Axelle Red – À tâtons

Au rayon des disques que j’écoute en cachette (à côté de Joe Dassin ou Daniel Bélanger), j’appelle la douce Fabienne Demal. Née en Belgique en 1968 et plus connue sous le nom d’Axelle Red, cette chanteuse francophone publie son premier 45 tours à l’âge de 14 ans ; suivi d’un album en 1993 et qui la fait connaître au-delà du plat pays… Enregistré à Memphis en 1996, son second opus À tâtons transforme l’essai, concentré de sensualité pop et qui la consacre jusqu’en France. C’est après avoir vu Le Cousin d’Alain Corneau que je suis tombé sous le charme, sa chanson poignard À Quoi ça Sert ouvrant le film avec une intensité rarement vue au cinéma… Sincère quand elle évoque l’enfance (C’était) et faussement oisive quand elle voit passer la vie sur une terrasse (Mon Café) ; tendre ou nostalgique (Rien que d’y Penser) Axelle touche avec sa voix feutrée entre arrangements jazz et funk. Un albums qui me fait penser à Cargo Lady et se termine par un duo avec Isaac Hayes, caché une minute après le dernier morceau.

Pixies – Doolittle

Formés à Boston en 1986, les Pixies sont un groupe de noise pop américain. Le guitariste Joey Santiago et le chanteur Black Francis se rencontrent deux ans plus tôt à l’université, recrutent David Lovering à la batterie et Kim Deal au chant ; publient Surfer Rosa chez 4AD en 1988. Paru l’année suivante, Doolittle aligne 15 titres dépassant rarement les 3 minutes, dominés par des riffs nerveux et une batterie rock qui va à l’essentiel, associés à des mélodies allant de soignées à brutales… Sur des morceaux comme Tame ou Crackity Jones, le chant est possédé comme un Cobain qui reconnaîtra leur apport au grunge ; dans un style crooner, La La Love You percute avec sa guitare sixties tandis que Mr. Grieves et No. 13 Baby m’évoquent les White Stripes avant l’heure… À surfer ainsi entre lyrisme et charivari, les Pixies ont percé dans la foulée de Sonic Youth ; sans vraiment se rapprocher des univers inspirés de leurs aînés Bauhaus ou Television.

Gary Numan – The Pleasure Principle

Moins d’un an après Replicas, Gary Numan dissout Tubeway Army et signe son premier album solo ; conserve Paul Gardiner à la basse et s’adjoint l’alto de Chris Payne ainsi que la batterie de Cedric Sharpley… L’instrumentale Airplane ouvre The Pleasure Principle avec moins de guitare et plus de claviers, une boîte à rythmes ; un violon électrique (Complex) puis un piano ambient (Tracks)… Le dialogue futuriste de Conversation n’est pas sans rappeler Big Science sorti trois ans plus tard, les pochettes des deux albums ayant l’air de se répondre ; le tube Cars est convaincant même s’il n’a pas l’ampleur d’Autobahn dont il s’est inspiré, en définitive les morceaux se suivent et se ressemblent, bien calibrés synthpop et je leur préfère les surprises de Replicas, ce dernier me renvoyant à l’ineffable Reproduction paru la même année.

Gary Numan – Replicas

Gary Numan est un chanteur et compositeur de musique électronique britannique. Né à Londres en 1958, il est passionné de science-fiction et apprend la guitare avant de développer un univers narratif où sa voix sobrement synthétisée se mêle à des arrangements soignés, dans la lignée d’Ultravox et Depeche Mode… En 1978, il rencontre le bassiste Paul Gardiner et forment Tubeway Army, publient un premier album confidentiel avant d’être révélés avec Replicas, paru l’année suivante chez Beggars Banquet. Trois morceaux rendent cet album précieux : Me! I Disconnect From You, I Nearly Married a Human et Down in the Park où Gary manie le Minimoog comme si c’était Neu! Avec la batterie syncopée de Jess Lidyard, You are in my Vision rafraîchit par son côté punk ; du côté des inédits sur la réédition cd parue en 1997, j’aime la longue résonance de We Have a Technical… Maquillé comme un cyborg et aussi aisément identifiable que Bowie (on pense à Low en écoutant ce disque) ; le visage de Numan en couverture de Replicas annonce le charme original de ce disque… « You know I hate to ask, but are friends electric? »

The Velvet Underground – VU

Parue en 1985, l’anthologie VU regroupe dix morceaux inédits du Velvet Underground enregistrés entre 1968 et 1969. Doug Yule est à la basse et même au chant sur le paisible She’s my Best Friend, pour le reste ce sont John Cale et Lou Reed qui font le show, le premier avec une Stephanie Says mélancolique et Temptation Inside Your Heart où l’on entend rire et des bribes de dialogues, une porte qui claque ; le second avec une Lisa Says délurée et Ocean dont les cymbales imitent le bruit des vagues avant de s’écraser sur les rochers… Avec son célèbre vumètre en couverture (dans le rouge bien entendu), VU résume l’esprit d’un groupe aussi à l’aise dans les balades folk que les écarts psychédéliques, qui se referme avec le chant rare de la batteuse Maureen Tucker sur l’attachant I’m Sticking With You.

The Velvet Underground – The Velvet Underground & Nico

Lou Reed et John Cale se rencontrent à New York en 1964 et forment The Velvet Underground l’année suivante, un groupe de rock psychédélique américain précurseur de la musique punk et indie… Avec Sterling Morrison à la basse et Maureen Tucker aux percussions, Andy Warhol apprécie leur fureur scénique et les produit aux côtés de la chanteuse allemande Christa Päffgen, dite Nico et dont le nom a été accolé en 1967 au titre éponyme de leur premier album « à la banane. » Elle y interprète entre autres Femme Fatale ou All Tomorrow’s Parties, un morceau envoûtant entre son léger accent allemand et la guitare Ostrich de Lou Reed, dont toutes les cordes ont été accordées en ré… Heroin est du voyage mais aussi Venus in Furs et The Black Angel’s Death Song avec John Cale au violon électrique ; pour finir sur les accords d’European Son d’abord empruntés à Chuck Berry avant de se transformer en une impro garnie de larsens… Des Talking Heads à Iggy Pop en passant par Wayne Coyne ou Brian Ferry, le son art rock du Velvet en a influencés plus d’un.

Scott Walker – The Drift

Après nous avoir laissé onze ans pour ouvrir l’huître Tilt (si l’on excepte sa participation au sous-estimé Pola X de Leos Carax, aux côtés de Sonic Youth), Scott revient avec The Drift où se condensent ses humeurs bilieuses depuis la charge guerrière de Cossacks Are à une tempête de percussions où du vent et un ouragan recouvrent les mots (Clara) ; des violons tempérant le noir puis le réamplifient avec le chant de Vanessa Quinones ; l’ambiance claustrophobique se répétant avec Jolson and Jones… Le bugle de Cue n’est pas fait pour rassurer et des enfants couinent sur Hand Me Ups, des mains clappent avant le goutte à goutte électrique de Buzzers ; d’autres installations sévissant sur Psioratic, chocs de barres métalliques avec une voix qui chevrote et une flûte sourde à toute rumeur, tandis que The Escape et son harmonica chétif préparent à l’agonie d’un canard égosillé, ténébreux avant les susurrements d’A Lover Loves… Paru chez 4AD en 2006, le cd est accompagné d’un livret fastueux où l’on découvre les obsessions de Walker dont le chant semble porter tous les malheurs du monde ; musicalement sans équivalent, cette dérive est une tabula rasa striant nos pauvres certitudes.