Led Zeppelin – How the West was Won

Les concerts enregistrés par Led Zeppelin en 1972 ont été édités en 2003 sur How the West was Wonun triple cd immersif de par sa qualité sonore et sa playlist. Les standards sont là et deviennent passionnants lorsque Page les revisite à travers de larges solos improvisés (Heartbreaker, Stairway to Heaven, Bring it on Home…), au-delà de ces virtuosités attendues il y a trois morceaux que l’on n’est pas près d’oublier : Dazed and ConfusedWhole Lotta Love et Moby Dick, défiant chacun le temps et l’espace durant 25, 23 et 19 minutes ! Les deux premiers sont des medleys entremêlant standards de blues et bourrasques de guitares, vertiges vocaux où l’invention remporte la mise ; le troisième est une extension de la célèbre instrumentale à la batterie, d’une durée hystérique et qui fait pousser le volume de minute en minute, jusqu’à ce que le voisin vienne frapper à la porte… Peu de groupes augmentent leur concert d’autant de musique inédite, et l’on en ressort épuisés, les sens régalés comme si l’on avait écouté à la suite le Live Music de Can et B’Boom des King Crimson.

Led Zeppelin – Led Zeppelin IV

La presse s’étant parfois montrée féroce à l’égard du progressiste Led Zeppelin III, pour son prochain opus le groupe ne lui donne aucun titre et remplace son nom par quatre symboles cabalistiques ou « zoso… » Passé le brutal Black Dog on aborde tout doux The Battle of Evermore et sa guitare acoustique, sa mandoline atteignant au sublime ; secondé aux chœurs par Sandy Denny, Robert Plant est aux anges pour évoquer l’univers du romancier Tolkien. « Bring it back, bring it back… » Stairway to Heaven enchaîne et se décompose en slow mélo suivi d’emballements rock et d’un solo de Jimmy Page, la chanson dure 8 minutes et flirte avec la frontière du rock progressif… Sur Four Sticks c’est John Bonham qui joue sa partition à quatre baguettes au lieu de deux, où caché derrière un sitar le chant traverse bientôt la couche d’ozone, avant de conclure par les accords défoncés de Paul Jones sur un synthé VCS3… Il y a aussi Going to California, une complainte folk aussi sereine qu’un apéritif en compagnie de Nick Drake ; en fait c’est simple : on garde tout sur ce disque puissant et atemporel, paru en 1971 et qui allait devenir leur chef d’œuvre incontesté.

Led Zeppelin – Led Zeppelin III

Enregistré en 1970 dans un hameau retiré du Pays de Galles, Led Zeppelin III démarre en trombe avec le mythique Immigrant Song, puis les cordes arrangées de Friends annoncent les premières couleurs folk, soutenues par d’étonnants effets de drone au synthé Moog… Plus long morceau du disque, le solo de guitare de Since I’ve Been Loving You semble dire adieu au style hardeux qui a fait la gloire des Zep, l’orgue Hammond de John Paul Jones suggérant un tournant… Guitare acoustique et banjo sur Gallows Pole, mandoline avec That’s the Way ou castagnettes sur Bron-Y-Aur Stomp : Page et Plant en ont encore sous le pied sur ce troisième album terminé par un hommage au blues mixé à la hache, Hats Off to Harper comme s’ils voulaient restituer le timbre d’origine d’un Robert Johnson.

Led Zeppelin – Led Zeppelin II

« You need cooling, baby I’m not fooling », c’est par ces mots de bon sens que commence le second album de Led Zeppelin, paru fin 1969 et à nouveau enregistré dans des conditions brutes tandis que le groupe est en tournée, au bénéfice d’un son franc voire cassant (le surgissement des riffs de The Lemon Song me fait à chaque fois tressaillir). Avec Heartbreaker et les overdubs électrisés de Ramble On, c’est leur album le plus hard et je n’y distingue que deux titres essentiels : Whole Lotta Love qui s’enroule après le premier refrain dans un maelström de percussions et échos délirants, quelque part entre Can et Pink Floyd ; et l’instrumentale Moby Dick qui donne la mesure du talent de John Bonham, suspendu à sa batterie pendant trois minutes… L’harmonica de Bring it on Home calme le jeu, permettant de s’intéresser à la pochette où l’on remarque le contour du dirigeable Hindenburg (à l’origine du nom du groupe), complété par un collage rappelant celui de Sgt. Pepper’s.

Led Zeppelin – Led Zeppelin

Jimmy Page à la guitare, Robert Plant au chant, John Paul Jones à la basse et John Bonham à la batterie forment Led Zeppelin à Londres en 1968, ceci après un passage de Page chez les (New) Yardbirds, un groupe de blues rock dont ils assument les influences. Led Zeppelin c’est aussi un son qui a marqué les années 70 grâce à la réunion  d’un guitariste virtuose, d’un batteur surdoué et d’un chanteur inimitable… Paru en 1969 et enregistré en quelques jours, leur premier album donne une impression de continuité proche du live, où le slow faussement peinard Babe I’m Gonna Leave You méduse avant la nonchalance blues de You Shook Me, précédant l’halluciné Dazed and ConfusedHow Many More Times débute comme une chanson des Doors avant de s’engouffrer dans un tunnel de riffs psychédéliques, la voix de Plant évoquant un instant Iron Maiden avant le solo de batterie final… Considéré comme l’un des pionniers du genre heavy metal, Led Zeppelin a ce truc en plus qui continue de fasciner.

Monty Python – Monty Python Sings

Le plus célèbre groupe d’humoristes britannique est né en 1969 autour de John Cleese, Graham Chapman,  Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin et Terry Gilliam, ce dernier étant américain. Diffusé sur la BBC, leur show Flying Circus mêle parodies et humour noir, séquences animées et sketches cultes où l’absurde règne en maître. Je les ai découverts lors de leur premier passage télévisé en France, l’été de 1991 où France 3 les avait programmés dans l’après-midi… Paru en 1989, Monty Python Sings regroupe une vingtaine de chansons extraites de la série mais aussi de leurs longs métrages, et l’on retrouve les éternels Meaning of Life et Galaxy Song,  Always Look on the Bright Side of Life, Lumberjack Song et Brian Song, Knights of the Round Table avant de conclure avec la mémorable Spam Song, datée de 1970 et à l’origine du mot spam qui désigne aujourd’hui ces courriels polluant nos échanges électroniques… Burlesques et piquants, souvent avant-gardistes, les Monty Python méritaient d’avoir leur disque. « And now, for something completely different… »

Richard Harris – A Tramp Shining

Richard Harris est un acteur et chanteur irlandais né à Limerick en 1930. Passionné de rugby à l’adolescence, il suit des études d’art dramatique et son tempérament impétueux lui vaudra une carrière internationale au cinéma, des Révoltés du Bounty en 1962 à Harry Potter en 2002, sans oublier Gladiateur… On lui doit également un album de chansons écrites et produites par Jimmy Webb en 1968, A Tramp Shining où sa voix de crooner s’impose entre les cuivres et les cordes, offrant de généreuses rasades romantiques (Didn’t We, Lovers Such as I) ou mélancoliques (Name of my Sorrow, Dancing Girl). Figure aussi le baroque MacArthur Park, un succès en son temps qui sera repris dix ans plus tard par Donna Summer… Moins impérissable que Watertown auquel on pense immanquablement, A Tramp Shining est un disque si délicieusement daté que l’on prend plaisir à l’écouter.

Pretenders – The Singles

Chrissie Hynde est une chanteuse et guitariste américain née dans l’Ohio en 1951. Elle écrit ses premières chansons tout en étudiant les beaux-arts, déménage à Londres en 1973 où elle subsiste en faisant des piges pour la revue New Musical Express. Après quelques collaborations sur la scène punk, elle fonde les Pretenders en 1978, aux côtés du bassiste Pete Farndon et du batteur Martin Chambers… Outre la célèbre ballade I go to Sleep, une reprise des Kinks avec son introduction au cor, caresse chantée administrable en boucle les soirs de solitude, cette compilation reprend les incontournables de ce groupe aux influences diverses. Rock’n roll avec Middle of the Road ou Day after Day, country sur Back on the Chain Gang et bluesy avec 2000 Miles ; sans oublier l’entraînant Don’t get me Wrong, Stop your Sobbing leur premier succès interprété dans la tradition pop des années 60, et I got You Babe aux côtés d’Ali Campbell. Autant de titres reliés par la voix fluide et fauve de Chrissie Hynde, à rapprocher de Tim Buckley qui était son chanteur favori.