Winston McAnuff – Paris Rockin’

Né à Mandeville en 1957, Winston McAnuff est un chanteur et musicien de reggae jamaïcain. Reconnu dans son pays dans les années 80, il sera découvert tardivement en Europe grâce au label Makasound, qui publie son sixième album en 2006. La voix rabotée, le son funk et reggae, des chœurs discrets : l’esprit de Paris Rockin’ s’installe dès Rock Soul. Avec Wandering Drummer Messenger, Winston lâche quelques onomatopées qui font son charme, orgue et trompette ajoutant au groove. Le titre éponyme invite le chanteur R-Wan le temps d’un rap en français, comme un cheveu sur la soupe mais auquel on s’attache au fil des écoutes, soutenu par des cordes et un accordéon très parisien… Je ne me lasse pas de Reach out and Touch et son phrasé venu d’ailleurs « Spop spop spop… », avec Matthieu Chedid à la guitare, Maud Pagès au violoncelle et si l’on tend bien l’oreille, une cour de récréation… Touchants également, Ras Child évoque le déracinement et Quiet Room appelle à une certaine humilité. Engagé sans en faire des tonnes, admirablement produit et livré avec paroles sur papier glacé, Paris Rockin’ met le cœur en joie et l’esprit en paix.

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John Lurie – Men with Sticks

Né à Minneapolis en 1952, John Lurie n’est pas seulement l’un des acteurs du film Down by Law de Jim Jarmusch (dont il a par ailleurs cosigné la bande originale avec Tom Waits), c’est aussi un compositeur et saxophoniste à l’origine du groupe de jazz avant-gardiste The Lounge Lizards, formé en 1978 avec son frère Evan… En 1993, entouré de Billy Martin aux percussions et Calvin Weston à la batterie, il forme le « John Lurie National Orchestra » et publie Men with Sticks, un album de jazz improvisé où l’on tape sur des fûts et des timbales. If I Sleep the Plane will Crash nous entraîne dans 34 minutes de frasques rythmiques couplées aux saxos alto et soprano de John, c’est le plus long solo que je connaisse, quasiment continu induisant une rare connivence avec le musicien, déambulation urbaine comme l’on prend son temps en voiture la nuit, le long des boulevards mais aussi en visitant les ruelles secrètes.

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Muzsikás – The Bartók Album

Créé en 1973 par Péter Éri, Dániel Hamar, László Porteleki et Mihály Sipos, Muzsikás est un groupe hongrois de musique traditionnelle. Albums et concerts les font connaître au-delà de la Hongrie dans les années 90, puis en 2004 lorsqu’ils rendent hommage à Béla Bartók sur le label Ryko, avec The Bartók Album… Violons intrépides à faire danser, doux aussi le temps d’un slow (Botos Tánc), folkloriques entre sifflets et tambourins ; intermèdes reproduits tels quels d’après des enregistrements anciens, avec des chants émouvants comme les Frères Morvan (Porondos Víz Martján) puis une flûte longue dont le son rappelle celui d’un didgeridoo… Un bal euphorisant où l’on tape du pied, avec trois morceaux qui renversent la table : Bonchidai Lassú Magyar (cordes alanguies), A Temetö Kapu (plainte lézardée sur alto) et Mérai Lassúcsárdás És Szapora (long chant enjoué allant crescendo). Collage chamarré de 22 titres remarquablement produits, rehaussé d’un livret détaillant les origines de chaque chanson ; entre la jovialité du Penguin Cafe Orchestra et l’accordéon nostalgique de Mihály Vig, The Bartók Album est inouï.

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Antoine Illouz – Wait!

Antoine Illouz est un musicien de jazz français. Il apprend la trompette et se voit récompensé en 1981 par le prix du Conservatoire de Lyon, collabore avec Eddie Louiss ou l’Orchestre National de Jazz avant de se lancer dans une carrière solo. Paru en 1988 sur le label Flat & Sharp, Wait! est son second album studio. Le style est funky dès Highlander, la trompette illuminant un bouillon de claviers évoquant Backwaters de David Sylvian, suivi de Tse et sa ligne de basse à la Eric Serra dans Subway, puis le rythme se fait paresseux sur Quizz, ponctué de piques cuivrées tandis que la guitare se délie avec El Filali et sa trompette agitée… Docks est mon favori, avec son ambiance tendue et sa section rythmique proche de la British Road de Robert Wyatt ; en fait Wait! fait penser à beaucoup d’autres disques mais on a beau attendre, à se nicher dans les moindres recoins la trompette d’Illouz peine à incarner une véritable singularité.

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Iannis Xenakis – Pléïades

Je mentirais en disant que j’écoute souvent Xenakis. Né en Roumanie en 1922, Iannis Xenakis est un compositeur grec naturalisé français. Architecte de formation, il est à l’origine de la musique stochastique et parmi les premiers à utiliser l’ordinateur comme outil de composition. Créées en 1979 par les Percussions de Strasbourg, les Pléïades s’ouvrent avec des Mélanges de marimba, vibraphone et xylophone dialoguant au milieu de tambours évasifs, coups assenés au hasard avant que les carillons décalés de Métaux ne fassent penser au Signal de Steve Reich, en plus minimalistes et où l’on entendra selon son humeur des cloches d’église ou le pas pressé d’un galant à son rendez-vous, à moins qu’il ne s’agisse de la chute dans un précipice après une promenade imprudente en forêt… L’amorce flatteuse des Claviers apporte une rupture bienvenue, coulée cristalline vers les Peaux tendues des timbales et le retour à l’atonalité, pour un final ravageur… Musique de recherche « contemporaine » suscitant la surprise voire l’inconfort de l’auditeur, je n’exagère pas en affirmant qu’il est bon d’écouter Xenakis de temps en temps.

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Hùrlak – 40°

Né à Tours en 1960, Thierry Vaillot est à l’origine un musicien de jazz français. Il apprend le piano puis la guitare, étend sa culture au sein de différents groupes avant de former Hùrlak en 2000, aux côtés de Céline Roumet à la guitare, Jean-Christophe Rouet au violon et Eric Onillon à la contrebasse. Découvert dans une boutique Harmonia Mundi avant la déferlante numérique, où l’on pouvait écouter des disques à volonté en se faisant conseiller par un vendeur qualifié, j’ai été séduit par la chaleur émanant du couple guitare et contrebasse sur Hùrlak y Peniolite, à la manière de Django puis plus jazzy avec Rock & Rom ou Le Bal des Cyclades, tandis que le côté flamenco d’Iberiade fait penser à Manitas de Plata… Chantés par Norig, Morriña et Canta Guitarra évoquent l’enfance, et le sublime Chant d’Elbasan la nostalgie et le déracinement. 40° se termine avec Ensueño comme un songe apaisé, prolongeant l’exode par-delà les frontières musicales.

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