Alain Bashung – L’Imprudence

Ça commence par des cordes où la voix se pose déclarative, suggérant sans insister, le long d’harmonies accidentées. Travaillée à en devenir imprévisible, la musique s’enfuit soudain contaminée par les mots, emportant dans de brillants écrins, solos inattendus prolongeant le chant de Mes Bras, puis dans La Ficelle un vibraphone anodin flirte avec le poète avant de s’effacer derrière la chute d’une forteresse, dont le choc nous désarçonne. Un album qui va crescendo, dans un dosage infaillible L’Irréel nous envahit en un jet brutal, d’abord cantique évanescent jusqu’au piano fortissimo ; Le Dimanche à Tchernobyl est glacial, hors du temps et à la fois terriblement concret, asséné pour l’éternité et atomisé dans une mise en scène pétrifiante… Entouré de Simon Edwards, ex-bassiste des Talk Talk, et des Suisses de Mobile in Motion, Bashung va boucler son diamant noir par le titre éponyme de 10 minutes, dans une incantation désespérément belle, assaisonnée à l’harmonica. Entre cold wave et chaleur humaine, un bijou discographique dont le livret est indispensable.