Starsailor – Love is Here

Formé à côté de Manchester en 2000 par le chanteur James Walsh et le batteur Ben Byrne, le bassiste James Stelfox et le clavier Barry Westhead, Starsailor est un groupe de musique britpop. Leur nom rend hommage à Tim Buckley mais la voix de Walsh fait aussi penser à Jeff avec une pointe de Marillion ; repérés pour leurs talents scéniques ils sortent un premier album en 2001, Love is Here nimbé de mélancolie folk rock (Tie up my Hands, Poor Misguided Fool), avec des paroles au rasoir qui n’éludent pas la tristesse ordinaire (Alcoholic, She Just Wept). On retient son souffle avec Way to Fall, sa  paire piano et guitare évoquant Thom Yorke, de même sur Coming Down qui frôle l’état de grâce… Et même si sa voix éraillée est parfois bavarde (Lullaby, Fever), du haut de ses 20 ans James Walsh signe un premier opus enlevé et chaleureux. « Son, you’ve got a way to fall… »

Murcof – The Versailles Sessions

Sept ans après Martes, Murcof compose The Versailles Sessions, destinées au festival des « Grandes Eaux Nocturnes » du château de Versailles. Entouré de musiciens baroques, il transfigure les instruments et assène une première ruade avec Welcome to Versailles, où à des tamis sourds succèdent flûte et percussions fébriles… Le clavecin électrifié de Louis XIV’s Demons fiche la frousse, les doigts du roi squelettique luttant avec une horde de violoncelles ressuscités, un morceau de la trempe de Street Horrsing où des silences entretiennent le chaos entre deux déluges… Puis des chœurs dignes de Górecki prennent la main (A Lesson for the Future), un piano agonisant jusqu’à s’étouffer avant les affres lugubres de Death of a Forest,  relevées par une mezzo soprano crépusculaire… Spring in the Artificial Gardens foule les terres d’Earth et Lully’s « Turquerie » referme le bal comme il avait commencé, entre une flûte aérienne et un clavier désarticulé… Formant un amalgame hardi entre classique et electro, ces six saillies sonores laissent une trace intense et d’une cohérence que Murcof ne rééditera plus ; préférant par exemple singer Ligeti ou Satie sur l’album Statea paru en 2016.

Murcof – Martes

Murcof est un compositeur mexicain né en 1970 à Tijuana. Son père accordéoniste l’initie à la musique et le berce avec Bach, il découvre Oxygène à l’âge de 12 ans, fait ses armes en initiant divers projets combinant classique et electro… Paru en 2001, son premier album Martes aligne drones et cordes pulsées (Memoria), virées où le temps se fige (Marmol, Mapa)Maiz dont les gouttelettes colorent un paysage décharné que prolonge Mo, ses sonorités rappelant Susumu Yokota… Mir chaloupe et la poussière de Muim se disperse à l’infini ; entre 76:14 et Pale Ravine, Murcof installe son univers immense et perméable au prix d’une certaine attention, comme toute œuvre qui se respecte… Un complice précieux les soirs de gamberge, dont j’associe les bienfaits à mon ami Romain qui me l’a fait découvrir.

Spirit of Talk Talk

Vingt ans après Laughing Stock, ce double cd publié chez Fierce Panda prouve qu’il est possible de chanter Talk Talk à la place de Talk Talk… Signée du fidèle James Marsh, la pochette met immédiatement en confiance. Il n’y a pas non plus de seconds couteaux de la pop au générique, mais plutôt d’humbles aficionados réunis le temps de cet hommage à l’œuvre de Mark Hollis, où les surprises s’enchaînent à commencer par une reprise viscérale de Wealth par The Lone Wolf… Recoil dépouille Dum Dum Girl, ses cordes évoquant Björk ; puis transcende Inheritance dans une version ambient à la manière de Sylvain Chauveau… Préparé comme chez Pierre Bastien, le piano de Duncan Sheik dégrippe Life’s What you Make it dans un étonnant duo avec Rachael Yamagata ; folk à l’étouffée et sens de la rupture étant au rendez-vous de Give it up (King Creosote) ou The Rainbow (Zelienople). Côté inédit, Jack Northover fait mouche avec son bluesy Question Mark ; l’écrin se refermant en silence avec Taphead (The Acorn)… 30 morceaux revisitant l’histoire de Talk Talk sans effets de manche, dont la  sincérité rappelle Jacno Future paru un an plus tôt.

Tangerine Dream – Stratosfear

Composé en 1976, Stratosfear se démarque de ses prédécesseurs dès l’ouverture éponyme, où se succèdent des mélodies qu’aurait pu écrire Vangelis… Conservant une certaine dramaturgie, The Big Sleep in Search of Hades est envahi par une suite de flûtes champêtres, tandis que Froese s’exerce à la guitare 12 cordes façon Oldfield sur Invisible Limits… Avec sa scansion millimétrée où se dilate un harmonica, 3 A.M. at the Border of the Marsh from Okefenokee sauve la mise, son crescendo à l’orgue rappelant Tales of Mystery and Imagination ; une échappée nébuleuse comme chez Badalamenti sur ce disque où l’on assiste au crépuscule du rêve de mandarine, le groupe oscillant ensuite entre saynètes new age et musiques de films, loin des mystères de l’insondable Phaedra.

Tangerine Dream – Rubycon

Un an après le légendaire Phaedra, Tangerine Dream franchit le Rubycon en deux mouvements sobres et envoûtants. Façonné le long d’arpèges aussi répétitifs qu’imprévisibles, Rubycon Part. 1 évolue au gré de courants aérés, intuitifs annonçant une Part. 2 plus sombre, où des voix maussades se renvoient la balle et l’on rebondit contre des murs mous, engagés sans gouvernail dans un couloir réverbéré… Assimilé à « l’école de Berlin » et plus doux qu’un Yeti, paru la même année qu’Another Green World dont certains titres partagent le climat, Rubycon fait le vide le temps d’un voyage épuré dans l’espace ; à moins que ce ne soit vers le centre d’une goutte de lait bleue, en suspension sur la pochette et photographiée par Monique Froese.

Tangerine Dream – Phaedra

Formé à Berlin en 1967 par le compositeur allemand Edgar Froese, Tangerine Dream est un groupe de musique électronique précurseur du genre ambient. D’abord rattaché au krautrock entre Can et Kraftwerk, ce groupe à géométrie variable fait un détour par le rock psychédélique avant d’adopter un son caractéristique constitué de mellotron et autres synthés Moog, sous la houlette de Christopher Franke et Peter Baumann… Paru en 1974, leur cinquième album Phaedra propose une flânerie en quatre morceaux dont le titre éponyme occupait la première face du vinyle et où l’on se perd dans des abysses de boucles cosmiques, une jungle laconique rappelant Beaver & Krause… Plongée sans filtre vers les sources qui vont inspirer Jarre et où les marées se figent non loin du Devil’s Triangle avant de faire silence, pour une atmosphère unique aux respirations multiples.