Alain Bashung – Chatterton

Depuis Osez Joséphine, album charnière qui a solidement ancré Bashung dans les années 90, Jean Fauque est aux textes et donne ici la pleine mesure de son talent. Un univers réputé difficile, associé à une musique planante voire ambient avec Michael Brook en invité omniprésent à la guitare, celle-ci retrouvant ça et là des accents country, comme sur J’passe pour une Caravane ou Elvire, une chanson bouleversant notre rapport à la réalité, comme souvent chez Bashung en inversant les rôles entre le vivant et l’inanimé. De même sur J’avais un Pense-bête, abaissant l’homme au rang d’objet que l’on peut déplacer ou faire disparaître, peut-être simplement en cessant d’y penser… Pour sa capacité à jongler sans cesse avec les apparences, entre le nonchalant À Ostende et l’évanescence d’Un Âne Plane, pour ce qu’il nous dit sur le testamentaire Apiculteur, enfin pour ce que préfigure déjà le dernier morceau, huit ans avant L’Imprudence, cet album figure dans mon trio de tête. Le livret est signé Huart Cholley, avec toujours Mondino à la photo, qui signe cette sublime couverture.