The Orb – The Orb’s Adventures Beyond the Ultraworld

The Orb est un groupe de musique électronique formé à Londres en 1988 par Alex Paterson et Jimmy Cauty, ce dernier s’étant déjà illustré au sein du KLF. Leurs compositions ambient sont prisées par les DJ ; ils publient The Orb’s Adventures Beyond the Ultraworld chez Island en 1991, un double concept album truffé d’emprunts, de collages et qui propose un voyage sonore et spatial de presque deux heures… Avec ses onomatopées, Little Fluffy Clouds est guilleret avant Earth dont la voix typée rappelle Welcome to the Pleasuredome ; puis le temps se dilate comme si l’on avait changé de galaxie, les morceaux s’allongent et nous promènent entre dub et breakbeat, qui prennent leur temps comme un film de Kubrick vers The Back Side of the Moon, une seconde allusion à Pink Floyd après avoir repris à l’intérieur du livret la photo de la Battersea Power Station, devenue célèbre depuis qu’elle a été utilisée en couverture de l’album Animals… Un trip fabuleux à vivre au casque tous écrans éteints, qui se termine avec un mix de vingt minutes dont les résonances annoncent Twoism et 76:14.

Peter Hammill – The Future Now

Né à Ealing en 1948, Peter Hammill est un chanteur, guitariste et compositeur britannique. Après une incursion en 1968 au sein du groupe de rock progressif Van der Graaf Generator, il démarre une carrière solo et enchaîne les albums jusqu’à The Future Now signé chez Charisma, le label des premiers disques de Genesis… Hammill déclame autant qu’il chante entre les rasades de saxo de Pushing Thirty, dans un style qui fait penser à Zappa tout comme Trappings et ses chœurs baroques… La basse de The Second Hand swingue avec des ruptures de ton surprenantes ; le violon de Graham Smith sur If I Could m’évoque Scott 4 avant l’ensorcelant titre éponyme, un hymne au présent sous forme de prière lyrique… Mediaeval met en présence de chœurs gothiques, de martèlements avec un clavier comme chez Fripp ; tandis que les percussions de A Motor-Bike in Afrika semblent tout droit échappées de chez Can avant The Cut et ses cordes triturées, son chant emmêlé… Apprécié par John Lydon et doté d’une voix que j’ai parfois l’impression de retrouver avec Gong ; Peter Hammill est un ovni nécessaire.

Nina Simone – Wild is the Wind

Nina Simone est une chanteuse, compositrice et pianiste de jazz américaine née en Caroline du Nord en 1933. Elle s’implique très jeune dans la chorale de son église, apprend le piano et découvre la musique de Bach, donne un premier récital à l’âge de 12 ans… Dix ans plus tard, elle chante Porgy and Bess dans les clubs de Philadelphie, puis à New York où elle affirme son jazz vocal et publie un album en 1958, dont le premier morceau Mood Indigo est signé Duke Ellington… Huit ans plus tard, son sixième opus Wild is the Wind met en jambes avec I Love Your Lovin’ Ways et ses chœurs rhythm’n blues, suivi de Four Women où s’accompagnant d’un piano métronomique, Nina dénonce les préjugés liés à sa couleur de peau. Lilac Wine rend tout chose et permet de diluer les saignements du cœur (Break Down and Let it all Out, If I Should Lose You) avant la voix grave et lascive de Wild is the Wind sur cet album balancé entre blues, jazz et gospel ; qui laisse en héritage une musique dont se sont réclamées Lana del Rey, Elizabeth Fraser ou Amy Winehouse. « I love your lovin’ ways, yes I do… »

The White Stripes – White Blood Cells

Formé en 1997 à Detroit par le chanteur et guitariste Jack White et la batteuse et pianiste Meg White, The White Stripes est un groupe de rock américain. Meg récite des poèmes en public tandis que Jack fait déjà partie d’un groupe punk, ils se fréquentent et se marient pour quatre ans, font leurs débuts sur la scène locale underground et publient un premier album éponyme en 1999… Leur plus gros succès arrive en 2003 avec Seven Nation Army sur l’album Elephant, son riff devenu aussi célèbre que Smoke on the Water depuis qu’il a été adopté par certains supporters de football… Deux ans plus tôt, White Blood Cells avait déjà fait sensation pour sa simplicité ravageuse ; où Jack enchaîne seize vignettes nerveuses (Hotel Yorba, The Union Forever, Now Mary) pour ne pas dire grunge (Fell in Love with a Girl), avec de grandes saillies comme le monologue existentiel de Little Room ou le sibyllin I Think I Smell a Rat… Il y a aussi un joli souvenir d’enfance (We’re Going to be Friends), où les Beatles ont l’air d’être dans la même cour de récré sur ce disque sans guitare basse et néanmoins pêchu, brut comme Coxon et lo-fi comme Herman Düne.

Richard Strauss – Une Symphonie Alpestre

Montagnard dans l’âme, Richard Strauss s’installe dans les Alpes bavaroises en 1908 où il compose sept ans plus tard Une Symphonie Alpestre, aux accents nietzschéens vingt-et-un ans après Ainsi Parlait Zarathoustra.  L’œuvre est scindée en vingt-deux parties mais s’exécute sans interruption, comme un seul plan-séquence du lever au coucher du soleil, décrivant une marche vers les sommets… Flûtes et clarinettes sont des oiseaux, violons et harpes rendent palpables les ruisseaux, cors et trombones soulignent les embûches avant la conquête du pic ; la vue est magique mais déjà il faut redescendre car le brouillard se lève, l’orage gronde puis la tempête, rendus de façon saisissante grâce à l’héliophone, un instrument qui reproduit le son du vent déjà utilisé par Mozart ou Wagner… Enregistrée en 1981 par Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin, Une Symphonie Alpestre propose une randonnée méditative et palpitante qui me fait penser à la Symphonie n°2 de Philip Glass ; où l’air se raréfie en affûtant nos sens, l’âme assagie tandis que nous regagnons la plaine.

This Mortal Coil – Filigree & Shadow

Deux ans après It’ll End in Tears, This Mortal Coil revient avec un double album dans la lignée du précédent, éthéré à souhaits et constitué de 25 morceaux dont 13 instrumentaux… The Jeweller touche d’entrée avec le chant voluptueux de Dominic Appleton, suivi d’Ivy and Neet sans paroles puis Meniscus dont la guitare me rappelle Michael Brook. Au rayon des reprises, Come Here my Love de Van Morrison ploie sous les distorsions et Morning Glory de Tim Buckley ne manque pas de délicatesse ; en revanche on se serait passé des gros sabots de I Want to Live ou de Drugs au sein de ce patchwork qui a perdu l’unité des débuts, où ce sont plutôt les instrumentales qui sont marquantes avec en guise de joyaux Thaïs I et Thaïs II, ainsi que A Heart of Glass interprété par Ivo Watts-Russell… Trop dilué pour être inévitable, Filigree & Shadow ne manque pourtant pas d’appâts et peut très bien s’écouter à l’apéritif.

This Mortal Coil – It’ll End in Tears

Créé en 1984 par le fondateur du label 4AD, Ivo Watts-Russell, This Mortal Coil est un projet collectif regroupant plusieurs groupes de cold wave, parmi lesquels Cocteau Twins et Dead Can Dance. Leur premier opus paraît la même année, It’ll End in Tears où la basse de Simon Raymonde impose son tempo indolent (Kangaroo, The Last Ray) ; avec Elizabeth Fraser incandescente dans la reprise de Song to the Siren que l’on retrouvera dans Lost Highway treize ans plus tard, suivie de l’instrumentale Fyt qui aurait pu elle aussi illustrer un film de Lynch… De la new wave dépouillée comme on aime, dream pop avant l’heure où comme un poisson dans l’eau, Lisa Gerrard apporte sa touche gothique avec Waves Become Wings puis Dreams Made Flesh ; avec l’incursion notable de Colin Newman et son Not Me, plutôt post punk au cas où l’on se serait assoupi dans les limbes.

Maxime Le Forestier – L’Écho des Étoiles

Né à Paris en 1949, Maxime Le Forestier est un auteur-compositeur-interprète français. Sa mère est musicienne, il se produit un temps aux côtés de sa sœur Catherine puis sort son premier album en 1972 ; cette même année il est en première partie des concerts de Brassens à Bobino… Chanteur engagé, il marque les esprits avec Né Quelque Part en 1988, douze ans avant L’Écho des Étoiles qui condense la quintessence du poète, dont les textes co-écrits avec Boris Bergman offrent des plages musicales où se mêlent joie et réflexion… Du silence céleste sur le titre éponyme au Petit Nuage sur Amsterdam où l’on croise Van Gogh, des magnifiques Chevaux Rebelles en écho au lion encagé des Lumières de Manset ; la musique ratisse large depuis les percussions world aux petits arrangements entre violons, Maxime assurant la guitare acoustique… Et si certains titres sont moins convaincants (Rue Darwin, Affaire d’État), la quête tonique de L’Homme au Bouquet de Fleurs met tout le monde d’accord dans sa rôderie entre espoir et solitude sur ce disque flagrant de sincérité, où je pense à Thiéfaine autant qu’à Jonasz et à Bashung. « Celle qui me connaît et qui m’aime quand même… »