Liesa Van der Aa – Troops

Née à Anvers, Liesa van der Aa est une auteure compositrice interprète belge. Le violon devient très tôt son instrument de prédilection, qui règne en maître sur son premier album Troops, paru en 2012. Après les emballements de Louisa’s Bolero et les chœurs hauts en couleur de Low Man’s Land, une féérie furieuse prend place avec Into the Foam, jusqu’au chaos entre piano et accordéon… Avec son violon capable de toutes les incarnations, des cuivres aux percussions, de la boîte à musique aux coups de sifflets ; Liesa sature l’espace de son lyrisme débridé, en abattant les frontières entre le classique, la pop et l’electro. Obscure et impulsive, elle me fait autant penser à Laurie Anderson pour l’expérimentation qu’à Siouxsie Sioux pour son art d’envenimer une mélodie, le morceau éponyme terminant l’album sur une note apaisée… Son cd est également d’une rare créativité du point de vue de l’objet, permettant une lecture très différente du livret selon que l’on y superpose ou non le boîtier translucide de couleur rouge. Inépuisable.

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David Bowie – Blackstar

Paru le jour de son soixante-neuvième anniversaire, Blackstar est le dernier album studio de David Bowie, emporté deux jours plus tard par un cancer du foie. Élaboré en silence, cet écrin testamentaire renoue avec la créativité de son concept album 1. Oustide, même si le but recherché ici était moins l’unité musicale que l’ultime tentative de faire briller toutes les facettes du plus glam des expérimentateurs de la pop britannique… Le titre éponyme signe une entrée en matière affolante, dix minutes où sont égrenées l’apaisement et le chaos, l’étranglement d’un saxo également présent sur le très convaincant Lazarus avec son introduction à la Disintegration, tandis que Girl Loves Me abonde de mots inventés par Anthony Burgess dans son roman Orange Mécanique. Un album où rôde l’amour et le souvenir, terminé par I Can’t Give Everything Away et son clin d’œil à l’harmonica vers l’incomparable Low de 1977… Noir et transparent, Blackstar est un adieu en forme d’apothéose, un fragment tombé de l’espace qu’il faut découvrir dans son édition digipack, au livret à la beauté crépusculaire.

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RZA – Ghost Dog, The Way of the Samurai (bande originale)

Robert Fitzgerald Diggs, plus connu sous le nom de RZA et fondateur du groupe de hip hop Wu-Tang Clan, est un rappeur, acteur et producteur américain né à Brooklyn en 1969. On lui doit l’essentiel des morceaux présents sur la bande originale de Ghost Dog, un film de Jim Jarmusch paru en 1999, où Forest Whitaker interprète le rôle d’un samouraï urbain, tueur à gages surentraîné selon les principes guerriers du « Hagakure » dont on retrouve plusieurs citations le long du disque, émaillant de zénitude un voyage musical fidèle à l’esprit du film… Où le Zip Code des Black Knights déchire grave, où la voix de Tekitha nous électrise avec Walking Through the Darkness, où l’on est sous le charme du Stay with Me de Melodie & 12 O’Clock… Décapant et plus underground qu’Eminem, on retrouvera RZA quatre ans plus tard dans le film Coffee and Cigarettes du même Jim Jarmusch, yo le temps d’une séquence d’anthologie aux côtés de Bill « fucking » Murray.

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Imagineoir 35

Il était sur le point de
partir lorsqu’un linge
encore cru s’est aplati
devant lui, augmentant
l’humidité des chances.

Prefuse 73 – One Word Extinguisher

Derrière Prefuse 73 se cache Guillermo Scott Herren, compositeur de musique électronique né à Miami. D’abord DJ à Atlanta, il publie Sleep Method Suite en  1997, mais son premier grand succès arrive en 2003 avec One Word Extinguisher, un album où s’affirme pleinement sa passion pour le hip hop et les arrangements complexes, flirtant autant du côté de DJ Shadow que d’Autechre. Le programme est copieux, articulé autour d’une vingtaine de titres tour à tour instrumentaux et rappés (Plastic), funk garni d’interludes badines (Female Demands, Southerners) ou aux accents jazz avec le métallophone de Perverted Undertone, expérimental enfin lorsque Choking You étire ses boucles ampoulées… Au final on ne voit pas le temps passer en compagnie de Prefuse 73, grand trafiqueur d’ambiances au sein de cet opus charnel et débordant d’idées.

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Beach House – Depression Cherry

Paru en 2015, le cinquième album de Beach House démarre avec Levitation où un lit d’orgue accueille la voix séraphique de Victoria. Saturé et intime, Sparks confirme une tonalité dépouillée vers Space Song et sa ligne de basse limpide, riche de mélodies multiples, mélancolique et nous voilà captifs entre les vagues veloutées ; la féerie est en marche et PPP enfonce l’apesanteur, rythmé comme un tango où l’on aurait perdu pied… L’album se termine avec Days of Candy où l’on se recueille en culottes courtes avec une chorale scolaire, en se disant qu’il n’est pas si fréquent de se sentir aussi bien qu’avec Mazzy Star ou Blonde Redhead, même si l’escarpement n’est pas tout à fait le même… L’édition digipack de Depression Cherry est magnifique, faite de velours rouge elle se laisse longtemps caresser, au contraire de leur précédent opus Bloom dont la couverture était ornée de picots rugueux.

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