John Martyn – London Conversation

John Martyn est un chanteur et guitariste britannique de musique folk né à Londres en 1948. Ses parents sont chanteurs d’opéra, il s’initie à la guitare à 14 ans et étudie un temps les beaux arts, se produit sur la scène locale et publie son premier album London Conversation chez Island en 1967… Accompagné de sa guitare, John égrène des ballades aux tons crème et où sa voix feutrée permet une immersion facile. Cocain fait planer et Ballad of an Elder Woman me touche, ainsi que Rolling Home et son sitar à la Shocking Blues… Le disque se termine avec une reprise rafraîchissante de Bob Dylan (Don’t Think Twice it’s Alright) ; on pense à Bert Jansch en moins bourru sur ce disque où Martyn chante les amours et la fin d’icelles, à écouter près du radiateur les jours de grêle.

Purr – Whales Lead to the Deep Sea

Formé à Paris en 1995 autour du chanteur et guitariste Thomas Mery, du bassiste Stéphane Bouvier et du batteur Jérôme Lorichon ; Purr est un groupe de post rock français. Repérés lors d’un concert, ils sortent un single sur le label Prohibition et font les premières partie de Blonde Redhead ; puis publient en 1997 leur premier album Whales Lead to the Deep Sea… Avec sa basse en avant et des percussions qui clappent, Schoolyard échelonne son effort vers la guitare frétillante de Welcome ; Cement and Glass terminant la plongée sur une tonalité acoustique qui me fait penser à Thom Yorke… Il y a aussi Trust et son sample obsédant, extrait du film éponyme de Hal Hartley et où l’on entend un dialogue clé entre Martin Donovan et la regrettée Adrienne Shelly… Ici pas de morceaux à rallonge comme chez la bande à Pajo, ici dix morceaux où l’on chante et l’on se mouille à la façon de Millions Now Living Will Never Die paru l’année d’avant ; le temps d’une incursion réussie dans la niche post rock et où Purr ne s’est pas contenté de ronronner. « Can you stop watching TV for a moment? »

Symphony X – The Divine Wings of Tragedy

Symphony X est un groupe de metal américain formé en 1994 dans le New Jersey autour du guitariste Michael Romeo, du claviériste Michael Pinnella, du batteur Jason Rullo, du bassiste Michael Lepond et du chanteur Russell Allen… Paru en 1997 chez Inside Out, leur troisième album The Divine Wings of Tragedy déploie un univers médiéval et symphonisant, avec des chœurs qui font penser à Queen (Of Sins and Shadows, Out of the Ashes) et des solos que je rapprocherais de Marillion ; en particulier l’accorte intro de The Accolade… Encore plus progressif est le titre éponyme, scindé en sept sous-parties totalisant 20 minutes de chorale baroque et narration fantasy, où l’on reconnaît des mélodies de Bach et de Holst entre les riffs virtuoses… Plus sophistiqué que le premier Rammstein paru deux ans plus tôt, ce disque millimétré pourrait illustrer un jeu vidéo ; mais je lui préfère la rugosité des Germains ou l’ardeur d’Iron Maiden.

Photek – Modus Operandi

Né non loin de Londres en 1972, Rupert Parkes dit Photek est un DJ et compositeur britannique de musique électronique. Passionné de hip hop et de jazz, il s’oriente vers le genre drum’n bass dont il est un précurseur et publie son premier album Modus Operandi chez Virgin en 1997. Il a depuis collaboré avec Daft Punk, Björk ou Moby… Disque atmosphérique et dépouillé, Modus Operandi s’écoute d’une traite où les rythmes sont abrupts et les sons étouffants. Minotaur est une suite de pics en rupture les uns avec les autres, préparant aux brèches d’Aleph 1 et 124, deux morceaux lancinants évoquant une bande originale chimérique ; le titre éponyme laissant fuser quelques accords jazz dans la veine de Red Snapper avant de terminer sur The Fifth Column et son tempo sourd… Un voyage parfois aride mais stimulant, dont l’intégrité rappelle celui des aînés de Global Communication.

Bridget St John – Ask me no Questions

Bridget St John est une compositrice et chanteuse britannique de musique folk née à Londres en 1946. Sa mère est pianiste et l’encourage en ce sens, mais Bridget préfère le violon avant de se payer une guitare à la fin de ses études. Elle se produit dans des bars et rencontre John Martyn qui l’aide à perfectionner son jeu avant d’être révélée par John Peel ; le célèbre DJ de la BBC qui publie son premier album en 1969, Ask me no Questions sur son propre label, aux côtés de Beau né la même année que Bridget… Enregistrées en quelques jours, ces quatorze chansons charment par leur simplicité, la tessiture de St John suivant ingénument les accords de sa guitare acoustique. Barefeet and Hot Pavements respire la liberté et I Like to be with you in the Sun incarne l’amitié, la plus belle déclaration d’amour étant assumée par le titre éponyme de cet écrin folk qui compte parmi mes incontournables, dont l’édition vinyl replica propose en bonus une reprise de Suzanne aussi réussie que chez Bashung… Bridget posera sa voix sur Ommadawn en 1975, parfois comparée à celle de Nico tandis que son style nonchalant la rapproche de Nick Drake. « My life is mine, it’s easy… »

Pram – The Museum of Imaginary Animals

Créé en 1990 par les amis d’enfance Rosie Cuckston (chant) et Matt Eaton (guitare), Pram est un groupe de rock indépendant britannique. Après des débuts sous le nom de Hole, leur formation s’étoffe avec Max Simpson aux claviers et Sam Owen à la basse ; puis ils signent un premier disque chez Too Pure, le label qui a révélé Stereolab… Paru en 2000, The Museum of Imaginary Animals est leur cinquième opus, où les ont rejoints Nick Sales au thérémine et Steven Perkins ex-batteur de Broadcast. La petite fanfare de The Owl Service donne le ton avec le chant égosillé de Rosie, attachant et parfois urticant ; à diluer dans Narwhal où sévit un thérémine éthéré comme chez Portishead, rehaussé de paroles sous-marines avec The Mermaids’ HotelPlay of the Waves me rappelle la Crabwalk d’EBTG puis la boîte à musique de Picture Box nous prend à rebours ; cet album mélangeant lounge et jazz au sein d’une ménagerie où le temps se remonte au gré d’instruments espiègles, entre Klimperei et The Twilight Zone. « Animals darkness and trees, between me and where I live… »

Tindersticks – Tindersticks 2

En 1991, après quatre années au sein des Asphalt Ribbons, le chanteur et guitariste Stuart Staples, le claviériste David Boulter et le violoniste Dickon Hinchcliffe forment les Tindersticks, un groupe britannique de rock indépendant. Ils sont rejoints par le guitariste Neil Fraser, le batteur Al Macauley et le bassiste John Thompson ; puis publient leurs deux premiers albums sous le même nom éponyme Tindersticks… Paru en 1995, le second d’entre eux consacre leur style plutôt post rock que pop de chambre, El Diablo en el Ojo finissant en apothéose à la GYBE! après avoir débuté par un murmure de cordes… Le vibraphone de My Sister est rejoint par la voix grave de Staples qui se lance dans une narration portée par un piano comme chez Hollis ; puis Snowy in F# Minor ajoute une couche de jazz vibrante, le groupe étant aussi à l’aise sur des titres qui dépotent (Vertrauen II) que lors de chansons plus intimes, comme sur No More Affairs et son piano Rhodes, ou encore Vertrauen III et sa scie instrumentale… Aérien et touffu, drapé dans des bruits indiscrets, ce disque sensuel me donne envie d’aller faire un tour de Rollercoaster.