Camille Saint-Saëns – Symphonie n°3/Danse Macabre/Le Déluge

En 1886, le Carnaval des Animaux à peine achevé Saint-Saëns termine sa Symphonie n°3. Articulée en trois mouvements héroïques, dont les fameuses orgues du Maestoso Allegro qui prend aux tripes et poursuit la noble mission de faire découvrir la musique classique aux plus jeunes, son thème ayant été repris dans le film Babe, permettant à cette symphonie de connaître un destin télévisuel posthume, similaire aux Toccatas de Bach dans les années 80… Orchestré par Daniel Barenboïm, ce disque inclut aussi la caressante Danse Macabre qui reprend le thème des Fossiles du Carnaval, un extrait de l’opéra Samson et Dalila et un Déluge aussi sinueux que La Moldau… Paru en 2002 chez Deutsche Grammophon, ce cd au son étincelant met en relation directe avec le talent convivial de Camille Saint-Saëns.

Camille Saint-Saëns/Sergei Prokofiev – Le Carnaval des Animaux/Pierre et le Loup

À l ‘occasion d’un mardi gras de 1886, Camille Saint-Saëns compose et interprète Le Carnaval des Animaux, puis interdit toute représentation de cette fantaisie jusqu’à sa mort… 23 minutes de musique classique concentrée, tellement abordable qu’il s’agit souvent du premier disque que l’on entend à l’école. Chacun se souvient des Poules et Coqs où les unes picorent et les autres se pavanent, du temps qui s’étire sous les pattes des Tortues et des inoubliables bonds de Kangourous au piano ; de la clarinette signalant le Coucou au Fond des Bois ou encore la grâce du violoncelle incarnant Le Cygne, sans oublier l’enchanteur Aquarium : inépuisable cascade de doigts sur piano et glockenspiel, hélas souvent galvaudé à la radio par des faiseurs de jingles sans imagination… Une autre paresse éditoriale consiste à faire précéder cette œuvre sur cd du Pierre et le Loup de Sergei Prokofiev, écrit en 1936 et où d’autres animaux gambadent autour d’un gamin et d’un canidé ; conte primesautier qu’il vaut mieux écouter sans narration, pour ne pas se priver du plaisir d’y apposer ses propres variations.

Camille Saint-Saëns – Concertos pour piano n°3 et 5

Camille Saint-Saëns est un compositeur français né à Paris en 1835. Enfant surdoué au piano, il interprète en public le Concerto pour piano n°3 de Beethoven à l’âge de 11 ans. Admiré par Berlioz et Ravel, il décroche à 22 ans le poste d’organiste en l’église de la Madeleine, où il restera durant vingt ans… Composé en 1869, son Concerto pour piano n°3 combine audaces harmoniques et envolées brasillantes, avec un Andante splénétique au milieu. Sous la baguette d’André Prévin, ce disque contient également le Concerto n°5 dit « L’Égyptien », écrit par Saint-Saëns en 1896. Qui s’écoule d’abord tranquillement, cordes et bois amplifiant bientôt une flânerie se parant de couleurs orientales, jusqu’à l’apothéose du mouvement Molto allegro, où le piano flambe sous les doigts de Jean-Philippe Collard.

Thomas Bangalter – Irréversible

Né à Paris en 1975, Thomas Bangalter est un compositeur de musique électronique français surtout connu pour avoir fondé Daft Punk en 1993. Un an après leur second album Discovery, il signe en solo la bande originale d’Irréversible, le second et dérangeant long métrage de Gaspar Noé. Aussi sublime qu’insupportable, ce film a marqué les esprits de ceux qui ont eu le cran de le voir jusqu’au bout. Sa violence et sa virtuosité détrônent Orange Mécanique, la force de son scénario n’étant pas faite pour plaire à tout le monde… Indissociable du film, la bande son sculpte et renforce la dramaturgie voulue par Noé, lancinante le long d’Outrage et d’Outrun tandis que Ventura/Into the Tunnel s’insinue à la manière d’un ver solitaire… Paris by Night ne rassure pas et Désaccords ouvre un puits sans fond, The End bouclant la boucle avec ce trou blanc qui laisse le spectateur sonné pour longtemps, Irréversible étant le seul film où tout est mal qui finit bien… Mahler et Beethoven apportent leur touche atemporelle, il y a même le brave Etienne Daho qui a dû se demander ce qu’il foutait là.

Tears for Fears – Songs from the Big Chair

Deux ans après leur premier et puissant opus The Hurting, les Tears for Fears reviennent avec l’album qui va les révéler au grand public : Songs from the Big Chair et les incontournables Shout et Everybody Wants to Rule the World… S’il n’a pas grand-chose à voir avec son prédécesseur, ce disque renferme de bons moments avec le piano de The Working Hour secondé d’un saxophone bien tempéré, I Believe ou la ballade d’Orzabal en hommage à Robert Wyatt, enchaînée avec la paire Broken-Head over Heels suivie d’une reprise live de Broken pour un medley joliment étagé… Désormais plus proches de Duran Duran que des Cure qu’ils étaient brièvement parvenus à tutoyer, les Tears for Fears signent un album on ne peut plus respirable. « Funny how time flies… »

Tears for Fears – The Hurting

Membres fondateurs des Tears for Fears, un groupe de new wave britannique formé en 1981 dans le Somerset, Roland Orzabal et Curt Smith se connaissent depuis tout petits. Tous deux guitaristes, claviers et chanteurs, ils se nomment Tears for Fears en référence à la thérapie primale d’Arthur Janov, où l’on part de son présent pour remonter à la naissance en passant par les souvenirs, afin de faire émerger des souffrances refoulées… Paru en 1983, leur premier et courageux concept album suit ces préceptes à la lettre, entre le titre éponyme The Hurting et Start of the Breakdown, dix chansons s’enchaînent où rien ne nous est épargné de la folie des hommes avec Mad World et sa guitare au rasoir, précédant Pale Shelter annoncé à la manière de Pornography, la voix recueillie de Curt évoquant Talk Talk sur Ideas as Opiates et Memories Fade… Les accords entêtants de Watch Me Bleed, l’amitié évanouie (Change) ou encore The Prisoner hurlant au comble du tourment : le propos est poignant de bout en bout, avec un sens certain du crescendo… Le livret contient les paroles, et elles sont recommandées pour suivre ce voyage dans l’enfer de l’enfance, le temps d’un disque à la surface trompeuse.

Howard Shore & Ornette Coleman – Le Festin Nu

Compositeur et saxophoniste canadien, Howard Shore est né à Toronto en 1946. Avant d’être adulé pour sa participation au Seigneur des Anneaux, on lui doit les bandes originales d’After Hours de Scorsese ou d’Ed Wood de Tim Burton, mais aussi des meilleurs films de son compatriote David Cronenberg : Scanners, Vidéodrome puis Le Festin Nu en 1992. Inspiré du roman Naked Lunch de William S. Burroughs, c’est l’histoire d’un écrivain qui rédige des rapports hallucinés sous l’emprise d’une drogue destinée à tuer les cafards… Un film azimuté où les machines à écrire saignent et parlent, fait de collages à l’image de ce disque où alternent la musique raisonnée d’Howard Shore (Naked Lunch, The Black Meat) et la fougue d’Ornette Coleman, saxophoniste américain né en 1930 et précurseur du free jazz, ponctuant de sa touche débridée les scènes les plus surréalistes (Bugpowder, Intersong et le sombre Writeman).

Little Richard – King of Rock’n Roll

Little Richard est un pianiste et auteur-compositeur-interprète américain né en Géorgie en 1932. Élevé dans la religion au sein d’une fratrie de douze, il s’initie au gospel et interprète des standards de rhythm’n blues dans les bars locaux. À 19 ans, il quitte sa famille qui désapprouve ses mœurs et son excentricité, puis enregistre ses premiers singles sur le label RCA. Son plus célèbre succès arrive en 1955, Tutti Frutti qu’il a chantonné par hasard entre deux séances d’enregistrement, considérée comme l’une des premières chansons de rock’n roll… Parue en 1990, la présente anthologie regroupe ses 30 plus grands succès. Aussi proche de James Brown avec Chain of Fools que du roc Chuck Berry avec She’s Got it, la plupart des titres de Little Richard ne ressemblent qu’à lui-même : Lucille qui n’en finit pas de monter dans les aigus, Keep a Knockin’ et son saxo déchaîné, Slippin’ and Slidin’ habitée par ses gimmicks gutturaux, facétieux comme Bo Diddley… Avant d’avoir été trempée dans la guimauve d’Elvis Presley, la musique de Little Richard était vraiment pionnière. « Wop bop a loo bop a lop bam boum ! »