The Smiths – Meat is Murder

Formé à Manchester en 1982 par le guitariste Johnny Marr et le chanteur Patrick Morrissey, The Smiths est un groupe de rock indépendant britannique. Rejoints par Andy Rourke à la guitare basse et Mike Joyce aux percussions, ils publient leur premier album éponyme deux ans plus tard… Paru en 1985, Meat is Murder contient dix chansons et autant de classiques habités par un couple guitare et basse virtuose, entre folk et new wave combiné à la voix particulière de Morrissey, reconnaissable entre toutes et dont les textes valent d’être parcourus grâce au livret accompagnant l’album… Derrière la légèreté de The Headmaster Ritual se cachent les abus de l’école à l’ancienne et Rusholme Ruffians se raccroche aux branches de l’enfance, avant la complainte existentielle des accords traînants de How Soon is Now? La dernière chanson éponyme est aussi la plus féroce, qui pourrait passer pour une ballade anodine si elle ne dénonçait pas la carnivorie avec une sincérité convaincante. « This beautiful creature must die, death for no reason is murder… » Poétique et engagé, Meat is Murder est un must.

Hauschka – Abandoned City

Paru en 2014, Abandoned City est un album de musique classique contemporaine signé Hauschka. Avec son titre et sa silhouette d’immeuble décharné en couverture, l’affiche est alléchante mais dès Elizabeth Bay on se croirait plutôt chez René Aubry, et si les cordes accidentées siéent bien à l’idée que l’on se fait de Pripyat, sa rythmique policée évoque moins la désolation que le fond sonore de bureaux en open space ; et pour se remémorer l’apocalypse on réécoutera plutôt Bashung… Les alanguissement de Who Lived Here convoquent l’esprit des Durutti Column, puis Agdam et Thames Town se mettent à sautiller tandis que le piano métallisé de Craco oscille à tout-va ; et c’est un peu dommage d’avoir perdu en route le ruissellement, la tambouille à l’étouffée qui faisait le charme de Ferndorf… Alors si l’on cherche des disques où le temps se suspend pour de bon, on ira plutôt fureter chez Chauveau, Rachel’s ou Górecki.

Hauschka & Hilary Hahn – Silfra

Quatre ans après Ferndorf, Hauschka poursuit ses explorations pour piano préparé en invitant la violoniste Hilary Hahn sur ce disque qui emprunte son nom à une faille rocheuse située en Islande… Clock Winder fait jaillir les ressorts du temps et Adash me rappelle le Finale du Rouge de Preisner ; les 12 minutes de Godot permettant une tirade où se côtoient la finesse de Mark Hollis et la moiteur de Murcof, dont chaque nouvelle écoute donne le temps d’imaginer les déviations opérées sur les cordes du piano… Rigoureux comme Steve Reich, Draw a Map n’en demeure pas moins imprévisible, Sink renverse nos sens et Rift permet au duo d’épancher de larges coulées souterraines… Enregistrées à Reykjavik, tour à tour dépouillées et nerveuses les partitions de Silfra bousculent la frontière entre musique classique et expérimentale. Le livret est chaud, orné d’illustrations d’Iker Spozio sur papier glacé.

Hauschka – Ferndorf

De son vrai nom Volker Bertelmann, Hauschka est un compositeur allemand né en 1966. Il apprend le piano dès l’âge de 8 ans, envisage un temps de devenir médecin et forme à 26 ans un groupe de hip hop avec son cousin, avant de revenir au piano en 2004, où il publie son premier album Substantial. Quatre ans plus tard, Ferndorf voit le jour sur le label FatCat Records et propose 12 morceaux où les touches tressaillent (Blue Bicycle) puis s’apaisent sous l’effet d’un violoncelle (Morgenrot). Sont-ce des cuillers à café qui ornent les cordes de Rode Null, avec des violons dansant autour comme chez Nyman mais en moins lisse ? Les trombones en fanfare de Freibad évoquent Sufjan Stevens et il y a du Comelade derrière les cliquetis de Heimat ; mais aussi violoncelle traînant (Nadewald) et glissements sur la neige (Eltern, Neuschnee) le long de ce disque homogène et enveloppant, qui fait parfois penser à Decodex avant de s’éteindre dans un murmure.

The Police – Live Atlanta

Enregistré à Atlanta en 1983, cet album live paru douze ans plus tard reprend de nombreux morceaux de Synchronicity dont il assurait la promotion. Mais les standards ne sont pas oubliés et Sting sait faire monter la mayonnaise, qui n’hésite pas à étendre la durée des tubes le temps d’entonner quelques refrains supplémentaires avec son public (Message in a Bottle, De Do Do Do, De Da Da Da et surtout Can’t Stand Losing You). Des chœurs inédits apparaissent sur Spirits in the Material World ; c’est un live où les enchaînements font mouche et si les morceaux ne connaissent pas d’envolées spectaculaires à la Led Zeppelin, leur patine sonore les rend authentiques sans faire doublon avec les versions studio.

The Police – Synchronicity

Cinquième album de The Police, Synchronicity paraît en 1983 et marque le retour à un son plus rock, où les guitares font le show façon big band (Synchronicity I & II) et ne confirment pas le tournant new wave entrevu avec Ghost in the Machine. Pour autant, avec sa ligne de contrebasse Every Breath you Take est un monument de fluidité, et les premières mesures de Wrapped Around your Finger font resurgir les images du clip où Sting déambule entre des couloirs de bougies ; Walking in your Footsteps et Tea in Sahara se drapant dans la world music… Cette même année, Sting joue un rôle dans Dune, un film mineur de David Lynch, tandis que les tensions augmentent au sein du groupe qui se sépare avant d’avoir achevé leur prochain album, le roi Sting ayant décidé d’aller bander à part.

The Police – Ghost in the Machine

C’est avec Ghost in the Machine que j’ai découvert The Police, en particulier le single Spirits in the Material World et son inoubliable intro de batterie, synthé et guitare basse. « Our so-called leaders speak » suivi du tintement sur le verre… L’apparition des claviers donne à ce quatrième album une tonalité plus sombre, des nappes diffuses d’Invisible Sun militant pour la paix dans le monde au piano crescendo d’Every Little Thing she Does is Magic… Avec Hungry for You, Sting s’amuse à chanter en français et c’est tout aussi réussi qu’avec les Stranglers « Tout le monde est à moi, je l’ai gagné dans un jeu de cartes… » ; il s’est aussi mis au saxo sur Rehumanize Yourself ou Demolition Man, pour terminer en beauté avec l’initiatique Secret Journey dont les vapeurs obscures glissent vers Darkness… Moins froid qu’OMD et plus mainstream que The Human League, sans laisser décliner son identité The Police a pris en douceur le virage de la new wave. La pochette en témoigne, elle est géniale et montre le trio stylisé à la manière d’un affichage de calculatrice.  « Life was easy when it was boring… »

The Police – Zenyattà Mondatta

Deux ans après le très abouti Reggatta de Blanc, pour leur troisième saison Sting & Co remettent peu ou prou les mêmes ingrédients à leur menu. Ça démarre avec Don’t Stand so Close to Me, où Sting évoque les passions adolescentes à travers ses souvenirs d’ancien professeur, se mettant lui-même en scène le temps d’un clip qui passait en boucle dans les années 80… Driven to Tears crie famine et Canary in a Coalmine est faussement léger, j’aime les atmosphériques Voices Inside my Head et Shadows in the Rain ; l’instrumentale Behind my Camel est parfaite mais The Other Way of Stopping tient plutôt du remplissage, tandis que De Do Do Do, De Da Da Da fait penser à Ob-La-Di, Ob-La-Da… Alors oui, le trio est au top et ça fonctionne, mais la recette pourrait lasser.

The Police – Reggatta de Blanc

Second album de Police, Reggatta de Blanc paraît en 1978. Le titre éponyme est une instrumentale garnie d’envolées vocales rappelant Masoko Tanga ; sobre et déliée, la basse de Sting ponctue Bring on the Night et fait aussi l’essentiel du boulot sur Deathwish, épaulée par une batterie syncopée… Il y a du Madness dans les chœurs qui déchantent d’On Any Other Day et The Bed’s Too Big Without You est d’une belle évidence ; je ne me lasse pas de Does Everyone Stare et son étonnant piano, où le chant d’abord posé est rejoint par un bref extrait d’opéra, sans oublier Message in a Bottle et Walking on the Moon qui se passent de commentaires… Un peu reggae mais pas vraiment new wave, avec un zeste de post punk et une clarté sonore remarquable, l’alchimie policière opère et la plupart des morceaux s’imposent encore quarante ans après.