Siouxsie & The Banshees – The Scream

Plus connue sous le nom de Siouxsie Sioux, Susan Janet Ballion est une chanteuse britannique née à Londres en 1957. Son père est alcoolique et la laisse orpheline à 14 ans, de son enfance difficile Siouxsie a gardé la référence aux costumes d’indiens Sioux avec lesquels elle jouait… Passionnée par la musique de David Bowie, elle rencontre Steven Severin en 1974 lors d’un concert de Roxy Music ; trois ans plus tard ils forment Siouxsie & The Banshees aux côtés de John McKay à la guitare et Kenny Morris à la batterie… L’album The Scream paraît en 1978, où en guise de table rase, Pure accorde les guitares pendant que Siouxsie ajuste sa voix dans une valse hallucinante. Le rythme de Jigsaw Feeling rappelle les meilleurs moments de Can ; une énergie qui se transmet à chaque morceau, la rage du chant ne cédant rien à la richesse mélodique (Carcass, Switch), à la limite de la dissonance sur la reprise de Helter Skelter et envoûtante sur Mirage ou Nicotine Stain… Un an après le tintamarre des Sex Pistols, l’irritante virtuosité de The Scream marque le début du post-punk et va inspirer les meilleurs albums de cold wave.

Jóhann Jóhannsson – Englabörn

Jóhann Jóhannsson est un compositeur et musicien islandais né à Reykjavik en 1969. Il apprend le piano à l’âge de 11 ans puis étudie la littérature avant de revenir à la musique en 1988 au sein des Daisy Hill Puppy Farm, un groupe de shoegaze repéré par John Peel… En 1999, Jóhannsson fonde Kitchen Motors, un laboratoire multidisciplinaire où tous les styles se mélangent lors de performances scéniques ; avant de publier son premier album trois ans plus tard, Englabörn qui sera réédité chez 4AD en 2007… Écrite afin d’illustrer une pièce de théâtre, l’œuvre se compose de morceaux courts pour quartet de cordes et percussions, Jóhann se chargeant du piano et des effets electro dont il use avec parcimonie… Filtrée et étirée, sa voix d’éther ouvre et referme ce périple minimaliste (Odi et Amo), les rythmes de Salfraedingur rappelant Moondog ; tandis que la boîte à musique de Colleen n’est pas loin (Bad et Karen Byr Til Engil)… On pense aussi aux violons de Murcof le long de ce voyage fusionnel combinant musique classique et ambient, et à Hector Zazou et ses Chansons des Mers Froides, auxquelles avait participé sa compatriote Björk.

Prince – Sign o’ the Times

Sorti en 1987, le neuvième album de Prince me rappelle mon voyage itinérant aux États-Unis, où je l’écoutais sur mon baladeur avec la même passion qu’Art of Noise ou The Cure. Double album de 80 minutes où les morceaux prennent le temps de s’étendre, le Kid revisitant ses racines rhythm’n blues en perfectionnant son funk, y ajoutant des trouvailles pop rock stimulantes… L’hédonisme est de mise avec Play in the Sunshine, à faire trembler les murs (Housequake) avant The Ballad of Dorothy Parker ; mais j’en retiens surtout It et sa rallonge electro parsemée de samples, décharge à obsessions avant de s’accorder sur d’autres façons de faire (Slow Love), tandis que les chœurs fouettés de U Got the Look font une place au rêve… Aussi fantasque que Little Richard, Prince brouille les cartes avec If I was your Girlfriend, qui s’ouvre sur la Marche Nuptiale de Mendelssohn et se poursuit par des désirs androgynes ; avant de mettre tout le monde d’accord avec une échappée jazzy (Adore)… Encensées par Robert Smith en 1989, les chansons de Sign o’ the Times recèlent leur lot de raffinements, comme un croisement réussi entre la soul de Parade et l’avant-gardisme de 1999.

Prince – Parade

Je découvre Prince en 1986, avec cet album qui est aussi la bande originale du film Under the Cherry Moon, tourné en France avec sa majesté dans le rôle d’un dandy… Christopher Tracy’s Parade ouvre en fanfare avant les synthés new wave d’I Wonder U et la voix suave de Wendy Melvoin ; puis le piano prend la main le temps d’un morceau co-écrit avec John L. Nelson, le père de Prince (Under the Cherry Moon). Tubesque et explicite avec sa giclée de saxo et son couplet en français, Girls & Boys précède une instrumentale douce (Venus de Milo) et les rythmes capiteux de Mountains, où la voix de Prince rappelle les Bee Gees… Le funk minimaliste de Kiss fait mouche, ses piaillements ajoutant du piquant avant un duo de guitare acoustique et piano concluant l’album sur une note mélancolique (Sometimes it Snows in April) ; Prince maitrisant une large palette d’émotions le long de ces 12 morceaux enchaînés avec brio, entre luxure et introspection. « Vous êtes très belle mama, girls and boys. »

Prince – Around the World in a Day

Septième album studio de PrinceAround The World in a Day paraît en 1985 et démarre avec ce même titre, installant une ambiance hippie où l’on communie à coups de petites cymbales au bout des doigts. Suit le psychédélique Paisley Park du nom de la résidence que le Kid va inaugurer deux ans plus tard pour produire sa musique, à l’image en plus modeste du « Neverland » de Michael Jackson… Le piano de Condition of the Heart fait des gammes confidentielles avant de nous faire fondre sous les violons de Raspberry Beret, où comment tomber amoureux d’un béret framboise d’occasion ; puis America s’en prend à la terre natale avec autant de fougue que Rammstein, son faux scratch sur vinyle et ses percussions typées, sa guitare endiablée… La rage adoucie de Pop Life m’évoque Poptones et déjà l’album se termine sur une touche de foi (The Ladder), mais le vice n’est jamais loin (Temptation) sur cet album intimiste où choisissant de ne pas surfer sur la vague de Purple Rain, Prince a gardé le contrôle de ses envies musicales.

Prince – Purple Rain

Deux ans après 1999, Prince joue son propre rôle dans le film Purple Rain, de son enfance tourmentée à l’ascension vers la gloire… Et si l’album du même nom en illustre les péripéties, au-delà de la bande originale chaque chanson laisse éclater un talent fou, excentrique et dont la synthèse le rapproche des meilleurs concept albums… Let’s go Crazy ouvre la danse dans un carpe diem funk et pêchu, suivi de Take me with U et ses arpèges de cordes, en chœur avec Apollonia Kotero qui tient également le second rôle dans le film… Lisa Coleman et Wendy Melvoin sont coquines dans une baignoire (Computer Blue), choristes essentielles déjà présentes sur 1999 ; enchaînées avec les jeux brûlants de Darling Nikki, où Prince termine la chanson à l’envers après avoir embrasé sa guitare… L’intro virtuose de When Doves Cry rappelle Jimi Hendrix, Baby I’m a Star file le rhythm’n blues avant de terminer sur le titre éponyme, Purple Rain et ses 8 minutes de slow sidérant, où Prince s’approprie la couleur pourpre dans un final indéfinissable entre blues, rock et musique classique… Sensuel et provocant, le « Kid de Minneapolis » transcende les genres et signe un des albums majeurs des années 80.

Prince – 1999

Musicien, auteur et interprète inclassable, Prince Rogers Nelson est né en 1958 à Minneapolis. Son père est pianiste et sa mère chanteuse de jazz, il apprend la guitare et monte un groupe à l’âge de 15 ans, avant d’être repéré par Warner qui lance son premier album en 1978… Quatre ans plus tard et autant de disques où s’affirme son style entre funk et pop, Prince publie le double album 1999. Il en assume la voix et les guitares, les claviers et même la batterie grâce à la Linn LM-1, l’une des premières boîtes à rythmes programmable de laquelle il saura extraire ces sons qui deviendront sa signature… Festif et futuriste, le morceau éponyme enterre le millénaire avec dix-sept ans d’avance, des rythmes syncopés se mariant bien aux paroles suggestives de Delirious et Let’s Pretend we’re Married… Long de 9 minutes, Automatic gémit sur une couette de guitares suivie de basse slapée ; j’aime aussi Something in the Water et son tempo fondu, sa voix réverbérée avant d’atterrir avec le slow aérien International Lover… Funky et audacieux comme Thriller qui sortira un mois plus tard, avec aussi des cris aigus et un sacré groove, 1999 n’est pas près d’être daté.

Imagineoir 70

A l’arracheuse :
– J’ai longtemps eu plus de dents que d’ans. Et vous ?
L’arracheuse :
– Allons monsieur, ne faites pas l’enfant…
Son assistante, un petit aspirateur en main :
– Hi hi !

Stan Getz & Kenny Barron – People Time

Stan Getz est un musicien de jazz américain né à Philadelphie en 1927. Il apprend le saxophone ténor à l’âge de 15 ans puis fait ses armes au sein des Four Brothers, un groupe californien qui fera connaître le jazz West Coast, mélange de bebop à la Charlie Parker dont certaines envolées font penser à Debussy… Il fait carrière aux côtés des plus grands, de Chet Baker à Oscar Peterson, enregistre à tour de bras jusqu’à cet ultime double album en 1991, People Time avec le pianiste Kenny Barron. Où leurs instruments se donnent la réplique et se superposent dans des versions longues de Night and Day, Gone with the Wind ou Hush-a-Bye ; c’est improvisé mais pas une note ne dépasse car Stan ne se départit jamais de sa coolitude, tandis que des applaudissements sporadiques rappellent qu’il s’agit d’un concert enregistré à Copenhague… Un plan-plan parfait pour s’initier au jazz sans sortir de la route, en préparant ses oreilles pour les manœuvres autrement géniales de Keith ou de Herbie.