’ai acquise pour Dream a Little Dream of Me où « Mama Cass » la baraque aussi tranquillement que 10cc ; ravi d’y découvrir d’autres bluettes : Dancing in the Street et Look Through my Window,  ses cordes easy comme chez Sounds Orchestral, ou encore Creeque Alley qui a sans doute inspiré un duo des White Stripes trente-cinq ans plus tard (Well It’s True That We Love One Another)