Jean-Michel Jarre – Oxygène 14-20

40 ans après Oxygène et 19 ans après Oxygène 7-13, Jarre nous invite au troisième volet de son œuvre phare, qui devrait s’intituler Oxygène 14-20 et non « Oxygène 3 » ; une bourde sans doute liée à des considérations marketing mais l’on aurait espéré davantage d’intégrité de la part d’un des plus gros vendeurs de disques en France… Après une déambulation sur clavier tendre (Part 14), le Lyonnais revient aux vagues oxygénées (Part 15) et s’égare dans des bruissements (Part 16) vers l’incontournable 45 tours (Part 17), qui passe plutôt bien mais n’inondera pas les ondes comme l’avait fait Oxygène 4 avec Jean-Lou Lafont… Part 18 ne parvient pas aux talons d’Eno et il faut attendre la fin de l’album pour être vraiment rivé, Part 19 faisant écho à Oxygène 7 avec une pointe subliminale de Jacno Future (Alex Beaupain), enchaînée avec une mémorable Part 20 où la scène s’assombrit sur des orgues désaccordées, en écho à Oxygène 3… Il y a 19 ans le bond était saisissant, ici l’exercice est agréable sans apporter l’amplitude attendue d’une trilogie. Mais comme avec Jean-Michel Jarre il ne faut jurer de rien, peut-être nous réserve-t-il un quatrième volet pour fêter ses 90 ans ?

Jean-Michel Jarre – The Heart of Noise

Il en invite d’autres et il remet ça, un an après The Time Machine, Jarre aligne 18 nouveaux duos electro, démontrant avec une certaine insistance sa capacité à se mettre au goût du jour… Aux côtés de Rone, le morceau éponyme est tonique et condense une recette désormais bien rodée, la trance optimiste de Primal Scream fonctionne sur As One et les collages chers à The Orb ne sont pas trahis sur Switch on Leon ; Siriusmo servant un Circus acide et original… Côté déceptions, les Pet Shop boys abusent du vocoder et Gary Numan est en service minimum, Yello ne s’est pas foulé et Christophe a préféré chanter en anglais pour ses retrouvailles avec l’auteur des Mots Bleus… Exit est musicalement fracassant, mais la façon dont a été mis en scène le discours d’Edward Snowden est navrante, Jarre s’étant pris pour Robin Rimbaud… Avec son titre et ses gros sabots (Art of Noise a sans doute décliné l’invitation), son rabat prévu pour accueillir le précédent volume (au cas où on aurait oublié de l’acheter) et quelques ratés qui font tache, une impression de remplissage domine ce second volume.

Jean-Michel Jarre – The Time Machine

18 ans après sa dernière œuvre remarquable (Oxygène 7-13), Jarre propose 15 duos au sein de sa Time Machine, une compilation maison où à l’instar du Mix de Kraftwerk, monsieur est en contrôle de ses gimmicks, invitant de grands noms à pousser la chansonnette. L’affiche est alléchante et l’on est séduit par le morceau éponyme, une instrumentale soignée aux côtés de Boys Noize ; Close Your Eyes ne manque pas d’Air et Automatic fait mouche avec Vince Clarke ; Immortals où la puissance des Fuck Buttons ravit la vedette ; Moby signe un poignant Suns Have Gone et Conquistador de Gesaffelstein rappelle le générique de Watoo Watoo (si si), tandis que Tangerine Dream, très attendu avec Zero Gravity, a droit a un certain espace pour s’exprimer ; le Stardust du DJ Armin Van Buuren s’approchant des trances chères à VNV Nation… Au rayon des déceptions, Pete Townshend se la joue disco, Robert Del Naja s’est trop laissé truquer et Rely on Me est une parodie qui ne rend pas justice à la finesse de Laurie Anderson ; sur cette compilation stimulante et joliment produite, terminée par un duo atypique et feutré avec le pianiste Lang Lang.

Jean-Michel Jarre – Oxygène 7-13

En 1997, Jarre reprend Oxygène là ou il l’avait laissé 21 ans plus tôt, et ça file un vrai frisson dès la Part 7, comme si la carte de notre mémoire sonore s’actualisait de nouvelles voies, au sein d’une galaxie dont on pensait avoir fait le tour… Le tempo est accrocheur et la Part 8 confirme les retrouvailles avec une mélodie chaleureuse ; la Part 9 renoue avec les effluves évanescentes caractéristiques d’Oxygène, tandis que la Part 10 se veut tubesque sans ruiner l’ensemble, insérée dans une narration homogène… Les ramifications d’effets spatiaux des Part 11 et 12 font penser à In Sides, avant que la Part 13 ne termine ce voyage sans fausse note, le temps d’une rumba réussie. Avec une cohérence que l’on croyait définitivement perdue, Jarre a repris la main sur la technologie au profit d’une inspiration sereine et maîtrisée ; la pochette est signée Michel Granger, en clin d’œil à celle de l’album source qu’il avait déjà dessinée en 1976.

Jean-Michel Jarre – Chronologie

En 1993, Jean-Michel revient avec une Chronologie sévèrement marinée dans la synthpop et la house, en 8 parties dont la moitié sont difficilement écoutables en entier. Part 1 est une suite de pompes chorales à la Vangelis, convaincante et synthétisant de multiples envolées avant de s’achever sur un soupçon rappelant Equinoxe. Assisté de Patrick Rondat à la guitare électrique tendance heavy metal, Jarre égrène une mélodie sobre et mélancolique sur la Part 3, avant de s’essayer au turntablism sur la Part 5, à la façon de Rockit toutes proportions gardées. Le reste est noyé dans de la bouillie electro datée, truffée de tics et n’arrivant pas à la cheville du plus modeste album de Yello, loin des ambitions musicales d’Oxygène ou des Chants Magnétiques.

Imagineoir 56

Il n’y aura pas de cri
pas de larmes pas de
drame, pas de peur non ;
il y aura pire que tout ceci
quand elle sera partie.

Jean-Michel Jarre – En attendant Cousteau

Après Rendez-vous je me suis désintéressé de Jean-Michel Jarre pendant dix ans, jusqu’à son retour inspiré avec Oxygène 7-13. Entre les deux, le roi du synthé franco-français a multiplié les concerts géants et pondu quelques galettes douteuses, dont cet hommage à Jacques-Yves Cousteau paru en 1990… À renforts de steel drums, les trois Part de Calypso ressemblent à un bal de province le 14 juillet ; précédant le morceau éponyme de 46 minutes, dont on peut saluer l’initiative mais qui se révèle d’une platitude abyssale, avec son piano traînant et des effets new age plus propices à la narcolepsie qu’à la relaxation, le repiquage de samples du divin Zoolook n’arrangeant rien. Pour le grand large, je préfère les méandres d’Eddy Louiss à cette musique d’aquarium tellement flemmarde que l’on revient bredouille de notre visite sur la Calypso, où le Commandant a bien fait de ne pas venir.

Jean-Michel Jarre – Rendez-vous

Deux ans après Zoolook, Jarre a Rendez-vous avec les étoiles et entame un décollage délié aux accents symphoniques (Premier Rendez-vous), suivi d’un hymne en apesanteur où les orgues saluent la Terre de loin. Le Troisième Rendez-vous est recueilli, notes et nappes flânant comme une scie au ralenti ; il aurait pu être enchaîné directement avec le cristallin Cinquième Rendez-vous, tubulaire et surprenant avec son hiatus à la troisième minute, où Jean-Michel a condensé ses gimmicks favoris (chœurs artificiels, rythmes et arpèges) comme s’il allait en faire don aux extra-terrestres… Sous-titré Ron’s Piece, le Dernier Rendez-vous rend hommage à l’astronaute et musicien Ronald McNair, désintégré dans l’explosion de la navette Challenger en 1986, et qui devait y interpréter un morceau de saxo. C’est émouvant même si le cœur qui bat en arrière-plan est lourdaud, dans l’ensemble le voyage est attrayant mais pour le grand frisson interstellaire, on embarquera plutôt du côté de Holst ou Fripp & Eno.

Jean-Michel Jarre – Zoolook

Paru en 1984, Zoolook est un geste unique dans l’œuvre de Jarre, et s’il ne fallait conserver qu’un seul album ce serait celui-là. Composé de samples ethniques récoltés à travers le monde, les collages font mouche dès Ethnicolor I marqué par une certaine solennité, complété par la guitare slappée d’Adrian Belew dont la présence est étonnante tout au long du  disque… Il pleuviote sur Diva où la voix de Laurie Anderson continue de m’échauffer les sens, suivie de la détonation pêchue de Zoolookologie, galvaudée hélas par le Zénith de Canal+ pendant plusieurs années… La descente d’astronef de Wooloomooloo préfigure Rendez-vous et m’évoque Hooverphonic ; Zoolook étant un autre classique des génériques télévisés et précurseur de Hugues Le Bars… On rebondit dans la jungle de Blah-Blah Cafe avant la sortie en Ethnicolor II, une vignette discrète au clapotis japonisant… Tribal et aérien, le langage de Zoolook se rapproche autant de Medúlla que de Beaver & Krause, voire de Magma. Assimilable à de la world music deux ans avant Graceland, c’est enfin le dernier disque de Jarre dont la pochette soit remarquable, signée Mark Fisher.