Wolfgang Amadeus Mozart – Symphonies n°40 et 41

Composée en 1788, la Symphonie n°40 de Mozart s’ouvre avec un Molto Allegro inscrit dans le cerveau reptilien du mélomane, juste à côté de l’incipit de la Cinquième de Beethoven. Mozart a 32 ans et produit en seulement deux mois une œuvre balancée entre allégresse et mélancolie, tel un oiseau se posant sur une branche pour en repartir aussitôt, en quête de l’arbre idéal… Torchée dans la foulée, la Symphonie n°41 est plus dramatique et annonce la gravité de Don Giovanni, surnommée « Jupiter » pour sa propension à déclencher la foudre et le tonnerre, tout en protégeant la cité…  Sous la direction de Charles Mackerras et l’Orchestre de Prague, ce disque paru chez Telarc rend à merveille la clarté d’une musique évidente, dont les harmonies coulent de source entre nos oreilles, tout en effaçant les rides sur notre front.

Wolfgang Amadeus Mozart – Sonates pour Piano n°1, 2 et 3

Né à Salzbourg en 1756, Wolfgang Amadeus Mozart est un compositeur de musique classique autrichien. Son père Léopold, violoniste et professeur, le met au clavecin a l’âge de 5 ans, un an plus tard Wolfgang compose ses premières œuvres et part pour une tournée européenne de quatre ans, où ses talents impressionnent au clavecin, au violon et à l’orgue… Bridé dans sa créativité par les mœurs en vigueur chez ses employeurs successifs, Mozart se lie d’amitié avec Joseph Haydn avant de tenter sa chance à Munich puis Paris… Écrites à l’âge de 18 ans, les Sonates pour Piano paraissent chez Erato en 1991 et sont interprétées par Alexeï Lubimov au pianoforte, dont la sonorité entre clavecin et piano moderne apporte un son franc et délicat, permettant d’entrer en rondeur dans l’univers d’Amadeus sans avoir l’impression de faire un effort, au contraire des premiers contacts avec la musique de Beethoven ou de Bach. J’écoute souvent Mozart lorsque j’écris mais c’est en tant que bruit de fond intelligent, atemporel ; interactif.

St Germain – Tourist

Plus connu sous le nom de St Germain, Ludovic Navarre est un compositeur de musique électronique français né en 1969 à Saint-Germain-en-Laye. Féru de jazz et de hip hop, il est d’abord DJ dans les clubs parisiens puis se fait connaître avec le single Alabama Blues, suivi de l’album Boulevard en 1995, paru sur le label de A Reminiscent Drive… Associé à la french touch aux côtés d’Air et de Dimitri From Paris, son second opus Tourist voit le jour en 2000 chez Blue Note et démarre par Rose Rouge aux percussions lancées à toute allure, ses paroles répétées en boucle sur fond de piano tendu ; un leitmotiv que l’on retrouve avec So Flute où c’est une flûte qui part en vrille, le piano répétant les deux mêmes accords… Le tama d’Idrissa Diop s’invite sur Latin Note et colore le xylophone d’une touche de world, Land of plutôt porté par les échos du trompettiste Pascal Ohse… Servi dans un digipack élégant, embossé où l’on voit la Seine parisienne dans les années 20, Tourist est un classique qui sonne à part, jazz avant d’être electro et que je situerais entre Pat Metheny et Eric Truffaz, idéal pour décrasser ses oreilles. « I want you to get together… »

David Holmes – Let’s Get Killed

David Holmes est un DJ et compositeur de musique électronique irlandais né à Belfast en 1969. Il mixe dès 15 ans dans les clubs locaux, gagne sa croûte comme coiffeur, cuisinier puis gérant du club Sugar Sweet, où Orbital s’est produit avant d’écrire le morceau Belfast sur leur premier album… Holmes se met à composer en 1992 et publie un album trois ans plus tard chez Go! Beat, le label de Portishead ; puis se fait remarquer en 1997 avec Let’s Get Killed, un périple downtempo largement instrumental, entre étendues trip hop et samples urbains où il donne la parole à des sans-abris, des dealers et des prostituées (Head Rush on Lafayette, Freaknik) : autant d’incrustations sans filtre rappelant f♯a♯∞ mais aussi CODY… Il détourne James Bond (Radio 7) avant Don’t Die Just Yet où un sample de Melody Nelson termine cette heure où le jazz n’est pas en reste, à écouter entre une gorgée de Lounge Station et une tranche de Solaar.

György Ligeti – Double Concerto pour Flûte/Métamorphoses Nocturnes/Musica Ricercata…

Né en Roumanie en 1923, György Ligeti est un compositeur de musique classique contemporaine. Après des études à Budapest, il s’exile à Vienne en 1956 et rejoint Karlheinz Stockhausen à Cologne… Ce disque paru chez BIS démarre avec le Double Concerto pour Flûte, composé en 1972 aux accents mystérieux, réminiscents du Lux Æterna écrit six ans plus tôt et que Stanley Kubrick avait popularisé dans A Space Odyssey ; tandis que le Premier Quatuor à Cordes (Métamorphoses Nocturnes) rend hommage à son compatriote Bartók… Mais ce sont surtout les onze mouvements du Musica Ricercata qui rendent cet album passionnant, eux aussi immortalisés par Stanley dans son dernier film Eyes Wide Shut. Où des mélodies minimalistes effleurent ou percutent un piano stupéfait, sous les doigts de la tchécoslovaque Eva Nordwall… S’il admirait Steve Reich, Ligeti n’a pour autant jamais embrassé la musique sérielle, se situant plutôt entre l’obscurité de Stockhausen et le charme de Philip Glass.

Jefferson Airplane – Surrealistic Pillow

Groupe américain précurseur du rock psychédélique, Jefferson Airplane voit le jour en 1965, dans la foulée des Doors et de Pink Floyd. Avec Marty Balin et Signe Anderson au chant, Paul Kantner et Jorma Kaukonen aux guitares et Bob Harvey à la basse, ils se font connaître dans les festivals de la côte ouest et publient leur second album en 1967, Surrealistic Pillow où Grace Slick a remplacé Anderson, dont la voix signe le tube Somebody to Love qui me fait penser à Mariska Veres car je l’ai découverte bien avant ; tandis que le chant de Comin’ Back to Me transporte vers la galaxie de Tom Rapp, à l’origine d’un autre groupe indispensable créé en 1965… My Best Friend foule la terre des Byrds et Today décolle vers les ambiances pastorales de David Crosby ; avant la paire gagnante Embryonic Journey et White Rabbit, qui se suivent et se complètent dans l’inconscient collectif, résumant ce disque entre envolées folk et ricochets rock.

Imagineoir 71

Si la lumière ouvre l’œil, elle se cogne à l’oreiller. Mâche un éclair. Il fait jour sous les poutres apparentes. Rêve, réveil arrêtés. Bouche sèche.