Herbie Nichols – The Complete Blue Note Recordings

Herbie Nichols est un pianiste et compositeur de jazz américain né à New York en 1919. Il étudie d’abord la musique classique puis intègre des orchestres de jazz à Harlem ; admirateur de Thelonious Monk autant que de Bartók ou Chopin, il enregistre son premier album en 1955 chez Blue Note : The Prophetic Herbie Nichols (en deux volumes), suivi de Herbie Nichols Trio l’année suivante. En avance sur son temps et emporté par une leucémie à l’âge de 44 ans, ses compositions élégantes et complexes ne lui permettent pas d’être reconnu de son vivant, dont on retrouve une grande partie sur cette anthologie parue chez Blue Note et qui reprend les trois disques précités, agrémentés de nombreux inédits… Avec Art Blakey à la batterie, j’aime les accélérations impromptues de Step Tempest puis Dance Line m’évoque Duke Ellington ; parmi d’autres morceaux de haute volée (Hangover Triangle, Sunday Stroll) ou plein d’allant (Applejackin’). Le choix éditorial de faire suivre certains titres de leur version alternative est malhabile car il aurait été moins monotone de les découvrir en annexe ; mais c’est un moindre mal qui ne saurait gâcher notre plaisir de savourer le jeu rare et flegmatique, délié de Herbie.

Serge Rachmaninov – Concerto pour Piano n°2/Rhapsody/Symphonie n°2…

Né à Semionovo en 1873, Serge Rachmaninov est un compositeur et pianiste russe. Il apprend la musique dès l’âge de 4 ans, entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg cinq ans plus tard et écrit sa première symphonie à 24 ans, mais elle ne rencontre pas le succès et Serge entre en dépression pour plusieurs années. Il parvient à composer son Concerto pour Piano n°2, créé en 1901 et qu’il interprète lui-même, salué par le public et marquant un nouveau départ. Une œuvre en trois parties sinueuses, du Moderato tourmenté à l’heureux Allegro en passant par un Adagio convalescent ; évoquant le propre passé de Rachmaninov et présente sur ce double cd paru chez Deutsche Grammophon, enregistrée en 1959 avec le pianiste Sviatoslav Richter. La Rhapsodie sur un Thème de Paganini est également présente avec Vladimir Ashkenazy au clavier, ses mouvements mélancoliques comme Janacek se colorant soudain à la façon de Saint-Saëns ; ainsi que la Symphonie n°2 écrite en 1907, où clarinettes et violons livrent un combat flamboyant, sous la direction de Lorin Maazel et de l’Orchestre Philharmonique de Berlin.

Stevie Wonder – Talking Book

Né dans le Michigan en 1950, Stevie Wonder est un chanteur et compositeur américain. Du rhythm’n blues à la soul en passant par le funk, sa musique appartient à tous ces genres mais son style et sa voix son inimitables, cultivés depuis l’enfance où il apprend le piano, l’harmonica et le chant… Il signe son premier disque à 12 ans, chez Motown où il se fait appeler « Little Stevie » et devient une vedette quelques années avant Michael Jackson. Une dizaine d’albums plus tard, il publie Talking Book en 1972 et utilise alors couramment les instruments qui font sa patte : You are the Sunshine of my Life et son piano Rhodes, le clavinet Hohner de Superstition ; sans oublier le super synthé TONTO qui occupait une pièce entière, précurseur de la musique électronique et mis en scène deux ans plus tard dans le film Phantom of the Paradise… Alors oui, Stevie c’est de l’easy listening et je vibre davantage lorsque c’est Herbie qui manie le Moog ; mais nos oreilles ont parfois besoin de miel et dans ces moments-là, Tuesday Heartbreak ou I Believe sont de sacrés baumes.

Dif Juz – Extractions

Paru en 1985, le premier album de Dif Juz s’ouvre sur une large plage jazz signée du batteur Richard Thomas, saxophoniste à ses heures (Crosswinds). Puis les guitares se chevauchent en vagues pas trop froides (Silver Passage), avant Last Day et son synthé très Eno… Chanté par la douce Elizabeth, Love Insane infuse comme une tasse de rooibos au coin du feu ; avant de savourer les textures veloutées d’Echo Wreck. Aussi originales que Section 25 et Harold Budd réunis, ces Extractions contrastées entre ambient et cold wave s’achèvent avec un Twin & Earth remuant et abrasif… Un opus qui m’évoque aussi les multiples facettes du collectif This Mortal Coil, emblématique des choix du label 4AD et à laisser décanter sans précipitation.

The Rowallan Consort – Notes of Noy, Notes of Joy

The Rowallan Consort est un duo de musique classique écossais créé en 1994 par le luthiste Robert Phillips et le harpiste William Taylor. Publié cette même année chez Temple Records, Notes of Noy, Notes of Joy réunit vingt-quatre titres remontant au XVIè siècle en puisant aux sources du folklore écossais. Avec Come my Children Dere, la soprano Mhairi Lawson insuffle la bonne humeur indispensable aux chants dits joyeux (Joy) ; à l’aise aussi dans le registre des élans tristes (Noy) sur Lyk as the Dumb Solsequium ou bien le magnifique For Lov of One, une charge partagée avec le ténor Paul Rendall qui lui ne s’égaie guère (Defiled is my Name, Lyk as the Lark ; Depairte, depairte…) Ponctué d’instrumentales cristallines où le luth et la harpe celtique nagent entre deux eaux, ce voyage initiatique combinant folk et classique est un prélude idéal à une virée chez les Cocteau Twins.

Hovercraft – Experiment Below

Formé en 1993 à Seattle par le guitariste Ryan Shinn et le bassiste Beth Liebling, Hovercraft est un groupe de musique post rock américain. Ils se font connaître lors de performances scéniques où leurs instrumentales sont associées à des projections d’expériences en tout genre ; publient leur premier album Akathisia en 1997 puis Experiment Below l’année suivante, rejoints par le batteur Ric Peterson… Les glissandos de Phantom Limb rappellent l’univers échevelé de Liars et Transmitter Down ou Wire Trace pulsent comme Tortoise ; moins convaincants lorsqu’ils flirtent avec Sonic Youth (Endoradiosonde) mais célestes dans un ultime décollage space rock (Epoxy) ; ils partiront en tournée aux côtés de Add N to (X) et formeront un autre groupe avec Mary Hansen en 2000 ; seront remixés par DJ Spooky avant de disparaître de la circulation, nous laissant ce disque incontestable.

Bob Marley & The Wailers – Uprising

Bob Marley est un chanteur et musicien jamaïcain né à Nine Miles en 1945. Il déménage adolescent à Kingston, apprend à chanter et publie un premier single à 17 ans (Judge Not), puis rejoint The Wailers aux côtés de Junior Braithwaite, Peter Tosh et Bunny Wailer. Leur style est alors rocksteady, entre le ska et le reggae qu’ils vont populariser au-delà des frontières à partir de 1973, avec les albums Catch a Fire et Burnin’ … Paru en 1980, leur huitième et dernier opus Uprising résume leur musique alors universellement reconnue, aux accords syncopés et où derrière des influences blues rock, le rythme binaire à la basse est aussitôt reconnaissable, le chant de Bob alternant avec les chœurs (Coming in From the Cold). Le clavinet Hohner d’Earl Lindo sur We and Them m’évoque Stevie Wonder et les cowbells animent le paysage du Zion Train ; avant les arrangements mythiques de Could You Be Loved et sa cuíca brésilienne… Pourfendeur des injustices, le chant fraternel de Bob « rastafari » Marley incarne l’aspiration à la liberté (Redemption Song). Il ne survit pas à un cancer généralisé en 1981 mais sa musique est à l’abri des modes ; et pour prolonger l’espoir on pourra écouter Winston McAnuff.