Pulp Fiction

Deux ans après Reservoir Dogs, Quentin Tarantino supervise la bande originale de Pulp Fiction avec la même gourmandise pour les chansons oubliées, à commencer par Misirlou de Dick Dale, un bijou de surf rock daté de 1962 et qui ouvre le film après le mémorable dialogue au restaurant entre Tim Roth et Amanda Plummer… Al Green est soul avec Let’s Stay Together et The Tornadoes remettent une couche de bleu avec l’instrumentale Bustin’ Surfboards ; Chuck Berry nous sert un bon vieux rock’n roll avec You Never Can Tell, immortalisé par la danse entre John Travolta et Uma Thurman dans un autre restaurant… Urge Overkill rafraîchit Girl You’ll be a Woman Soon de Neil Diamond et Flowers on the Wall des Statler Brothers est une tranche de country dont je ne me lasse pas ; quelques dialogues cultes insérés entre les chansons prolongent le plaisir, associés aux photographies dans le livret ils peuvent donner envie de foncer sur sa dévédéthèque. « Zed’s dead baby, Zed’s dead… »

Manu Dibango – Soul Makossa

Le chanteur et saxophoniste camerounais Manu Dibango est né à Douala en 1933. Il découvre la musique à la chorale d’un temple protestant, s’envole pour Marseille à 16 ans, s’initie au saxo et se retrouve en Belgique où il se fait connaître dans les clubs de jazz, reprend les standards de Charlie Parker avant d’être engagé un temps par Nino Ferrer… En 1972, trois ans après l’album Saxy Party, Dibango est révélé avec Soul Makossa et son titre éponyme, mélange novateur de jazz et de rythmes rumba. Et si cette chanson semble étrangement familière dès la première écoute, c’est qu’elle a été reprise par Michael Jackson dix ans plus tard dans Wanna be Startin’ Somethin’ ; le plagiat ayant donné lieu à un arrangement à l’amiable… Quelques chœurs (Taoumba) et beaucoup de guitares funk (Pepe Soup), des instrumentales groovy et même de la disco dub (New Bell Hard Pulsation) ; ce disque riche en percussions donne envie d’enchaîner avec Babatunde Olatunji, autre précurseur né six ans plus tôt dans le Nigeria voisin.

MC Solaar – Prose Combat

Claude MC Solaar est un rappeur français né à Dakar en 1969. Après des études studieuses, il publie son premier album en 1991, Qui Sème le Vent Récolte le Tempo et son single Bouge de là, faisant de lui le premier rappeur populaire en France. Trois ans plus tard paraît Prose Combat, où la langue règne en maîtresse sur des titres hip hop qui sonnent d’enfer ; Solaar reconnaissant l’influence du jazz sur la chanson À Dix de mes Disciples… Avec une référence à Brassens et un sample de GainsbourgNouveau Western est incontournable ; Superstarr où Laarso tacle les surfeurs à la plage des plagieurs ; j’aime aussi la structure en deux temps de La Fin Justifie les Moyens, partant d’une trompette pour nous mener à la guitare de Robert Johnson… Mais surtout il faut aller À la Claire Fontaine avec son scratch glissant autour de « la dubitative plume du poète du bitume », se plonger dans Séquelles pour ses paroles parfaites ou encore décortiquer L’Nmiaccd’htck72kpdp, une joute verbale avec Ménélik dans l’esprit des Fabulous Trobadors… Avec ses textes incisifs, déclamés avec tact et juste ce qu’il faut d’ego, Prose Combat est toujours aussi beau. « Elle était presque ma presqu’île… »

Richie Hawtin – DE9: Transitions

Quatre ans après Closer to the Edit, l’homme à la mèche peroxydée mène ses démonstrations à leur paroxysme avec ce nouveau mix de 76 minutes intitulé Transitions. Il a quitté New York pour Berlin où après avoir saucissonné ses samples et digéré ses bandes, trimé sans relâche derrière ses écrans, tout est devenu encore plus fondu et plus inextricable, lissé à l’extrême sur cet ultime bond en avant… C’est céleste et au casque on ne voit pas le temps passer, il y a quelques ratages comme ces bruits ridicules entre les séquences Minimal Master et Tonarzt ou la voix d’un robot poivrot ; car c’est bien dans l’art du rythme que Richie excelle, le dernier tiers de l’album revenant à une unité qui scotche (de Noch Nah(r) à (D)ecaying Beauty). Ce climax mis à part, il est temps d’arrêter la machine apathique de Hawtin, car si j’aime écouter ses constructions lorsque je peins, elles n’ont pas la même espérance de vie que la folie métronomique de Terry Riley ou le charme aléatoire de LFO.

Richie Hawtin – DE9: Closer to the Edit

En 2001, Plastikman ressort les pots de peinture sonore et mitonne le second volet de ses collages techno, Closer to the Edit ou comment à partir de 100 morceaux ramenés à leur plus simple expression (c’est-à-dire 300 loops comme l’auteur l’explique dans un élégant livret en papier glacé), aboutir à un nouveau mélange dont le liant serait la mesure élémentaire… Un nouvel album binaire et dépouillé, moins squelettique que Decks, EFX & 909 grâce à un son enveloppant et toujours cette science de la transition ; même si certaines éructations agacent, geignements artificiels rompant la paix du trip (Panpot Spliff, Gelb, Grown) comme si Richie ne savait pas comment boucler la boucle… Le badigeon reste néanmoins brillant et chatouille les poils des oreilles, trempé dans des séquences colorées entre Swayazk et The Other People Place (Distortion Men, Snatch, Sulzgurtel).

Richie Hawtin – Decks, EFX & 909

Richie Hawtin est un DJ et producteur né au Royaume-Uni en 1970. Il déménage au Canada à l’âge de 9 ans, non loin de la ville de Detroit où il découvre la scène techno. Influencé par la musique de Kraftwerk et plus tard Steve Reich, il réalise ses premiers mix sous le nom de Plastikman, crée le label Plus 8 en 1990, puis Minus sur lequel paraît Decks, EFX & 909 en 1999… Un disque qui enchaîne rythmes et samples avec une éminente fluidité, composé de 38 pistes aux noms sibyllins (User (02)-B2, Orange/Minus 1, Killabite (002)-A1, …) et de facture minimaliste, à écouter d’une traite en remuant la tête ou bien immobile pour un moment d’introspection, en s’infiltrant à travers strates et cadences maîtrisées ; c’est calé et on pense à Autechre, mais je crois que je préfère le groove de DJ Shadow ou les scratchs adipeux de Birdy Nam Nam. « What the hell was that ? »

Shels – Sea of the Dying Dhow

Fondé à Londres en 2003 par le chanteur et guitariste Medhi Safa et le batteur Tim Harriman, Shels est un groupe de post-rock britannique à tendance gros son saturé, post-metal disent certains amateurs d’étiquettes. Paru en 2007 avec le renfort de quatre guitaristes (Simon & Phil Maine, Green & Red Dave), leur premier album Sea of the Dying Dhow dérive le long d’une mer épaisse à dominante instrumentale… The Conference of the Bird assure une mise à l’eau progressive, suivie d’Indian 1 où claquent les percussions avant la longue escalade de The White Umbrella. Le morceau éponyme impressionne avec sa mélodie dérivant vers l’ivresse, suivie d’une frénésie d’accords martelés dans un dialogue avec la batterie et les guitares… Plus tranquilles, The Killing Tent et Return to Gulu équilibrent ce disque hybride entre les drones de Earth et la clarté de Symphony X ; où sans atteindre la brillance de Maserati, Shels nous éclaire de sa vision du post-rock.

Jimmy Somerville – The Singles Collection

Le chanteur à voix aiguë le plus célèbre des années 80 est Écossais, né en 1961 à Glasgow. Il fonde le groupe Bronski Beat en 1983, aux côtés de Steve Bronski et Larry Steinbachek, qui cartonne d’emblée avec le single Smalltown Boy, une exquise balade synthpop dénonçant la discrimination dont est victime un jeune gay provincial. L’année suivante, Why? décline le même thème et marque un nouveau succès, suivi d’un medley créatif emprunté à Donna Summer et John Leyton, I Feel Love/Johnny Remember me… Puis Jimmy s’en va fonder The Communards aux côtés du pianiste Richard Coles, alignant de nouveaux hits avec Never Can Say Goodbye, Disenchanted et You are my World en 1986 ; j’avais alors 17 ans et ceux qui ont lu La vie triée devinent mon rapport ambigu avec ces chansons haut perchées… Fin 1989, Somerville sort un album solo avec You Make me Feel et une reprise de Comment te dire Adieu ; autant de titres qui figurent sur l’anthologie de cette voix d’exception dans l’histoire de la pop, capable aussi d’aller dans les graves en délivrant au passage quelques frissons. « You and me together, fighting for our love… »