Spring Heel Jack – Disappeared

Formé à Londres en 1993 par le claviériste John Coxon et le guitariste Ashley Wales, Spring Heel Jack est un groupe de musique électronique britannique. Après s’être fait connaître dès 1995 avec une série d’albums drum and bass et avoir collaboré avec EBTG sur le titre Walking Wounded, leur musique prend un tour plus personnel en incorporant jazz et séquences trip hop… La tendance est palpable dès le premier morceau de l’album Disappeared paru en 2000, avec Rachel Point dont la rythmique industrielle est parsemée de touches saxophonées, et plus encore dans Disappeared 1 & 2, où la clarinette de John Surman a été conviée  pour une paire d’instants contemplatifs… Trouble & Luck démarre en acoustique puis se transforme en périple urbain à la Prince Blimey, avant la pièce maîtresse To Die a Little qui me rappelle la montée au climax de Disquiet ; Wolfing terminant sur une touche musclée cet opus innovant et moelleux comme Truffaz.

Seefeel – Quique

Au rayon des boucles qui tournent en rond sans provoquer l’ennui, j’appelle le groupe de musique électronique britannique Seefeel ; créé à Londres en 1992 par le guitariste Mark Clifford, le bassiste Mark Van Hoen, le batteur Justin Fletcher et la chanteuse Sarah Peacock. Publié en 1993, leur ep More Like Space est remixé par Aphex Twin, suivi la même année de leur premier album Quique où Climactic Phase 3 a l’air de creuser un tunnel vers la Lune, tandis que Polyfusion m’évoque StereolabIndustrious a deux ans de retard sur Loveless mais Plainsong s’insinue avec la même persuasion qu’un album des Cocteau Twins ; la sensualité de Charlotte’s Mouth fait référence à la fille de Gainsbourg et les claviers de Filter Dub installent une ambience à couper au couteau avant de se perdre dans la forêt psychédélique de Signals… Moins techno que The Field et plus incarné qu’Autechre, Quique est addictif et légèrement vénéneux, parfait pour halluciner quand ce n’est pas la saison des champignons.

Maserati – Pyramid of the Sun

Deux ans après Inventions for the New Season, Maserati travaille à son prochain album lorsque le batteur Jerry Fuchs perd la vie dans un accident d’ascenseur. Pyramid of the Sun paraît l’année suivante et lui rend hommage, les partitions de batterie ayant été enregistrées avant son décès, où les synthés tourmentés de Who Can Find the Beast oscillent entre Tangerine Dream et She Wants RevengeWe Got the System to Fight crève le plafond et Ruins sature sous une chape de plomb avant de s’écraser au ralenti, précédant les arpèges d’Oaxaca proches d’Oxygène 7-13. Un disque profond où l’absent plane au-dessus des guitares hypnotiques, qui se termine avec Bye M’Friend, Goodbye dont l’introduction rappelle Kids in America tandis que des chœurs inédits disent au revoir à l’infortuné ; présenté dans un digipack aux tons bistres, accompagné de photos saturées de soleil sur papier glacé.

Maserati – Inventions for the New Season

Maserati est un groupe de post rock américain formé en 2000 à Athens autour des guitaristes Coley Dennis et Matt Cherry, du bassiste Steve Scarborough et du batteur Phil Horan. Après un premier album autoproduit ils signent chez Kindercore, publient The Language of Cities en 2002 et je suis séduit par leur style instrumental délayé, proche de GYBE! Trois ans plus tard ils recrutent Jerry Fuchs à la batterie, dont le style apporte une touche psychédélique que l’on découvre en 2007 avec Inventions for the New Season, dès le premier titre où cinq minutes de guitares progressives précèdent un boulevard gonflé à bloc par cette nouvelle force de frappe… 12/16 m’évoque étrangement Where I End and you Begin avant de déployer ses cordes façon U2, à renforts de réverb sur The World Outside et Synchronicity IV ; ce dernier sonnant comme un clin d’œil à The Police… Pêchu et ardent, tendre aussi avec Kalimera, cet opus sans paroles ressemble à une soirée privée dans sa tête à danser.

Michel Polnareff – La Compilation

Né à Nérac en 1944, Michel Polnareff est un chanteur et compositeur français. Son père est pianiste et parolier pour Edith Piaf, qui l’initie au classique et Michel entre au Conservatoire où il ne s’épanouit guère, quitte sa famille et subsiste de petits boulots, chante dans la rue avant d’être repéré avec La Poupée qui fait non qui lui ouvre les portes d’un premier album : il accepte à condition que Jimmy Page soit à la guitare… Les succès s’enchaînent avec Love Me, Please Love Me puis Le Bal des Laze aussi inspiré que Manset ; Âme Caline candide et enflammé, sa voix haut perchée lui autorisant toutes les audaces. Son style vestimentaire fait jaser, ses lunettes noires destinées d’abord à protéger ses yeux ; on le compare à Bowie et pour ma part je le découvre en 1981, j’ai 12 ans et repasse en boucle le 45 tours Je t’aime ; et plus encore sa face B qui contient l’indémodable Tam Tam… Quatre ans plus tard, Y’a Que Pas Pouvoir Qu’on Peut me fait penser à Gotainer ; en 1990 Goodbye Marylou donne envie d’allumer son minitel avant LNA HO, chanson oulipienne en lettres à épeler… Une carrière mémorable entre Dutronc et Gainsbourg, à retrouver sur ce double cd paru en 1991. « LHO LHO OLNA… »

Ben Harper – Welcome to the Cruel World

Ben Harper est un auteur-compositeur-interprète américain né à Claremont en 1969. Il apprend la guitare grâce à ses grands parents qui possèdent un magasin de musique, assiste à un concert de Bob Marley à l’âge de 9 ans puis perfectionne son jeu à la slide guitar en s’inspirant des chansons de Robert Johnson… Paru en 1994 après une apparition remarquée aux Trans Musicales de Rennes, son premier album Welcome to the Cruel World distille des chansons engagées où se mêle le blues et la folk, le reggae avec Like a King qui rend hommage à Rodney King, tristement célèbre pour avoir été victime de violences policières en 1991… Complainte révoltée à la slide guitar, Whipping Boy me rappelle Neil Young et How Many Miles Must We March essaie de changer le monde ; avant I’ll Rise où accompagnée aux chœurs par Maya Angelou, une voix pleine de soul s’élève au nom des humbles. Un disque lucide et lyrique, à écouter entre Ry Cooder et Geoffrey Oryema. « But don’t you lead me, I won’t follow you… »

Taraf de Haïdouks – Bandits d’honneur, chevaux magiques et mauvais œil

Formé en Roumanie en 1990, Taraf de Haïdouks est un groupe de musiciens originaires de Clejani, une province au sud de Bucarest. Entre tradition et renouveau, ils sont une vingtaine à perpétuer la musique tzigane des Balkans entre le violon et l’accordéon, la flûte de pan et le cymbalum, surnommé « piano tzigane » et utilisé aussi par Portishead… Paru en 1994, un an après leur participation au film Latcho Drom de Tony Gatlif qui les a révélés en France, l’album Bandits d’honneur… démarre avec Spune Spune Mos Batrîn, une chanson paysanne qui m’évoque l’allant bon enfant des Frères Morvan ; le violon virtuose d’Azi Eram Frumoasa rappelant les Hongrois de Muzsikás… Aux dires des propos nourrissants contenus dans le  livret, la danse de noce Geampare a été modernisée et offre une palette rythmique riche en péripéties ; avant la flûte primesautière de l’instrumentale Doina Si Cîntec ou encore l’accordéon chagrin de Duba Duba Si Hora, un « chant de prison » proche des paysages sonores de Bregovic. Ça dure 76 minutes et c’est authentique comme Le Forestier, ça me rappelle une semaine passée à randonner sur les montagnes de Bulgarie.

Tuxedomoon – Half-Mute/Scream With a View

Tuxedomoon est un groupe de new wave américain formé à San Francisco en 1977 par le saxophoniste Steven Brown et le guitariste Blaine L. Reininger. Issus de la scène punk, ils recrutent le batteur Peter Principle et se font connaître sur scène, en particulier aux côtés de Devo… Publié en 1980 chez Ralph Records qui a également lancé Yello cette même année, leur premier album Half-Mute se compose de dix morceaux en partie instrumentaux, parmi lesquels Nazca au saxo ou Fifth Column et sa basse cold wave, le synthé sur Tritone évoquant The Human League… On pense aussi aux improvisations de John Lurie avec 59 to 1, avant une voix comme celle de Brian Eno sur What Use? et ses rythmes en dents de scie… La réédition de cet album en cd s’accompagne des quatre titres de l’ep Scream With a View paru en 1979, entre litanies façon Can et ambiances monocordes à la PiL ; pour un ensemble avant-gardiste et dépouillé, à écouter de temps en temps pour déconfiner ses certitudes.