Wire – 154

Wire est un groupe de rock alternatif britannique formé à Londres en 1976 par le chanteur et guitariste Colin Newman, le chanteur et bassiste Graham Lewis, le guitariste Bruce Gilbert et le batteur Robert Grey. Après des débuts post punk avec les albums Pink Flag et Chairs Missing parus en 1977 et 1978, que j’ai un temps possédés avant de m’en lasser ; en 1979 le quatuor opte pour un son moins tapageur au profit d’arrangements new wave qui le rapprochent de Bauhaus, sur ce troisième opus intitulé 154 comme le nombre de concerts à leur actif au moment de sa parution… La cadence de The 15th est envoûtante et les effluves languides de A Touching Display évoquent Seventeen Seconds ; tandis que les accords voyageurs de Map Ref. 41 Deg N 93 Deg W sont égrenés par un duo de voix britpop avant l’heure, les paroles m’évoquant Miner at the Dial-a-View… Côté inédits on pense à Devo avec Song 1  puis à ZNR avec Get Down, les escarpements de Let’s Panic Later flirtant avec Reproduction paru la même année. Habilement dosé entre saynètes synthpop et saillies expérimentales, 154 est un grand numéro.

Gus Gus – Attention

Créé en 1995 à Reykjavík, Gus Gus est un groupe de musique électronique islandais à géométrie variable dont les membres fondateurs sont Daníel Ágúst, Emilíana Torrini et Magnús Jónsson. Après un premier album éponyme, ils publient Polydistorsion chez 4AD en 1997, suivi de This is Normal en 1999 qui m’avait fait découvrir leur son enveloppant et acidulé ; avec le temps pourtant je n’ai conservé qu’un seul de leurs opus : Attention paru chez Underwater en 2002 pour ses qualités euphorisantes… Les synthés sont techno et les rythmes house, ça vibre dans les basses pour des éclats à danser (David, Attention, I.E.E) ou à velouter au creux d’un sofa (Desire, Call of the Wild) ; entre Röyksopp pour le chant et LFO pour la pulsation, avec un soupçon de Björk dont ils ont remixé Hunter en 1997 ; les gus de Gus Gus savent faire mumuse avec la TB-303.

The Young Gods – L’eau Rouge

The Young Gods est un groupe de rock industriel créé à Genève en 1985 par le chanteur et compositeur Franz Treichler, le claviériste Cesare Pizzi et le percussionniste Urs Hiestand. Un son corrosif et des textes chiadés assoient leur réputation sur scène, ils publient un premier album éponyme en 1987 suivi de L’Eau Rouge chez PIAS deux ans plus tard… On nage en pleine poésie avec La Fille de la Mort avant d’être pris dans un maelstrom où le morceau se brise en son milieu, pour renaître en arpèges de cordes sous la voix rocailleuse de Franz Treichler… Les guitares électrisent la Rue des Tempêtes et L’eau Rouge enflamme la couche, on fantasme jusqu’à la chute de Charlotte sur fond d’orgue de barbarie et Crier les Chiens évoque 1. Outside, Bowie ayant admis son intérêt pour les Young Gods au moment où il enregistrait ce disque… On pense à Arno et à la gnaque de Noir Désir sur cet album halluciné qui suit ses propres règles, de L’amourir sur une plage aux Enfants joueurs de tambour ; avec son livret à l’ancienne dévoilant des paroles sensationnelles. « Longue route comète, et la nuit est d’accord. »

The Kingsbury Manx – The Kingsbury Manx

Créé en Caroline du Nord en 1999, The Kingsbury Manx est un groupe de rock indépendant américain. Ses membres sont multi-instrumentistes et se connaissent depuis l’adolescence, leur premier album éponyme paraît en 2000 chez Overcoat Recording et rencontre un joli succès, ouvrant la voie à d’autres opus tandis que le groupe enchaîne les tournées aux côtés de Clinic parmi d’autres formations folk rock… La voix de Bill Taylor rappelle Elliott Smith (Cross Your Eyes, How Cruel) et Regular Hands coule comme du sirop d’érable sur un kougelhopf ; renforcées par la basse de Ryan Richardson les cordes de l’instrumentale Blue Eurasians ont des pointes post rock, ainsi que Fields où les accords sont mis en avant de façon naïve mais efficace et qui m’évoquent Love is Here, tempérés par la batterie minimaliste de Clarque Blomquist… Hawaii in Ten Seconds est un ovni vibrant qui pourrait illustrer le dernier film des frères Coen et l’acoustique de New Old Friend Blues sonne comme Kid A ; il y a aussi du Wilco sur ce disque caméléon, qui ronronne comme une pendule de famille avec ça et là quelques craquements dans le bois patiné.

Josef K – The Only Fun in Town/Sorry for Laughing

Portant le nom du personnage du Procès de Franz Kafka, Josef K est un groupe de post punk écossais formé à Édimbourg en 1979 par le chanteur et guitariste Paul Haig, le batteur Ronnie Torrance, le claviériste Malcom Ross et le bassiste David Weddell… Leur premier et unique album paraît en 1981, The Only Fun in Town où le couple guitare et guitare basse évoque aussitôt Joy Division, le chant folâtre de Haig situant l’ensemble dans un tumulte proche de Television et Talking HeadsCrazy to Exist et The Angle se distinguent par leur frénésie new wave et les rythmes de Citizens me font penser à Cure, la palme revenant au titre éponyme Sorry for Laughing dont j’ai longtemps cru qu’il avait été écrit par Propaganda… Réédité sur cd en 1990, ce disque contient aussi l’intégralité de sa mouture originale, qui devait s’intituler Sorry for Laughing mais n’a jamais vue le jour, écartée à la dernière minute au profit d’un son plus granuleux, proche du live quitte à perdre en clarté. Ce revirement est surprenant et d’une réussite variable selon les morceaux, mais Josef K ne fait rien comme tout le monde et l’on est ravis d’avoir la totale.

Joëlle Léandre – Urban Bass

Joëlle Léandre est une compositrice et contrebassiste française née en 1951 à Aix-en-Provence. Lauréate du Conservatoire de Paris, elle a travaillé avec John Cage et collaboré à plus de cent disques et performances pour le théâtre et la danse… Paru en 1990 sur le label L’empreinte Digitale, Urban Bass réjouit par une originalité ne se souciant pas d’étiquettes. Après des glissandos étoffés où l’archet attendrit nos oreilles, l’Ouverture emprunte une voie tortueuse où résonnent des boyaux ; suivie du Témoignage de Joëlle vocalisant entre des percussions molletonnées… Taxi est un bijou d’improvisation, cadavre exquis relatant la rencontre d’une contrebassiste et d’un chauffeur de taxi ; le duo Séraphine assenant des saillies inquiétantes avec Sylvie Altenburger à l’alto… Je n’oublie pas Cri où se succèdent sifflements et façons de saluer, rappelant All the Love de Kate Bush au sortir de ce disque poétique et incarné, entre la sobriété de Pauline Oliveros et l’audace de Liesa Van der Aa. « Qu’est-ce que c’est votre truc ? Les taxis c’est pour les personnes… »

Soriba Kouyaté – Kanakassi

Né à Dakar en 1963, Soriba Kouyaté est un compositeur sénégalais dont l’instrument de prédilection est la kora, une guitare traditionnelle constituée d’une calebasse sur laquelle une peau a été tendue ; dotée de vingt cordes et nécessitant une grande dextérité. Il apprend à en jouer dès l’âge de 5 ans, grâce à son père qui le fait voyager et Soriba découvre que son instrument se prête à tous les styles, du funk au classique en passant par le jazz ; un éclectisme que son album Kanakassi paru en 1999 chez Act Music démontre amplement… Avec la basse slapée de Linley Marthe, Ankana Diamana Ke donne le la avant les cordes agiles de Massanicisse dont la mélodie ébauchée à la kora est reprise par le saxo de Jean-Charles Agou… Bani flamboie et le batteur Joël Allouche se fait plaisir sur Deli Guelema ; il y a même une reprise de Phil Collins, Another Day in Paradise dont Soriba fredonne les accents à la manière de Gould… Ni Garbarek ni Texier et encore moins McLaughlin ou Sting, Kouyaté est un peu tout ça à la fois dans un mélange qui n’appartient qu’à lui dont la harpe protéiforme fait penser à son compatriote Ismaël Lô, mais aussi à Djelimady Tounkara sur ce disque où la magie n’a pas de frontières.