Toto – Toto IV

Formé en 1976 à Los Angeles par deux amis d’enfance, David Paich aux claviers et Jeff Porcaro à la batterie, Toto est un groupe de soft rock américain. Leur premier album éponyme rencontre le succès dès l’année suivante, mais c’est trois ans plus tard que Toto IV va les porter au pinacle, au point d’être conviés à l’enregistrement de Thriller… Ça commence par Rosanna et se termine avec Africa, entre les deux pas grand-chose à se mettre sous la dent tant ce disque est aujourd’hui daté, sa production portée par une ribambelle de musiciens évoquant Foreigner en plus mou… Reste Rosanna et son solo au synthé comme si l’on venait de gagner une coupe du monde, un tube avec trompettes et chœurs qui jubilent, parfaitement calibré pour la bande fm ; et puis Africa qui m’a fait conserver cet album, dont les percussions font toujours mouche, sa flûte et ses xylos, son chant exalté rendant hommage à l’Afrique avec la même sincérité que les Chemical Brothers vingt ans plus tard.

Herbie Hancock – Future Shock

Une flopée d’albums après Head Hunters, en 1983 Herbie Hancock passe sans transition du RnB à l’electro avec Future Shock que j’ai découvert à l’âge de 14 ans, grâce à un ami dont c’était l’un des premiers vinyles. Son titre phare m’a toujours fasciné, Rockit et ses sons venus d’ailleurs, précurseurs de l’electro mais aussi du scratching vingt ans avant Birdy Nam Nam… Les samples tribaux d’Earth Beat ont un côté world rappelant Zoolook et la basse slappée d’Autodrive revient au jazz avec son long solo de piano, avant de conclure par un morceau funk interprété par Lamar Wright (Rough) au milieu d’aboiements exaltés… Dessinées par David Em, les vagues de pixels en couverture de l’album participent de l’ambiance avant-gardiste de ce disque incontournable.

Herbie Hancock – Head Hunters

En 1973, après les égarements audacieux de Sextant, Hancock synthétise sa verve dans un album qui fera date, Head Hunters du nom donné à la nouvelle formation dont il s’est entouré pour l’occasion ; qui va inspirer une génération de hip hoppers de Dr. Dre à RZA… Le premier quart d’heure est Chameleon, traversé par sa célèbre ligne de basse exécutée sur un clavier ARP Odyssey et suivi par un gracieux solo au piano Rhodes ; un périple enthousiaste où les percussions de Bill Summers et Harvey Mason, le saxo de Bennie Maupin ne laissent aucune place à l’ennui… Non moins fameux, Watermelon Man démarre par des sifflements dans des bouteilles doublés par la basse de Paul Jackson ; coucous et flûtes, petits cris se chargeant d’installer une ambiance équatoriale qui donne envie de danser comme James Brown… La folie funk s’emparant de Sly me rappelle Roy Ayers et Vein Melter revêt une tonalité pastel, de sonorités ambient où se télescopent une foultitude de moments doux… Avec son masque ivoirien en couverture affublé d’un vu-mètre, Head Hunters est une porte grande ouverte à la découverte du jazz.

Herbie Hancock – Sextant

Composé quatre ans après Fat Albert Rotunda, Sextant boucle une trilogie d’albums avant-gardistes où Hancock a doctement mélangé jazz fusion et lichettes électroniques, pour un résultat à peu près aussi périlleux que The End of an Ear… Trois longs morceaux constituent cette expérience : Rain Dance où les effets sonores se succèdent en dignes précurseurs des collages de Avant Hard ; Hidden Shadows et ses rasades de mellotron que sirotera tout amateur de King Crimson avant de se laisser entraîner dans une impro de trompettes cavalant dans un fourbi funk ; la dérive se poursuivant avec Hornets où l’on imagine bien un frelon mourir d’épuisement, baladé entre les courants contraires sévissant au milieu du studio… À écouter pour découvrir ce que le jazz offrait alors de plus innovant, Sextant laisse un arrière-goût pâteux dans la bouche.

Herbie Hancock – Fat Albert Rotunda

Herbie Hancock est un claviériste et compositeur de jazz né à Chicago en 1940. Précoce au piano, il interprète Mozart en public à 11 ans tout en s’intéressant en autodidacte à Oscar Peterson, Bill Evans et Miles Davis, ce dernier le recrutant au sein de son quintet dès 1963. Mais Herbie enregistre aussi de son côté, chez Blue Note jusqu’en 1969 où Warner publie son neuvième album Fat Albert Rotunda ; destiné à sonoriser la série d’animation Hey, Hey, Hey, It’s Fat Albert! créée la même année par Bill Cosby… Avec une intro psychédélique à la Hendrix, la ligne de basse de Wiggle-Waggle donne le tempo vers le piano électrique de Fat Mama et Tell me a Bedtime Story, fluide entre les cuivres évoquant la soul de Stevie Wonder. C’est le titre éponyme qui swingue le mieux, où le saxo tenor de Joe Henderson et la trompette de Johnny Coles conversent sur fond de piano fusionnel. Réédité chez Warner Jazz Masters avec un appétissant photomontage en couverture, ce cd fait du bien comme un pique-nique ombragé suivi d’une petite sieste.

Chilly Gonzales – Solo Piano II

Après avoir prêté ses mains pour le tournage du film Gainsbourg de Joann Sfar, en 2009 où il a également battu le record du plus long concert de piano (27 heures) puis collaboré deux ans plus tard avec Daft Punk ; en 2012 Chilly Gonzales repasse aux choses sérieuses avec Solo Piano II, où ses doigts déliés bataillent le long du clavier le temps de 14 nouvelles mélodies… Kenaston glisse tout seul, ça ruisselle et la douceur violente de Minor Fantasy et Nero’s Nocturne renvoie aux Gymnopédies avec mélancolie, comme une passerelle entre deux siècles… Je songe à la guirlande sonore d’Aquarium lorsque j’écoute Venetian Blinds tandis qu’Evolving Doors ressemble à du Janacek sous stéroïdes ; Othello titillant mes tympans en cultivant le grand écart sur clavier avant Train of Thought, doux et enveloppant comme Rachel’s… Alors même s’il n’a pas la force de frappe du premier, servi dans une remarquable édition digipack où figure un fac-similé des partitions originales, Solo Piano II joue toute la gamme des émotions.

Chilly Gonzales – Solo Piano

Chilly Gonzales est un compositeur canadien né à Montréal en 1972. Après des débuts au sein d’une formation pop (Son), il change de voie en 2004 et publie Solo Piano sur le label No Format! L’ombre d’Erik Satie surgit aussitôt, inévitable sous les doigts de ce pianiste classique de formation, mais Chilly la balaie au bout de quelques secondes, ses notes semblant reprendre là où le Honfleurais s’était arrêté… Des mélodies de rien, un touché grave et aéré (Manifesto) ou noir et blanc comme l’on déambule par une nuit de neige (Overnight) ; puis une cadence enfantine (DOT), quelques croches et l’on s’évade vers les étoiles chères à Faton Cahen… Armellodie est fragile et attachante comme cet ami en souffrance qui envisage aujourd’hui l’impensable, mélomane s’il en est et auquel je dédie ce billet. Carnivalse étourdit avec son côté Gould et Meischeid me rappelle un truc à la flûte de pan ; d’abord pesant, Gentle Threat se fraie un chemin vers la légèreté… Une piécette en cristal plus loin (Oregano), One Note at a Time m’évoque Lepo Sumera et termine ce disque sur une touche optimiste, donnant tout simplement envie de remettre ça.