St Germain – Tourist

Plus connu sous le nom de St Germain, Ludovic Navarre est un compositeur de musique électronique français né en 1969 à Saint-Germain-en-Laye. Féru de jazz et de hip hop, il est d’abord DJ dans les clubs parisiens puis se fait connaître avec le single Alabama Blues, suivi de l’album Boulevard en 1995, paru sur le label de A Reminiscent Drive… Associé à la french touch aux côtés d’Air et de Dimitri From Paris, son second opus Tourist voit le jour en 2000 chez Blue Note et démarre par Rose Rouge aux percussions lancées à toute allure, ses paroles répétées en boucle sur fond de piano tendu ; un leitmotiv que l’on retrouve avec So Flute où c’est une flûte qui part en vrille, le piano répétant les deux mêmes accords… Le tama d’Idrissa Diop s’invite sur Latin Note et colore le xylophone d’une touche de world, Land of plutôt porté par les échos du trompettiste Pascal Ohse… Servi dans un digipack élégant, embossé où l’on voit la Seine parisienne dans les années 20, Tourist est un classique qui sonne à part, jazz avant d’être electro et que je situerais entre Pat Metheny et Eric Truffaz, idéal pour décrasser ses oreilles. « I want you to get together… »

David Holmes – Let’s Get Killed

David Holmes est un DJ et compositeur de musique électronique irlandais né à Belfast en 1969. Il mixe dès 15 ans dans les clubs locaux, gagne sa croûte comme coiffeur, cuisinier puis gérant du club Sugar Sweet, où Orbital s’est produit avant d’écrire le morceau Belfast sur leur premier album… Holmes se met à composer en 1992 et publie un album trois ans plus tard chez Go! Beat, le label de Portishead ; puis se fait remarquer en 1997 avec Let’s Get Killed, un périple downtempo largement instrumental, entre étendues trip hop et samples urbains où il donne la parole à des sans-abris, des dealers et des prostituées (Head Rush on Lafayette, Freaknik) : autant d’incrustations sans filtre rappelant f♯a♯∞ mais aussi CODY… Il détourne James Bond (Radio 7) avant Don’t Die Just Yet où un sample de Melody Nelson termine cette heure où le jazz n’est pas en reste, à écouter entre une gorgée de Lounge Station et une tranche de Solaar.

György Ligeti – Double Concerto pour Flûte/Métamorphoses Nocturnes/Musica Ricercata…

Né en Roumanie en 1923, György Ligeti est un compositeur de musique classique contemporaine. Après des études à Budapest, il s’exile à Vienne en 1956 et rejoint Karlheinz Stockhausen à Cologne… Ce disque paru chez BIS démarre avec le Double Concerto pour Flûte, composé en 1972 aux accents mystérieux, réminiscents du Lux Æterna écrit six ans plus tôt et que Stanley Kubrick avait popularisé dans A Space Odyssey ; tandis que le Premier Quatuor à Cordes (Métamorphoses Nocturnes) rend hommage à son compatriote Bartók… Mais ce sont surtout les onze mouvements du Musica Ricercata qui rendent cet album passionnant, eux aussi immortalisés par Stanley dans son dernier film Eyes Wide Shut. Où des mélodies minimalistes effleurent ou percutent un piano stupéfait, sous les doigts de la tchécoslovaque Eva Nordwall… S’il admirait Steve Reich, Ligeti n’a pour autant jamais embrassé la musique sérielle, se situant plutôt entre l’obscurité de Stockhausen et le charme de Philip Glass.

Jefferson Airplane – Surrealistic Pillow

Groupe américain précurseur du rock psychédélique, Jefferson Airplane voit le jour en 1965, dans la foulée des Doors et de Pink Floyd. Avec Marty Balin et Signe Anderson au chant, Paul Kantner et Jorma Kaukonen aux guitares et Bob Harvey à la basse, ils se font connaître dans les festivals de la côte ouest et publient leur second album en 1967, Surrealistic Pillow où Grace Slick a remplacé Anderson, dont la voix signe le tube Somebody to Love qui me fait penser à Mariska Veres car je l’ai découverte bien avant ; tandis que le chant de Comin’ Back to Me transporte vers la galaxie de Tom Rapp, à l’origine d’un autre groupe indispensable créé en 1965… My Best Friend foule la terre des Byrds et Today décolle vers les ambiances pastorales de David Crosby ; avant la paire gagnante Embryonic Journey et White Rabbit, qui se suivent et se complètent dans l’inconscient collectif, résumant ce disque entre envolées folk et ricochets rock.

Imagineoir 71

Si la lumière ouvre l’œil, elle se cogne à l’oreiller. Mâche un éclair. Il fait jour sous les poutres apparentes. Rêve, réveil arrêtés. Bouche sèche.

Ismaël Lô – Jammu Africa

Ismaël Lô est un chanteur et musicien sénégalais né au Niger en 1956. Il étudie les arts et apprend la guitare, l’harmonica et rejoint le groupe Super Diamono en 1974, avant de démarrer une carrière solo dix ans plus tard… De trois ans l’aîné de Youssou N’Dour, il partage avec lui son goût pour la musique mbalax et enchaîne les albums, rencontre le succès lorsque Pedro Almodóvar inclut sa chanson Tajabone dans le film Tout sur ma Mère en 1999. Parue en 1996, l’anthologie Jammu Africa reprend ce titre poignant, avec son harmonica et ses cordes feutrées ; parmi 13 morceaux sobres (Jammu Africa, Khar) et colorés (Sofia, Dibi Dibi Rek), engagés (Raciste, Samba et Leuk) ou poétique sur Without Blame, en duo avec Marianne Faithfull qui chante la femme libre… Entouré d’un orchestre capable de faire danser et pleurer à la fois, avec ses chœurs généreux et une trompette chaloupée, des tam-tams discrets, Ismaël Lo ne sait pas tricher.

Travel Electro

Remarquable parce qu’elle intègre Mustt Mustt, le remix de Nusrat Fateh Ali Khan par Massive Attack, cette compilation parue en 2004 recèle d’autres pépites : Tribalistraz d’Alexandre Scheffer et ses rythmes proches de The Shamen ; Deia d’Electro Mana pour un chill sous les néons de l’heure bleue ; Possibly of Love par Vernon & Dacosta comme un Yokota amphétaminé… J’aime aussi la guitare hispanisante de Latin Flavor (Kunkanzazenjii), les flûtes indiennes signées Infernal (Adeel) ou encore le groove ibérique de Redfish (Ultimo Amore), futuriste façon Rah Band… Ke Dolor de Santos est à écouter dans un bus quand on a le dos bloqué, sans passer à côté des pulsations bluffantes de St Germain (Percussion), enchaînées avec The Truffle Tribe de Mane et qui mettent l’Afrique à l’honneur, à la manière de Daphni sur ce disque passe-partout mais revigorant.

Högni – Two Trains

Ex-membre du groupe de trip hop islandais Gus Gus, Högni Egilsson publie son premier opus solo en 2017, Two Trains dont l’introduction évoque les textures de son compatriote Jóhann Jóhannsson. Des cordes piquetées d’electro quadrillent Shed your Skin, suivi de Komdu Með où le chant dérive vers un espace instable comparable à Overgrown ; mais la clé de voûte de cet aller simple se signale au niveau de Crash, autour duquel tout l’album semble avoir été construit et qui relate une embardée, un accident vécu de l’intérieur dont le mélange de sutures classiques et avant-gardistes prend aux tripes… Le folklore rugueux d’Óveðursský rappelle la majesté de Weiland sur ce disque attrayant malgré sa tendance à l’éparpillement, comme chez Plan B avec lequel il partage certaines intonations de voix sur Break-up ou Moon Pitcher.